‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 204 sur 213 · THÉODORE TRONCH I N , PROFESSEUR HONORAIRE DE MEDECINE · texte numérisé non relu

THÉODORE TRONCH I N , PROFESSEUR HONORAIRE DE MEDECINE

a qui n’était pas naturel et tendait à causer des désagrémens et de la désunion « dans la faculté, et surtout dans la société pari iculièrc des Médecins, comme « on l’avait éprouvé lors que M. Troncliin luttait professeur. »

Odier retira sa candidature, mais il exigea et obtint, de chacun de ses collègues, rengagement formel de ne jamais accepter de chaire de médecine *.

Di x ans plus tard, Odier devait être nommé professeur, par un gouvernement dont le siège n était plus à Genève. Pour que la chaire de Troncliin put èt re rétablie, il n avait fallu rien moins que la chutede l’ancienne République.

1 Livre des Ordonnances de la Faculté de Médecine, 24 cl 2<> décembre 1789.

CIIAPITRK

T, A lï K V O I . U T I O X

Au Consei I général du à mai 1 707, la première' assemblée' souveraine réunie par les Conseils depui s le X V Ie siècle, Robert Chouet, étant syndic, lia ra ligua les citoyens au nom du gouvernement. Pierre Patio revendiquait pour les comices du peuple le pouvoir législat il suprême. Le syndic philosophe et historien répondit en donnant au Conseil général tous les titres qui pouvaient liai ter sou amour-propre, mais en distinguant avec habileté le pouvoir en soi de son exercice. « Ce n est pas une question, — dit-il. — qui doive, ni même « qui puisse être proposée parmi nous, à qui ou à quel Corps appartient la souci veraineté de notre btat ; il n'y a personne sans exception, Magnifiques et <( Souverains Seigneurs, qui ne doive tomber d accord, qu'elle appartient unici quement à ce Conseil ici; et ce serait une pensée très criminelle que d en ci douter... Mais il faut distinguer avec soin le droit de la souveraineté d’avec « son exercice ; car un souverain, en conservant tout son droit de souveraineté, « peut pourtant en confier l'exercice et les fonctions à qui il lui plaît et pour le n temps que bon lui semble. Kt c’est ainsi qu’en usent toutes les démocraties » les plus sages et les plus prudentes. . . Ce sont aussi ces considérations qui <i ont engagé nos sages prédécesseurs, à l’exemple des autres peuples qui ont » embrassé la même forme de gouvernement que nous, à établir desmagis- « trais, tels que sont nos quatre Syndics, notre Petit et notre Grand Conseil, ci pour leur remettre l'exercice de leur souveraineté... Il est certain que ee ci souverain Conseil n’a point été assemblé, depuis plus de six vingt ans, mais ci c'est parce que ce même Conseil général l’a ainsi trouvé à propos, et qu'il a « estimé que le bien de la République ( exigeait ainsi »

r,A K E VOI.l T IOX

Lu admettant que l(' Conseil généraient réellement « trouvé à propos » et voulu l étal <le choses existant, il semble aller de soi qu’il devait pouvoir s aviser autrement. Messeigneurs ne le niaient point ; mais, en se réservant à eux-mêmes le droit de juger seuls quand et comment pouvait être eonvoquéle Conseil souverain, ils retenaient de fait la réalité du pouvoir. C’est à la I héorie deChouet, qui fut, jusqu à la chute du j>at ri ci at, celle du go u ver ne ni en t aristocrat iquede Genève, que Mousseau entendait réjmndre |>ar sa fameuse formule : « La sou verai net é est i nalién able. . . La sou vera inet é ne j)eu t être roprésen tée. »

La lutte j)ol i tique qui commence avec les jjremièresannéesdu XVI I Ie siècle et qui le rem [dit tout en tier port(' d’abord sur les droits du Conseil général . Kl le est entre les citoyens et bon rgeois qui le conqmsent d’une j > a r t , le : j > a t ri ci a t et I es Cou se 1 1 s, dont I ’aristoerat ieaaccajjaré les sièges, de l’autre. Des deux côtés on invoque des chartes, des coutumes, I héritage de l’autorité de l’évêque ou les privilèges de la commune médiévale. Le droit jmblie qu’on proclame et qui I rouve, j^our vingt-cinq ans, sa formuledans le comjîromisde I 7.'» 8 est fondé sur L histoire. Vers le milieu du siècle, le débat se l ra ns forme, l 'argumentât ion du jjarti de lojqmsi lion démocratique s’appuie sur u ne base non vel le : le d roi I naturel, tes origines rationnelles de la société jiolitique. Kt bientôt une catégorie deGenevois, jusqu alors muette, la j)lus nombreuse, la jdus iinjjosée, réclame à son tour I exercice de droits méeon nus. Ce sont les natifs, ou étrangers domiciliés nés dans les limites de la cité. A leurs revendications se joindront un jour celles des habitants simplement reçus à rétablissement et enfin celles des sujets, c’est-à-dire des paysans de la Seigneurie.

On sait comment la condamnation même des ouvrages de Mousseau j>ar le Petit Conseil et les rejîrésentat ions de la bourgeoisie à ce sujet marquèrent le début d’une des jdiases les j > 1 11 s inqiortantes de cette longue lutte et firent donner aux jjartis en jn’ésence les noms bien connus de liepirsen tanta (‘I de A égatif's. On sait aussi que la querelle, à la fois locale j>ar ses causes et j)ar ses effets et euroj)éenne |>ar son retentissement, donna lieu à d incessantes prises d’armes et à de multijdes i n fervent ions, tour à tour di [)lo ma tiques et m i I i I aires, de Zurich, de Berne, du roi de France et même simultanément du duc de Savoie, devenu le roi de Sardaigne. Victorieux en I7b8et 1781. le parti po|)ulaire est vaincu en 1782. Il j>rend sa revanche définitive en I 780 , 1791 cl 1792, éjjoque où est proclamée I égalité civile et jiolitique de tous les habitants du — i. 75

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territoire. Dès lors la Révolution se précipite et bientôt le centre du mouvement n’est plus à Genève. La tempête qui faisait rage dans le verre d eau s'est déchaînée sur le monde. Elle secoue la France et F Europe. E t, en peu d’années, l'ancienne République a vécu. Dans cette crise d un siècle, le rôle de l'Académie est loin d’être insignifiant.

Tout d’abord, on l’a vu, c’est dans les Auditoires que les théories nouvelles mi théologie, en philosophie, en droit, ont été formulées et professées. L enseignement donné à l’école dedroit, à l'époque du renouvellement des études juridiques, a contribué tout part iculi ère ment à créer un état d esprit politique entièremen t différent de celui des siècles passés. Dans le manuel de Pufendorl , sur les devoirs de I homme et du citoyen, manuel <pie Burlamaqui prend corn me texte de son premier cours, on trouve tout au long la t héorie du contrat social. On la retrouve, presque telle quelle, dans les Principes du droit politique, qui lont suite aux Principes du droit naturel, et de plus on v lit des passages comme ceux-ci :

« Il est certain que les noms de Souverains et de sujets, de Maîtres et d’esclaves, sont inconnus à la nature; elle nous a fait simplement hommes, tous égaux, tous également libres et indépendans les uns des autres; elle a voulu que tons ceux en qui elle a mis les mêmes facultés, eussent aussi les mêmes droits; il est donc incontestable que, dans cet état primitif et de nature, personne n’a parluimème un Droit originaire de commander aux autres, ou de s’ériger en Souverain.»

