DE JE AK JALABEHT A HORACE-BÉNÉDICT DE SAUSSURE
« éprouver tout, selon saint Paul, pour bien choisir, » ainsi parle au commencement du siècle, un des élèves de Jean-Antoine Gautier, le fidèle disciple de Chouet, dans des thèses qu’il dédie au maître de son professeur. Et il ajoute : « Chercher l’évidence et la certitude propre à chaque chose par un libre et ju- « dicieux examen, fondé sur une juste défiance, c’est la méthode moderne à « laquelle on doit l étal présent et florissant des sciences et des arts, partout « où les préjugés, l'autorité et la superstition ne lui ont point fermé l’entrée. —
« S’attacher moins à Descartes qu’à la vérité, et plus à sa méthode qu’à ses sys- « tèmes, entr’autres à celui du monde et des tourbillons, à cause des ineonvé- « niensque l'on y découvre, en suivant sa méthode et son exemple, c’est être « disciple de Descartes, et lui rendre l’honneur qui lui est dù *. »
Locke et Newton furent connus à Genève avant qu’ils eussent, comme dit Cousin, « franchi le détroit sur les ailes brillantes et légères del imagination de Voltaire. » Et, de bonne heure, leur influence se fit sentir dans 1 Ecole. Les idées de Locke pénétrèrent les spéculations delà métaphysique, ce! les de Newton les constructions des physiciens. L’Eglise, tout émancipée qu elle fut par son évolution libérale, semble même à un certain moment s’être émue de cette faveursi rapide et, à son gré, trop dépourvue de réserves. Dans un discours prononcé à Saint-Pierre, le 2à mai 1728, pour la clôture de la solennité des Promotions, Alphonse Turrettini le laisse deviner : « On a été, dit-il, entêté a d’Aristote durant plusieurs siècles. Les académies ne retentissaient que de « son nom. Aristote a été débusqué parGassendi et par Descartes. Et plusieurs » quittent aujourd’hui ces derniers, pour courir après d’autres grands noms, « très estimables, très respectables, je l’avoue, mais à la faveur desquels on « s’entête de certaines idées, qui ne valent peut-être pas mieux que celles qu’on « abandonne1 2. »
L’Eglise de Jean-Alphonse Turrettini avait cessé de s’imposer la garde des intelligences, le contrôle impossible des opinions scient ifiques. Elle n’en avait pas moins conservé, par son union intime avec l’Ecole, une influence considérable sur l enseignement. Les professeurs laïques, étant membres du
1 Pensées ou thèses philosophiques dédiées à MM. J -Robert Chouet. premier Syndic, et Pierre liant ici. ancien premier Syndic, de la ville et République de Genève, soutenues, le /4 septembre 77/4 , sous M J. -Antoine Gautier. Professeur en Philosophie, par Jean-Jaques de la Barre, de Genève, auteur Traduites et augmentées : in-16, Genève, 1715.
2 Ms s. Bibl. de la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, N° 67, pièce \ .