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L15 SENAT ACADEMIQUE

là ce que désiraient les partisans du progrès1. Ils le firent voir. Le lendemain des promotions, à la séance du Deux-Cents, la motion terrible était présentée, pour la sixième fois depuis cinq ans, et, ce jour-là, par le seigneur scolarque le plus récemment élu, noble Robert Chouet lui-même2.

Ces sortes de propositions au Deux-Cents, qu’on appelait « proposées pour le bien public, » vœux plus ou moins platoniques destinés à attirer l’attention du Petit Conseil, étaient aussi, pour le gouvernement, un moyen de se faire interpeller sur certaines matières; quand un de ses membres en prenait l’initiative, elles avaient, cela va de soi, une portée toute spéciale.

Cette fois encore, la proposite n’eut pas de suite apparente. Mais, avant la lin du mois, le recteur, arrivé au terme de son mandat bisannuel, était romplacé par Jean-Alphonse Turrettini. Et nous avons tout lieu de croire que ce choix était le résultat d’une transaction 3. Dès lors la motion désagréable aux ministres ne fut plus renouvelée qu’une fois, en 1702. Par contre, dès le mois de novembre 1701, rassemblée consultative des scolarques et des professeurs, dont Chouet. étant recteur, avait autrefois suggéré la réunion et qui dès lors avait siégé « de temps en temps, » f ut convoquée et commença de délibérer avec sa participation active et prépondérante. A dater de cette époque, elle prend une importance nouvelle. Sous \e, nom à' Assemblée académique, qu elle doit échanger quelque temps après contre celui de Sénat acadèmique, elle devient la commission mixte permanente chargée de préaviser, auprès de l’un et de l’autre des deux corps, politique et ecclésiastique, sur toutes les questions relatives à l’instruction publique. D’une part, elle est toute désignée pour exercer une surveillance effective sur le haut enseignement, de l’autre elle est particulièrement bien placée pour prendre auprès du Conseil et île la Compagnie, par l’intermédiaire de ceux de leurs membres,

1 O n trouve, dans une notice annexée par Cellérier à son travail sur l’ancienne Académie, un intéressa ni extrait du rapport fait à la Compagnie par cet te Commission extraordinaire [L. c. , note L). Il ne faut pas cependant, en ce qui concerne Alphonse Turrettini et son premier discours sur la réforme des éludes, s'arrêter à la date de 1701, donnée par l’auteur de cette notice, et aux conclusions qu’il croit pouvoir en tirer. Le discours en question est de 1704.

La plus importante des mesures indiquées parla Commission ecclésiastique avait déjà été proposée et décidée par la Compagnie, le 26 août 1699. Elle concerne le rétablissement de n l’Examen des Eludians en philosophie avant qu’ils entrent en théologie. «

2 Reg. Conseil, 2 mai 1701 : « Conseil des Deux Cents. Le Magnifique Conseil des Deux Cents étant entré, « après la prière à Dieu, l’on a fait les propositions suivantes :

«... M. l’ancien Syndic Chouet que l’on établisse un Sénat Académique. »

s 25 mai 1701.

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

qui siègent clans son sein, l’initiative des créations désirées. Tandis que la convocation et la présidence appartiennent aux représentants de la Seigneurie, la majorité des sièges et le droit d’être nantie en premier lieu des délibérations appartiennent à la Compagnie. Ainsi est sauvegardée la prérogative de l’Eglise '.

La première réforme portée devant la nouvelle autorité scolaire fut la réorganisation de la Bibliothèque. Déjà, dans l’automne de 1699, l’Assemblée en avait été saisie et la proposition, formulée par elle, du transfert des livres dans la grande salle du Collège avait été adoptée par la Compagnie et réalisée avec le concours du syndic Chouet. Lestait la cpiestion, plus malaisée à résoudre, de l introduction de nouveaux règlements. Le 7 août 1702, celui qui l’avaitsoulevée, appuyé par plusieursdeses collègues, en nantit leConseil.

« Bibliothèque. M. le premier syndic a rapporté que plusieurs désirans que l’on fît de nouveaux règletnens pour la direction de la Bibliothèque, mise à présent en bon état, il était à propos de prendre des précautions pour cet établissement et (pie chacun contribue à son augmentation. M‘ l’ancien syndic Chouet a ajouté que l’on pourrait examiner les règletnens de Zurich et de Berne, que l’on estimait être fort bons, et enfin que l’on pourrait établir deux directeurs de céans et autant des Deux-Cents, dont l’un serait avocat et l’autre médecin, outre ceux qui sont établis par la Vénérable Compagnie. Dont opiné, il a été dit que Messrs les scholarques examinent avec les spectables Professeurs les susdits règlemens et la proposition faite par ledit noble Chouet et rapportent 2. »