«... Il faut dire que la Souveraineté réside originairement dans le Peuple, et dans chaque Particulier par rapport à soi-même, et que c’est le transport et la réunion de tous les droits de tous les Particuliers dans la personne du Souverain, qui le constitue tel, et qui produit véritablement la Souveraineté. »

« Cette unité de la Puissance suprême n empêche pas que le Corpsenlier de la Nation, en qui cette Puissance suprême réside originairement, ne puisse par la Loi fondamentale régler le Gouvernement, de manière qu elle commette l’exercice des différentes parties du Pouvoir souverain à différentes Personnes ou à difîérens Corps, qui pourront agir chacun indépendamment les uns des autres, dans l’étend ue des Droits qui leur sont confiés, mais tou jours d’une manière subordonnée aux Loix dont ils les tiennent. »

« Et pourvu que les Loix fondamentales, qui établissent cet espèce de partage de la Souveraineté, règlent si bien les limites respectives du Pouvoir de ceux à qui elles les confient, que l’on voye aisément l’étenduede la Jurisdietion de chacune de

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ces Puissances collatérales ; ce partage ne produit ni pluralité de Souverains, ni opposition entr eux, ni aucune irrégularité dans le Gouvernement. »

« En effet, il n’y a jamais ici, à proprement parler, qu’un seul Souverain, qui ait en lui-même la plénitude de la Souveraineté ; il n’y a qu’une volonté suprême. Ce Souverain, c’est le Corps même de tous les Citoyens, formé par la réunion de tous les Ordres de l’Etat, et cette volonté suprême, c’est la Loi elle-même par laquelle le Corps entier de la Nation fait connaître sa volonté '. »

Tout cela est tiré de cahiers d’étudiants genevois, imprimé à Genève, à peu près en même temps que V Esprit des Lois , par Jacob Vernet, le professeur qui a recueilli l’héritage académique de Robert Chouet et d’Alphonse Turrettini, et qui publie Burlamaqui après avoir publié Montesquieu.

( )n ne saurait en douter, la science, dans l’Ecole de Calvin, prépare la Révolution.

Est-ce à dire qu’en politique les savants de l’Ecole soient des révolutionnaires.’ Nullement. A l’époque où nous sommes parvenus, les chaires de théologie et celles de philosophie, lorsqu’elles sont comme les premières réunies à une demi-charge de pasteur en ville, valent annuellement jusqu’à 3500 florins et 28 coupes de blé, celles des laïques valent de 1200 à 2000 florins, le blé à proportion. Ces traitements ne sont point considérables et, en moyenne, si Ion tient compte de la valeur relative des espèces, et si I on réserve la question du cumul, ne sont pas supérieurs à ceux du XVIe siècle. Ils n’en sont pas moins, dans l’échelle des gages attachés aux fonctions publiques, parmi les plus élevés. Au poi nt de vue du rang social qu’ils conlèren t, les sièges au Séna I académique ne le cèdent qu’à ceux du Consei 1. Le professorat laïque conduit de plein saut les cadets de fa m il le au seuil des magistratures majeures. L’Académie lorme donc un corps privilégié. Les i ntérèts parti eu tiers de chacun de ses membres sont étroitement liés au maintien du régime aristocratique. Et, s’il n’est pas exact d appliquer aux savants, considérés coin me tels, les versd u fabul iste:

. I i nsi notre interet est toujours la boussole Que suivent nos opinions,

on peut affirmer du moins qu’ils participent aux faiblesses humaines el que leur conduite, trop souvent en désaccord avec leurs opinions, l’est rarement avec leurs intérêts. Autre chose est de peser des arguments dans la paix du

1 !.. r . 1 1‘ partie, c lui p. VI, §§ i! el 6, 1 1 1 pari ie, cliap. I , 19—21

cabinet de travail et de se décider pour une théorie générale qu’on croit scientifiquement fondée, autre chose de briser avec le milieu dans lequel on a grandi, où Ion vit heureux, pour obéir aux conclusions rationnelles d’une science qu’on sait éternellement relative.

Aux temps héroïques de son histoire, Genève était la patrie des intelligences révoltées contre Home, d’où qu'elles vinssent, pourvu que leur révolte obéit à ses lois. L Ecole s ouvrait à tous; I Ecole était l’œuvrede tous. Des Français, des Ecossais, des Italiens, plus tard des Allemands, montent chaque jour dans les chaires de I Académie et deviennent Genevois en faisant Genève.

Au XVIII1' siècle, ou plus exactement à partir des dernières décades du X \ 1 11', la porte largement ouverte se lerme, non seulement aux étrangers, mais aux non-patriciens. Ce n’est jamais le droit, mais cela résulte des laits. Les familles académiques si* constituent. Et si quelque immigré entre dans la place, ce n’est qu’au bras de l’héritière d'un nom syndical. Tel le premier ■la la ber I , distingué par M iehée Tronchi n et nommé professeur de Phi losophie, en 17 LL «en considération de son alliance dans une famille considérable. » Les fondateurs de la République protestante et leurs descendants immédiats étaient assez conscients de ses origines internationales pour sentir qu’elle se diminuait en se fermant aux hommes du dehors. Après la consolidation du régime aristocratique, 1 esprit « vieux Genevois,» sans cesser d être patriote, héroïque parfois ainsi qu’au temps du premier refuge, devient étroit. La Seigneurie s’identifie avec la cité, comme Louis XIV avec la France. Le droit île siéger dans les Conseils n’enl rant dans les familles qu’à I ancienneté, on I i en I en fait les nouveaux venus, jusqu à la troisième et quatrième génération, pour des étrangers, puis pourdes Genevois de moindre valeur. A cet égard, comme à tant d’autres déjà, la Genève de Calvin a vécu.

( )n a vu comment la mise au concours des chaires vacantes, d abord effieace, est devenue en réalité, avec le temps, une simple formalité, l’élection du candidat dépendant avant lout des al I iances et relations de sa famille dans les d i verses assemblées appelées à statuer. 1 1 est arrivé souvent , et ceci fait le plus grand lion neu rau vieux sang genevois, que de jeunes pal riciens, cou nus seulement par le nom de leurs ancêtres, ont plei nement justifié dans la suite la faveur dont i Isavaien t été l’ob|el ; des nominations ai nsi faites ont donné à l’Ecole des •Ica n-Al plu nise I n rrel 1 1 n i , des Jean- A n loi ne Gau t îer, des .lea n -Jacques Hurla-

LA REVOLUTION

manu i , des 1 1 orace- Bénédiet de Saussure. .Mais on a vu aussi le cou t ra i re, et la conséquence de cet état de choses a été que, pendant le X\ III' siècle, on trouve à Genève une pléiade de le 1 1 rés et de savants qui ne tiennent, ni de près ni de loin, à 1 Académie. Ce sont pour la plupart des plébéien s ou des étrangers.

