‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 193 sur 213 · ty.s-.s-. Bibl. dr Gonévo, Mlto Ut. |>. I I ss · texte numérisé non relu

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maîtres furent devenus, l'un professeur ordinaire de Philosophie, l’autre professeur surnuméraire, chargé de l’enseignement des mathématiques, ils réussirent à faire greffer sur cet enseignement une nouvelle branche d’études : la Physique expéri mentale. Un professeur honoraire en fut chargé : Jean Jalabert.

Né en 1712, la même année que Rousseau, le lils d’Etienne Jalabert et de Michée Tronchin avait perdu son père dès l’âge de onze ans; mais il ne manquait pas de protecteurs parmi les parents et alliés de sa mère et il semble que Jean-Alphonse Turrettini, lorsque la mort prématurée de son cousin Samuel ruina tant d’espérances, ait songé au petit-fils du grand Louis Tronchin pour occuper un jour, après lui-même, la première chaire de l’Ecole. En tout cas, il voulut diriger ses études et, malgré son goût prononcé pour les sciences, malgré ses succès à l’Auditoire de philosophie, le fît entrer en théologie. Malheureusement, Turrettini mourut presque au lendemain delà consécration de son protégé (Ier mai 1757) et sa chaire de Dogmatique fut attribuée à un autre petit-fils, dans les conditions que nous avons rapportées. C’est alors que, sur la recommandât ion de Cramer et de Cala ml ri n i , le Conseil nomma Jean Jalabert professeur honoraire de Mathématiques et de Physique expéri mentale. Comme il fallait, pour l’enseignement qu’on attendait de lui, qu il eût I occasion, non seulement de compléter ses études, mais d’acquérir les instruments nécessaires, aussitôt nommé, d partit, à l'exemple de ses maîtres, pour un voyage scientifique de deux ans.

Le jeune professeur honoraire vit toutes les portes s’ouvrir devant lui et put bientôt ajouter à ce titre ceux de membre associé de l’Académie de Bologne, de correspondant de l'Académie des sciences de Paris et de mem bre de la Société royale de Londres. Lorsqu'il revint à Genève, il était entré en relations avec Daniel Bernouilli, Muschenbrœk, s Gravesande, sir Hans Sloane, I abbé Nollet, Mairan. Maupertuis, Réaumur. Il commença ses leçons, le 28 août I 759, par u n discours sur l’utilité de la philosophie expérimentale, — c'était le nom que l’on donnait alors à la physique nouvelle, — qui fut dédié à Jean d Ortous de Mairan, avec cette citation significative de Quint ilien pour épigraphe : « Nota est ars ab expérimenta1. »

Le cabinet de physique de Jalabert fit bientôt le plus grand honneur à ! Croie et . à partir de 1744, comme il s’imposait des frais continuels pour I cn-

1 Do philosophiœ experimentaUs utilitnte, Hliusque et mathoseos concordia. Orutio iiuiugumlis ; in-4, Genève, 1740.

DE JEAN J ALABEHT A HORACE-BÉnÉDICT DE SAUSSURE 569

tretenir, sans avoir droit à aucun traitement, le Conseil lui accorda pour l’indemniser et à charge de faire « deux cours publics par an, » une gratification annuelle extraordinaire de 24 louis d’or, jusqu’au moment où sa profession serait « réunie avec l’une de celles de Philosophie ou Mathématiques h » fin 1750, lorsque Cramer fut appelé à la chaire de Calandrini, qui entrait au Conseil, Jean Jalabert eut sa chaire de Mathématiques. Deux ans plus tard, à la mort de Cramer, il était appelé lui-même à celle de Philosophie1 2. Il l’occupa jusqu’en 1 757, année où il devenait conseiller d’Etat.

