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II. EXAMEN DES ORDONNANCES DE l’aCADÉMIE. DEVELOPPEMENT DE

l’enseignement DES SCIENCES.

En même temps cpi’il provoquait la réorganisation de la Bibliothèque, Chouet entendait mènera bien, également avec l'aide d Alphonse Turrettini, une réforme scolaire. Pour tout ce qui concernait les classes du Collège, les mesures furent relativement faciles, sinon à faire exécuter, du moins à faire proposer et, selon les cas, adopter aux séances de l'Assemblée académique. Des fonctionnaires de l’enseignement secondaire le Principal seul, un principal âgé, souffrant et mûr pour la retraite, assistait aux délibérations. Lorsque le tour fut venu de l’enseignement supérieur, Fauteur de la motion dut demander à plusieurs reprises qu'on passât « à I examen des ordonnances de l’Académie2, » et finalement, le 7 juin 1703, brusquer l’entrée en matière en parlant au nom du Conseil. Les registres du Sénat académique permettent, cela va sans dire, beaucoup mieux que les notes administratives des secrétaires du Conseil ou de la Compagnie, de se faire une idée du but poursuivi par Chouet. Nous n'hésitons pas à leur faire de larges emprunts. Voici, pour commencer, comment fut introduite la délibération sur F Académie.

ci A l’égard de l’Académie supérieure, Mons' le Syndic a rapporté que le Magnifique Conseil souhaitait qu’on examinât premièrement à l’égard de la Philosophie, si l’on ne pourrait rien changer à l’égard des matières qu’on y traite en abrégeant

1 Reg. Sénat arad., 6 fév. 1703.

2 Ibid., 30 nov. 1701, 14 août 1702.

EXAMEN DES ORDONNANCES DE L’ACADÉMIE

plus qu'on n’a encor fait la Logique, et en retranchant toutes les questions scholastiques, qui ne sont plus d’aucun usage, etqui sont généralement méprisées. En ne parlant plus aussi de toutes les questions Péripatéticiennes qui s’étaient glissées dans la Physique, et laissant aussi en arrière les matières que les Ecoliers peuvent lire dans les livres imprimés après qu’ils ont achevé leur cours de Philosophie. »

« Que les Mathématiques, ayant un aussi grand rapport qu’elles ont avec la Philosophie, étant d’un usage autant étendu qu’elles le sont, et enfin les différentes sciences qu elles renferment étant autant estimées et cultivées qu’elles le sont aujourd’hui, il y avait lieu d’examiner s’il ne serait pas à propos de les enseigner publiquement dans notre Académie. »

« A I 'égard de la Théologie : Ou’il faudrait examiner si deux Professeurs en

Théologie ne seraient pas sufïïsans dans la suite, surtout y ayant un Professeur en Histoire Ecclésiastique. »

« Enfin Mr le Syndic a rapporté que le Conseil trouvait que, pour faire fleurir cette Académie, il serait à souhaiter que l’on soutint plus souvent (pi on ne fait des Thèses publiques ; Et (pie l’on examinât s’il n’y avait point trop de vacances, soit dans le Collège, soit dans l’Académie. »

« Mr le Syndic demandant ensuite à Mess18 les Professeurs s’ils n’avaient point d’autres propositions à ajouter à celles (pii ont été laites en Conseil, M‘ le Professeur Pictet a proposé qu’il y eût une Classe, dans le Collège, où l’on enseignât l’Arithmétique, quelques principes de Géométrie et a tenir les livres. »

« M' le Professeur Mi nu toi i : Que, dans la môme Classe, on y enseignât le dessin. »

» M' ie Professeur Mussard : Que, pour rendre les disputes publiques plus fréquentes, il fût ordonné de ne soutenir que des placards. »

« Il a été résolu d’opiner sur toutes ces propositions dans les Assemblées suivantes, et de commencer par celles qui regardent la Profession en Philosophie 1. »

L’examen des différents enseignements, les dépositions, parfois les plaidoyers pro do ni o, de leurs titulaires, fournissent des renseignements précieux sur 1 état des études, à Genève, en 1703.

(( Examen de la Profession en Philosophie. Monsieur le syndic Chouel ayant mis sur le tapis les Propositions qui regardent la Profession en Philosophie, pour être examinées suivant ce (pii fut convenu dans la précédente assemblée, il a été trouvé à propos d’entendre premièrement là-dessus Messrs les Professeurs en Philosophie ; lesquels ont fait un petit détail de la manière dont ils enseignent les cinq parties de la Philosophie dont ils sont chargés, savoir la Logique, l’Ontologie, la Pneumatologie, la Morale et la Physique, de chacune desquelles ils avaient