Se ne hier raconte qu’en I 723 on litollrir à Kirm i n A bau/.i t la chaire vacant o de Philosophie, ce qui ne peut être qu’un euphémisme de biographe pour dire qu’on lui suggéra de s v présenter. Celui que Mousseau devait proclamer le seul vrai philosophe de son temps répondit (pie ni sa santé, ni son mérite, ne l’autorisaient à songer à unecand idat u re de ce genre. Veut-on conna i I re lescouditionsdans lesquelles I étranger Abau/.it eùl du allronter le concours, si sa sagesse avisée ne I en eut détou rué ? Ou’ on par courre les régi s très du Conseil et de la Compagnie, de janvier à avril 1 723. On y verra ceci . Le jour même où I on parle, pour la première lois, et incidemment, de la chaire à pourvoir, Kzéchiel Gallatin, auteur de Onze sermons sur divers textes de / Ecriture suinte , lils du second syndic en charge et membre de la Compagn ie des pasteurs, se lait cl i s— penser par ses collègues de certaines fonctions ad m i nistrati ves pou r cette raison qu il a «dessein d’offrir ses services pour la Profession en Pli ilosophie, vacante par la promotion de M. Gautier à la charge de Conseiller d’tëtat. » La provision delà chaire étant mise en délibération , ie I à janvier, on renvoie le coucou rs au moisd avri I pour q ue G a I la lin ai I le te m ps de faire par in térimles leçons de Gautier. Comme la rigueur de la saison l'empêche de donner son cours dan s IA uditoire de philosophie, la \ én érable Compagnie met à sa d i s position le local même de ses séances, récemment transféré du vieuxcloitre dansun nouveau bâtiment, voisin de la c hapelle des Macchabées. A près tant de manifestations de la laveur dont Lzéchiel Gallatin jouit auprès des autorités constituées, ceci n est j>as lait jiour surjirendre que, les éjireuves ayant été annoncées pou r le 2 avril j »a r le jirogram me recto ra I *, jierson ne ne se soi t jirésenté jïou r I ni disjniter le jias. Vu ce (ail sans jirécédenl , et sur la jiroposi t ion d A Ijihonse I urrett i ni , on décide de demander au Consei I la d isjiense de la moitié des éjireu ves, ce (j ni est accordé, a|>rés cjue le syndic Barthélemy Ga lia tin a du ment fa it constater que lu i-mème ne sol I ici le rien jiour son fils. L heureux ca nd idat remercie Messeigneurs ('I finalement est élu |>ar la Conqiagnie sans la moindre' disons-

1 \ oit*, |)lns li ;t ti l , |>. 5 U I

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sion . On ne peut s’empêcher, après avoir parcouru ces pages officielles, de trouver que le vénérable ami de Rousseau était en effet un grand sage et de rouvrir la Nouvelle Héloïse pour y chercher la note que l’on sait : « L’oserai-je « nommer ici, lui dont la véritable gloire est d’avoir su rester peu connu? « Savant et modeste Abauzit... vous n aurez point été prôné par les beaux «esprits, leurs bruyantes académies n’auront point retenti de vos éloges; « au lieu de déposer comme eux votre sagesse dans deslivres, vous l avez mise « dans votre vie. . . »

Abauzit reçut une place de bibliothécaire honoraire et la bourgeoisie en Il s’est gardé des querelles politiques. Mais il n’en fut pas de même d’autres savants genevois, moi ns philosophes. Et Ion peut en distinguer u n groupe des plus méritants qui se trouvent dans les rangs, parfois même à la tête du parti populaire. Tels sont les deux George-Louis LeSage, père et fils, et les De Luc, dont le second, Jean-André, l'inventeur du thermomètre à mercure, de I hygromètre et du baromètre destiné à la mesure des hauteurs, est, de l’aveu de ses pairs, I un des premiers physiciens du siècle.

fn petit fait montrera l'état d esprit contre lequel des hommes de cette valeur avaient à lutter et aussi l'impatience qu’ils en concevaient . Aux termes des Ordonnances sur la médecine, la qualité de bourgeois était indispensable pour se présenter à la Faculté et obtenir le droit d’exercer à Genève l'art de guérir. George-Louis Le Sage, père, qui péniblement avait fait étudier son fils, à Râle et à Paris, et qui avait hâte de le voir établi, s’avisa de faire insérer sans autre dans une feuille d annonces cet avis : « G. -L. Le Sage, jeune médecin de Genève, offre ses services au public. » On avait quelquefois fermé les yeux sur le règlement suranné. Cette bravade, les propos déplacés dont elle fut, dit-on, soulignée, irritèrent les autorités, et le résultat fut une interdiction spéciale et formelle signifiée au jeune médecin natif de prat iquer dans sa pairie. Celui-ci se donna pour tâche de réunir la somme considérable de mille écusqui lui était nécessaire pour acheter la bourgeoisie. C est dans cebutqu il envoya au secrétaire de ! Académie des sciences, en vue du concours ouvert pour un prix d’astronomie, son Essai sur V origine des forces mortes, point de départ de ses travaux futurs. La nouvelle, reçue en mai 1750, de l'échec de son mémoire ruina ses espérances et, renonçant à la médecine, faute du capital nécessa i re pou r pouvoir tirer parti de ses études, il se mit à donner pour vivre

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des leçons de mathématiques. Ce n’est que vingt ans plus tard, lorsqu’il lut connu de toute l’Europe savante, associé étranger de la Société royale de Montpellier et correspondant de l’Académie des sciences de Paris, que le Magnifique Conseil, au lendemain de la première victoire des Représentants et l’année où son confrère Jean-Antoine De Luc entrait au Deux-Cents, le jugea digne de la bourgeoisie « gratis pour bonnes considérations. »

Non seulement toutes les places de la République et particulièrement les chaires académiques sont réservées, mais la culture supérieure estconsidérée comme l’apanage des familles d’un certain rang. C’est ce qui suggère à Le Sage, père, cette boutade, qu’on trouve dans ses Pensées bazardées sur les I études : ci Dans quelques Républiques où tous les emplois se donnent à la « naissance, tous ceux de certaines familles devant s’appliquera l’Etude, les « livres qui traitent des sciences doivent être di fl us et à la portée de toutes « sortes de n'en s. »

Les étudiants n ont aucun contact avec le peuple. Autrefois il fallait faire exception pour ceux qui se préparaient à l'état ecclésiastique. Re pieuses Iondations subvenaient aux ét udes des plus humbles et, dans les rangs des ministres, toutes les condit ions sociales se fondaient . Il n’en est plus ainsi au commencement du XA III1 siècle. En 17 10, la Compagnie reçoit un legs de. ‘10,000 florins, fait par un ancien syndic, le généreux Jean-Antoine Lullin, pourconstituer, à l’exemple du collège dit d’Erasme à Râle, une fondation « pour les « étudiants en théologie qui manquent de bien pou r conti nue r leurs études. » L’année suivante, comme il s'agit d appliquer le premier revenu de ce fonds, le recteur Jean-Alphonse Turrettini constate « qu il n’y a pas présentement d'étudiants en théologie pour le service de cette Eglise qui en aient besoin » et propose d’« appliquer le revenu de ce legs à faire voyager des étudians de bonne maison et qui auront du génie. » La mesure est adoptée sans difficulté et, sur un avisen forme de RobertChouet, ratifiée par Messeigneurs. (Quelques années plus tard, les Conseils, sans trop de scrupules, décideront que le capital ainsi légué aux étudian ts sera a lice té à la construct ion du non veau temple1 de la Eusterie.