Des nombreux travaux de Jean Jalabert, les plus importants ont eu pour objet l’étude de l’électricité, à laquelle il avait été introduit par l’abbé Nollet . Dans la préface de son principal ouvrage, qu’il dédie à ce maître et qui fut considéré dans le monde savant comme un modèle de méthode, il s’exprime de la sorte : « J’ai observé avec soin. Je rapporte avec fidélité. Si l’attachement à « la vérité est la première vertu de l’historien, la sincérité et l’exactitude dans « le détail des observations doivent principalement caractériser l’historien de « la nature... Je ne me suis proposé que de décrire lesprincipaux phénomènes « électriques et de les ranger dans un ordre qui facilitât la déducl ion des con- « séquences qui enrésultent.Cartelleest,etsurtouten Physique, lalente mais « nécessaire gradation de nos connaissances, que nous pouvons remonter aux « causes et arriver insensiblement à une théorie... Je ne crains point de vous «offrir des idées qui ne sont pas toujours conformes aux vôtres. Dans les « sciences, comme dans les Etats libres, onne connaît point l’esprit decour3. »

Ces lignes peuvent servira donner quelque idée de la méthode et du caractère des savants genevois au milieu du XVII Ie siècle. On y trouve la double marque de Ghouet et de Calvin .

Lorsque la chaire de Mathématiquesquequittait Jalabert fut miseauconcours, en I 752, trois mat hématiciens, qui tous trois ont un nom, George-Louis LeSage, Louis Necker et Louis Bertrand, et un ministre, fils et frère de syndic, Jacques-André Trembley, se présentèrent pour l’occuper. Ce fut Trembley

1 Reg. Conseil, 13 septembre 1740 el 14 mars 1744.

2 Reg. Comp., 21 janvier 1752,

* Expériences sur V électricité, avec quelques conjectures sur la cause de ses effets ; iti-8, Genève, 1748. Cette préface a été reproduite en partie par le professeur Rudolf Wolf dans sa notice sur Jean Jalabert . (Biographien zur Kulturgeschichte der Schweiz, tome IV. « dédié à l'Académie de Genève à l’occasion de son troisième jubilé séculaire, le 5 juin 1859: » Zurich, 1862.)

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

qui l’obtint. La même année, la Compagnie, prenant en considération ses talents de prédicateur, le désignait pourremplir, concurremmentavec sa chaire de Mathématiques, une charge de pasteur en ville, « le chargeant d unedizai ne et des sermons ordinaires que font les Professeurs ecclésiastiques »

La nomination de Trembley, ou, en cas d insuccès de ce candidat officiel, cel le de Necker, qui était recommandé par .Jalabert et ses amis, semble avoir été si attendue que Le Sage se retira après les leçons d’épreuve et avant la dispute, ce que 1 e Journal helvétique met sur le compte de sa santé, tandis que son biographe croit devoir l’expliquer par une extrême timidité1 2.

Heureusement pour la chairedeMathématiques, le prédicateurqui l avait obtenue ne l’occupa que quatre ans. La suppléance du professeur de théologie De Hoches vint, à point nommé, satisfaire son ambition. Il n’a du reste pas laissé beaucoup plus de traces de son activité dans cette seconde chaire que de son passage dans la première 3. Peut-être faut-il dire, à la décharge des magistrats contemporains, si sensibles aux considérations généalogiques, qu’il était le frère d Abraham Trembley, le naturaliste célèbre par ses travaux sur les pol vpes, et qu i I avai t pour fils Jean Trembley, qui devint plus tard le collaborateur de Charles Bonnet et mérita de la science par ses recherches de psychologie, comme parses observations astronomiques et ses contributions à l’étude des hautes mathématiques. L’un et l’autre se montrèrent des plus dignes de professer à l’Académie. La nominationde 1 752 semble le leur avoir interdit. A la fin du siècle, Simon L Huilier, faisant, dans un discours de Promotions, l’éloge de Gabriel Cramer et de ses successeurs, exécutera le professorat de .Jacques-André Trembley en le rappelant ainsi : « ...un intervalle que je dois passer sous silence 4 . »

Necker et Bertrand eurent leur revanche et occupèrent successivement la chaire de Mathématiques, le premier en 1757, le second en 1761. Il faut, regretter, pour la gloire de l’Ecole, que George Le Sage n ait pas. lui aussi, eu son tour.

Fils aîné du professeur de Droit public dont nous avons déjà parlé, Louis

1 Reg. Conseil. 25 septembre 1752.

- N o\r\e Journal helvétique du mois de septembre 1752 et Pierre Prévost . Notice de la vie et des écrits de George-Louis Le Sage: Genève, 1805. p. 70

s Cf., plus haut, p. 559 s.

4 R. Wolf, / cv. I, 4 1 7

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