‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 186 sur 213 · I AC O B YEHNET ET SES COLLEGUES · texte numérisé non relu

I AC O B YEHNET ET SES COLLEGUES

Dans la notice biographique qui parut peu (Je temps a pressa mort, son peti t-lils, J .-L. Salaili n, caractérise ai nsi les leçons du professeur à ses étudiants : « Il s’y attachait à mont rer combien le christianisme est raison nable. Il voulait « leur faire sentir que lors même qu’on ne le considérerait que comme un sys- « tème de philosophie, il serait encore le plus propre à assurer Je bonheur de <( la société et des individus. Il parlait avec facilité, avec sentiment : d s’ani- « mai t surtout quand il peignait à ses auditeurs le tableau de cette religion cru i « donna aux hommes une morale si pure, et de si belles espérances pour l’ave- K nir. Quand ensuite il entrait dans l’explication des textes des écritures, la « grande connaissance qu'il avait du grec et des auteurs qui ont écrit en cette <( langue le rendait neul et original. Mais il ne faisait point un vain étalage de ce citations, qui ne sert qu’à acca hier la mémoire sans i n t éresser l'esprit . Par un « mot dit. à propos, il invitait à penser1. »

Ce théologien éclairé avait conscience des devoirs de 1 Eglise et de I Ecole, non seulement envers la jeunesse privilégiée qui pouvait participer aux bienfaits de l’enseignement supérieur, mais encore quant à h instruction du peuple, trop négligée pendant le X VI P siècle. Il fonda dés I 7 ah, avec l’aide d Alphonse Turretti ni , du financier Pierre Picot et du professeur A mi de la lli ve, la célèbre Société des catéchumènes, qui organisa, en ville et dans les campagnes, renseignement primaire gratuit., et pour laquelle il rédigea, en I 7 A I , son Catéchisme familier .

On peut se rend recompte de la considérât ion dont Ver net jouissait auprès îles protestants du dehors par deux démarches dont le souvenir nous a été conservé dans le mémoire précité. En 1770, les églises presbytériennes de la Nouvelle-Ecosse et de Philadelphie s’adressèrent à lui pour lui demander ses conseils sur la dise i pli ne ecclésiastique et sur la méthode il’ i nst met ion qu'elles devaient suivre. « Il répondit au clergé américain, — nous dit son biographe, « qui avait évidemment sous les yeux soit le texte de sa le l Ire, soit u ne note de sa « mai n, — que pour entreteni r la religion dans sa pureté, il fa liai t s en tenir aux « points capitaux de la foi , à ceux qui i nfluent le pl us sur la pratique. » ( ) n reconnaît bien là l’élève d A I pli on se Tu rrett i ni . Quelques années plus t aril .en I 77(5, il eut I honneur d’être consulté par un f rançais, qu’on a dit être Malesherbes,

1 Mémoire historique sur la rie et les ouvrages de M' Verne t ; p. I (10 s.

Lli SIECLE DES PHILOSOPHES

sur cette grande question : Que peut-on et que doit-on faire aujourd'hui en faveur des protestants de France ? Le mémoire qu’il rédigea à cette occasion n’a point été publié. Voici le résumé qu’en a donné son petit-lils :

« Il partait de ce principe, que e’esl une idée injuste et fausse d’obliger despotiquement un grand royaume à ne connaître et ne professer qu’une seule religion. Cela est contraire à la liberté de l’homme. Il montrait ensuite que, comme on ne peut jamais laisser un peuple sans un culte religieux, on ne peut pas non plus contraindre personne à professer un culte contraireà sa conscience. Que, par conséquent, il fallait rendre aux réformés la liberté de leur culte, de leurs livres, de leurs écoles, telle qu’ils la conservèrent, même après que le cardinal de Richelieu les eut politiquement abaissés. Et il ajoutait qu’à cet égard, il ne suffirait point de fermer les yeux sur leurs assemblées, mais qu’il faudrait les légitimer, et les mettre en sûreté sous l’autorité du gouvernement. »

« Puis, passant à l'examen des droits de chaque citoyen d'un Etat, il distinguai! sagement les droits naturels et civils, de la faculté de parvenir aux emplois. Il demandait qu’on rendit aux protesta ns la plus parfaite liberté dans l’exercice des droits naturels, et qu’on annulât, par des loix révocatoires très-précises, toutes les ordonnances de Louis XIV sur cet objet. Et. comme la faculté de parvenir aux emplois n’appartenait plus à un droit étroit, mais était une affaire d’équité, il se contentai! de rappeler (pie Richelieu n’avait jamais dépouillé les prolestans de cette faculté, et qu’on ne s’en était pas mal trouvé... On répondit à l'auteur (pie souvent il est plus difficile de réparer le mal que de faire le bien '. »

Jacob Verneta\ ail été tourà tour le confident et I éditeur, non seulement de Montesquieu, mais de Burlamaqui . On lui doit la publication post hume des Principes du droit politique .

I )ans la trop courte étude qu’il a consacrée aux professeurs de théologie sous lesquels ont été soutenues les thèses de son catalogue, M. Henri I lever constate que l’année néfaste, qui vit mourir presque simultanément Antoine Maurice, Amédée Lullin et Louis Tronchin, marque le début d une époque pendant laquelle 1 aristocratie genevoise commence à abandonner le service de I Eglise. « Lourde faute, — ajoute-t-il, — dont les conséquences se font encore sen tir 2 . » On vieil l de voir que cette époq ue coïncide avec celle du séjour de \ oltaireaux Délices et à Ferney. Il va de bonnes raisons de croire (pie ce n’est pas là une simple coïncidence.

’/ r.. 94 ss.

2 ('(t Iftlogne cIps thr.sps (fr théologie. n. xi.vii.

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