1 Rog. Sénat acad., 5 juin 170.'i.

LE SfECLE DES PHILOSOPHES

retranché tout ce qu'il y avait de questions scholastiques inutiles et hors d'usage, et ne s’étaient attachés qu’à ce qui pouvait former l’esprit et l’orner de connaissances utiles, agréables et qui peuvent avoir de l’influence dans la Théologie, la connaissance de la Religion et dans les autres sciences ; de sorte qu’il ne leur paraissait pas qu’il y eût des changemens à faire à leur méthode; Que les disputes, de la manière qu’elles sont établies, étant très utiles, et personne ne pensant à les retrancher, l’on ne pouvait pas se dispenser, dans la Logique, de donner une idée un peu exacte de l’argumentation et, dans la Physique, de s’arrêter quelque temps sur les questions générales de la matière, la divisibilité, l’espace, le vide, etc. d’oii les Ecoliers tiraient la plus grande partie de leurs objections; Que, comme l’on traitait fort au long la Physique particulière, que l’on enseignait fort exactement ce qui a rapport à l’Astronomie, que l’on se disposait à faire à l’avenir plusieurs observations sur les vieux, que l’on avait toujours fait et que l’on faisait actuellement les principales expériences qu’on a accoutumé de faire en Physique, et qu’on était dans l’intention d’en augmenter encor le nombre dans la suite, il ne paraissait pas non plus qu’on pût abréger considérablement aucune partie de la Physique, ni en traiter aucune d’une manière plus étendue, surtout l’espace d’une année, que l’on employé à enseigner la Physique, étant fort court par rapport à l’étendue de cette science qui augmente tous les jours par les nouvelles découvertes qui se font dans la nature. Que, comme Mess1" les Professeurs en Philosophie avaient été chargés depuis deux ans par la Vénérable Compagnie d'enseigner la Morale et qu’ils traitaient de cette science dans l’année qu’ils enseignent la Logique et l’Ontologie, ou la Pneumatologie, il leur était impossible de ne pas traiter la Logique d’une manière fort abrégée, et de nepas passer, encor plus légèrement qu’ils n’ont fait par cy devant, sur toutes les matières que l’on pourrait juger être les moins essentielles a former l’esprit, et à le rendre capable de pénétrer dans les sciences. Qu’ainsi, à moins que cette Assemblée n’eût de nouvelles lumières à leur donner, lesquelles ils se feraient toujours beaucoup de plaisir de suivre, ils ne voyaient pas qu'il y eût de changement à faire dans la manière dont ils enseignent la Philosophie. »

« Mons'le Syndic Chou et faisant ensuite opiner sur la représentation de Mess1" les Professeurs en Philosophie ; l’Assemblée a témoigné qu’elle était contente de leur méthode et de la manière dont ils traitaient les matières qui font l objet des différentes parties que renferme la Philosophie. Qu’ainsi, puis qu’ils remplissaient le plan selon lequel cette assemblée souhaitait que la Philosophie fût enseignée dans l’Académie, on laissait à leur prudence de s’arrêter plus ou moins à l’explication des différentes matières, selon qu’ils le jugeraient à propos h »

Les deux professeurs de philosophie, Léger et Gautier, étaient carté-

1 Fïeg. Sénat aead., 3 juillet 1703.

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siens. Et, si Chouet pouvait désirer de les voir réduire autant que possible le nombre des heures qu'ils consacraient à la logique et aux généralités, il n’était point en désaccord avec eux sur le lond même de leur enseignement. Bien que déjà promu aux cours de théologie en 1GG9, Antoine Léger avait été de la première génération de ses étudiants. En IG71, il avait soutenu publiquement, sous sa présidence, des thèses de logique, de métaphysique et de physique1. Sans abandonner la carrière pastorale, il avait dès lors lait de la philosophie son étude de prédilection. C’est de la sorte qu’en 1G86, lorsque la chaire de Chouet était devenue vacante, il avait pu rallier tous les suffrages nécessaires pour son élection.

Elève de Léger, Jean-Antoine Gautier, lils d’un conseiller secrétaire d’Etat, puis syndic, était le parent et le protégé de Chouet lui-même. En I G92, âgé de dix-huit ans seulement, il avait débuté sur la scène académique en soutenant des thèses de son professeur sur la lumière2. La même année, il était parti pour l’Université de Bâle dans le but d’y poursuivre des études de droit, puis, la seconde chaire de philosophie étant devenue vacante par suite du décès de Pucrari, il avait changé d’objet et soutenu, cette fois sans président, de nouvelles thèses philosophiques, dédiées aux pasteurs et professeurs de Genève3 ; après quoi, compta n t évidem ment sur quelque grâce d’état, il était revenu, malgré son extrême jeunesse, poser sa candidature à la chaire au concours. 11 commença en effet de disputer, en juin IG93, avec d’autres prétendants. Et, comme il était décidément bien difficile à ses protecteurs de faire passer ses dix-neuf pri n temps devant les lustres de celui, ou de ceux, que la Compagnie était en droit de lui préférer, le concours, nonobstant l’avis des ministres, lut ajourné, « au siqet de la misère du temps, indéfiniment, et pour le moins d’une année. » C’est ainsi que s’exprime le secrétaire d’Etat, qui n’était autre que Pierre Gautier, père du principal intéressé4. Deux ans plus tard, le candidat de Messieurs ayant, non pas atteint sa majorité, mais du moins complété ses études cartésiennes à Paris et en Hollande, on voit le

1 Tlieses philosophie æ </utis, f avenir Deo. suit pnesidio J llobe.rti Chouëli, Philosophai’ Professons pu- Itlico examini suhjiciet Anthonius Legeais, Genevensis. Author et Hespondens ; in-4, Genève, I 67 1 .

