‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 19 sur 213 · INAUGURATION DE «L’UNIVERSITÉ ET COLLEGE» DE GENÈVE. LE 5 JUIN · texte numérisé non relu

INAUGURATION DE «L’UNIVERSITÉ ET COLLEGE» DE GENÈVE. LE 5 JUIN

Les lois scolaires ne furent soumises ni au Conseil des Deux-Cents, ni au Conseil général des citoyens. Par contre, elles lurent l’objet d’une promulgation solennelle au temple de Saint-Pierre. Le 5 juin, en présence îles quatre seigneurs syndics, Henri Aubert, Jehan Porral, Jehan-François Bernard et Barthélemy Lect, de plusieurs conseillers, des ministres, professeurs et régents, et tl une nombreuse assistance de gens de lettres et d’écoliers, Calvin monta en chaire et, annonçant l’institution de l’Académie, invita l’assemblée à joindre ses prières à la sienne. Puis, sur l’ordre des syndics, le secrétaire du Conseil ( archigrammateus ), Michel Boset, donna lecture, en français, des lois et statuts du collège, ainsi que de la confession de foi exigée des étudiants et du serment que devaient prêter le recteur et tous ceux qui enseignaient dans l une ou l’autre des sections de l’école. Après quoi il proclama l’élévation au rectorat de Théodore de Bèze, élu par les ministres et confirmé par la Seigneurie. Celui-ci alors, sur 1 invitation du syndic Aubert, lut un discours inaugural écrit en latin. Le thème en était l’origine, l’utilité et la dignité des études, la conclusion, non moins topique, un appel éloquent aux écoliers et une exhortation à se souvenir de cette parole de Platon: Tout savoir qui éloigne de la vertu et de la justice relève de l’habileté plus que de la sagesse. «Vous n’êtes pas « venus en ce lieu, — dit en achevant sa harangue le premier recteur de l’Aca- « demie de Genève à ceux qui allaient être ses premiers étudiants, — comme « jadis la plupart des Grecs, qui s'en allaient aux spectacles de leurs gymnases pour y assister à des jeux éphémères. Mais, instruits dans la vraie

le 5 juin 1559

« religion et dans la connaissance des bonnes lettres, vous êtes venus afin de « pouvoir travailler à la gloire de Dieu, de devenir un jour le soutien de vos « proches et de faire honneur à votre patrie. Souvenez-vous tou jours que vous « êtes des soldats et que vous aurez à rendre compte à votre chef suprême « de cette sainte mission1. »

Après Théodore de Bèze, Calvin reprit la parole, et brièvement, selon sa coutume, rappela que la fondation de l’école était avant tout l’œuvre de Dieu, exhortant tous les écoliers à en rendre grâces. Il loua ensuite, comme il convenait, la bonne volonté du Sénat et, se tournant vers les conseillers présents, leur témoigna la reconnaissance de l’Académie, les exhortant à ne point se départir de leur pieuse entreprise. Il eut un mot de remerciement pour l’assistance distinguée qui se pressait dans Saint- Pierre, une parole d’encouragement pour les maîtres qui allaient entreprendre une tâche, grosse de responsabilités; puis, terminant la cérémonie comme il fi avait commencée, par une prière, il congédia l’assemblée.

L’Académie fondée, il s’agissait de la faire connaître au loin, dans le monde protestant. Bèze se chargea de publier les Loges et d’y joindre une introduction, contenant son discours rectoral et le compte rendu de l’inauguration. Le 26 juin, il demandait à Messieurs l’autorisation nécessaire2 3. La brochure, comprenant les deux rédactions, en latin et en français, sortit bientôt des presses de Robert Estienne. Ce fut l’une des dernières publications (pii purent porter le nom du grand imprimeur0.

