DU JEAN JALABEKT A HOR ACE- B EN É DI CT DE SAUSSURE 5C
surd’es fîguresqui représentaient différentes espèces de chenilles dans leursatti- I ndes naturelles. Je me sentis fortement remué. J’allai au titre et je lus : Mémoires pour servir à V Histoire des Insectes , par M' de Réaumur . C’était le premier volume qui paraissait depuis environ trois ans, et dont je n’avais point ouï parler. Je le feuilletai rapidement ou plutôt je le dévorai des yeux. Je fus saisi de surprise et de joie en entrevoyant la manière si pleine, si intéressante, dont l’auteur traitait un sujet pour lequel l’abbé Pluche avait tant excité ma curiosité sans la satisfaire. Je fus enchanté de voir ces insectes, si méprisés du vulgaire, et qui m’étaient devenus si chers, ennoblis en quelque sorte par la savante plume d’un célèbre académicien. Vous jugez bien, mon illustre ami, que je ne fus pas fort attentif à la leçon de mon professeur. J’avais toujours les yeux cloués sur le Réau mur ; et dès que la leçon fut achevée, j’abordai bien humblement mon professeur, et le suppliai de vouloir bien me procurer la lecture du bel ouvrage. M1 De la Rive était un peu brusque : « Que voulez-vous faire de ce livre, me dit-il d’un ton assez repoussant? Lisez le « Spectacle de la nature ! » — «Je l’ai lu et relu, repartis-je, et je lésais presque « par cœur. » — « N importe, répliqua-t-il, les Mémoires de M' de Réaumur sont « trop savants pour vous : d’ailleurs, je ne puis en disposer; ils appartiennent à « la Bibliothèque publique. » Je n’osai insister. Je laissai donc écouler quelques semaines au bout desquelles je me rendis à la Bibliothèque publique. Je savais qu’on n’y prêtait pas de livres de prix aux étudians. Je m’adressai à celui des bibliothécaires que je jugeai le plus complaisant h et lui présentai mon humble requête. J’en fus plus mal reçu encore que je ne l’avais été de mon professeur. « Allez, me « dit-il, nous ne prêtons point de semblables livres à de jeunes gens. » J’eus beau représenter que j’aurais le plus grand soin de l’ouvrage, et que je le rapporterais à la Bibliothèque dans la huitaine ; tout fut inutile. Je ne me rebutai pas néanmoins, et je bazardai au bout de quelque temps une seconde supplique. Cette fois je fus plus heureux ; le rigide bibliothécaire se laissa fléchir et m’abandonna, pour quelques semaines, ce livre si désiré, et qui devait faire de moi un petit naturaliste. Non seulement je le lus nuit et jour avec toute l’attention dont j’étais capable; mais j’en fis encore d’amples extraits ; car je n’imaginais pas alors que je serais un jour possesseur de ce grand ouvrage, et que je le tiendrais de la main même de l’illustre auteur 2. »
Nous avons montré comment, à la lin du scolarcat de Chouet, si fécond en réformes et en créations universitaires, Jean-Louis Calandrini et Gabriel Cramer furent installés par le Conseil, sans le eoncou rs delà Compagnie, dans une chaire spéciale, collective, de sciences mathématiques. Lorsque les deux
1 Léonard Bnulacre (3e lellre).