2 nisputatio phy.sica de lumiue : in-4, Genève, 1092.

s Thèses ex universu philosophie depromptie : in-4, Bâle, 1693.

4 Reg. Conseil, 4 août 1693. Vf. Ibid-., 26 juin et 4 juillet. Nous avons donné plus liant, p. 423, un facsimilé du programme rectoral par lequel le concours avait été ouvert.

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

concours se rouvrir et se terminer, après de nouveaux délais, dûs à la ténacité de compétiteurs, dont l’un est solidement apparenté dans le Conseil, par la nomination de Jean-Antoine Gautier L Cette nomination est évidemment due à I influence, déjà considérable, de Chouet sur la Seigneurie. Le laïque qui entrait de la sorte dans le corps académique était, cela va de soi, moins exposé que son maître, Léger, à se laisser dominer par l'opinion des ecclésiastiques. Lieutenant désigné de son protecteur, il y fut son successeur véritable.

Le but que le seolarque réformateur se proposait, en 1703, en formulant ses desiderata sur l’enseignement de la philosophie, était de rendre possible la création d'une chaire de mathématiques. Après la délibération qu’on a lue, il reprit la parole à ce sujet et fut appuyé par les deux professeurs.

« Proposition sur l’ établissement d’une Profession en Mathématique. Monsieur le Syndic, ayant ensuite souhaité que l'on opinât sur la proposition qui regarde l’établissement d’une Profession en Mathématique dans l’Académie, a voulu, a cause de la grande liaison qu’ont les Mathématiques avec la Philosophie, savoir premièrement le sentiment de Messieurs les Professeurs en Philosophie sur l’utilité de la dite Profession ; lesquels ont fait voir qu il était impossible cl’entendre médiocrement la Physique, sans quelque teinture de Géométrie, et qu’on ne pouvait pas pénétrer dans la connaissance des causes des belles découvertes que l’on a faites il a ns les ci eux, sur le mouvement des animaux, sur la pesanteur, etc., sans avoir une assez grande connaissance de la plupart îles sciences que les mathématiques renferment ; Que, le but de la véritable Logique étant de rendre l’espritjuste et pénétrant, rien n'était plus propre à produire ce bon elfet que la connaissance de la Géométrie, qui, par l’évidence de ses vérités, accoutu me l’esprit a ne se contenter que du vrai, et par la grande attention qu’il fautapporter, pour les comprendre, aux démonstrations quelle renferme, augmente l’étendue de l'esprit et le rend capable de connaître les vérités les plus composées et les plus difficiles. Que les Mathématiques n’avaient pas leur usage seulement dans la Philosophie, que leur utilité s’étendait presque sur tous les arts, que la connaissance de l’Architecture et surtou t des Fortifications, qui sont des parties des Mathématiques, était très nécessaire aux citoyens de cette ville ; Qu’en général toutes les sciences des Mathématiques étaient du goût des étrangers, et qu’on s’y appliquait aujourd’hui par tou te l’Europe avec grand soin. De tout cela ils ont conclu que l’établissement d'une profession

1 Reg. Conseil, 22 et 28 mars, 12, LJ et 30 a vril , 25, 27 mai et 1 juin 1695, 19 et 26 février. 7 avril . 1 6 mai. 27 juin, 7 et 12 sept. 1696. Cf. Alfred Gautier, Notice sur la rie et les écrits de Jean- Antoine Gautier; Genève, 1868. et Edouard Favre et Victor van Berehem, t. icuere historique de Jean- Antoine Gautier; Genève, 1897. (Extrait du tome I de l’édition critique de 1 Histoire de Généré. )

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en Mathématique ne pourrait être que très utile à cette ville, qu’augmenter la réputation de notre Académie, et qu’y attirer des étrangers ; One notre ville n’est pas dépourvue de personnes très propres à enseigner avec honneur les mathématiques, puis que Mons' Jalabert, qui les enseigne depuis plusieurs annéesen particulier, a lait voir qu’il avaiL pour cela tout le savoir et toute l’habileté qu’on pouvait souhaiter; Qu’ainsi, si le Magnifique Conseil voulait qu’il enseignât publiquement les Mathématiques, il ferait une chose qui à tous égards serait très avantageuse à la Ville et à l’Académie. »

« Toutes ces réfléxions, approuvées par l’Assemblée, et d’autres que Mess1' les Scholarques, Mons1 le Recteur et Mess1'5 les Professeurs y ont ajoutées, ont déterminé l’ Assemblée à former cetavis unanime, qui sera ensuite porté au Magnifique Conseil et à la Vénérable Compagnie ; Que, les Mathématiques étant autant utiles et d’un goût autant général quelles le sont, une Profession publique en ces sciences serait très avantageuse et très honorable à cette Ville ; Et que Monsr Jalabert a fait voir depuis très longtemps qu’il avait toutes les qualités nécessaires pour remplir avec honneur un semblable emploi . »

La Compagnie ratifia la proposition présentée à I unanimité par P Assemblé ;e académique. Toutefois la nomination, par le Couse i I , du candidat recommandé à Messieurs, le IG juillet 1703, n’eut lieu que l’année suivante, délai <pii donne à supposer de longs pourparlers derrière le rideau.