On a remarqué que Turrettini, tout en déclarant qu’il n’y a pas d’écoliers en théologie qui aient besoi n d’être aidés dans leurs études, a a jouté : « . . . | ion r le service de cette Eglise. » C est qu’on a décidé, pour obéir à des considéra-

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lions de politique étrangère, que Lullin n’a, en tout cas, en en vue que les Genevois. Il va encore quelques boursiers étrangers, de Hongrie, deTransvlvanie, des Val lées Vaudoises. Il n v en a plus de F ranci', non pas ta n I à cause du coup terrible qu’a porté au protestantisme français la révocation de l’Edit de Nantes, - i I v a dans le royau me de Fouis X I Y des commu nau tés du I )ésert. et, dès 17 là, Antoine Court commencera son œuvre de restauration des églises,— mais parce que le résiden t de Sa Majesté Très Chrétienne exerce une survei II an ce jalouse sur le refuge et que la Bépubl ique n est pas assez puissante jiour le braver. Lorsque Court réussit à consti tuer son séminaire, avec l’appui secret des j>ri lires jirotestants et d(*s cantons évangéliques, le comité directeur seul, un comité anonyme, mystérieux, est à Genève, ses « pupilles,» nouvel le semence de martyrs, sont formés et consacrés à Lausanne, sons la protection de Berne.

Pas plus que jiour le XVIe siècle, le Livre du Lecteur n est une source comjilète d informations sur lajirésence à Genève d’étudiants du dehors. On y trouve régulièrement inscrites, il est vrai, les « volées » qui sortent du collège jiour entrer à I Auditoire de belles-lel très, ainsi qu un certain nombre de Suisses ou d ét rangers venus au cours de leurs études, notamment tous les boursiers. .Mais ceux qui ne jirétendent j>as aux certificats genevois ne sont j>as obligés de s’immatriculer. Au reste beaucouji d étrangers préfèrent aux cours en latin de I Académie, qui sont toujours la règle, les leçons particulières, données en français jiar les nombreux maîtres de la ville.

« Ouand je quittai Genève, lit-on dans une lettre d Albert Gallatin, le « lut ur minist re des Etats-Unis, — j v laissai outre les deux jeunes Penn, pro- « priétaires de la Pennsylvanie, Franklin Bâche, jietit-fils du 1)' Franklin, «.lohannot, jietit-fils du I)1 Cooper, de Boston, qui est mort jeune. De tous « ces étrangers, — il a mentionné antérieurement Ivinloeh et William Smith, « de la Caroline méridionale, et le colonel Laurens, — je ne sais pas un seul « qui ait suivi les cours de l’Académie. Ce qu’ils recherchaient, c’était la fré- « quentation de la société genevoise et renseignement des maîtres jiarticu- « Mers, dont la \ ille était abondamment pourvue, en toutes les branches1.»

1 Lettre du 21 janvier 1847, à Eben Dodge. ( The H’ritings of Albert Gallatin : èd. H. Adams, Philadelphie, 1 8 7 tt , fl, 638). Gallatin quitta Genève pour Philadelphie en 1780 Jean de Muller le comptai! parmi ses auditeurs les plus attentifs ce dernier il mentionne aussi, dans sa correspondance. le jeune gouverneur de Pennsylvanie [Briffe an Bonstetten. II, 124 et III, 225 s.).

I A REVOLUTION

Des institutions scolaires officielles ces étrangers appréciaient surtout le manège et la sa I le d’armes, don t nous avons rappelé b insti tnt ion ancienne. En 176)1, le conseiller Louis de San/, in, du Parlement de Grenoble, chargé d'un rapport sur la création (Lune l niversité dans cette ville, avant demandé à un de ses compatriotes, dont le père s était établi à Genève depuis de longues années, des éclai rcissemens « sur la manière qu’on y observait dans l'instruction île la jeunesse, » en reçut un mémoire assez détaillé, où on lit entre autres :

« 1 1 y a encore à Genève une académie où l’on enseigne au x jeu nés gens à monter à cheval. Cette académie est très bien montée. La plus grande partie des chevaux sont espagnols et très bien dressés. Le maître de l’Académie est M1 Malapert. 1 1 est allemand et originaire [de Francfort]1. Il a une très forte pension, que la Ville lui donne, également qu'au maître en fait d’armes, qui a une salle publique, ou il enseigne les jeunes gens de la ville, et en outre donne des leçons par tien lié res aux étrangers2. »

On voit ([lie I enseignement de l'équitat ion et celui des armes, institués du temps de Jacques Lect , sont pr< >s pères au X V 1 1 1" siècle et que le gou verneinent leur continue ses subventions. Les étudiants n’ont plus, comme jadis, l’occasion de courir aux remparts pour la défense de lacité. Mais les prises d'armes continuelles, (| ne provoquent la lutte politique, rappellent à chacun I i mportance des exercices militaires et tous les étudiants genevois qui ont l’âge reijuis, et d’ailleurs ne se destinent point à l'état ecclésiastique, font partie des milices. On peut lire dans les procès-verbaux du Sénat académique de 1775 :

« Messieurs les Professeurs en Droit ont proposé qu’à l’avenir, c’est-à-dire dès l’année 1776, les Examens annuels de leur Auditoire se fassent comme ils se

1 A.-L. Covelle, /.ivre de* Bourgeois, p. 427 : « 1 7->(> , 26 mars. Sieur Pierre Adolphe d Hervilly de Malapert, écuïer dans nostre Académie, (ils de noble Jacob d I terri 1 1 y de M a la pert , bourgeoisde Frauetort , capitaine de cavalerie a il service de leurs Hautes Puissances, gratis pour bonnes considérât ions. »

2 B. de Rodon, Mémoire sur L Académie et le College de lu Ville et République de Genève. \M.ss. Bibl de M. Théophile Dufour). — /.ivre des Bourgeois . p 406 : « 1717. 17 déc. Sieur Pierre Derodon, (ils de feu sieur Jaques, avocat au Parlement de Grenoble, et Bénédicl André, son (ils, 7000 florins. 10 écus à la bibliothèque. 2 fusils assortis . » F.tvre du Recteur, p . 233 : « 1734, Ben erl ici us Andréas Derodon Genrvensis. » — Dans une lettre qu’on trouve en tète de sou mémoire, B. de Rodon déclare qu’il a consulté des personnes dignes de toi « pour les choses nouvellement in I rod u i I es et qui ne se pra tiquaient pas au temps de ses études. »

Le rapport de Louis de Sauzin a été publié dans le Recueil des édits et déclarations du roi , arrêts et règlements du parlement de Grenoble, concernant la province du Dauphiné, tome XXIV. On trouvera dans 1 Histoire de i Université de Valence, de 1 abbé Nadal (Valence. 1861), de curieux dét ails sur la façon dont fut déjoué, par les universités concurrentes, le projet des Grenoblois.

