JACOB VEHNET ET SES COLLEGUES
dont on peut envisager la carrière sans empiéter sur le X l\' . C'est , comme on voit, celui d’un adversaire militant de Rousseau, du Rousseau que Voltaire a réussi à brouiller définitivement, irrémédiablement, avec l’Eglise de Genève. Mais ce n’en est pas moi ns celui d'un descendant i ntellectuel de Jean -Al pli on se Turrettini .
Lorsque, en I7<S(>, Jacob Vernet, presque nonagénaire, prit sa retraite, après 47 ans de professorat, le Conseil lui conserva son rangetses appointements, se déclarant « plein de reconnaissance pour ses longs et utiles travaux,» ajoutant qu’il le considérait « comme un des citoyens qui ont le mieux mérité de leur patrie,» mais il supprima la chaire qu’il laissait vide, c’est-à-dire en fait, sinon en droit, la chaire de Calvin et de Bèze1. Des règlements ecclésiastiques, édictés par le Conseil des Deux-Cents, réduisirent à deux le nombre des professeurs ordinaires de théologie2. Les protestations de la Compagnie furent vaines. Quelques années auparavant, l’Edit de novembre I7S2, celui (|uc le peuple appelait X Edit unir , lui avait enlevé, par un coup de surprise, toute sa compétence réglementaire en matière d instruction publique. Ce fut le premier coup de sape dans I édifice séculaire. Il n’est pas sans intérêt de constater qu il fut donné par un gouvernement issu d’une restauration aristocratique, installé par des baïonnettes françaises, sardes et bernoises, et composé de Genevois dont l’esprit s’était formé à l’école du patriarche de Ferney.
1 Reg. Conseil, 12 août 1786.
2 ta proposition remontait à 1 779, elle avait provoqué la rédaction du Mémoire de la Compagnie, dont nous avons eu l’occasion de parler plus haut (p. 22 1 s.). Les règlements de 1786 sont datés du 19 mai et du 29 décembre. Le second, longuement discuté dans les commissions des Conseils et au Sénat académique, nous fournit le programme de l’enseignement qui fut donné jusqu’aux dernières années du siècle par Antoine Maurice II et Claparède, ainsi que par le professeur d’Hcbreu Louis De Roches. Par une combinaison peu favorable aux études, les deux premiers, ayant refusé de se charger à la lin de leur carrière de nouvelles branches d’enseignement, furent assistés provisoirement, pour la Dogmatique, par un professeur honoraire, Pierre Picot, qualifié pour l’Histoire ecclésiastique, mais qui ne devait renseigner que lorsque les I itulaires en charge seraient remplacés :
« Les deux professeurs actuels continueront à donner des leçons sur les objets dont ils sont chargés, « Mr Maurice sur l’Histoire Ecclésiastique et les Controverses avec les incrédules , M ' Claparède sur la « Critique Sacrée, la Morale, la Prédication ; ils donneront, comme à l’ordinaire, trois leçons allerna- « livement de quinze en quinze [jours], outre la dispute des Thèses du samedi et assisteront aux Propo- « sil ions. Mr De Roches donnera , comme à l’ordinaire, trois leçons par semaine sur I Hébreu . i 1 1 rai ter a « dans une autre leçon un sujet de Philologie sacrée et assistera aux Propositions »
« Le Professeur honoraire en Histoire Ecclésiastique donnera deux leçons par semaine sur la Théo- « logie dogmatique pour suppléer pendant l’intérim au vide occasionné par la décharge de Mr Vernet, « qui l’enseignait. Il présidera dans I occasion aux Thèses publiques des Etudiants en théologie. Son « discours inaugural roulera principalement sur un point d’Histoire Ecclésiastique, de même que celui « qu’il fera à son tour aux Promotions. »
UN IVEKS1TE lU GENEVE.