Tandis que la version française, destinée au public genevois, est introduite simplement par un court procès-verbal de Michel Roset, le texte latin est précédé de la préface détaillée de Théodore de Bèze. On reconnaît facilement dans ce morceau la plume de l’ancien professeur de Lausanne, beaucoup plus porté aux hellénismes que le rédacteur du texte même des statuts. C’est Bèze qui qualifiait archigrammateus le secrétaire du Conseil,

1 Leges Academiæ. introduction (Promulgatio leguin).

2 « Théodore de Bèze vecteur. Sus ce que de sa part j’ay proposé à Messieurs qu’il désireroit (( taire imprimer les statuts du college, avec la Confession de foy, ce qu’il a suplié luy permettre, a « esté arresté qu’on le permette, et qu’il en baille à chascun de seans ung. » (Reg. Conseil, 26 juin 1559. — - Extrait donné à la suite de la réimpression de 1859.)

3 Robert Estienne mourut le 5 septembre 1559. L’« Ordre du College » et les Leges Academiæ Genevensis ont été réimprimés, en fac simile, par les soins du professeur Charles Le Fort (in-i, Genève — J -G. Fick, — 1859), à l’occasion du troisième jubilé séculaire de la fondation de 1 Académie.

l’œuvre DE CALVIN

Michel Roset, et "ijmnasiarcha, selon l’usage de Bordeaux et de Lausanne, le principal du collège que Calvin, comme Baduel, avait appelé luclimagister.

Pierre Martyr, qui lut un des premiers auxquels fut portée la brochure, en accusa réception au nouveau recteur en ces termes : «Je saisis l’occasion « de t’écrire, d’autant plus volontiers que je désirais d’ailleurs te remercier « du livret que Lælius 1 m’a remisenton nom, et dans lequel tu as présenté, « avec cette élégance dont tu as le secret, les lois de l’école que vous venez « d’instituer. Je te félicite, je félicite votre Lglise et votre cité, de l’académie « que vous avez eu l’admirable énergie d élever, et je prie Dieu, le Père de « Notre Seigneur Jésus-Christ, le suppliant de permettre qu’elle voie s’aug- « menter chaque jour l’étendue de ses ressources, et qu elle devienne, selon « votre espoir, féconde en hommes pour le service de la religion et de l’Etat. « Certes vous ne pouviez rien imaginer de plus utile, surtout dans le temps « où nous vivons. Que Dieu soit loué, qui vous a maintenus debouts, à travers « tant de périls, et si vaillants que vous pensiez à porter son nom plus haut « et plus loin que tant d’autres qui, ne prenant conseil que de leur sécurité « et soin que de leur repos, se dispersent de tous côtés et s’écoulent ! Dieu, « nous n’en doutons pas, aura soin de son œuvre, et ce que vous avez coin- « mencé, par une inspiration si excellente, non seulement sera maintenu par « sa protection, mais encore aura cette fortune de recevoir des accessions de « plus en plus nombreuses et importantes. C’est ce que j’espère avec tous les « gens de bien. Les vôtres ne pouvaient mieux pourvoir le nouveau gymnase « qu’en te plaçant à sa tête comme recteur et modérateur. Tu dirigeras toutes « choses de telle sorte, selon la sagesse et l’entente des affaires que Dieu t'a « départies, qu’en dehors des fondations que tu auras jetées, on ne pourra « en aucune conjoncture édilierquoi que ce soit de solide, de juste et de saint. « Quanta moi, s'il ne m’a pas été loisible de faire autre chose2, je donnerai « à ceux qui courent dans le stade avec énergie et courage, sur le vrai chemin, « non pas les battements alourdis d’une main mourante, mais des applau- « dissements bien vivants et qu’on entendra au loin (4 oct. 1559) a. »

1 Lelio Socin. Voir une lettre de Pierre Martyr (Vermilius) à Calvin, datée de Zurich, 26 septembre 1559. (Catv. op.. XVII, 648.) Lelio Socin avait passé par Genève au retour d’un voyage en Italie. (Cf. E. Burnal, Lelio Socin (thèse); Vevey, 1894, p. 77 s.)