Il ne s’agissait rien moins, comme on voit, que de laïciser, par la création d’une commission mixte, la direction supérieure de 1 institution, jusquelà exclusivement aux mains des ministres. La Compagnie avait été préparée

1 Reg. Comp., 29 sept. 1699 : « M r le Recteur a proposé si, Hans les Assemblées Académiques qui se « tiennent de temps en temps de Messrs les Scholarques avec Mess rs les Recteurs et Professeurs, le Rec- « leur doit laisser résoudre et conclure quoy que ce soit, sans le rapporter auparavant à la Compagnie « qui en doit avoir la première connaissance, lorsqu’il s’agira de quelque changement ou de quelque nouvel « établissement dans l'Académie ou autre affaire qui mérite délibération dans la Compagnie. Avisé de « s’assembler après fériés pour en parler. »

2 juillet 1 717 : « M. le Modérateur a ajouté s’il ne conviendrait pas que Mr le Recteur et Messrs les h Professeurs priassent les Membres du Conseil qui se trouvent dans l’Assemblée Académique de ne « pas proposer au Conseil ce qui est délibéré dans la dite Assemblée avant qu’on en eût parlé dans notre a Compagnie. Sur quoi étant opiné, l’avis a été qu’on trouve cette proposition juste, qu’on l acceple et « qu’on pi ie M1' le Recteur de s’en souvenir principalement dans les affaires un peu importantes, comme « le sont toutes celles dont le Conseil devra opiner. On a résolu de tenir cette délibération secrète. »

2 Reg. Conseil, addiem.

REORGANISATION DE I.A BIBLIOTHEQUE

à ce nouveau coup par une dernière proposite de Sénat académique, formulée devant le Deux-Cents, par l’ancien syndic et scolarque De la Rive Elle protesta contre la dépossession dont on la menaçait, citant d autres bibliothèques dirigées par l’autorité ecclésiastique b Mais elle n’était pas assez unanime pour empêcher que I affaire, renvoyée à l’Assemblée académique, n’eùt pour suite l’adoption d’un projet dérèglement, soumis parChouet aux scolarques et aux professeurs, et son approbation définitive par le Conseil1 2 3 4.

Les premiers représentants du Conseil des Deux-Cents nommés « directeurs de la Bibliothèque » furent Jacob de ISormendie, désigné à titre d’avocat, et Daniel Le Clerc, élu comme médecin. La Compagnie délégua pour sa part Louis Tronehin et, pourvoyant aux fonctions de bibliothécaire, adjoignit à Minutoli, déjà précédemment choisi par elle avec I agrément de Messieurs, le pasteur Jean Sartoris, (ils de son prédécesseur dans la chaire de Belles-lettres. La commission, désormais complète, composée des seigneurs scolarques, du recteur, des directeurs et îles bibliothécaires, prêta serment devant le Conseil d observer les Règlements b

L’augmentation du budget ordinaire des recettes fut demandée à une taxe de dix écus sur chaque admission à la bourgeoisie. Dès lors, pour devenir Genevois, on donna, outre la somme fixée par le Conseil, non seulement, comme il était de tradition ancienne, un fusil pour l’arsenal et un seillot à incendie, mais des livres pour la Bibliothèque. On décida de s’adresser également à la générosité éclairée des particuliers. Grâce aux efforts de Ghouet, l’usage s’établit que, chaque année, les conseillers nouvellement élus au Deux- Cents fissent une largesse collective à l’institution dont la ville était fière. De plus, selon le précédent créé par le fondateur de l'Ecole, les notaires lurent invités à rappeler aux testateurs qu’on peut servir sa patrie même par delà le tombeau en augmentant les sources de son développement intellectuel. Et ce ne fut pas en vain5. La bibliothèque fondée au XVIe siècle, qui comptait environ 3000 volumes, s’accrut de la sorte, pendant le premier quart

1 Reg. Conseil, 5 juin 1702.

2 Ibid., 26 août 1702.

3 Ibid., 25 sepl . 1702.

4 Ibid .. 29 et 30 sept ., 2 oct. 1 702.

“Ces dernières mesures furent prises par le Conseil , sur l'initiative de la Compagnie, dès 1699. ( Reg. Comp., 22 et 27 sepl. 1699, Reg. Conseil, 23 septembre.)

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

du XVI 1 1* , de 7000 acquisitions. Deux catalogues, l’un « selon les Facultés, » l’autre par ordre alphabétique, furent demandés à Minutoli et à Sartoris, et bientôt achevés par leurs soins. Enfin, dès le printemps de 1703, la salle de consultation, désormais accessible aux étudiants comme aux professeurs, fut ouverte au public, une fois la semaine1. On y plaça les portraits, conservés dans les familles, des réformateurs et des grands hommes de Genève. Et la bibliothèque de l’Ecole, devenue la chose de tous, prit le nom qu elle porte encore aujourd’hui de Bibliothèque publique .

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