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III. — RECTEUR ET ÉTUDIANTS

Si l’on pouvait conclure de la survivance d’un titre à la pérennité d'une institution, l’Ecole genevoise qui n’a jamais cessé, depuis le moyen âge, d’avoir son recteur, serait la plus ancienne institution, encore existante, de la République. On peut constater en tout cas que, successivement Hector Scholarum aux XIVe et XVe siècles, Hector totius Scholæ au XVIe et au XVIIe, « Recteur de l’Académie » et enfin « Recteur de I Université » au XVIIIe et au XIXe, le représentant par excellence de la magistrature scolaire à travers les âges porte actuel le ment le plus ancien titre, revêt la pl us ancien ne dignité que Genève puisse conférer. L’évêque et le vidomne ont passé dès longtemps, les syndics ne sont plus qu’un souvenir, seul le recteur, qui fut leur contemporain, vil encore. 1 1 est vrai que la continuité de la fonction ne répond exactement à la cont inuité du titre qu'à partir de la fondation de l'Ecole calvinienne. Mais c’est déjà beaucoup et les plus exigeants, parmi ceux qui cherchent, sous le mot, la chose, s’en contenteront certainement.

Nous avons rapporté dans quelles circonstances le re^irnen scolarum ou rectorat des écoles, jadis exercé par le cantor de Saint-Pierre, second dignitaire du chapitre, lui fut enlevé par Urbain V et comment, selon nous, les syndics de la commune bourgeoise saisirent l’occasion d’arracher à l’Eglise une prérogative dont ils avaient su comprendre l'importance capitale. Lorsque à la principauté épiscopale succéda la république émancipée, celui qui devint, par la force des circonstances, l'organisateur du régime nouveau, remit, non sans peine et sans lutte, dans la dépendance de l’Eglise réformée la direction de l’instruction publique. Le recteur, dont l’office fut d’être « superintendant sur toute l'Eschole, » fut choisi dans le corps ecclésiastique par ce chapitre qui s’appelait le collège des ministres et auquel, dans la pensée de Calvin, devait être dévolue l’autorité scolaire suprême.

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Le recteur établi par les J^egcs Acndemiæ est le chef des maîtres de tout rang et des écoliers, qu'il représente vis-à-vis du pouvoir civil et ecclésiastique. Les prescriptions spéciales qu’on peut lire au titre qui le concerne, touchant ses rapports avec les étudiants, témoignent que l’auteur n’avait pas perdu la mémoire du temps où lui-même était membre de l’Université d’Orléans et, par le choix de ses camarades, procureur de la « nation » de Picardie. Il n ignorait pas que le recteur des anciennes universités était choisi par les étudiants et qu’il était avant tout leur défenseur et leur patron. Quelque chose de ce rôle devait resterai! dignitaire dont le réformateur confia l’élection à ceux qui étaient à la fois les aînés de ses élèves et scs collègues. Non seulement le recteur de l'Académie genevoise eut charge de recevoir à l’immatriculation les candidats au rang d’écoliers publics, d’assembler les étudiants à l’extraordinaire, de veiller sur leur conduite, au dedans comme au dehors de l’Ecole, et de leur délivrer, après enquête, le témoignage que méritaient leurs études, mais il eut la garde et le maniement des « deniers du Collège, » puis la superintendance de la Bibliothèque et la haute surveillance des imprimeurs. Il avait enfin, devoir éminent de sa charge, la tâche d’organiser et de conduire la cérémonie des Promotions ; et l’on sait que les solennités académiques furent longtemps les seules circonstances où se déployait quelque pompe officielle.

Le recteur, une fois élu par la Compagnie parmi scs membres, mais non pas nécessairement parmi les professeurs, était présenté à Messieurs pour être confirmé par leur autorité. Puis il était conduit au Collège et inauguré dans la grande salle par une « remonstrance » du modérateur, assisté du recteur sortant de charge. L élection était faite pour deux ans, mais le titulaire, qui n’était dans la règle déchargé que sur sa requête, présentée après la cérémonie des Promotions, était rééligible. On peut voir, dans la longue liste de ceux qui se sont succédé dans ces fonctions, que beaucoup ont exercé le rectorat pendant quatre, plusieurs pendant six et même dix années. Lorsque le recteur en titre était empêché par l’absence, la maladie, ou toute autre cause, de vaquer à ses devoirs, on nommait un prorecteur temporaire. La charge, qui était fort loin d’être une sinécure, resta purement honorifique et gratuite. A diverses reprises, au XVIIe siècle, des émoluments furent demandés à Messieurs pour le spectable recteur « attendu, — lit-on dans le regis-

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tre de 1637, — - les incombances extraordinaires dont il est chargé b » Ce fut

en vain ; il dut se contenter de son traitement de professeur ou de ministre.