On peut juger de l’entente complètequi régnait, entre le scolarqueChouet et le recteur Turrettin, au sujet des réformes à introduire dans renseignement philosophique et du développement à donner aux sciences exactes, par le passage suivant, que nous traduisons du discours rectoral prononcé aux promotions de 1704. Cette profession de foi cartésienne, hardie et retentissante, faite à Saint-Pierre, un siècle après la mort de Bèze, mérite à tous égards d’être relevée.

« Heureuse, trois fois heureuse notre époque, où l’on dit un dernier adieu aux subtilités de l’Ecole pour s’attacher à une œuvre plus réelle, pour marcher au vrai par un chemin plus droit ! L’ancienne philosophie non seulement était inutile au progrès des autres disciplines, mais arrêtait l’esprit dans son essor, le faussait. La nouvelle au contraire étend au loin son influence fécondante sur tous les arts et toutes les sciences. Sans elle aucun accomplissement, et presque aucun résultat heureux, ne peut être espéré des autres études. Est-ce à dire qu’il ne reste pas encore dans nos méthodes des vestiges du passé, qui sont d’une utilité sinon nulle du moins très discutable et qu’on pourrait, soit faire disparaître complètement, soit au moins réduire beaucoup ? Nous posons cette question aux maîtres qu elle

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concerne, la soumettant encore et toujours;'! leur examen attentif. Qu’est-il besoin, je le demande, quelle que soit la discipline à laquelle on veuille s’appliquer, de tout ce qu’on apprend à l’ordinaire dans les cours de Logique? A quoi bon toutes ces questions sur les universaux, les prédicables, les catégories et autres ? A quoi servent tant d’ingénieuses dissertations sur l’argumentation et les figures syllogistiques? Il n’est pas un savant, s’il est sincère, qui ne reconnaisse par sa propre expérience que tout cela est aussi inutile dans la poursuite des autres connaissances que dans la conduite de la vie. C’est pourquoi, si ces choses ne doivent pas être absolument étrangères à un homme instruit, ce que je concède volontiers, il ne convient pas de l’y arrêter longtemps au détriment des utiles. Il faut leur accorder un coup d’œil, — pour nous servir d’un mot de Sénèque, — mais un coup d’œil seulement, un salut du seuil de la maison, à cette seule fin qu’on ne nous paie pas de mots et que nous ne puissions croire qu’il y a en elles quelque vertu secrète et considérable. Veut-on les meilleurs préceptes qu’ait trouvé la raison humaine ? Qu’on lise cette courte, mais considérable, mais incomparable, mais royale dissertation de la Méthode de Descaries. Et si l’on n'en retire pas plus de fruit que de toutes les spéculations de la logique vulgaire, je veux perdre ma cause et qu’on m’accuse de chicane. Voulez-vous aiguiser votre esprit, augmenter sa capacité, le rendre vraiment exact et précis dans la recherche? Allez aux mathématiciens, allez aux géomètres, et livrez-vous à leur discipline. Là est la véritable logique, la véritable école du raisonnement. Sur ce point s’accordent la plupart des philosophes de notre temps. C’est pourquoi aucune création ne sauraitêtreplus utile pour notre Académie qu’une chaire de Mathématiques. L’Assemblée académique et la Vénérable Compagnie l’ont reconnu, d’une voix unanime, et nous faisons des vœux pour que le Magnifique Conseil, avec son bon vouloir accoutumé, en veuille décréter sous peu l’établissement. Un dernier progrès serait la suite de l’abandon, ou au moins de la réduction au strict nécessaire, du vieil héritage scolastique. On s’occuperait plus volontiers d histoire naturelle. On ferait plus d’expériences. On apprendrait à mieux connaître la voûte céleste, le règne animal, les propriétés des minéraux et des plantes. Tout le laboratoire de la nature s’ouvrirait aux investigations. Quelle fut, dans ce domaine, l’activité des anciens, les écrits d’Aristote, de Théophraste et de Pline l’attestent. Et parce que toutes ces choses commencent à être cm n n ues aujourd’hui beaucoup mieux et plus exactement, je pense, sauf meilleur avis, qu’elles doivent être enseignées plus largement dans nos écoles l. »

L’enseignement spécial des mathématiques, donné jadis par Jean Fabri, avait été relevé en 1689 par un pasteur de la campagne, spectable Samuel Bernard, qui, ayant commencé en sa maison de Plainpalais « un collège île

1 lu li. Alpha» si Turrettini Orationes, V. De studiis emendandis et promovendis ; iu-4, Geuève, 1711

