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LES PROFESSEURS NOMMES PAR LE DEUX-CENTS

« leur Auditoire eu ce qu elle donnerait du dégoût à leurs Ecoliers, qu’ils « priaient les Seigneurs Scolarques de représenter leur grief au Magnifique « Conseil. » Ce fut peine inutile. Les examens annuels étaient établis et le restèrent

Les deux professeurs désavoués, dont l’un Pierre Lullin devint conseiller, furent remplacés simultanément en 1757 par Jean-Manassé Cramer, lils du collègue de Burlamaqui, et Jean-Jacques Turrettini, petit-fils de l’hébraïsant et fils d'un syndic. Le premier devait transmettre, de son vivant, sa chaire à son fils, Jean-An toi ne Cramer ( I 789), lequel ne l’occupa que quelques années, avant d émigrer en Angleterre, tandis que celle de Jean-Jacques Turrettini, vacante par suite de son décès en 1 788, était échue à Jacques Le Fort, un parent éloigné du syndic Louis Le Fort, qui avait jadis présidé à sa création.

Aucun des successeurs de Burlamaqui et de Jean Cramer ne s est conquis un nom quelconque dans la science. Il est évident que, dans toutes les nominations des professeurs de droit du XVI IL siècle, la situation de la famille d u candidat a pesé dans la balance de Messieurs du I )eux-Cents beaucoup plus <pie ses titres scientifiques, dont après tout on ne po uvait leur demander de juger en parfaite connaissance de cause. Si la Vénérable Compagnie portait trop volontiers ses suff rages sur îles ecclésiastiques, les Magnifiques Conseils portaient plus volontiers encore, il faut le reconnaître, les leurs sur des lils de syndics. L’enseignement resta, jusqu'à la fin du siècle, dans le cadre qui lui avait été tracé au début. Les traités de Burlamaqui servirent d’abord de base aux leçons de droit naturel, puis, le su jet devenan t sans doute d’une actualité dangereuse, occupa moins de place dans les programmes officiels. La révolution poli tique commençait de le faire sien . Le droit ci vi I remonta d’autant dans l’estime des gouvernants. Mais les leçons en restèrent ce qu elles avaient toujours été, avec cette différence toutefois que l’importance toujours plusgrande que prit le travail de codification des édits de la République, édits dont les recueils réclamés par les citoyens se m u 1 1 i pl iaien t,em pécha les professeurs de trop négliger dans leurs cours, le droit local. Ils l’abordèrent en romanistes, beaucoup plus qu’en disciples de Burlamaqui. Nous savons, par lesnotesde ses élèves, (pie Manassé Cramer, s’efforcait avant toutde trouver dans le Digeste l’explication des lois genevoises.

1 Kég. Sénat acad., 23 juin 1 744, 24 sepl embre el I 4 décembre 1745. Keg. Conseil, 21 septembre.

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

La chaire de Necker qui, étant extraordinaire, lui était personnelle et disparut à sa mort, survenue en I7(i2, fut rétablie en 1788 en laveur de Théophile Martin, un jeune citoyen de mérite, revenu de Gœttingue avec le titre de docteur. Ce dernier essaya d étendre le champ de l’enseignement au droit public comparé, sur lequel les travaux d un autre Genevois, celui-là très mal vu du gouvernement, Jean-Louis De Lolme, attiraient l’attention du monde lettré. Voici ce qu’on trouve à ce sujet dans les registres du Sénat académique:

22 août 1788. « M1 le Premier Scholarque a dit qu’il avait eu la visite de M1 le pasteur Martin, l’aîné, et de M1' Théophile Martin, son fils, citoyen; que celui-ci lui a dit qu'ayant étudié a Gœttinguela partie du Droit qui a pour objet le Droit public, ou le Droit des nations, il y avait été reçu docteur, ce dont il produisait les patentes; qu'il avait ensuite travaillé sur la Diplomatique dans la chancellerie de Berlin ; qu’il venait offrir de donner des leçons publiques sur ces matières dans sa patrie, si les Magnifiques Conseils voulaient rétablir la chaire de Professeur honoraire en Droit public que feu Mr Necker avait autrefois occupée ; que, si cette faveur lui était accordée, il ne négligerait rien pour s’en rendre digne. Mr le Premier Scholarque a ajouté qu’en ayant conféré avec Mrs les Seholarques ses collègues, ils avaient jugé convenable d’assembler le Sénat académique pour l’informer de cette demande et pour avoir son préavis, avant que de la porter en Conseil. »

« Dont opiné, et lecture faite d’une lettre de M1 le docteur Martin qui déclare <pie, si ses offres sont acceptées, il tâchera de rendre ses leçons utiles et intéressantes, en ne se bornant pas strictement au Droit public germanique, tel que l'enseignait M‘ Necker, mais en embrassant tout ce qui regarde le Droit des nations en général ; l'Assemblée ayant aussi considéré le mérite personnel de Mr Martin, les divers témoignages rendus à Gœttingue en sa faveur, les leçons qu’il a données dernièrement avec une grande approbation aux Princes de Hesse- (iombourg pendant leur séjour a Genève, a estimé (pie, s’il convenait pour l’utilité des étrangers, qui viennent faire ici leurs études, de rétablir la chaire honoraire de Droit public, M1 Martin convenait aussi cette place. Mess1" les Seholarques ont été priés de présenterai! Magnifique Conseil ce préavis du Sénat académique, lorsque la demande de Mr Martin y sera portée. »

La nomination ainsi demandée lut faite par le Conseil des Deux-Cents, le 8 août 1788. Mais le temps n’était déjà plus d’étudier paisiblement à I Auditoire le droit des nations. La leçon allait se donner ailleurs. Théophile Martin démissionna en 1795.

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