JACOB VERNET ET SES COLLEGUES
tour d’Europe. 11 l’avait conduit à Zurich et à Bâle d’abord, puisen Hollande, à Londres et à Paris, où l’apparition des Lettres anglaises l’avait tait entrer lui-même en correspondance suivie avec Voltaire. L'Angleterre, cju il avait vue alors pour la première lois, I enthousiasmait. Lt, revenu définitivement danssa patrie, i I était resté sous le charme du pays où la pensée s’épanouissait librement dans tous les domaines. « On apprend plus à raisonner ici en un mois qu’en France dans un an, » avait-il écrit de Londres à ses correspondants de Genève. Cette impression d une jeunesse qui touchait à l’âge mùr ne s’effaça jamais 1 .
Par cette préparation de vingt années, Jacob Vernet était désignéd avance pour le professorat.. Devenu pasteur en ville en 1734, il entra au Sénat académiqueen qualité de recteur, en I 737, et, comme nous l’avons rapporté plushaut, fut nommé professeur de Belles-lettres en 1 739. Il rendit de tels servicesdans cette chaire, il avait pris lui- même tant d intérêt à la tâche qui faisait de lui l’initiateur de la jeunesse genevoise dans la voie des études supérieures, que lorsque, dix ans plus tard, la placede Bessonnetdevintvacantedans legrand auditoire de théologie, il ne voulut point s’y porter candidat. Ce ne fut qu’en 175(1, lorsque cet auditoire fut subitement frappé par tant de pertes successives, et sur les vives sollicitations de ses collègues, qu’il accepta la lourde succession < p i i ! attendait.
L’année précédente, Voltaire était venu s ét ablir aux Délices et avait publié, dans X Essai sur V histoire universelle , son fameux chapitre sur Genève et Calvin. L’année même, d’Alembert fut l'hôte de Voltaire et, l’année suivante, parut l’article Genève, dans le tome VII de l’Encyclopédie.
En 1 744, l’ami de la marquise du Châtelet écrivait, du château de Cirey, au professeur Vernet : « Je ne décide point entre Genèveet. Borne, comme vous « savez., mais j’aimerais â voir l ime et l'autre et surtout votre Académie, dans « laquelleily a tant d’hom mes i I lustres, et dont vous fai tes l'ornement. L'amitié » qui m’a fait refuser tous les établissements considérables dont le roi de Prusse « voulait m'honorer à la cour me retient en France; c’est elle qui m'empêche k de satisfaire le goût que j ai toujours eu de voir votre république, c’est elle a (pii lait (pie Cirey est mon royaume et mon académie. »
1 -V (.h. I* .i I lel 1 i , Jacob Vanot. théologien genwois ; Genève, I88.V |>.
LE SIECLE 1*ES PHILOSOPHES
Le royaume de Cirey ayant cessé d’être à Voltaire et celui de Prusse n’ayant pu le remplacer, parce qu’un certain Frédéric, médiocre philosophe et mauvais poète, se mêlait du gouvernement, le correspondant de Vernet se souvint à propos de la République et de l’Académie. Il leur demanda fi h os pi ta 1 i té . Il l’obtint et. en peu de temps, réussit à mettre sens dessus dessous l’une et l’autre.
Jacob Vernet répondit au chapitre sur Genève et Calvin par une Lettre a M. Fonnn y, destinée à la Nouvelle Bibliothèque germanique. Il convenait de bonne grâce que l’attitude du réformateur, dans le procès de Servct . n’était plus soutenable au XVIIIe siècle, mais il démontrait avec de bonnes preuves que Voltaire, pou r peind re « Là me atroce » de Calvin, avait méchamment dénaturé les laits. La lettre n’ayant pu ètredonnéetout entièredans la même livraison de la revue (tome XXI), quelqu'un s’entremit auprès du rédacteur et la seconde partie ne parut point. Pour I avoir au complet, I auteur fut obligé de publier lui-même un I i rage à part de son mémoire. Voltaire n’y répondit point . Mais ilès lors, on peut le constater en parcourant sa correspondance et ses innombrables pamphlets, il prit l'habitude de couvrir d injures, chaque lois que l’occasion s en présentait, I homme qui avait osé le convaincre de « peu d équité et beaucoup de passion . »
Dans son article de I Lncyclopédie, d Alembert tait un tableau relativement fidèle de I histoire et du gouvernement de Genève, d après un mémoire manuscrit rédigé par un Genevois, homme de lett res, pour un étranger de distinction, et dont on lui avait procuré une copie; le dit mémoire ne donnant aucun détail sur la religion réformée et la discipline presbytérienne, qu’on y trouve simplement mentionnées, d Alembert y supplée par un exposé de son cru où , sur la loi de conversât ions recueillies dans le salon île Voltaire, i I présente la religion de « tout ce qui n’est pas le peuple à Genève » comme un pur socinianisme. La Compagnie îles pasteurs et professeurs, directement (irise à partie, crut devoir désavouer publiquement les sentiments qu’on lui prêtait. Ce lut l’objet d'une déclaration solennelle, datée du 10 février 1758 et dont \ omet était le principal auteur. On y lisait entre autres ce qui suit :
« 11 est vrai que nous estimons et que nous cultivons la Philosophie. Mais ce n’est point cette Philosophie licencieuse et sophistique dont on voit aujourd’hui