EXAMEN DES ORDONNANCES DE R AC AD KM 1 E

mathématiques, » avait sollicité du Conseil l’autorisation « de faire des exercices publics dans l’Auditoire de philosophie. » Il avait obtenu l’objet de sa requête, mais « sans aucune conséquence pour l’attribution de privilège, de tiltre, ny de gage '. » Samuel Bernard, qui n’est autre que le grand-oncle de Jean-Jacques Rousseau et dont le nom est passé à la postérité par les souvenirs, quelque peu brouillés, que hauteur des Confessions y a consignés sur la famille de sa mère, avait évidemment le dessein d’entrer à l’Académie par le chemin du professorat honoraire 2. 1 1 vit son plan traversé par les plaintes, plus ou moins spontanées, de paroissiens négl igés et vraisemblablement aussi par celui d’un compétiteur beaucoup plus jeune et qui, ayant pu profiter des leçon s de Chouet, devait obtenir son appui. Ce compétiteur était Ktienne Jalabert. Né en 1658, à St-IIi ppolyte en Languedoc, Jalabert était venu pour ses études à Genève3. Devenu pasteur, il exerça le ministère pendant quelques années en Vivarais, puis revint dans la ville du refuge, en 1685, au début des persécutions qui devaient aboutir à la révocation formelle de 1 Ldit de Nantes. Dès lors, il s était « appliqué à y enseigner en particulier la philosophie et les mathématiques avec succès et approbation ‘. » Mais ceci ne pouvait suffire à rallier sur le nom d'un étranger, d’aussi récente venue, les suffrages nécessaires pour être agrégé à l’Académie. Il eut la sagesse de briguer, le bonheur d’obtenir, celui de MichéeTronchinetd’épouser, en 1699, la « demoiselle fille de Monsieur le pasteur et professeur Louis Tronchin » et la cousine de Robert Chouet. Aussitôt on assiste à sa réception comme bourgeois, gratuitement, en considération de ses succès philosophiques et autres, et. lorsqu’il s’agit de créer la chaire qu’il ambitionne, il est le candidat préféré d’une puissante famille. Ce mathématicien ministre se trouve dès lors, à tant de poi nts de vue, sur le seuil de la maison qu’il n’est pas étonnant de rencontrer son nom dans la bouche de Robert Chouet, en 1 703. Il est évident par contre que le Conseil estloind’êtreaussi unanimeàson sujet que h Assemblée académique. Lorsque Chouet lui présente la candidature de ce nouveau cousin, il opine « d’en déli-

1 Voir, plus haut, p. 400, note 0. Cf Reg. Conseil, I 1 mars 1090.

2 Cf Louis Dufour- Yernes, Les ascendants de J. -J. Rousseau. (Bulletin de l’Institut genevois, XXX ; Genève, 1890, p. 452 ss.)

3 II s’est inscrit au livre du Recteur, le 10 novembre 1079, sous le rectoral de Chouet.

4 Alfred L. Covelle, Le Livre des Bourgeois, p. 389 s.

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bérer après les fériés, » ce qui est la formule consacrée pour passer à l’ordre du jour sur une question scolaire.

Déj à en 1701, la Chambre des fortifications avait proposé au Conseil des Deux-Cents que l’on fît un Professeur en mathématiques b Et l’on peut conjecturer que le candidat que plusieurs avaient en vue était l’un ou l’autre des frères Katio de Duilliers. L’aîné, Jean-Christophe, un futur membre de la Société royale de Londres, avait en effet rendu des services à la ville comme ingénieur desfortifications, puis dressé, en 1699, une carte du lac de Genève. Le second, Nicolas, déjà célèbre, songeait à quitter l’Angleterre, qu il habitait ordinairement et où Turrettini l’avait connu et fréquenté. En 1693, ce dernier, dans ses lettres, l’avait chaudement recommandé pour la chaire de philosophie, alors vacante et qu’il ne pouvait supposer réservée à Gautier2. Certes l’ami de Newton et de Cassini n’eût pas fait mauvaise figure dans l’Académie où son propre maître cherchait à développer l’enseignement scientifique. Fut-il question île lui, cette fois, encore? On en trouvera peutêtre un jour le témoignage positif. Pour le moment, nous devons nous borner à constater que les circonstances et les termes de la nomination de Jalabert indiquent clairement, aux yeux de qui sait lire, un défaut d unanimité dans le Conseil. La preuve en est non seulement le retard que subit cette nomination, mais le fait qu’en dépit de tant de résolutions sur la nécessité d’une création de chaire, Jalabert fut nommé à titre honoraire, sans gages, et simplement autorisé à faire des leçons publiques3. Il saisit la première occasion d’échanger cette situation précaire contre une autre, qui devait être la succession de Léger à la chaire de Philosophie ( 1713). Il l’obtint sans peine, « vu ses lumières et son expérience dans cette partie et, — ainsi verbalise le secrétaire du Conseil, — en considération de son alliance dans une famille considérable4. »

Le progrès que Chouet entendait faire réaliser à l'enseignement des sciences devait nécessairement conduire à la transformation en une faculté spéciale du degré intermédiaire de Philosophieet Belles-lettres, qu’on a vu s’établir au commencement du siècle précédent, par suite de la déchéaneedes études hel-

1 Reg. Conseil, 4 janvier 1701 .

2 E. de Budé, Vie de J. -A. Turrettini ; Lausanne, 1880, p. 27.

3 Reg. Conseil, lG juillet 1703, 23, 27, 28 juin et 19 août 1704.

4 Reg. Conseil, 1 juillet 1713. Cf. Grenus, Fragmens, II, 247

EXAMEN DES ORDONNANCES DE L’ACADÉMIE

léniques. Il eut I idée de provoquer la substitution à la chaire de Grec d’une chaire d’humanités et d’obliger les écoliers sortant du Collège à suivre, pendant deux ans, les leçons du titulaire, avant de se présenter à l’auditoire de Philosophie. On en trouveleprojet formulédans leplan de réformesqu’il proposa, au nom du Conseil, à l’Assemblée académique Lorsque cette assemblée en vint à l’examen de la Profession en Grec, le 4 septembre J 703, la proposition fut amendée, par l un de ses membres, dans le sens d’une mod ification moins profonde de l’état de choses existant. Toutefois le principe, gros de conséquences, de la subordination des études littéraires aux études philosophiques lut consacré.