Nous avons eu l’occasion de mentionnersouventle Livredu Recteur, dont nous avons reproduit en fac-similé les premières pages. Quoique plus régulièrement tenu, quant aux signatures, au XVIIe siècle qu’au XVIe, il ne peut, pas plus alors que précédemment, servir de point de départ à des calculs précis. Les Genevois qui ont achevé leurs classes au Collège et sont promus à l’Académie s’y trouvent toujours régulièrement inscrits; mais c’est le petit nombre. « La ville de Genève est tout autre qu’on ne s’imagine, — écrit Bayle ; « il y a très peu de gens du lieu qui fassent étudier leurs enfans, et l’Acadé- « mie seroit fort déserte sans les étrangers1 2. » D’autre part, les étudiants en philosophie et lettres et ceux en théologie sont seuls ordinairement portés au registre rectoral. Les juristes ne s’y rencontrent qu’à titre d exception. On a vu, relativement à l’immatriculation de ces derniers, les nombreuses réclamations formulées devant le Conseil, du temps de Jacques Godefroy et, plus tard, de Vitriarius. Nous n’avons pas à y revenir.

Pour n’avoir pas donné leur nom au recteur, les étudiants en droit n'en étaient pas moins soumis à son autorité qui s’étendait d’une façon générale sur toute la jeunesse studieuse étrangère. En 16 1 5, nous le voyons retirer un écolier de la prison pour dettes3. En 1617, le recteur est chargé de pourvoir « à un jeune baron destitué de gouverneur4. »

Dans une école internationale, il est difficile de faire régner toujours la paix et la bonne harmonie entre les étudiants de divers pays. Au XVIe siècle, le péril commun et une discipline toute militaire suffisaient pour maintenir l’union de tous les écoliers réformés autour de Y aima mater, sans cesse

1 Rcg. Conseil, 13 novembre 1637.

2 Lettre à son frère, du 2 novembre 1670 (Nouvelles lettres, I, 10).

8 Reg. Comp., 24 mars 1615.

4 « Proposé qu’un jeune seigneur nommé George Frideric, baron de Wimbden et Fridental en Mo- « ravie, estant entré en quelque conteste, avec son Gouverneur, qui pour ceste cause l’a quitté et « s’en est allé, il seroit expédient de pourvoir à la conduite dudit baron, attendu qu il est jeune et mal ci morigéné. Advisé que M. le Recteur, au nom de la Compagnie, advertira par lettres le père dudit ci baron, que selon le soin que nous avons des jeunes seigneurs estrangers qui sont parmi nous, nous « n’avons voulu faillir de luy donner advis de ce que dessus, à ce que par prudence y soit pourveu, «nous faisant entendre sa volonté sur cela. Ce que depuis M. le Recteur a rapporté avoir esté par luy « exécuté: s’estant assemblé avec quelques gouverneurs d’autres seigneurs Allemands, qui ensemble- « ment ont trouvé bon d’envoyer homme exprès audit père et ont cependant pourveu du mieux audit «jeune baron. » (Reg. Comp., 24 janvier 1617.)

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exposée aux coups de l'ennemi ; au XVIIe, la tâche du recteur devient à cet égard beaucoup plus difficile. Les Français et les Allemands commencent à le fatiguer de leurs « estrifs. » Ceux-ci sont gens au col roide, à cheval sur leur noblesse, et tenant pour très gentilhomme de ne pas saluer les Français qui sont, pour la plupart, bacheliers de minceapparenceettoutau plus candidats en théologie. Mais ces derniers, bien qu’ils ne portent pas l’épée, n’en sont pas moins chatouilleux sur le point d honneur. L’attitude provocante des Allemands accumule le ressentiment dans les cœurs. Quand la tempête éclate, le recteur doit paraître et sévir : parfois la Compagnie aussi doit intervenir. C’est ce qui nous vaut, dans ses registres, quelques mentions des faits.