2 Allusion à l’appel qu il avait été obligé de décliner en 1557.

s Calv op . XVII, 653 s. — Cf., ihicl ., 648, la lettre à Calvin déjà citée.

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A Berne, on ne fut pas si enthousiaste qu’à Zurich. Le doyen Haller, qui venait sans doute de recevoir, lui aussi, le livret de Bèze, écrivit à Bullinger, quelques jours plus tard, le S octobre : « Les Genevois fondent une académie. « Ce sera pour les leurs seulement. Car il est peu probable qu’avec la cherté « des vivres qui règne là-bas et 1 incertitude de la situation cette académie « soit fréquentée b »

Le souvenir de la machination attribuée aux Genevois, dans l’affaire de Lausanne, devait, hélas! longtemps délier les années.

L’école nouvelle n’en démentit pas moins le pronostic de Jean Haller. Les petites classes regorgèrent d’élèves dès leur ouverture. La septième seule en eut 280. Il fallut bien vite la dédoubler1 2. Dans la Scholapublica, pendant les trois premières années, 162 étudiants donnèrent leur nom au recteur et signèrent la confession de foi. Presque tous venaient de l'étranger3.

Le but immédiat de Calvin, en instituant les cours supérieurs de son académie, était évidemment de créer un séminaire théologique et aussi, en une certaine mesure, pédagogique. De tous les pays de langue française où se formaient des communautés protestantes, on s’adressait à Genève pour obtenir des pasteurs, souvent on demandait de même des précepteurs. Le contingent à fournir allait, croissant chaque année. Il fallait à tout prix, et sans plus tarder, assurer le recrutement régulier de cette milice de la foi réformée. Le fondateur de la haute école genevoise voulait y pourvoir. A l’enseignement théologique qu’il avait donné dès le début de son ministère et qui avait été suivi par de nombreux auditeurs, dont le plus célèbre est Jean Knox, il entendait rattacher, coordonner, un collège des trois langues, plus ou moins imité de celui d’Erasme. Peut-être eût-ce été là le terme de sa pensée, si l’homme qu’il s’était associé en cette entreprise ne l’eût engagé à en élargir le cadre, au moins dans ses prévisions pour l’avenir. Bèze espérait, et il lit partager cet espoir à son maître, qu’avec le temps une université, comprenant les quatre facultés, véritable centre d’études huguenot, sortirait de l’organisme incomplet dont on devait, faute de ressources, se contenter au

1 Cah\ op.. XVII, 659.

2 Reg. Conseil, 27 juillet 1559 (Roget, l. c., V, 241).

3 On verra plus loin que ce nombre de 162 ne peut être pris comme représentant la totalité des étudiants qui ont suivi les cours. En 1564, une lettre de Bèze à Bullinger en accuse 300, ce qui, pour l’époque, est un gros chiffre.

l’œuvre DE CALVIN

début. L’écho de cette ambition nous a été conservé à la fin de l’introduction ajoutée au xLeges. Après avoir, comme en un postscript à cette lettre circulaire, mentionné la date de l’ouverture des leçons et en avoir résumé le tableau en quelques lignes, le premier recteur ajoute, en posant la plume : « Si, comme nous l’espérons de sa bonté, Dieu qui a inspiré ces desseins en « assure l’heureuse exécution, on songera à achever ce qui a été commencé, « soit aussi à ajouter le reste, à savoir I enseignement du droit et de la « médecine. »