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faisaient anciennement, après les Fériés des Moissons, afin que ces examens ne tombent pas sur la saison des Exercices militaires qui distraisent beaucoup leurs Etudiants, et que la perspective de ces Examens les engage à étudier pendant les Fériés. Dont opiné; cette proposition a été agréée; mais sans conséquence pour les autres Auditoires qui ne sont point sujets aux Exercices militaires »

Nous avons rappelé qu’on entrait ordinairement à l’Auditoire de belleslettres à l’âge de I \ ou 1 5 ans. Après y avoir passé deux ans on était promu à celui de philosophie, puis au bout de deux autres années, consacrées aux sciences, on pouvait commencer des études de théologie ou de droit, qui duraient quatre ans.

Le but principal de renseignement d’humanités, tel qu'il avait été organiséen 1 709 et développé plus tard par Jacob Vernet, était de stimulerchezle jeune étudiant, frais émoulu du Collège, le sentiment de sa propre responsabilité, l’habitude de l’initiative indi vi duel le et du travail personnel . Il y avait loin des 27 heures de classe et de la férule du régent de première aux 9 leçons par semaine, rédui I es en 1 719 de deux heures de durée à u ne heu re et dent ie le malin et une heure l’après-midi , du professeur de Belles-lettres. Chaque jour ouvrable, les étudiants avaient environ deux heures de cours à l’Auditoire. Le reste de leur temps devait êt re employé en lectures et en travaux à domicile. 1 1 fallait évidemment, pour qu’un tel enseignement portât îles fruits, qu'il fût confié à un de ces maîtres de mérite supérieur qui exercent sur leur entourage l 'influence d’un rayonnement intellectuel puissant et soutenu . Lorsque Vernet dut monter dans une chaire de théologie, il fut remplacé parmi brave homme suffisamment apparenté, Jean Perdriau, excellent ministre, mais nullement éducateur.

Sous « la molle administration du bon M . Perdriau,» 1 Auditoire de belleslettres devint un lieu de loisiret lesétudiants négligèrent leurs études personnelles1 2. On y remédia, en I 775, en l’appelant à « l'une des fonctions de Pasteur de la Cathédrale, » comme dit majestueusement Senebier, et en nommant à sa place le régent de première, Jean Font ânes. La discipline scolaire fut rétablie ; mais Fontanes, le fils d'un réfugié languedocien, touchait au déclin de sa carrière. Né dans l’exil, à Turin, élevé à Genève, il était devenu ministre, puis

1 Keg\ Sénat acad.. 18 avril 1775.

2 A . Cherbnliez, Discours sur lu rie et les travaux de feu Pierre Prévost , Genève 1 839. p. 8.

LA REVOLUTION

régent au Collège et avait été reçu à la bourgeoisie en 1762. Au bout de peu (J années de professorat, il dut, pour raison de santé, prendre un congé de longue durée, puis demander sa retraite. Dès avant la nomination de son prédécesseur aux fonctions de semainier de Saint-Pierre, on avait reconnu que, dans l'insouciance de toute règle, 1 impatience de toute autorité, qui caractérisaient la génération grandissante, la tâche imposée à Punique professeur de Belles-lettres était trop considérable et I on avait mis en avant l’idée de lui donner un aide en créant une nouvelle chaire b I )cs considérât ions budgétaires s’opposaient à la réalisation de ce projet . Le Conseil s'y rallia cependant en y rattachant, à titre de compensation pour le trésor, la suppression d'une des chaires de Théologie. On était sous le coup d’années de disette et l’on se trouva bientôt au milieu des troubles politiques qui devaient conduire le part i de l'intransigeance gouvernementale à solliciter I intervention armée du roi de France. Lorsque Y Edit de pacification de I 762, imposé par la force au Conseil général, eul enlevé à la Compagnie sa compétence réglementaire en matière d instruction publique, le gouvernement restauré par les Puissances, qui avait à payer les frais d’une occupation militaire, reprit son projet d’économies sur l’école où Jacob Vernet allait cesser ses leçons et résolut rie recourir éventuellement au système peu dispendieux des chaires auxiliaires et des professeurs bénévoles, tant pour l’Auditoire de belles-lettres (pie pour celui de théologie2.

1 1 faut dire qu’en 1 78/i , Fontanes, en considérât ion de ses services passés et de son manque de fortune, avait obtenu sa retraite avec une « paye morte entière » de 2000 florins et 28 coupes, que quatre candidats à sa succession s’étaient partagé 1 intérim de ses leçons, pendant son dernier congé de convalescence, et qu’à l’expiration de ce congé, le recteur Louis Bertrand avait obtenu, pour trancher la difficulté du choix à faire, qu’on recourût à la voie extraordinaire delà vocation professionnelle. Un appel dans les formes avait été adressé par la Vénérable Compagnie, avec Factorisât ion du Magnifique Conseil, à Pierre Prévost, i nstallé depuis quelques années à Berlin, par Frédéric J I , coin me professeur de philosophie et membre de l’Académie de Prusse3. Prévost ayant

1 Reg. Sénat acad., 20 juin, 18seplembre 1769.

2 Cf. , plus haut, p . 561 .

3 Reg. Comp., 9 juillet 1784 : « M . le Modérateur ayant proposé d’opiner sur ce qu’il y avait à faire « pour remplacer M. Fontanes dans la chaire de Belles-lettres, on a commencé par la protestation ac-

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

accepté et obtenu l’agrément du roi , le Deux-Cents, sur la proposition du Pet it- Conseil, se mit en devoir de faire un professeur honoraire de belles-lettres, comme i I faisait des professeurs de droit , et d él ire, « en tan I qu'il s’engagerait à en donner régulièrement des leçons publiques, » pendant huit ans, le plus épaulé des candidats qu on avait privés de leur perspective de concours, à savoir Henri Boissier-Sc Itérer, jeune avocat d avenir. L élection , combattue par la coali l ion des parents et amis de ses concurren t s moins favorisés, les ministres Frédéric Mestrezat, George-Constantin Na vil le et Abraham Weber, allait être ajournée indéfiniment, faute d'une majorité pour la faire, lorsque, ces derniers s’étant successivement retirés, le premier syndic put aviser le Deux- Cents du lait « qu il ne restait plus personne dans le concours avec speetable Boissier. » La présentation du Petit-Conseil ne fut approuvée qu’au bout de trois séances de délibérations et de scrut ins, le 12 octobre 1784 L

Boissier s’était engagé à donner quatre leçons par semaine ; il en donna huit. Prévost s était mis à en donner seize, soit sept de plus que le règlement n’en comportait. Et cependant! Auditoire de belles-lettres n’était point tranquille. Une année s était à peine écoulée depuis son entrée en fonctions que Prévost, renonça ni à faire façon de sa turbulente volée*, le collégien s émancipés, s’en allait à Paris collaborer a une édition française du théâtre des Grecs et envoyait sa démission au recteur. Na ville fut nommé à sa place, le I 2 mai 1 78(». Mais Na ville, également séduit par l'a tt rait d un lointain voyage, mourait à Florence, dès ! 789, sans avoi r pu donner sa mesure. A lors vint le tour d Abraham