« Examen de la Profession en Grec. Ensuite l’on a continué l’examen des Propositions (pii regardent l’Académie et l’on a commencé parla Profession en Grec ; sur laquelle on a fait diverses réflexions, après avoir ouï Mons' le Professeur Minutoli tpii a informé cette Assemblée de la manière dont il enseignait, en donnant deux des leçons publiques qu’il fai Lia semaine au grec, et les deux autres au latin, faisant expliquer l’Iliade d’Ilomère à ses Ecoliers, les interrogeant, et leur faisant faire les particules et avancer chemin autant qu’il lui est possible. Pour le latin, Mr le Professeur Minutoli a dit qu’il donnait l’explication des Odes d’Horace, les faisant interpréter aux Ecoliers, et faisant ensuite lui-même les remarques de littérature qui se présentent à faire, et qu’à chaque leçon il faisait du moins expliquer une ode ou deux; Qu’au reste il exhortait les Ecoliers à faire des harangues le plus souvent qu’ils pourraient. »

« M1 * * * le Syndic ayant en suite demandé à M. le Recteur et à Mess1'8 les Professeurs s’ils n’avaient aucune proposition nouvelle à faire sur les change mens qu’il y aurait à faire dans cette Profession pour la rendre plus utile, Monsr le Recteur a proposé : Que Mr le Professeur Minutoli expliquât difïerens auteurs latins, tantôt un poète, tantôt un historien; Qu’il fit faire à ses Ecoliers dans la lecture des auteurs soit grecs, soit latins, autant de chemin qu’il serait possible; Qu’il fût prié de donner une heure en particulier, comme il avait accoutumé de faire autrefois. »

« Mr le Professeur Tronchin : Que toutes les leçons publiques fussent sur le grec, et les particulières partie sur le grec, partie sur le latin. »

« M1 le Professeur Pictet : Que l’on lût beaucoup, sans faire que peu d’observations critiques. »

« M' Turrettin, Professeur en Hébreu : Qu’à cause de la faiblesse des Ecoliers,

1 Première partie, relative au Collège : « Qu’afîn que les Ecoliers ne sortissent pas trop jeunes du Col-

« lège, il serait à propos d’établir une personne qui aurait le titre de Professeur en humanité, et qui cepen-

« dont en t rerai t deux fois par jour, comme les Régens, sous lequel les Ecoliers sort a nt du Col lège sera ie ni

« obligés d’aller pendant deux ans, avant que d’entrer en Philosophie. » ( Reg. Sénat acad. , 5 juin 1703.)

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ou prît autant qu’il se pourrait des auteurs en prose, pour leur faire lire beaucoup à chaque leçon, et qu’on les exhortât à se préparer sur ce qui doit être lu. »

« Mr le Professeur en Grec : Qu’à cause du peu de goût qu’ont la plupart des Ecoliers pour l’érudition grecque, l’on doit continuer de donner deux leçons publiques su r l’érudition latine, et qu’au reste il offre, comme il a toujours offert, de faire autant de leçons particulières la semaine qu’il en fait de publiques. »

« Monsr le Professeur Léger : Que pour tirer quelque utilité de la Profession Grecque, il faudrait chaque jour, au lieu d’une heure, en donner trois ou quatre aux écoliers, ce qui ne se pouvait faire, M1 le Professeur en Grec étant Ministre. » « Le Professeur Gautier : Que l’on fit un Règlement par lequel on obligeât les Ecoliers, lorsqu’ils sortent du Collège, d’étudier une année sous Mr le Professeur en Grec, avant que d’être admis aux leçons de Philosophie. »

« Monsr le Syndic ayant fait ensuite discuter cette dernière proposition, elle a été approuvée sous ces conditions : Qu’afin que les Ecoliers fussent occupés, ils profiteraient de l'offre deM‘ le Professeur Minutoli, en fréquentant les leçons qu’il ferait en particulier ; Qu’ils seraient obligés chacun de faire, pendant le cours de l’année, trois ou quatre déclamations publiques et d’apprendre les principes de la Géométrie : Qu’en (in ils ne seraient point admis en Philosophie, qu’ils n'eussent été examinés sur le grec et sur les principes des mathématiques, au cas que l’on vienne à en établir une Profession publique b »