Lorsque Lambert Daneau, qui eut le privilège de commencer ses études de théologie sous Calvin, voulut en fixer la mémoire, dans une dédicace qu’il adressa plus tard aux Syndics et Conseil de Genève, il fit de l’école nouvellement fondée ce portrait bien digne de remarque: « ... En 1560, je « suis venu, le cœur rempli d’enthousiasme, en votre académie, non point « parce qu elle était aux portes de notre France, car il y en avait d’autres, « mais parce qu elle m’offrait la source la plus pure de cette doctrine céleste, « qui avait été celle de mon maître, le jurisconsulte martyr, Anne Du Bourg. « Je n’ai pas besoin de dire quels furent les maîtres que j’y rencontrai. « L éloge de ceux qui vivent, comme de ceux qui déjà sont morts, est dans « toutes les bouches. Je dirai ceci toutefois, librement et sans crainte d’éveil- « 1er la jalousie de personne des nôtres, que tant de lumières du monde, tant « d’hommes du plusgrand mérite et du plus haut renom, dans toutes lesbran- « ches du savoir, me sont apparus, en cette cité, qu elle m’a semblé être quelle qu’un des marchés les plus riches du commerce littéraire de l'humanité b»

Les leçons de la Scholn publica, telles qu elles furent inaugurées, étaient au nombre île 27 par semaine, réparties comme suit :

Théologie Hébreu .

Grec

Philosophie ( Artes ).

I Interprétation du Vieux Testament i Grammaire hébraïque ....

i Ethique

I Interprétation des auteurs.

\ Physique ou mathématique .

I Dialectique et rhétorique .

1 D. Aurelii Augustini Hipponensis Episcopi liber De hæresibus, ad Quodvultdeum Lamberti Danæi opéra entend atus et commentai' iis illustratus : in-8, Genève, 1576, (Bibl. de Genève, Bc. 2666 j.

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Les cours de théologie étaient donnés par Calvin et par Bèze, professant à tour de rôle, trois fois la semaine, les lundis, mardis et mercredis de 2 à 3 heures après-midi. Ni l’un ni l’autre ne furent nommés professeurs publics en titre. Ils enseignaient sans rétribution scolaire spéciale. C’était un devoir attaché à leurs fonctions pastorales et qu’ils remplissaient parce qu’ils étaient, de toute la Compagnie des ministres, les plus capables de le remplir. Calvin avait toujours enseigné et n’avait pas besoin d’une nomination en forme pour continuer sa tâche. Bèze, élu professeur de grec, puis remplacé dans cette charge, l’avait suppléé, dès son arrivée de Lausanne. Il ne lit que continuer cette suppléance en faisant, de deux semaines l’une, les leçons de celui qui l’avait appelé à ses côtés.

Les professeurs titulaires des autres chaires, appelés « Lecteurs publics, » avaient à donner chacun deux heures de cours les lundis, mardis et jeudis, une heure les mercredis et vendredis. Le samedi après-midi était réservé aux exercices publics des proposants et le premier vendredi du mois aux soutenances de thèses. Chaque semaine, le vendredi matin, les professeurs se rendaient à la réunion de la Congrégation et au colloque des ministres qui se tenait ensuite. On peut, d’après les données des Leges, reconstruire facilement le tableau suivant îles heures de cours (été) :

Lundi.

Mardi.

Mercredi.

Jeudi.

Vendredi.

Samedi.

( Sermon).

( Sermon).

( Sermon).

( Sermon).

(Sermon ).

( Sermon).

Chevalier.

Chevalier.

Service

Chevalier.

Congrégation.

Bérauld.

Bérauld.

de j> ri ères

Bérauld .

Colloque

Ta gant.

Tagaut.

dans toutes

Tagaut.

des ministres

les églises.

et professeurs.

Chevalier.

Chevalier.

Chevalier.

Chevalier.

Chevalier.

Calvin

Calvin

Calvin

Propositions

ou Bèze.

ou Bèze.

ou Bèze.

théologiques.

Bérauld .

Bérauld.

Bérauld.

Bérauld.

Bérauld.

Tagaut .

Tagaut.

Tagaut.

Tagaut .

Taga ut.