■< eoutumée cl par la prière. Ensuite l’avis en deux tours a été qu’il y avait lieu pour celte lois d élire en « adressant une vocation, et que cette vocation sera adressée à notre compatriote M. Pierre Prévost, « 111s de feu M. le Principal du Collège, âgé de 35 ans, actuellement professeur à Berlin, ou il fut appelé i' il y a \ ans par S. M. le Roi de Prusse pour la chaire de Professeur de Philosophie à 1 Académie des i< jeunes gentilshommes et reçu Membre de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de cette « ville En adressant celte vocation, au lieu d’ouvrir comme à l’ordinaire une dispute, on a égard à la réii put a lion méritée que M . Prevosl s’est acquise par ses travaux en littérature et en particulier par la trait duction qu’il a publiée des Tragédies d’Euripide, de même qu’à la manière distinguée dont on sait qu’il h s’est acquilté à Berlin de son double emploi de Professeur et d Académicien. Enfin I on a considéré ii q ne, ne pouvant pas compromettre ses places actuelles en disputant ici la chaire de Bel les- Lettres et h n’ayant point de congé de Sa Majesté prussienne, ce qu’il ne peut demander en ce moment qu’en y h étant acheminé par une vocation, qui lui serait adressée dans sa patrie, ce n’est que par ce dernier h moyen qu’on peut l’attacher au service de noire Académie. On a en même temps remarqué, sur les h deux motifs de celle vocation, que le second, tiré des circonstances où se rencontre M. Prévost, serait " absolument nul sans le premier, tiré du mérite distingué qu’on reconnaît en lui . El cette remarque est h ici insérée pour qu’il ne résulte à l’avenir aucun abus de cette manière de pourvoir aux places sujettes « à un concours dont la Compagnie dispose. »

1 Reg. Conseil , 2 à et 30 sept cm bre. 2 . 5, I I el 1 2 octobre I 8 i .

I, S REVOLUTION

Weber, un natif, récemment reçu à la bourgeoisie, qui , nommé en 1 790, occupa définitivement la place, il se rendit maître de ses élèves avec l'aide de Boissicr et , à part ir de 1 797, du n second adjoi nt, A n toi ne Duvi llard . Leur carrière académique à tous trois, comme celle de Pierre Prévost, revenu , on I 79î», occuper une chaire de philosophie aux côtés de Marc-Auguste Pictet, appartient au XIX 0 siècle.

Le mal dont souffrait l’Auditoire de belles-lettres, c était à la lois I extrême jeu nesse de ses étudiants et le défaut d’intérêt de beaucoup pour I étude exclusive des langues et. de la littérature anciennes. Lt ce mal était entretenu par I état de l’enseignement dansles classes qui y donnaient accès. Nous avons exposé comment le niveau des études s’était a baissé dans le CollègedeCalvin, dès le début cl u XVII0 siècle. Non seulement le Collège ne répondait plus à 1 idéal poursuivi jadis par son fondateur, mais le plan d études séeu la ire n avait fait aucune place aux sciences nées après lui. Pour être complète, la réforme scolaire entreprise par Robert Chouet et par Alphonse Turretti ni eût dû s'étendrejusqu à I école inférieure. Lorsqu’on s’en rendit compte, il était trop tard. La lutte politique battait son plein. Le maintien du Collège dans le statu que» traditionnel fut inscrit dans le programme des Négatifs, au même titre que celui de l’état de choses ancien. L’heure des réformes paisibles, discutées et réalisées pour elles- mêmes, était passée. L Académie fut en l rainée par la force des circonstances à repousser des innovations qu’en d’autres temps elle eût peut-être provoquées. Et pourtantee fut un des siens, de Saussure, qui s’en fit généreusement l’avocat.

Dans une brochure retentissante, publiée en 1 774, le savant professeur de Philosophie, se faisant l’écho des préoccupationsd’une société degens de lettres récemment fondée, proposa hardiment un Projet de i •(•forme pour le Collège de Genève. « Dans u ne République telle que la nôtre, disait-il, il faut « une éducation qui donne à toute la jeunesse l’amourde la Patrie, l’unité d inet térèts et I esprit d’égalité que suppose et qu’exige la nature de notre goûte vernement.» Et il formulait un plan d’études élémentaires, à la fois techniques el littéraires, touf moderne, faisant une large place, dans Ions les domaines, à 1 enseignement intuitif el destiné à l’ensemble de la population genevoise, sans aucune distinction. Ce plan lut accueilli avec enthousiasme par les Représentants ; d valut à de Saussure de multiples adresses des ci-

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

toyens, dont la première lui fut présentée par François De Luc. Mais on lui rappela bien haut, — et ce lut son collègue le mathématicien Louis Bertrand qui s’en chargea, — qu’en vertu de l’article LXVI de l’Ordonnance ecclésiastique, le Collège avait été « dressé pour instruire et préparer les jeunes gens tant au ministère qu’au gouvernement civil, » que la tâche de I II t a t ne s’étendait pas au delà, que les futurs théologiens et juristes, auxquels on pouvait même adjoindre les futurs médecins, n avaient que faire d’un enseignement préparatoire qui ne lût pas exclusivement classique et fondé sur l’étude des anciens et que, si l’on voulait organiser I instruction des artistes et des commerçants, il (allait créer de toutes pièces un collège des arts et métiers auquel on pourrait adjoindre un auditoire supérieur spécial L C était renvoyer la félonne aux calendes grecques.

Il faut attendre jusqu'en I7(.M) pour que le Sénat académique, après une première dél i hé rat ion cont ra ire, ad mette pén i blem ont, et sous la pression du Conseil des Deux-Cents, qu’on enseignera au Collège la grammaire française et I arithmétique Il est vraisemblable que le désaccord dans lequel de Saussure se trouvait en tou I ceci avec la majorité de ses collègues a été pour quelque chose dans la détermination qu il jn it, dès I 7<S6, de céder sa chaire à son élève Marc- A uguste Pictet .

I , 'Edit de pacification de I 7<S2 don t nous avons déjà |>arlé. statuait ce qu i suit en matière d instruction publiquoet de culte.

« Titre VI. Art. 40. Le Grand Conseil aura le droit de faire, ensuite d'un |>réavis de l’Académie, tous les règlemens relatifs au Collège, aux Auditoires, aux Classes et à leur nom bre. »

<( 1 1 aura aussi te droit de statuer sur ce qui intéresse 1 Education publique, les Etudes et les Etablissements pour le progrès des arts et des sciences. »

« Art. 4L 11 aura le droit d’ériger, lorsqu’il le croira convenable, l’Académie en Uni versilé ; de iixer le nombre des Pasteurs et Professeurs, et celui des services < 1 1 1 i se font dans les Temples, sans pouvoir toutefois rien changer a la Religion de l’Etal. »

Chacune de ces dévolu! ions de compétence éveille le souvenir d un débat où l’autorité civile s'est trouvée en conll it avec celle de la Compagnie. 1 1 sem-

1 Del instruction publif/ue ; in-12, Genève. 177t.

2 Reg. Sénat acad.,2U aoùl 1790.

LA nie VOL U T ION

ble que désormais, le Grand Conseil, c’est-à-dire legouvernement, — caraucune motion ne peut être portée au Deux-Cents qui n’ait au préalable obtenu l'adhésion du Petit Conseil, va être tout-puissant pour donner une impulsion nouvelle à la culture genevoise et en particulier qu’il va organiser l’Université rêvée i>ar Théodore de Bèze et par Robert Chouet. Nullement. On lit plus loin, dans IRdit de pacification , l’an nonce d’une création d'un autre genre, nécessitée par les circonstances mêmes dans lesquelles il a été imposé aux Genevois, et qui doit frapper les Conseils d impuissance. Ils ont à recruter et à entretenir, pour remplacer la milice désarmée et pour contenir le peuple, une garnison mercenaire hors de proportion avec leurs modestes ressources. Le gouvernement restauré de I7S2 est paralysé par son origine. Il fera preuve d excellentes intentions, mais il ne pourra réaliser que les moins coûteuses. Il est condam né à bà tir des casernes et à faire des règlements.