En l()2o, M. le Recteur Bénédict Turrettin « propose qu’un escholier du « Palatinat nommé Mr Schler 1 2 ayant dressé et fait imprimer des Thèses en « Théologie pour les disputer publiquement soubz lui, comme il les présence toit et distri buoit aux estudiants en Théologie, i I y en eut quelqu’un d entre « les François qui, en sa présence et par desdain, dcschira ces thèses. » Le recteur a tancé vertement le délinquant, un proposant bourguignon nommé Bondot". Mais les Français ont comploté de ne point se trouver à la soutenance, disant que le candidat n’a pas averti le préteur, suivant l’ordre accoutumé, et ne leur a pas distribué les thèses comme aux écoliers allemands, à domicile. Toute l’histoire n’est évidemment qu’un prétexte. Il y a longtemps quelesnuages s’amoncellent et l’on veut un éclat. Les étudiants français, réunis en l'Auditoire de théologie, « accusent les seigneurs allemands de ne les « point saluer aux rencontres, ains les narguer et faire beaucoup de tels actes « indignes... » De leur côté, les Allemands, au nom desquels le comte de Hanau et les jeunes barons de Zerotin font requête à Messieurs, se plaignent vivement des Français. Censure de la Compagnie :

« Sur quoi la Compagnie advisa qu’il faloit advertir serieusement les uns et les autres, les François qu’ils n’avoient point de raison d’avoir pris la cause de celui qui avoit descliiré les Theses, veu que cela estoit un acte trop indigne et insolence trop grande, [qu’ils ] ne devoyent eux-mêmes d’une cause particulière en faire une publique. Ce dernier article fut aussi remonstré à Schler que, pour son particulier,

1 Immatriculé en juillet 1622 : <c Fridericus Schlœr Ambergensis Pu la li nus. » (Livre du Recteur, p. 90. )

2 Immatriculé comme étudiant en philosophie en 1616: « Samuel Rondolus Galloburgundus phil stud., 1616. » (Jl/id., 82.)

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il avoit estneu loute la nation allemande ; qu’il ne devoit niespriserce que Monsr le Recteur lui avoit dit de bailler des theses à quelques François, qu’il avoit trop enaigri | affaire, (lue l’estât des Eglises et de France et d Allemagne, que leur condition et profession les convioit à penser à toute autre chose qu’à estril's et débats, que pourtant la Compagnie, les censurant de leurs excès, les exhorloit paternellement et charitablement de penser soigneusement à leur devoir, les exhortoil à quitter toute haine et maltalent les uns contre les autres, se garder de faire des partis de nation contre nation : mais de vivre ensemble en bonne union et concorde fraternelle. Ce qui leur fut gravement et vivement représenté et remonslré, au nom de la Compagnie, par M* Tronchin, nostre frère b »

La fièvre des écoliers céda aux calmants île la Vénérable Compagnie. Malheureusement, à cinq ans de là, un nouvel accès témoignait suffisamment et de la chronicité du mal et de la profondeur de ses origines. Ici encore la mémoire de l’estril nous a été conservée parce qu il est survenu à propos d une soutenance ; mais, cette fois, c’est autour de F Auditoire de droit que l’intrigue se noue et se déroule. Dans des thèses pour lesquelles ils ont ingénieusement choisi le sujet des privilèges de la noblesseetquele professeur, JacquesGodefroy, n’a paseu le temps de voir à loisiravantl imprimeur, quelques Allemands ont saisi l’occasion de proclamer à la lace du ciel 1 antériorité et la supériorité de leur race sur toutes les autres. De là le bruit.

1 1 avril 1628. « Proposé qu’il es toit arrivé un grand estri l’entre quelques François et A lie ma ns, à l’occasion de quelques Theses de Nobilitate, lesquelles avoyent donné subjeet de plainctes par la préférence attribuée aux Allemans par dessus toutes nations,dontilyavoità craindre quelque dangereuse conséquence. L’affaire, par advis de la Compagnie, remis à Monsr le Recteur et à Mess'" les Professeurs lesquels, ayans appelés les Allemans, advertissement leur a esté fait, que la Compagnie ne pou voit permettre que la dispute se tint si la chose n’est oit corrigée : partant qu’ils allassent conférer avec Monsr Godefroy, auquel pour la haste d imprimer ils n’avoyent bail lé loisir de revoir les dites theses bien am plein eut. Plus, pour ce qu’ès mesures theses Salomon estoit qualifié notus ex adulte rio, [ils] ont esté admonestés que cela estoit insupportable et que la Compagnie ne pou voit souffrir chose si manifestement contraire à la parole de Dieu. »

!< Les susdits Allemans se sont sou b mis à l’ad ver tisse ment qui leur a esté fait. »

« D’autre part ontcomparu le baron de A rsi et autres jeunes hommes françois, se plaignans de la These des Allemans et de quelques propos ; sur quoy leur a esté

1 Rcg. Corap., 10 octobre J623. Cf. ibid., 17 octobre.

XVIIe siècle

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Le Manège de la Corraterie et la maison de l’écuyer de la Seigneurie.