L ŒUVRE DE CALVIN

En hiver les cours du matin commençaient à huit heures et ceux île I « après-disner, » qu’il fallait pouvoir achever de jour, à midi. L’horaire ci-dessus variait en effet, selon les époques et selon (pie le sermon ordinaire, qui est toujours resté le point de départ de la journée officielle, avait lieu plus ou moins tôt, soit, en été, à six heures, en hiver, à sept h

L’année scolaire commençait le lendemain des promotions, dont la date avait été fixée, comme on l’a vu, au 1er mai. Les vacances étaient de trois semaines, en automne, à l’époque des vendanges. Les cours publics se donnèrent d’abord au bâtiment du collège et dans la salle destinée à la première classe, peu fréquentée, cela est naturel, pendant les années du début. On assigna ensuite aux leçons des professeurs la chapelle de Notre- Dame-la-Neuve, qu’on s’accoutuma peu à peu à appeler Y Auditoire'* .

La rétribution de 280 florins, originairement prévue pour les lecteurs publics, ne pouvait leur suffire longtemps. Ils se plaignaient de l’exiguïté de cette allocation et étaient souvent obligés de recourir, pour équilibrer leur budget, à la bienveillance de la Seigneurie. En 1502, le traitement des professeurs fut porté à 400 florins, de même que celui des ministres de la ville0. Les ressources nécessaires furent demandées à un emprunt et trouvées au dehors, chez les protestants d’Allemagne, particulièrement à la cour de l’électeur palatin, Frédéric 111

Au traitement des professeurs, il faut ajouter le logement gratuit au Collège, ou une indemnité équivalente, et la faculté, partagée avec les ministres, de recevoir des étudiants en pension, privilège rehaussé par le caractère de ceux à qui il se trouvait appartenir ainsi, de droit, et auquel Théodore de Bèze lui-même, jusqu aux dernières années de sa A-ie, eut constamment recours. Enfin les professeurs, qui prenaient rang avec les ministres, jouissaient comme eux du titre respecté de spectable et des

1 Voir les Ordonnances ecclésiastiques confirmées en 1561 ( Calv . op.. X, lre partie, p. 99). Outre les services journaliers, un prêche « de matin » était ordonné, trois fois la semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi, à Saint-Pierre, et une fois, le mercredi, à Sainl-Gervais. Il avait lieu « avant les susdits sermons ordinaires. »

2 Reg. Conseil, 15 juin 1562 : « Arresté de faire les leçons publiques à Notre-Dame-la-Neuve et non pas au College qui n’est, pas propre pour cela. »

3 Reg. Conseil, 23 avril 1562.

4 En 1570 et 1577, le revenu attaché aux chaires pastorales et professorales devait être jugé insuffisant et porté successivement à 500, puis à 600 florins. (Reg. Conseil, 17 mars 1570, 28 février et 26 mars 1577.)

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avantages attachés à la qualité de membres de la Compagnie, 1c second corps de l’Etat. Ils étaient, plusieurs fois l’an, régalés aux dépens du trésor. Le jour des promotions de l’école, qui, étant l’unique fête publique tolérée par les ordonnances de Calvin, devinrent bientôt la solennité genevoise par excellence, ils avaient la place d’honneur, à côté des syndics, et dans le cortège qui se rendait à Saint-Pierre, et au «banquet du recteur, » dont la Seigneurie faisait les frais.

