THÉODORE TRONCHIN, PROFESSEUR HONORAIRE DE MEDECINE
sonnelle acquise à l’étranger, complètement en dehors du vieux cadre dont il n était pas permis de sortir. Ce maître parut à Genève en 175^, « un homme haut de six pieds, savant comme Esculape et beau comme Apollon. » C était Théodore Tronchin, le médecin de Voltaire.
Tour à tour étudiant à Cambridge et à Leyde, élève, puis successeur du grand Boërrhave, ancien président du Collège de Médecine et inspecteur des hôpitaux d’Amsterdam, célèbre par une campagne couronnée de succès en laveur de l’inoculation, Tronchin revenait dans sa ville natale, possesseur d une fortune qu’il ne devait qu’à lui-même, précédé d une réputation qui le mettait d’emblée hors de pair. La Faculté de médecine songea aussitôt à se l’agréger. Elle avait obtenu du Conseil l’autorisation de le dispenser des épreuves usuelles et se disposait à le recevoir par acclamation , lorsqu’elle fut devancée par une démarche subite du recteur de l’Académie, Amédée Lullin. Le 24 février 1755, celui-ci présentait à scs collègues, et le lendemain le Sénat académique portait devant Messieurs, la proposition développée dans le rapport ci-après :
« L’Académie, dès le premier moment de son institution, a désiré parmi les facultés celle de médecine. »
« C’était le vœu de son fondateur, à qui notre Eglise et même l’Etat seront éternellement redevables ; le grand Calvin recommanda particulièrement l’érection de cette chaire au Magnifique Conseil. Aussi ce fut sur ses vues que, l’année même où l’Académie fut établie, en 1559, Biaise Hollier obtint la permission de faire des leçons de médecine, sans gage. En 1567, Simon Simonius fut chargé de la même commission, maiscomme Professeur en Philosophie il eut un honoraire.»
« En 1584, Jean-Antoine, fils de Philibert Sarrasin, fut admis à en faire des leçons publiques, et en 1585 Morloty fut aussi reçu, et sans gage. Le même vœu a été renouvelé dès lors plusieurs fois. Les registres du MagnifiqueConseil en donnent la preuve. »
« En particulier, Messieurs les Recteurs Jean-Alphonse Turrettin et Gautier l’avaient à cœur; le premier en insinuait la nécessité, le second l’en exprima ouvertement dans l’une de ses harangues aux Promotions. »
« On sent l’importance de la Faculté de médecine pour la conservation de la santé des citoyens, et celle, par conséquent, d’un habile Professeur qui en forme d’utiles et de sages élèves ; d’ailleurs cette ilia ire est la seule qui manque à l’Académie dans l’ordre des Facultés. Ce relief nous fera marcher de pair avec' les autres Académies et les Universités ordinaires. »
LE SIECLE DES PHILOSOPHES
« La réputation des académiciens fait la réputation des Académies. Quoique nous ayons, dans le sein de notre ville, des Docteurs dont le nom et l’habileté dans la médecine feraient beaucoup d’honneur à l’Académie, on estime q ne M1 Théodore Tronchin, connu dans la République des Lettres, célèbre dans son art, qu’il exerce depuis trente ans dans une des plus grandes v illes de l’Europe, président depuis longtemps du Collège de Médecine d’Amsterdam, appelé par plus d’une Cour, réunit dans sa personne ce qui peut rendre parmi nous une chaire de Médecine utile au public et honorable à l’Académie. Le public, qui a paru inquiet des offres (pi on lui a fait dernièrement, verra sans doute avec plaisir qu’on accorde des marques honorables et distinguées d’estime à l’un des plus illustres élèves du fameux Boërrhave, a un citoyen qui donne des preuves marquées de son amour pour la patrie. »
« Comme il ne s’agit pas ici de conférer à de jeunes gens un titre qui semble donner une sorte d’expectative aux Professions dont les élections appartiennent à la Vénérable Compagnie, que l'âge et la réputation établie de M1 le Docteur Tronchin ne donnent lieu à aucune difficulté, il n’y a pas lieu de douter que la Vénérable Compagnie ne prenne a la Profession honoraire qu’on peut luv accorder, un intérêt proportionné à son amour pour le bien de h Académie. »
« On s’aperçoit aussi qu’il ne saurait être question de gages, pour un homme qui a quitté des places et néglige des offres très avantage uses. Si Ion croyait devoir craindre des conséquences pour l’avenir, lé Magnifique Conseil peut toujours se conserver le droit de continuer ou supprimer ce titre. »
« Ainsi cet établissement, qui ne coûterait rien a l’Etat, augmenterait le relief de l’Académie, il procurerait à ceux qui se destinent à la Médecine le commencement des secours qu’ils vont chercher dehors, il y abrégerait leur séjour et par conséquent leurs dépenses. La chirurgie en retirerait beaucoup d’utilité. Cette chaire et sa célébrité attireraient quantité d’étudiants étrangers ; l’émulation seule rendrait cet établissement d’un avantage plus étendu. Les principes et la méthode de la bonne médecine se perpétueraient et l’on aurait une nouvelle preuve que, dans notre République, l’honneur est un ressort plus puissant que l’intérêt h »
Séance tenante et à 1 unanimité des membres présents, le Conseil accéda au vœu du Sénat académique. Spectable Théodore Tronchin reçut « le titre, U' rang et les honneurs de Professeur honoraire en médecine. « La Compagnie s'empressa d’y ajouter l'en t rée à ses séances et un siège «du côté de la ville 2. » En revanche, le doyen delà Faculté, Jacques-André Bonet, marqua son sen-
1 Reg. Conseil , 25 février 1755. (Texte publié en partie par A métier Roget . Hommes et choses du teoips jiossé, Rlrennes genevoises, I ; Genève, 1877, p. 162 ss.)
2 Iteg. C.omp., 7 et 14 mars 1755. Cf. , plus liant, p. 431.