LE SENAT ACADEMIQUE
Charles IV, dont il avait retrouvé la concession, obtenue, pour le territoire des Provinces-Unies par Anjorrant, pouvait être sollicité de nouveau à la cour de l'empereur par l’entremise du roi de Prusse et de son conseiller Spanheim. Il ne s’agissait, pour pouvoir ouvrir les négociations, que de se mettre d’accord avec la Compagnie des pasteurs. Ceci était évidemment le plus malaiséde l’entreprise et il fallait, en tout cas, pour y incliner l’assemblée qui siégeait encore au cloitre de Saint-Pierre, l’appui énergique des jeunes, dont Alphonse Turrettini était le plus écouté.
En outre, pour avoir une haute école vraiment digne de son passé et de 1 avenir qu’on espérait pour elle, il fallait, — c’est la pierre angulaire des universités modernes, — un trésor de livres, administré librement par des savants, largement doté, lacilement accessible et susceptible de fournir aux études supérieures [ instrument indispensable du progrès. La réforme radicale de la vieille bibliothèque, où I on ne tenait plus enchaînés, il est vrai, les in-folios de Bonivarcl, mais où n’entraient que péniblement les productions nouvelles, apparaissait à Chouet comme une mesure urgente. Il est probable que son compagnon de route, qui avait les yeux tout pleins des richesses de Cambridge et de Paris, ne fut pas difficile à gagner à cette manière de voir.
Bien n’est suggestif aux hommes de pensée comme un voyage à l’ancienne mode, aux étapes multiples, charmantes, par les monts et par les vallées île la Suisse. Tout nous porte à croire que celui que firent Robert Chouet et Alphonse Turrettini, en 1699, le fut très particulièrement. En 1701, 1 un des voyageurs devenait seigneur scolarque et le plus jeune, contre toutes les règles et contre tous les usages, à trente ans, recteur de l'École. Le premier devait conserver ses nouvelles et importantes fonctions jusqu’en 1727, le second, bien que le cadet de tousses collègues ecclésiastiques, être réélu aux siennes pendant dix ans. C’est sous ce consulat scolaire des deux hommes qui ont été, à ce point de vue, comme le Calvin et le Bèze d’une Genève nouvelle qu’est née l’Académie du XVIIIe siècle.
La succession de Chouet, dans sa chaire de philosophie, avait été confiée à un pasteur, Antoine Léger, le fils du défunt professeur d Hébreu, du même nom ; par contre celle de Puerari, décédé en 1693, avait passé, après de longues négociations, à un laïque, Jean-Antoine Gautier, le futur historien de Genève, fin théologie, le vieux Philippe Mestrezat, mort en 1690, avait
LE SIECLE DES PHILOSOPHES
été remplacé par Bénédict Calandrini, — encore un Lucquois d origine, pasteur en ville depuis 1(5(54, — et François Turrettin par Bénédict Pictet, le premier en date des étudiants de culture purement cartésienne devenus professeurs à l’Académie (1686). A l’Auditoire de droit rien ne s’était passé depuis la nomination de Mussard. L’Ecole commençait donc le siècle avec neuf professeurs : Louis Tronchin, Bénédict Calandrini, Bénédict Pictet, .lean- Alplionse Turrettin, Vincent Minutoli, Michel Turrettin, Antoine Léger, Jean-Antoine Gautier et Bénigne Mussard. C’est à ces professeurs, formant ce qu’on appela dès lors le corps académique, et aux trois scolarques, représentant la Seigneurie, que le procureur général Grenus et ses amis proposaient d’adjoindre un certain nombre de juristes et île médecins du Conseil tics Deux-Cents, pour constituer un sénat académique, chargé de la direction de toutes les allaires scolaires. Le projet, repris en 1700, par l'ancien syndic Jacob de Normendie, sous lorme de proposition d’une commission tle réformes, fut sanctionné en décembre par le Petit Conseil h La Compagnie para le coup en nommant elle-même, dans son sein, une commission d enquête, composée des professeurs et de cinq pasteurs de la ville, chargée d examiner « les défaults de l’Académie et les moyens d’y remédier1 2. »
Cette commission fit le grabeau des divers professeurs, présenta quelques observations au sujet de l’enseignement de Minutoli, renvoya les autres avec des éloges et des remerciements, se contentant au surplus de proposer quelques mesures de détail insignifiantes. Ce n’était évidemment jias
1 Reg. Conseil, 6 mai et 2 décembre 1700.
2 Reg. Cornp. , 13 déc. 1700. « Dessein d'un Conseil Académique. M. Pictet a proposé s il ne serait pas « à propos d’opiner sur le dessein qu ou a de faire un Conseil Académique et de voir ce qu il y aurait o à faire pour cela. Avisé de convoquer la Compagnie pour le premier vendredi de l'année prochaine. »
21 janvier 1701 : « Sénat Académique. La Compagnie étant convoquée pour aviser a ce qu’il y a a taire « sur ce qu'on craint que le Magnifique Conseil n ait dessein de faire un Sénat Académique. Avisé de « renvoyer à en délibérer dans la huitaine. Il a été prononcé que tous sont sous le serment du silence. » 28 janvier : « Commission au sujet du Sénat Academique, pour examiner les Défaults de l Academie ii et du Collège et les remèdes. La Compagnie ayant opiné sur l'affaire du Sénat Académique elle a ré- « soin unanimement de faire une Commission pour connaître des Défauts qu il y a dans 1 Académie <i et au Colli ge, et penser aux remèdes qu’on y peut apporter ; Mrs les Professeurs nommés, avec MrsDeleso mil Hères [pasteur et principal du Collège], Sara si n Recteur , Butini , Sa r loris et Dassier [pasteurs] , pour a la dite Commission, qu ils tiendront luudy prochain à une heure. »
\ février : Serment du secret au sujet du Sénat Académique. M. le Modérateur a prononcé que I on « est tous sons lesermenl du secret à l’égard de ralfaircdu Sénat Académique pour laquelle on a établi n I a Coin mission. »