« Une chose me frappe, — écrit Muller, de retour d Allemagne, à Bon- « stetten . — J’arri ve à C'assel sans être connu de perso n ne ; M. de Schlieffcn cn- « gage le Landgrave à créer une place en ma faveur, parce que j ai écrit l’bis- « toire de la Suisse. J’ai vécu six ans à Genève, j’y ai donné deux cours de «leçons, | y ai beaucoup d’amis, j’ai été invariablement attaché au gouver- « nement, j’ai bravé la colère de ses ennemis, j’ai travaillé à faire revenir le « public des préventions qu’on lui donnait contre l’édit de 82 ; j’arrive dans ce « pays, je suis prêt à m’y fixer, la République veut des gens instruits, et elle n’a « pas de quoi les payer, je lui demande — quoi ? — une clef de Bibliothèque, « pour ne pas toujours dépendre de la bonne ou mauvaise nuit qu’aura passée « M1 Senebier, et M1 Tronchin ne croit pas qu’on pourra s’y déterminer ! 1 »

Un I 789 le régiment mercenaire fut licencié, la milice bourgeoise lut rétablie, et les partis se réconcil ièrent. Le (’<>>/(’ genevois de I 79 1 , le dernier de l’ancien régime, dont la rédaction lut entreprise sur la proposition d llorace- Bénédict de Saussure, rendit à la Compagnie académiquement convoquée son droit de préavis en matière d'instruction publique. Ce* code conserve les élections des divers professeurs aux différents corps qu’elle concernent en vertu

1 A la Boissière, 24 juin 1783 (Briefe an Bonstetten, lit, 297). Senebier était bibliothécaire depuis 177.9. Le règlement de la Bi bliothèque, qui fui présenté, le 28 septembre 1787, à I approbal ion du Deux- (lent s , porte : « Art . XI. Les Bibliol liée a ires ne peu vent confier les clefs de la B i Idiot héque, pour quel su jet que « ce soit, à aucune autre personne qu’aux Directeurs et cela seulement lorsqu il s’agira de faire voir « la Bibliothèque à des étrangers et qu’ils ne pourraient, ni l’un ni l’autre, s’y trouver. »

LE SIECLE MES PHILOSOPHES

de l'usage ancien, mais il impose au Deux-Cents certaines garanties cl impartialité dans le choix des professeurs de I )roit et de Mat hémat iques et, quant à l'approbation du Peti t Gonseï I en général , 1 1 stat ne :

« Le Petit Conseil suivra la même forme pour ce qui concerne l’élection des Professeurs, l’entrée dans la Compagnie des Pasteurs et Professeurs, et l’agrégation à l’Académie. En observant, cpiant à l’élection des Professeurs en fonctions, que, pour le bien et l’a vantage de l’Académie, les étrangers et les Genevois seront indistinctement admissibles à ces places, que nul ne pourra être élu sans avoir subi les examens requis ; et «pie, selon les circonstances, le Petit Conseil pourra défrayer de leurs dépenses les étrangers qui auraient été admis au concours l. »

Tout ceci devait rester lettre morte puisque, dés I79d, une Assemblée nat ionale genevoise réd igeait une constitu l ion égalitaire, qui fit table rase des anciennes institutions. On ne doit pas moins en tenir compte pour I histoire de l’époque cpii s’achève. Chacune de ces dispositions législatives répond à la préoccupation d’un abus antérieur, dont on a voulu prévenir le retour.

La constitution directement soumise aux suffrages populaires et sanc- I ion née par I Assemblée souveraine, le à février I 7 9 f\ , ne prévoit ni Coin pagnie des pasteurs, ni Sénat académique, et déclare « I Instruction nationale exclusivement sous la di rection et li ns pection de l’Autorité civile. « En conséquence elle organise un Département de V Education nationale de / Instruction et du Culte public , composé de l'un des quatre syndics, d'un des neuf « administrateurs, » qui leur sont adjoints pour I exercice du pouvoir exécuti I . et de vingtet-u n nul res membres, élus par l’Assemblée souveraine. La réorganisation de l’enseignement public, à tous ses degrés, est renvoyée à la législation. Une première loi sur ce point, délicat entre tous, fut portée en février et déjà revisée en déc embre I 7 9 A . Elle lit à deux reprises l’objet de remaniements laborieux et de nouvelles propositions au Conseil législatif, en I 795, et ne trouva sa formule définitive qu en 1796, au moment où la constitution elle-même était, pour répondre au vœu exprimé par une pétition de la presque totalité des citoyens, « modifiée et complétée » dans un esprit de conciliation.

Tout d’abord on a fait très grand cl t rès beau sur le papier. On a esquissé un système d’instruct ion intégrale et gratuite à trois degrés, accessible à tous

1 Livre Vlll, titre VII, art. 1(1.

LA REVOLUTION

les citoyens et citoyennes, dont l'école primaire est la base et l’Académie le sommet. Puis on a dû, hélas ! en rabattre progressivement, vu la difficulté du temps, comme on disait autrefois, sous le gouvernement de Messieurs. Et l’on est arrivé à rétablir, dans l’école, comme dans l’Etat en général, les anciennes institutions dans tout ce qu elles ont de compatible avec le nouvel ordre d’idées, de choses et de gens. C’est ainsi que l’Académie sort de la crise, modernisée, démocratisée à certains égards, mais en somme bien vivante et si respectée que son Sénat, presque aussitôt rétabli que supprimé, est chargé, sous l’autorité du Conseil, de la direction générale de l’instruction publique.

Désormais les seuls cours de langues mortes et de théologie seront faits en latin. On enseignera les belles-lettres françaises et toutes les leçons seront accessibles au public en général. L’enseignement du droit, réduità unechaire unique, sera, il est vrai, diminué, mais l’étude de la jurisprudence genevoise aura la première place dans le programme imposé au professeur. Les chaires existantes de théologie seront scrupuleusement conservées. Même sous sa forme la plus révolutionnaire, la Constitution de 1794 s’est montrée respectueuse de l’Église réformée. Les Marseillais de Genève sont encore des huguenots.