1 Dans la harangue déjà citée, sur la réforme des éludes ( De studiis emendandis ), Alphonse Turrelliui expose en ces termes le point de vue auquel il s’est placé : « 11 faut que celui qui a donné son nom au « Recteur et aux Muses consacre une activité nouvelle, de nouveaux efforts aux belles- lettres, et que, a vaut « d’être promu aux disciplines supérieures et à la philosophie, il vive pendant une année au moins dans n l’intimité des poètes, des orateurs et des historiens. C’est à peu près dans ce sens que s’est prononcée, « cette année, par une sage inspiration, notre Assemblée académique. De la sorte l’esprit se perfectionnera « par la lecture des auteurs les plus parfaits et ce qu’on n’avait pu goûter, comme on dit , que du bout des « lèvres, on le savourera à longs traits, on se l’assimilera complètement. On recevra des historiens la « provision d'exemples; des orateurs les ressources de l’éloquence ; des poètes la mythologie, les fleurs « du discours et du style ; des critiques l’expérience des anciens et l’art de bien juger ; de tous la maîtrise « de ces langues qui sont comme le vêtement de toutes les disciplines : le latin et le grec. De que! prix « sont ces choses, quelles jouissances elles procurent, quelles ressources elles assurent , à quelque disci- « pline qu’on veuille se vouer, nul, s’il n est totalement dépourvu de lettres, ne peut 1 ignorer. Je sais « bien que la plupart des auteurs sont traduits en langue vulgaire, quelques uns même si habilement « qu’il semble qu’on ne puisse faire mieux. Cependant, si l’on rapproche ces versions excellentes du « texte original des auteurs, comme elles pâlissent et commencent a déplaire ! Oppido quant jacere atque « surdore incipiu ni ! ainsi que s exprimait Aulu-Gelle au sujet de cert aines traductions latines des poètes « grecs. Je sais aussi que, parmi les auteurs qui ont écrit en langue vulgaire, bon nombre excellent dans « toutes les disciplines. Ma i s ceux- 1 à mêmes ne sont-ils pas les premiers a reconnu a nder avec insistance « la lecture des anciens ? Xe déclarent-ils pas hautement qu’ils n’ont presque rien puisé de bon, si ce « n’est à celte source ?L’espril eu effet ne peut concevoir, ni produire, s il n’est ondoyé, — pour parler « avec un maître de l’élégance, — au fleuve immense et fécondant des bonnes lettres. Ajouterai-je enfin « que posséder la langue latine, c’est disposer de l’interprète et du guide dont le secours est indispen- « sable à qui veut parcourir tous les pays du monde lettré et entrer en relation avec tous les savants, « quelle que soit leur patrie, dont le ministère permet de comprendre sans peine toutes les publications « scientifiques, en quelque lieu qu elles paraissent. C'est pourquoi, si nous ne voulons pas que la baril barie envahisse de nouveau nos études, il nous faut revenir toujours plus complètement à ces pères

EXAMEN DES ORDONNANCES DE L ACADEMIE

Après la mort de Minutoli, mais avant l’élection de son successeur, le règlement sur la « profession aux Belles-lettres » fut remis en délibération et révisé, toujours sur la proposition deCliouet, avec la collaboration active de Turrettini, encore recteur (1709). Les dix-neuf articles, alors adoptés, constituent un enseignement d'humanités dont le caractère complémentaire et intermédiaire est nettement marqué. Le professeur, qui a « l’inspection générale sur les études de ses écoliers, » veille à leur assiduité, surveille leurs exercices, leur sert de guide dans le choix de leurs lectures personnelles, leur en fait rendre compte. Son enseignement quotidien, de quatre heures par jour, porte non seulement sur les auteurs grecs et latins, mais sur l’histoire, la géographie ancienne et moderne, la composition française, l’élocution, la méthode, en un mot sur toutes les connaissances qu’on regarde comme le couronnement d’une instruction secondaire complète et le point de départ d’études supérieures fécondes. S’il est ecclésiastique, les fonctions qu’il peut avoir à remplir dans l’ Eglise passent après ses devoirs professoraux1.

C’était là, sinon une chaire nouvelle, du moins une charge nouvelle. Le

« do toulc notre culture, de toutes nos disciplines et nous tremper non pas aux méandres des fleuves, « mais aux sources elles-mêmes. C’est ainsi qu’on préparera l’esprit des jeunes gens à l’étude subsé- « quente des sciences. »

1 Le règlement ci-dessus, publié par Cellérier dans la notice déjà citée, est conçu comme suit :

« Art. 1. Le professeur aux belles-lettres fera deux leçons par jour, de deux heures chacune, l une le « matin, l’autre l’après-midi, et cela cinq jours de la semaine. «

« Art. 2. Il fera lire et expliquer les anciens auteurs tant grecs que latins, savoir des historiens, des «orateurs et des poètes, et il donnera une idée de l’histoire universelle tant ancienne que moderne. » « Art. 3. 1 .es auteurs qu il expliquera seront principalement ceux-ci : Entre les orateurs ou autres « auteurs en prose grecs, Démosthène, Platon et Lucien. Entre les orateurs latins, Cicéron, Sénèque « Quintilien et Pline-le-Jeune. Entre les poètes grecs, Homère, Hésiode, Pindare et Sophocle. Entre « les poètes la tins, Virgile, Horace, Ju vénal et Perse. E n t re les his loriens grecs, Hérodote, Thueyd ide , ii Xénophon, les vies de Plutarque. Entre les historiens latins, Tite-Live, Tacite et Suétone. On ne lira « pas tous ces auteurs dans la même année, mais tantôt les uns, tantôt les autres, selon que cela sera « réglé au commencement de l’année académique. »

