‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 177 sur 213 · A . TURHETTINI ET SES ELEVES · texte numérisé non relu

A . TURHETTINI ET SES ELEVES

l Histoire Ecclésiastique, lorsqu’un de Messrs les Professeurs en Théologie viendrait à manquer : opiné sur la dite Proposition, elle a été approuvée h »

Nous avons dit comment le pasteur et professeur de philosophie qui demandait que l’enseignement théologique fît une plus large place à la morale fut, quelques années plus tard, désigné comme suppléant à Bénédict Calandrini. Quant à la proposition « mise sur letapis » par le promoteur de l'enquête et approuvée sans discussion, elle lut ratifiée par le Consei I , le 27 juin I 705 , et reçut son exécution en I 705, an moment où s’ouvrit la succession académique de LouisTronehin . Le professeur d l listoire ecclésiastique, qui recuei 1 1 i t cette succession par droit d’accroissement, passade la sorte, sans élection de la Compagnie, au rang de titulaire de la chaire de Dogmatique. Or ce professeur, ou lésait, était Jean-Alphonse Turrettini, celui-là même que nous avons montré non seulement l’élève, mais l’ami, le confident et, dans 1 œuvre de la réforme scolaire, le bras droit de Robert Chouet . 1 1 devait accomplir dans I Eglise, et dans la sphère élevée de la pensée religieuse, la révolution que son ma il re avait provoquée au dehors dans l’enseignement laïque.

On ne s’étonnera pas (pie l’influence de ce maître ait été décisive à cet égard sur le propre fils de François Turrettini, si l'on remarque que le jeune homme, de beaucoup le cadet de son cousin germain, Bénédict Pictct, avait perdu son père à l'âge de seize ans, presque au début de ses études. La première lettre à lui adressée, que nous connaissions, esl de son ancien précepteur, le pasteur réfugié Jean-Antoine Dautun. C’est manifestement la réponse à un éloge enthousiaste des leçons de Chouet1 2. Lorsqu il commença sa théologie, en l()K7, après avoir soutenu des thèses de physique sur la nature des fluides et des solides 3 , son parent Bénédict Pi ctet ne faisait que débuter dans sa chaire, Mestrezat était trop vieux pour faire son cours. Le l héologien que le jeune étudiant entendit parler avec la double autorité de l’âge et du nom fut Louis Tronchin, l’adversaire déclaré des idées qu’avaient si énergiquement

1 Reg. Sénat aead., 2 octobre 1700.

2 fi mars 1686 ( Lettres inédites adressées de UjHti à 1737 ù J .-A. Turrettini, publiées el annotées par Eugène de Budé ; Paris et Genève, 1887, I, 306 ss.). — Jean- Alphonse Turrettini avait élé promu à l’Académie a ux Promotions du \ ma i 1685, (Lirre du Bec leur, p 181.) Il passait pour un entant fl’ une précocité tout à fait extraordinaire.

3 Disputatio physica de fluidorum solidorumque natitra quant Deo benigne jurante sub præsidia J) 1). Antonii Legerii in Ecclesia Pastoris et in Academia Philosophiœ Professons publier rentilanduin proponit /oh. llphonsus Turrettinus ; in-8, Genève, — Samuel de Tournes. — 1687.

LE StECLE DES PHILOSOPHES

soutenues leurs pères à tous deux. En 1691 . il partait pour la France et la Hollande, avec un passeport que Chouet, devenu secrétaire d’Etat, avait signé au nom du Conseil, et, après avoir parcouru à loisir l Europe protestante et séjourné à Paris, il revenait se faire consacrer au saint-ministère (1694-95), puis occuper la chaire d I listoire ecclésiastique, créée pour lui ( 1697). Pendant son voyage, il avait correspondu avec son ancien professeur de philosophie, <lemeu ré le conseil 1er de ses ét udes, et dut à sa recommandation pour le célèbre abbé Nicaise, de Di jon, d’avoir été introduitdans la société lettréede la capitale, notamment auprès du savant évêque d’Avranches, Pierre-Daniel Huet, auprès de Bossuet, de Nicole et de Malebranche '.

La chaire d I listoire ecclésiastique créée pour Alphonse Turrett ini le fut par le Conseil , à titre honoraire, sans 1 i ntervention de la Compagnie, et ne fut pas considérée à l’origine comme une chaire de théologie. 1 1 est vraisemblable <pie l iilée de cette création appartenait à Chouet et qu il la caressait depuis pl u sieurs an nées comme le meilleur moyen de faire entrer rapidement son élève dans le corps académique. Celui-ci avait commencé son stage d’études à I étranger par un séjour de huit mois à Leyde, consacré tout entier aux leçons de Frédéric Spanheim (ils, l’autorité par excellence en ces matières, aux yeux des I héologiens protestants, et couronné par une soutenance de t Pèses sur les variations successives de I Eglise romaine touchant le dogme de 1 infaillibilité2. Lors île l'enquête de 1703, la Profession en Histoire ecclésiastique fut exami née après celle de Droit et donna lieu à l’exposé ci -après.

Examen delà Profession en Histoire Ecclésiastique . « L'on a passé ensuite à l’examen de la Profession en Histoire Ecclésiastique. Quoi qu’il ne parût pas (ort nécessaire d’ouïr M1 le Recteur qui est chargé de ladite Profession, pour savoir de (pi elle manière il enseigne lll istoire Ecclésiastique, puis que cette assem Idée en est parfaitement informée, la plupart de Mess1" les Professeurs se rencontrant ordinairement aux leçons île Mous1' Turrettin, et quantité de gens de iettres en toutes Professions les fréquentant assiduemen t, cependant l’Assemblée a été bien aise de savoir plus particulièrement de la bouche de M' le Professeur Turrettin, tous

1 Lettres inédites. I 285 ss. Cf. plus haut, p. i75.

■ Pyrrhonisntus Pontificats, siee Thèses Tlieologico-Uistoriae de I nrict tioni h n s Pontificioriini circo t'icclesi.r i/t fnll iltili tntem , Leyde, 1692.

Page 1