I . - A . TUKRETT1NI ET SES ELEVES
tion île leur enseignement. Dans tes premiers chapitres de ! h pi Ire aux Domains, le professeur du XVIIIe siècle trouve « un hel abrégé de théologie naturelle h »
Quant à la mét hode même <pie Jean-A Iphonse Tu rretti ni suivait dans ses leçons, nous savons qu’il tenait avant tout à la clarté, à la solidité de ! exposition etqu il ne recherchait nullement l'effet. Sachant, par l’expérience d’une longue carrière d’étudiant, qu’une leçon n’est vraiment suivie d’un bouta l’autre que si la forme, laisséeà l’inspiration du moment, invite l’auditeur à cette collaboration intellectuelle qu'exclut presque toujours le discours rédigé a loisir et lu ou dé lu té, i ! s’astreignait à parler d’abondance. Dans la chaire universitaire, T improvisation méditée, guidée seulement par quelques notes succinctes,est le grand secret du suecèsde la parole. IA ce succès, Turrettini l'obtenait aussi complet qu’on peut le souhaiter. Non seulement ses cours étaient suivis par ses étudian ts, mais ils att iraient la société lettrée, sans qu’on put leur reprocher de s ad cesser à elle au détri ment des études. Le professeur avait une assez haute idée de sa tâche, assez d’empire sur lui-même et sur ses auditeurs de la ville, pour obliger ces derniers à se faire écoliers, s i I voulaient l’entendre. Les notes qu’on prenait à ces leçons magistrales couraient le monde, sous forme d extraits plus ou moi ns corrects. On se permit même de publier en Hollande, sous le nom du maître, un traité de I interprétation des Ecritures qui n’avait d’autre origine et qu’il dut désavouer.
Il apportait un soin tout particulier à la direction des exercices personnels des étudiants, favorisant le plus qu'il pouvait l 'éclosion de la pensée i ndividuelle de chacun et apprenant à ses élèves à mépriser, par dessus tout, la phrase qui n est pas le véhicule d u ne idée.
« Dans les disputes académiques, — nous rapporte l’un des meilleurs de ces élèves, Jacob Vernet, — il laissait aller l’opposant et le répondant aussi loin qu’il était possible, en les assujettissant seulement à argumenter dans les formes : puis, quand le nœud était bien formé, il le déliait avec une ou deux remarques, solides et satisfaisantes. Il exhortait les étudiants à bien pousser les objections commu-
1 /// Pauli upostoli ad Romanos Epistolie capila .1 /. Pnvlectiones cnticæ, theolagiae et concionalort;c. Opus posthumum Joh Alphonsi Turrettini; in-4, Lausanne et Genève, 1741 Coiniiienlarias Theoreticii- Practicus la Epistolas Onu Pauli ad Thessalonicenses. Opus Postliuiniiin ; iu-8, Bâle, 1789.
('.es deux publient ion s on ele I irées des résumés de cours dictés par l’auleur à ses étudiants.
LE SIECLE DES PHILOSOPHES
lies, coin me élan td’ord i nai re les meilleures, plu tôt que de s'alambiq uer le cerveau, comme il arrive souvent, à aller chercher des difficultés aussi frivoles que subtiles. Personne n’avait le coup d’œil plus sur, que lui, pour bien juger d’un livre, ou d'une composition, surtout par rapport au but, au plan, et à la partie caractéristique de l’ouvrage. Tout ce qui était diffus, et de simple parade, lui déplaisait fort. Il voulait qu’on allât au fait, sans tant de paroles ni de détours. Plus d’un écrivain n’a remporté de lui d’autre jugement que celui-ci : C’est u iijciseur, il n’a point pensé sérieusement à tout ce qu’il dit , il édit pour écrire h »
U n échange de lettres sur la discipl ine ecclésiastique, engagé en 1 7 20 avecla Vénérable Compagnie par les Eglises wallonnes de Hollande, nous fournit les détails suivants, qui résument le cours des études et des examens de théologie, à I époque où Alphonse Turrettini en était le principal ordonnateur.
« Nos ministres emploient quatre années a la théologie, aux langues saintes, a l’histoire ecclésiastique. Ils font ces études sous cinq professeurs. Ils doivent composer huit propositions qu’ils récitent en présence de leurs professeurs el du modérateur qui y est toujours invité, puis une thèse qu’ils soutiennent devant les magistrats et la Compagnie, ils sont grabelés en l’absence de leurs parents. On les reçoit à vingt-quatre ans, après l’examen le plus sévère de leur conduite. Ils font deux propositions d’examen, com posées et apprises en quarante-huit heures.
I ls font des examens pour les langues saintes, la philosophie, la théologie, l’analyse d’une épitre, 1 histoire ecclésiastique, la morale, sur laquelle ils font un discours composé en trois ou quatre heures, sans autre livre que la Bible, dans un lieu enfermé, sous l’inspection de trois pasteurs; puis la Compagnie délibère a nouveau par balottes ; elle examine surtout la bonne el saine connaissance que le candidat peut avoir de l’Ecriture Sainte, et. pour éviter tout danger du côté des sentiments, il lait publiquement la protestation solennelle composée par notre grand Calvin, dont on explique encore aujourd hui régulièrement le catéchisme, deux jours par semaine, dans chacune de nos trois paroisses1 2. »
A la mort de Bénédict Pictetqui, en sa qualité de doyen des professeurs de I héologie, avait le privilège de prononcer le discou rs de clôture îles I ’ro motion s et I exliort a l ion pastorale aux grandes assemblées politiques, Alphonse Turrettini hérita de eet office dont on sait l’origine et I importance. La page que \ cruel a consacrée à la façon don f i l s en acquittait est doublement inté-
1 Eloge lii.stovu/ue de M>' Jeaii-.llplion.se Turrettin . — Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de 1 Europe, XXI (Amsterdam 1738), p 'i58 s.
2 Publié par Gaberel, Histoire de I Eglise de tlenèee. III, 178.
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