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remonstré : 1° que la dispute ne se ferait sans correction ; 2° que ceux cpii avoyent fait affiches licenlieuses offensoyent non seu lement ries escholiers, mais aussi les Professeurs et que ces procédures ne devoyent estre suivies parmi nous, ains qu’il faloil esteindre toutes semences de querelles et par ce moyen ont esLé renvoyés en paix 5 »

Il esta remarquer que dans l’album souventcité, où l’on trouve le nom et les armes de la plupart des jeunes nobles protestants qui sont venus à Genève au XVI P siècle, on ne relève tout au plus, pour cette époque, que trois ou quatre blasons français.

Vers le milieu du siècle, les étudiants en théologie crurent devoir se mettre en Irais de costume pour imposer le respect aux hobereaux à lépée en verrouil et tenir à leur tour le haut du pavé. Le recteur, puis la Compagnie durent i ntervenir lorsque les proposants s’avisèrent de monter en chaire pour lai re la lecture de la Bible, avant le sermon , avec « grands cheveux et rabais excessif s,» puis en « habits de couleur, bottés, esperonnés avec des canons empesés et manchettes volantes et autres vanités indécentes et scandaleuses'. » En l(>70, le Conseil est obligé de prendre un arrêté pour défendre « à tous Esco tiers en « Théologie et Philosophie, de porter espée, canne, ny bas ton, de jour ny de « nuit, sous quel prétexté que ce soit3.» Et deux ans après, comme Jacques Sartoris, recteur nouvellement élu, prête le serment de sa charge, le premier syndic lui prononce qu’il ait à faire observer le dit règlement \

1 Reg. Comp., ad client

2 Reg. Comp. , 31 juillet 1 6 'l 0 et 30 janvier 1652.

3 Reg. Conseil, 8 juin 1670.

4 Ibid., I avril 1672. Le règlement en question avait été élaboré par le Recteur de 1670, à la suite de la délibération suivante:

« Du 13 juin 1670. Messieurs les Scholarques et professeurs en Théologie et Philosophie assemblés, « a esté résolu d’appeler à demain tous les Esludians en Théologie et Philosophie pour leur remonte trer les abus suivants:

« 1° Qu il leur est deffeildu de porter l’espée, canne ou baston et ordonné d’estre en habit decenl. «2° De fréquenter les tilles, les cabarets, le tabac.

« Leur ordonner de satisfaire tous exactement aux devoirs d’Estudians auxquels ils soûl obligés « dans toutes- les Académies qui sont :

1° De s’inscrire et immalrieulerdans le roolle des Esludians, tenu par le Recteur et par le préteur*. 2° De fréquenter assiduetnent les leçons.

3U Faire les propositions, disputer et souslenir les disputes à leur tour.

4° Lire aux temples la Parole de Dieu et faire les prières.»

« Menacer ceux qui ne satisferont pas à ces devoirs d’en advertir leurs parents et les Eglises et « synodes d où ils despende ni et leur refuser leurs lesmoignages lorsqu’ils se reti refont de cet le vi i le. »

* Tes mots et pat' le prêteur semblent être une adjonction do la main de François Turrottini. Ils ont I rait au registre spécial où s’inscrivaient tes proposants. (Voir, plus haut, p.342 s.)

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Le temps n’est plus évidemment où les étudiants sont appelés à manier lépée et 1 arquebuse pour la défense de la cité. Cependant on les trouve encore réunis en compagnies pour aller travailler à la fortification '. Et, en 1660, le modérateur ayant été chargé de composer une prière solennelle, que doivent faire chaque matin les bourgeois et habitants qui viennent besogner à ce service, les proposants alternent avec les dizeniers pour en dire le texte aux travailleurs

La même année, on autorise les étudiants en théologie à assister, à l'exception de tous autres, aux visites île consolation qui sont faites parles pasteurs, dans les prisons publiques, aux criminels condamnés à mort 3. Par contre, presque simultanément, on les ju ive de l’avantage de proposer, en leur Auditoire, devant une assistance où se trouveraient des auditrices4.