« Art. 'i. En faisant lire ces auteurs, le professeur aux belles-lettres, donnera en peu de mots les éclair- « cissemens nécessaires, soit sur les mots, soit sur les choses, en faisant des remarques de grammaire, « de critique, d histoire, de géographie, de mythologie, selon que l’occasion s’en présentera. »

« Art. 5. Il marquera avec soin l’occasion et le sujet des harangues ou autres traités qu il expliquera , « la méthode que I auteur suit en traitant son sujet, les raisons qu’il emploie, et il fera remarquer les « beaux endroits. »

« Art. 6. Il fera lire beaucoup, ne s’arrêtera que le moins qu’il sera possible sur chaque endroit, et ne « fera pas de digressions inutiles. »

« Art. 7. Les écoliers se prépareront avant la leçon sur ce qui devra être lu, et on les fera lire, tantôt « les uns, tantôt les autres, selon que le professeur le trouvera à propos. »

« Art 8. Le lundi matin el le mardi matin, il expliquera un abrégé fl histoire universelle comme le « Rationanum de Pet au , I abrégé de 1 orsellin , ou tels autres qu il pourra choisir, ou qui I pourra rom-

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

premier cpii eut à s’acquitter de cette tâche fut Antoine Maurice, un réfugié provençal, de famille autrefois genevoise, venu très jeune à l’époque de la révocation de l’Édit de Nantes, devenu I un des plus brillants élèves de l’Académie, puis nommé pasteur en ville en 1704. Pendant son professorat de Belles-lettres (1710-1719), qu’il devait échanger contre celui d’Hébreu et enlin de Théologie, il fut élu, sur la présentation de Leibnitz, membre de l’Académie royale de Berlin. Sous son successeur, le Lyonnais Pierre Cromelin (1719-1739), la durée du stage d’humanités imposé aux étudiants fut fixée à deux ans, conformément au plan de réformes que les circonstances n’avaient pas permis de réalisertoutdesuite dansson entier '. PierreCromelin, successivement pasteur à Dardagny, Cartigny, Saconnex, appelé en ville en 1 7 I H, fut le maître de Charles Bonnet, en I 735et I 730. « C’était, — écrivit plus « tard son élève, — un hom me plein de douceur, d’aménité et de goût, qui sem-

« poser lui-inêine. Pendant une heure, il interrogera les écoliers sur ce qu’il aura expliqué dans sa leçon « précédente, et pendant I autre il expliquera ce qui suit, et sur quoi les écoliers seront interrogés dans « la leçon suivante. »

« Art. 9. Il donnera en même temps les principes de la chronologie, et fera remarquer la situation « des lieux selon la géographie ancienne et moderne. »

«Art. 10. Le lundi après le dîner et le mardi après le dîner, on lira pend a ni une heure d’un historien « grec, et pendant une heure d’un historien latin. »

« On laisse à la prudence du professeur de faire lire l’auteur grec dans une séance et l’auteur latin « dans une autre, ou de mêler comme cela est porlé par l’article. »

« Art. J 1. Le mercredi matin et le mercredi après dîner, on lira pendant une heure d’un orateur ou « auteur en prose grec, et pendant une heure d’un orateur ou auteur en prose latin. »

« Art. 12. Le vendredi matin et le vendredi après dîner, le samedi matin et le samedi après dîner, « on lira pendant une heure d’un poète grec et pendant une heure d’un poète latin. »

« Art. 13. Le professeur aux belles-lettres fera composer de temps en temps à ceux de ses écoliers « qui y seront propres, ou qui se destinent à la chaire on au barreau, de petits discours ou harangues, « soit en français, soit en latin, en leur donnant les sujets II leur dira la manière dont ils doivent s’y « prendre, soit à l’égard des choses, soit à l’égard du style, soit à l’égard de la prononciation. »

« Art. 14. Il aura une inspection générale sur les éludes de ses écoliers, leur indiquera les livres « qu’ils doivent 1 ire en particulier, et leur fera rendre compte de temps en temps de leurs lectures. » « Art. 15. Il pourra faire de temps en temps quelque discours ou dissertation sur des matières de « littérature, comme par exemple lorsqu’on entrera dans 1 Académie, ou lorsqu il commencera à expli- « quer quelque auteur et ces discours tiendront lieu de la leçon. »

« Art. 16. Les écoliers qui sortiront du Collège seront obligés d'étudier un an, sous le professeur aux « belles-lettres, avant que d étudier en philosophie, et ils ne pourront être admis aux leçons de philo- « Sophie qu’après avoir subi un examen qui se fera à la lin de l’année académique. »

«Art. 17. Ceux (pii seront négligents à assistera ces leçons seront remarqués avec soin pour être « censurés par le professeur et même, s’il est nécessaire, par le Recteur et les professeurs. »

« Art . 18. Le professeur aux belles-lettres composera les discours qui seront récités aux promotions « par un écolier de la première classe. »

« Art. 19. Pour pouvoir vaquer entièrement aux fonctions ci-dessus, le professeur aux belles-lettres, h supposé qu’il soit ministre, sera déchargé de toute fonction ecclésiastique. »

1 « Pour les humanités, on a trouvé à propos, que les Ecoliers qui sortent jeunes du Collège y demeurent deux ans, sous Mous1' le Prof1 Cromelin, pour se fortifier. » (Reg. Conseil, 22 mars 1722.)

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