E JEAN JALABERT A HORACE- BEN ÉD1CT DE SAUSSURE
Necker, qu’on appelle volontiers NeckerdeGermany, du nom d’une terre, pour le distinguer de son cadet, le financier, avait soutenu, en 1747, des thèses sur l’électricité sous la présidence de son maître Jalabert. Il s’était fait connaître depuis par des travaux de mécanique et était devenu l’ami de d’Alembert, qui lui demanda plusieurs articles pour l’Encyclopédie. Déjà en 1752, lors de la nomination de Trembley à la chaire qu’il avait postulée, Jalabert avait tenté de lui faire attribuer les leçons de physique expérimentale que lui-même venait d’abandonner. Il lui avait cédé dans ce but, pour le prix de 4500 livres, « son assortiment de machines nécessaires à cette profession. » Mais le Conseil n’était pas entré dans la combinaison L’élection de 1757 fut presque un dédommagement. Louis Necker joignit à ses fonctions académiques la direction du pensionnat de jeunes gens fondé par son père. Il semblait au début d’une belle carrière universitaire, lorsqu’un scandale d’ordre privé le mena devant le Consistoire et l’obligea de quitter brusquement Genève et « sa professorerie, » comme dit Voltaire1 2. Il alla s’établira Marseille, où il fonda une maison de commerce.
Après son échec de 1752, Louis Bertrand était parti pour Berlin. Il y devint l’élève, le commensal et bientôt, par son élection à l’Académie royale de Prusse, le collègue d’Euler. Il revint, en I 7fi I , disputer de nouveau, cette fois avec succès, la chaire vacante de Mathématiques. Il devait l'occuper pendant trente-cinq années avec une distinction, une autorité, que de nombreux élèves arrivés eux-mêmes à la notoriété se sont plu à reconnaître. Son principal ouvrage, modestement intitulé : Développement nouveau delà partie élémentaire des mathématiques , a fait époque. Il lu t le promoteur de la fondation d’un observatoire à Genève et obtint, en 1771, la création d’une chaire honoraire d astronomie en faveur de Jacques- And ré Mallet, qui avait été l'un de ses compétiteurs à celle de Louis Necker3.
C’est ainsi qu on voit se constituer peu à peu, par bourgeonnement, à mesure que la science elle-même se classifie et se subdivise, l’organisme qui va devenir une Faculté des sciences. La chaire de Mathématiques s’est greffée sur la seconde chaire de Philosophie; elle a produit à son tour deux rejetons im-
1 Reg. Conseil, 25 septembre 1752,
2 Lettre de Voltaire à d’Aleinbert, du 6 janvier 1751.
3 Reg. Sénat a cad. , 16 juin 1767. 18 mai, 4 juin et 25 sept. 1770, 2 sept . 1771.
LE SIECLE UES PHILOSOPHES
portants, la chaire dePhy si que expérimentale et celle d’ Astronomie. Occupées au XVIIIe siècle à titre honoraire et d’une façon intermittente, ces dernières deviendront, au XIXe, ordinaires et permanentes. On est surpris de ne pas constater une spécification semblable des enseignements dans le groupe des sciences biologiques qui se développent simultanément, sous l'influence de la méthode expérimentale. La raison en est que le moule ecclésiastique dans lequel l’École a été comme coulée, à son origine, s’y prête mal et qu’un conflit d influences se met au travers.
Les chaires nouvelles, non prévues par les Loges de Calvin, sont pourvues par les Conseil s et ord in ai rement at tri buées à des laïques. Mais les chai res ordinaires de Philosophie, n’étant autres que 1 ancienne chaire des A rts, dédoublée dans les conditions que nous avons rapportées, restent à la nomination delà Compagnie, (pii s’efforce d’y taire arriver, à travers le concours qu on l’a obligée d’admettre, des ministres, tandis que Messeigneurs usent de leur influence en sens cont raire, au bénéfice de leurs neveux . L argument delà Compagnie est que, les candidats devant être capables de professer une logique à laquelle on a joi n I la métaphysique et, sous le nom de pneumatologie et de morale, une théologie naturelle qui comporte l’exposé de certaines vérités de la religion révélée, il faut autant que possible nommer des ecclésiastiques. L argument du Conseil est que, vu l'essor des sciences naturelles et li mpor tance des disciplines qui en relèvent, il faut avant tout, pour que la physique soit convenablement enseignée, nommer des savants qui s v consacrent tout entiers.
A la vérité, la spécialisât ion avait été réalisée de fait, sous le rectorat éclairé de Jacob Ver net, par une entente entre les professeurs, tacitement ratifiée par le Sénat académique. Le pasteur A m i de la Rive, que sa chaire de philosophie ned ispensait nullement de L exercice de son ministère, avait été heureux, après quelques années d’essai, de s’en tenir à ses leçons de philosophie rationnelle et d abandonner les sciences d’observation à ses savants collègues, Calandrini, Cramer, Jean Jalahert. Mais cette répartition de la tâche, n’avant point été sanctionnée par un règlement officiel , ne pouvait influer sur les conditions du concours, en cas de vacance des chaires. Kn I7(i2, lorsque de la Rive, que sa santé obligeait à la retraite, obtint de ses collègues et du Conseil d’être relevé d’un professorat de trente-huit années, il reprit une motion, déjà formulée en I 7b I , et proposa la consécration formelle de l’état de choses existai! t .