I )ès 1 origine, I Ecole avait été soumise à des inspections ou « visites, »

« Les philosophes d’estre soigneux de 11e manquer point de leçons pour entendre l’explication, sous- « tenir les disputes et pour eslre interrogés par les Professeur s. »

<( Dire à tous en general que Messrs les Professeurs sont priés de donner advis à Messrs les Scho- « laï ques des deffauts qu ils remarqueront, qui sont disposés à s'assembler fréquemment pour s’infor- « merde leur conduilte. » (Procès verbal de l’assemblée des Scolarques et Professeurs du 13 juin 1670.

Archives de la Compagnie, Cie Acad. XVI- XV U Iv .siècle, pièce 3.)

■ Keg. C Conseil, I décembre 1666: <c Capitaine des Estudiants. Ayant esté rapporté que les Esludiants « desireroyent d’avoir un capitaine du Conseil pour aller soubs luy en corps travailler à la fortilica- « (ion, a esté nommé noble Michel Trembley, conseiller. »

2 Reg. Conseil, 16 mars 1660 : « Représenté que Messieurs ont ordonné que désormais on travail- « lcra aux fortifications, où plusieurs jugent à propos de faire la prière et au commencement et à la « li il du travail. Avisé de composer un formulaire de prière sur ce sujet et le faire imprimer, laquelle « sera remise ou aux proposans qui la feront à tour de rolle, ou bien au dizenier qui la lira au com- « mencement ,1a composition de laquelle a clé commise au modérateur. » Voici le texte de cette prière :

« Notre aide soit au nom de Dieu, qui a fait le ciel et la terre, amen. »

« Notre Dieu et Père Miséricordieux, Nous tes serviteurs et tes enfants, te prions très humblement « au nom de ton Fils nostre Sauveur, de nous pardonner tous nos péchés, et de nous conduire par « I Esprit de ta crainte, afin que nous ne pensions, ne fassions, ne disions aucune chose en cette journée « qui ne soit conforme à la saincte volonté. Sois à l’entour de ton peuple dès maintenant et à tousjours, « comme les montaignes autour de Jérusalem ; et fay nous la grâce de mettre notre conliance, non au « bras de la chair, mais en ta seule protection. Cependant puis que lu nous fais la faveur de nous pou- « voir employer à ce travail pour la défense de ta Cité, où ton nom est invoqué, donne nous le courage « et la force pour nous y porter fidèlement. Et par ce que ce seroil en vain que nous baslirions et « travaillerions, si tu ne balissois et ne travaillois avec nous: basli Seigneur et travaille toy-mème, « par ta sagesse et par la vertu, qui adresse les résolutions de nos Supérieurs, et l’ouvrage de nos h mains, et qui respande ta bénédiction sur les uns et sur les autres, afin qu ils réussissent à la gloire « de ton nom et au bien de cet Estai et de cette Eglise. Exause nous pour l'amour de ton Fils. » Suit l’Or aison dominicale. ( Prière du matin pour ceux (pii travaillent aux Fortifications. — Bibl. de Genève, Gf. 568 ■> bis.)

5 Beg. Comp.. 27 janvier 1660.

* ll>id .. 20 janvier 1660 : « Représenté que plusieurs trouvent étrange que les femmes et tilles aillent « aux propositions des Eludians dans I Auditoire. Avisé que les femmes et les tilles ne doivent point « assister aux dites propositions. »

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pour lesquelles, soit des députés de la Compagnie, soit un syndic et un scolarque étaient adjoints au recteur. En 165 I , on jugea nécessaire de soumettre tous les étudiants, à quelque profession qu'ils appartinssent, à dos censures tri mestriel les.

« Plainte a été laite que les Etudiants en toutes les Professions sont fort peu frequens en Leçons, que même dès naguère on a desehiré avec un couteau la these qu’on de voit soutenir en Philosophie, qu’il est expédient et necessaire de remedier à ces desordres et prévenir les plus gra nds inconvénients. Sur quoi a esté avisé que, pour remedier à tous abus, il seroit à propos que quatre fois l’année, 15 jours avant la Sle Cène, la Compagnie député un certain nombre de ce corps, d’entre lesquels sera le Modérateur d'alors, par devant lesquels le corps îles Etudiants sera apellé et seront serieusement exhortés de rendre leur devoir chacun en la Profession qu’ils suivent, et que, pour le fait particulier représenté, M. le Recteur s’informera particulièrement pour savoir ceux ou celui qui l’a commis et en recevoir la censure qu’il a mérité b »