Parmi les noms d’étudiants que nous a conservés l’album de l’Académie, on rencontre notamment, dans la première série des signatures, qui va de 1559 à 1561, ceux de l’Ecossais Pierre Young ; de François Daniel, d Orléans, le jeune protégé de Calvin ; de Job Veyrat, de Genève, qui deviendra lecteur ès arts; de l’Anglais Henry Withers ; de Jean de Serres (Serranus), l’historien huguenot, futur recteur et réorganisateur de l’Académie de Nîmes, qui écrira, l’ayant vécue, l’histoire de cinq rois de France ; d’Olevianus, de Trêves, l’auteur du catéchisme d’Heidelberg, nommé professeur à l’Université palatine dès 1561 ; de Florent Chrestien, le précepteur d’Henri IV; de Jean Pinault, longtemps secrétaire de la Compagnie des ministres, élu deux fois recteur, en 1572 et 1574; de Paul Baduel, le (ils de Claude, qui sera pasteur, comme son père, et député de Bergerac à l’assemblée politique de La Rochelle, en 1588; de Jean-François Sallvard, du val d’Aoste, le collaborateur de Bèze dans la rédaction de l’ Harmonia1 ; de Jacob Ulrich, le professeur zuricois, premier du nom ; de deux Bruxellois, Jean et Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, dont le second a joué un rôle si considérable dans le soulèvement des Provinces-Unies, et, on peut l'affirmer avec certitude, de plus d’un pionnier de la Réforme dont l’autographe latin, griffonné sur une page que les siècles ont jaunie, réserve à l’interprète attentif mainte curieuse découverte. H ne faudrait pas croire cependant, comme on l’a fait, avec l’idée que le Livre du Recteur, publié en 1860, a été dès le commencement un véritable registre d immatriculation, que tous les noms de ceux qui ont suivi les cours des premiers professeurs de l’Académie de Genève doivent se retrouver sur ses feuillets. Ce registre était primitivement

1 « Jo. Franciscus Salluardus Salassus Vallis augustanus. » Les éditeurs du Livre du Recteur ont lu Galluavdus. C’est par erreur, comme l’a démontré M. le professeur Bernus, dans une lettre qui est un véritable et précieux article de biographie. ( Bulletin historique. XXXYI, 498 ss.)

L ŒUVRE DE CALVIN

destiné à recevoir les adhésions formelles aux statuts de l’école et, tout particulièrement, à la confession de foi de lEglise genevoise. Il s’ouvre, comme on voit ci-après, par la signature de Bèze, scholæ rector, suivie de celles des lecteurs, au-dessous de cette déclaration significative : « Subscripsimus præcedcntibus Genevensis Academiæ legibus ac nominatim Genevensis Ecclesiæ confessioni 1 . »

1 Mss. Bibl. de Genève, Mhg. 151 ca. — Vers la fin de l’année 1561, le registre dont il s’agit fut égaré et demeura pendant quelque temps introuvable. Le recteur était parti pour le colloque de Poissy et Calvin dut lui réclamer avec insistance le livre de l’Académie. C’est ce qui ressort de la lettre suivante de Bèze, publiée par Baurn : « De libello Academiæ ignosces meæ memoriæ, quæfacit ut nihil certi « scribam nisi hoc unum : oportere omnino ut vel adsit in mea Bibliolheca, vel ex mandato meo sit n cuipiain fralrum traditus ab uxore. Liber est charlaceus, folii integri, margine rubro, corio tectus, « foliis viridi colore linctis. Si discessit uxor traditæ sunt tibi ædium claves si modo mandalismeis « paruil. Ibi igilur quærendus et inveniendus erit. Sin minus, tanlisper dum redeam annotanda erunt n nomina seorsiin, quæ postea invento libro reliquis subjicianlur. » Beza Calvino, 22 déc 1561. (Theodorus Beza. Il, 147.)

