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A . TURRETTINI ET SES ELEVES

dans les temples, par des services d actions de grâces, et au dehors. Elle se prolongea plusieurs jours et donna lieu à des réjouissances publiques : banquets des autorités civiles et ecclésiastiques à la Maison de Ville, banquets populaires de quartiers, illuminations et autres, dont le récit est caractérisl i < 1 1 1 e de l’évolution accomplie, dans les idées et dans les mœurs, depuis l’austère solennité scolaire de 1635 '. Lesdeux principaux sermonsde Saint-Pierre, prêchés par Alphonse Turretti ni et par A n toi ne Maurice, furent consacrés P un et I autre au tableau historique de « l’heureuse révolution » du XVI" siècle et de son action libératrice et aux exhortations, non seulement religieuses, mais pat riotiques, mais civiques, que le sujet comporte.

En 1737, la succession académique de Jean-Alphonse Turrettini lut partagée entre les plus apparentés de ses élèves, Louis Tronchin, petit-fils et lilleul du premier champion de la cause libérale, lequel eut la I )ogmat ique, et A médée Lullin, qui eut 1 1 histoire ecclésiastique.

Louis Tronchin était le frère aîné de ce Jean-Robert Tronchin qui devint plus tard procureur général de la République etque le bûcher de I Emile et du Contrat social devait rendre célèbre. Lui-même n’est point passé à la postérité. Tout ce que nous savons deson enseignement est contenu dans son éloge tunebre, publié sous forme de lettre dans le Journal helvétique de I 756. Il en ressort qu’il se montra un assez bon élève de son maître, « prenant toujours le ton et les couleurs de la matière qu’il traitait, » ayant des idées claires, une explication simple, un ordre naturel, une expression nette, une voix faible mais l rès distincte. 1 1 en ressort aussi que l’auteur de l’éloge obligé n’a guère autre chose à dire du défunt professeur, que Louis Tronchin II, à une époque où l’on publiait, n’a publié que ses thèses deproposantetsa leçon d’ouverture, qu'il ne fut pas recteur à son tour, et qu’en définitive il a dû sa chaire au nom respecté qu'il avait le bonheur d’avoir reçu à son baptême. Ses dix-huit années de professorat ne nous ont valu que quatre thèses d’étudiants, soutenues sous sa présidence et auxquelles il n avait collaboré, les titres le prouvent, que le moins possible1 2. Senebier, qui avait pu le connaître, qui avait dû, étant entré en Belles-lettres dès 1 7o7, entendre parler de lu i , dans sa jeunesse, n’a pas jugé qu'il méritât même une simple mention dans Y Histoire littéraire de Genève.

1 J.-M. Paris. Le jubilé de la lié formation célébré il Genève le 2 1 août 1735: Genève, 1870.

2 Ces quatre I hèses mentionnent expressé me ni , comme auteur, le candidat . (Ile ver, / .c. ,96, 101s. 1 03 . )

l.K SIECLE II ES PHILOSOPHES

Quoique patricien et de la plus ancienne race autoclilone, Amédée, ou selon l’a brévia t ion genevoise, Ami bull in, qui fut nommé la même an née que le descendant des Tronchin , n’appartenait pas coin me lui à une famille académique. Mais il était , — ce sont les termes d'une recommandation caractérist ique qui lui avait été donnée jadis, lors de son tou r d’Europe, — « l’homme de beaucoup le plus riche de sa ville natale et de son pays1 2. » Cette fortune, que son père avait gagnée dans d heureuses opérations de commerce et de banque, et dont il se trouva le maître à sa majorité, ne I avait pas empêché de suivre la carrière ecclésiastique et il sut en faire le plus noble usage. I nitiéà la connaissance des livres, au cours de ses études sousTurrettini, puis, tout particulièrement, durant son séjour à Paris, par l’abbé Guinot, b i Idiot hécaireau Collège M azari n , i I profita de ses voyages pour réunir une précieuse collection d i mpri més et de manuscrits, qu’il ne cessa d’augmenter par des achats considérables et dont i I enrichit, par des dons successifs, la Bibliothèque de 1 Académie*.

Lorsqu’on lui proposa la chaire d Histoire ecclésiastique, que Tronchin ne pou vaitévi déni ment pas occuper, comme son prédécesseur, en même temps (pie celle de Dogmatique, Lullin, qui n’y songeait pas, hésita très fort. Nous en avons la preuve sur une | ) a ge de ses papiers i n t iines, où I on trouve énumérées, en vue d’un examen de conscience, les raisons pour et contre 1 acceptation. Parmi les secondes, dans la colonne « ( 'outra, » on relève entre autres celles-ci: « Ma situation, par rapport à mes biens, à ma famille ou à la petite « considération dont je peuxjouir dans le monde, n exigeant pas que je prenne ic ce nouvel emploi . » « L’état de mes études. » ce Mon âge de 42 ans : je Manie chis, — je travaille difficilement. » ce Quand on n a pas un grand génie, le <c moins (pie l’on se donnede relief, c’est le mieux ; surtout étant si faible, pour-

1 Lettre, du 19 septembre 1720, de YY ake, auprès duquel Lullin avait été introduit par son maître, au rév(l Lisle, lellow de Wadham College à Oxford. — Lullin eut pour compagnon de son séjour à 1 ’U niversité d’Oxford son a mi Jean-Jacques Burlamaqui. I Papiers d’ Amédée Lullin, appartenant à M. Henri de Saussure, à Genève.)

2 C’est avec raison qu’on a donné à la salle des manuscrits delà Bibliothèque publique de Genève le nom du généreux professeur. Les pièces les plus précieuses de ses vitrines se rattachent au fonds Lullin. En 1722, lors de la vente à Paris des collections célèbres du conseiller Paul Petau, dont la majeure partie provenait du cabinet Pierre Daniel, formé au XVIe siècle de la dépouille des guerres de religion. Christine de Suède et Amédée Lullin furent les deux principaux acquéreurs. Le lot de la reine fut dans la suite l’objet d’un legs magnifique à la Bibliothèque du Vatican. Celui du bibliophile genevois fut dévolu à sa patrie. Il comprenait notamment les Tablettes (de cire) de Philippe le Bel, les Sermons de S> -Augustin ( papyrus du Y Ie siècle) et de nombreux manuscrit s à enluminures des XIVe et XVe siècles.

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