Lorsque I écolier songeait à quitter P Académie, i 1 s’adressait, comme nous l’avons dit plus haut, au recteur pour obtenir de lui un certificat d’études et de bonne conduite, d’autant plus important, que c’était le seul diplôme qui pouvait lui être conféré1 2. Ce témoignage portait les signatures du recteur et des professeurs. Les noms de ceux qui le délivraient de la sorte en faisaient toute la valeur. Et l’on n’est pas étonné de voir les étudiants, pendant les années qui suivirent immédiatement la mort de Bèze, et que nous avons cru devoir marquer comme des an nées obscurcies par l’intrigue, quêter des paraphes auprès des ministres eux-mêmes. C’est la démonstration par contre-épreuve de la thèse que nous avons cherché à établir. Le soufllet qu’en reçut La Paye fut constaté par cette décision île la Compagnie :

« Pour autant qu’on reconnoit de l’abus en la soussignature des témoignages des Ecoliers qui, non contents du seing de Mr le Recteur, s’adressent à un chacun des ministres, avisé désormais que nul autre ne soussigné après M. le Recteur fors que Mess1'5 les Professeurs et, s’il echeoit, le semainier, comme au nom de la Compagnie 3. »

1 Reg. Comp., 19 décembre 1651

2 Voir p 164 ss.

s Reg. Comp., 25 novembre 1608.

Thèse de philosophie, imprimée par Jean de Tournes (1612).

HE CT EU R ET ETUDIANTS

C’est l'époque où les écoliers en théologie, rebutés par l'enseignement officiel, s’ingéniaient à chercher ailleurs et tout particulièrement à s’exercer eux- mêmes, avec l’appui d'une association dont nous avons rappelé les commencements di l’I ici les. Les cours étaient négligés. ( )n s’arrogeait volon I iers le droit de choisir. L’autorité scolaire décida que le recteur refuserait les témoignagesqui n auraient point l'approbation préalable, motivée, des professeurs.

« Proposé (pie la plus part des Ecoliers ne tiennent point d’ordre en leurs Eludes ce (pii fait qu'ils ne profitent pas selon les moyens qui leur en sont présentés. Avisé P’QueM. le Recteur ne donnera ci-après aucun témoignage qu’il n’ait entendu de Messieurs les Professeurs que! devoir auront l'ait ceux qui demandent témoignage, ce qu’il leur faut faire entendre. El selon (pie Messieurs les Professeurs leur rendront témoignage Mous1 le Recteur le leur donnera. 2" Que pour les i iiduire à leur devoi r Monsr le Recteur les assignera mard i prochai n, a près la leçon, afin de leur faire une paternelle remontrance à bien employer le tempsel fuir toutes débauches b »

Pour s’être acquitté de tout son devoir et pouvoir postuler le certificat d études, il fallait non seulement avoir suivi assidûment les cours, mais avoir pratiqué lesdisputes dont nous avons parlé plus haut. Ces exercices étaient couronnés par une soutenance de I hèses en public, sous la présidence du professeur ([u i y a vai I part iculièrcment préparé le cand idat. 1 1 semble qu’à la coutume pri m i tive d’al ficher simplement les d i les t hèses, sous forme de placard ma nu se r i t, aux portes des audi toircs, succéda de bonne heure celle de les fai re imprimer, pour être non seulement affichées, mais distri buées, puis en (in, si la bourse du candidat le lui permettait, de les publier sous forme de dissertation, avec tous les développements2. Nous reproduisons, d après un exemplaire appartenant à la Bibliothèque de Genève, le frontispice d’une thèse de philosophie imprimée chez Jean de Tournes, en 1612, et soutenue sous la présidence de François de Bons. L’étudiant, Isaac Patru, Genevois, né en 1590, s’est inscrit dans le Livre du Recteur à la rentrée d octobre 161 I .

A partir de 1652, le recteur fut tenu de garder copie des certificats d’étu-

1 Reg. Comp., 10 mai 1610.

On t rouvera , dans l’ouvrage déjà cité de M. Henri Heyer, une élude approfondie el domine niée sur la question. Les conclusions de l'auleur sont formulées au sujet des seules thèses de théologie, tuais il est vraisemblable qu’elles peuvent s’appliquer à loules. (Catalogue des thèses de théologie. Introduction, p. lv ss )

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