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Il est avéré que bon nombre de ceux qui ont suivi les cours, absolument gratuits à l’origine, ne signèrent pas la confession de foi, très étroite, qui était annexée aux Leges, ceci dès les premières années de l’école. Un exemple remarquable est celui de Thomas Bodley, le célèbre fondateur de la Bibliothèque universitaire d’Oxford, dont le nom ne se trouve nulle part dans le livre du recteur, et qui cependant, il l’affirme lui-même dans son autobiographie, suivit, en 1559, les cours de Chevalier, de Bérauld, de Bèze et île Calvin1. Un autre exemple, également probant, est celui du théologien Lambert Daneau, qui rappelle, comme on l’a vu, dans la dédicace d’un de ses ouvrages, son arrivée et ses études à l’Académie de Genève, en l’année 1560, et qui n’a pas inscrit sa signature à côté de celle de ses camarades. On peut en dire autant de l’un des élèves les plus distingués de Calvin, François du Jon, qui devait occuper plus tard, sous le nom célèbre de Junius, la première chaire de théologie de l’Université de Leyde et dont on a vainement cherché la trace dans le registre en question. Il a cependant raconté lui -même comment son père l’envoya continuer ses études à Genève, comment il y arriva le 17 mars 1562 et comment il y vécut plus de trois ans, dans une véritable frénésie d’apprendre et de savoir2 *.

D’après un témoignage souvent cité et qu’il n’y a pas de raison de révoquer en doute, si l’on n’y cherche pas autre chose que ce qu’il contient, les leçons de Calvin ont réuni jusqu’à un millier d’auditeurs A

Nous reproduisons ci-après un fac similede la première série des signatures des étudiants qui ont adhéré à la confession de foi rédigée par le réformateur. Ce document, qui présente tous les noms inscrits pendant le rectorat de Théodore de Bèze, jusqu’à son départ pour le colloque de Poissy, servira, du moins nous l’espérons, à d intéressantes identifications4.

1 The life of Sir Thomas Bodley. the honourahle founder of the Publique Library in the University of Oxford. Written by himself ; Oxford, 1647, p. 2.

2 Cf. Fr. W. Cuno, Franciscus Junius der altéré; Amsterdam, 1891, p. 11 ss.

8 Voir une lettre du ministre Jean de Beaulieu à Farel, datée de Genève, le 3 octobre 1561 (Cale, op., XIX, 10). Mark Pattison, dans son élude sur Casaubon, croit pouvoir contredire l’assertion très précise de cette lettre, qu’il regarde à tort comme anonyme. Il y oppose le nombre des signatures relevées dans le livre du recteur. ( Isaac Casaubon : 2e éd. Oxford, 1892, p. 15.)

4 Mss. B i b I . de Genève, Mhg. 151 ca. — Ce registre a été publié à la même occasion que les Leges. sous ce titre: Le Livre du Recteur, catalogue des étudiants de l’Académie de Genève, de 1551) à 1859; in-8, Genève, — J. -G. Fick, — 1860. Le mot de catalogue était mal choisi. Il a manifestement égaré la critique.

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Au moment de la mort de Calvin, l’école comptait 1200 élèves dans les classes et 300 étudiants. L’avenir semblait assuré. C’est ce que Bèze mandait à Ballinger, le 4 mai 1564, en ces termes : « Aux promotions des calen- « des de mai, nous avons compté près de douze cents écoliers dans la Schola « privcita, et environ trois cents dans la Schola pablica. Leur nombre s’ac- « croît tous les jours tellement qu’il me paraît que Dieu, ainsi qu’il l’a fait « jusqu’ici, veut grandir l’assemblée des siens, sous les yeux de Satan, et « malgré le reste du monde conjuré contre nous. Dut-il en être autrement, « nous serions sûrs de vivre, quand même il nous faudrait mourir. Car nous « avons maintenant la certitude que si cette cité doit tomber, sa chute « retentira dans les pays voisins et sera un désastre, même pour ceux qui « n’en ont pas la moindre idée. Ce serait la ruine de la liberté1.»

1 Mss. Bibl. de Genève, Ml. 118, fol. 21. — Deux ans après, le nombre total des écoliers de tout âge montait à deux mille : « Nudiustertius recensuimus ad duo scholasticorum millia in nostræ scholæ promolionibus. Precare Dominum ut bis principiis, frustra ringente Satana, benedicat. » Bèze à Bullinger, 6 juin 1566. [Ibid., fol. 44.)

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