« A la veille de la Révolution, — écrit M. Liard, dans une étude magis- « traie sur les Facultés françaises, — les universités de l’ancien régime agoni- « saient. L’esprit de la théologie, qui avait fait autrefois leur force et leur vie, « ne les animait plus depuis longtemps déjà, et, à sa place, l’esprit nouveau, « l’esprit de Descartes et de Newton, l’esprit de la science, qui aurait été pour « elles un principede renouvellement et de durée, n’avait pas pénétré en elles. « La Révolution les supprima, et ce ne fut pas un grand vide b »

La survivance de l’Académie de Genève, où l’esprit nouveau a pénétré, nous paraît une confirmation très frappante de ce jugement. La Révolution la trouve debout et la respecte. Le personnel qui la compose à ce moment critique de son existence occupera encore ses chaires au début du XIXe siècle.

La légitimation d’une nouvelle catégorie de membres, les professeurs émérites, ayant rempli leur charge pendant un certain nombre d’an nées et maintenus de droit dans le corps académique, assure la continuité de ses traditions. Ge qu'il fallait obtenir autrefois de la faveur de la Compagnie ou du Conseil

1 Les Facultés françaises en 1889, Revue des Deux Mondes, 15 ni ni 1890 (XCIX, 'i 09) .

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

est acquis désormais par le bénéfice delà loi . C’est ainsi qu’en 1 795, Louis Bertrand, désireux, après trente années de professorat, de se consacrer plus complètement à ses travaux personnels, pourra renoncer à l'enseignement public sans cesser de faire partie de I Académie et, en pleine crise politique, verra monter dans sa chaire, par la voie régulière du concours, le plus digne de ses élèves, qui est aussi leplusméri tant des disciples de LeSage: Simon L I lui 1 lier. La même année 1 un des professeurs de théologie, Antoine Maurice, étant mort, Pierre Picot lui succède, par l’élection de la Compagnie, selon les formes anciennes, tandis qu il est remplacé lui-même, en 1796, pour l’Histoire ecclésiastique et comme professeur honoraire, par Gabriel Pasteur, recteur depuis 1792. Voici, d’après un annuaire paru en 1797, Létat du Sénat académique, tel qu il sortit de la Révolution :

François-Gabriel Butin, Syndic.

Jean-Gédéon Lombard ) . .

. > Administrateurs.

r rançois Vernes \

Pierre Prévost, Professeur en Philosophie, Recteur.

David Claparède ( , .

Pierre Picot j

J.-L. Dérochés, Professeur aux Langues orientales.

Jaques Lefort, Professeur en Droit.

Marc-Auguste Pictet, Professeur en Philosophie.

Simon L Huillier, Professeur en Mathémathiques.

Jaques-Fr.-Abr. Weber, Professeur de Belles-lettres.

Jean-Manassé Cramer

Cramer fils f

. . } Proiesseurs émérites.

Louis Bertrand I

Horace-Bénédict Desaussure

Gabriel Pasteur ^

Paul-Henri Mallet Professeurs honoraires.

Henri Boissier )

Pierre Mouchon, Principal L

C’est à ce Sénat académique que la constitution remettait la direction de I instruction publique à tous ses degrés, y compris le droit d’élection aux places

1 Etrennes Genevoises ou Agenda utile et nécessaire, contenant I Etat général du Gouvernement de Genève pour l'année politique 1797. L an ti de I Egalité Genevoise ; in-32, Genève, — chez Luc Sestié, imprimeur, — 1797. (Bibl. fie lu Société d’ histoire et d’archéologie de Genève. )

LA REVOLUTION

et de préavis législatif. On doit reconnaître que rarement ces compétences ont été confiées à une réu n ion d’hommes plus q ua l i fiés

A plusieurs de ces savants, quelques années auparavant, en 1794, alors que la violence des révolutionnaires justifiait toutes les craintes et déterminait l’émigration de nombre de familles menacées, une proposition remarquable avait été faite de se transporter au delà de l’Atlantique, pour y devenir le noyau d’une Université nationale américaine (pie Jefferson se proposait alors de fonder, de concert avec Washington et John Adams. On trouve leurs noms et leur éloge dans la correspondance des trois premiers présidents des Etats-Unis.

Dès le temps de ses ambassades, Jefferson avait donné son attention aux universités du vieux monde et I on rapporte qu à son retour, appelé à se prononcer entre toutes, il avait plus d’une lois, dans ses entretiens, décerné la palme à Edimbourg et à Genève, les appelant volontiers par une mé-

I « Art. 734. Le Sénat Académique est chargé, sous l’autorité du Conseil Administratif

De veiller à l’exécution des Lois, des Règlemens et des Ordonnances sur ( Education nationale ;

De maintenir l’ordre et la discipline dans les Auditoires, le Collège et les Ecoles ;

De diriger tous les genres d’enseignemens publics de la manière la plus propre à l’éducation ;

De choisir ou de faire composer les livres nécessaires à l’instruction publique, et de proposer, avec le consentement du Conseil Administratif, des prix pour leur composition ; mais ceux qu’il a choisis ou fait composer sur la religion et la morale, sur les Lois et l’Histoire de Genève, ne sont consacrés à l’instruction publique qu’autant qu’ils sont approuvés par le Conseil Législatif. »

« 735. Le Sénat Académique régit la Bibliothèque publique par trois Directeurs de son Corps, élus par lui, et par deux Bibliothécaires qu’il choisit parmi ceux des Citoyens qui sont les plus propres à cet office. »

« 736. Il élit le Recteur et le Principal du Collège. »

« 737. Il élit les Professeurs en Droit, en Philosophie, en Mathématiques, en Belles-Lettres, les Régens du Collège, les Maîtres des Ecoles primaires et ceux des Ecoles de dessin. »

« 738. Lorsqu’il s’agit de pourvoir à quelqu’une des places désignées dans l’article précédent , le Sénat Académique ouvre le concours, et fait subir aux Concurrcns les examens les plus propres à s assurer de leur capacité. »

« 739. Ceux qui asp i rent à une place de Professeur honoraire ne sont pas assujettis à fa i re des examens ; mais ils sont tenus de donner un nombre déterminé de leçons publiques.

Le Sénat Académique peut néanmoins, avec le consentement du Conseil Administratif, conférer le titre de Professeur à des sa va ns distingués, sans les assujettir à cet te obligation. »

« 740. Les Etrangers Proteslans ou Réformés peuvent concourir aux places de Professeur, de Régent du Collège et de Maître, soit dans les Ecoles de dessin, soit dans les Ecoles primaires : s’ils sont élus ils obtiennent, par le fait de leur élection, une permission de Domicile. »

« 741. Le Sénat Académique élit, conjointement avec la Compagnie des Pasteurs, les Professeurs en Théologie cl en langues orientales.

II soumet toutes les élections qu’il fait à l’approbation du Conseil Administratif. »

« 742. Il grabelle annuellement les Régens, les Maîtres des Ecoles primaires et ceux des Ecoles de dessin. Il défère au Conseil Ad mi ni si rati f ceux qui, ayant été repris par lui, continuent à ne pas rempl ir exactement leurs devoirs. »

« 743. Le Sénat Académique a droit de préavis sur tous les objets relatifs à l’instruction publique. »

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

taphore hardie, allusion évidente à la méthode d'observation qu’on y pratiquait, « les deux yeux de l’Europe. » Son projet de l7(.Kt ne fut pas exécuté, parce que Washington y eut des objections politiques et parce qu’à Genève l’incertitude où l'on avait pu être un moment sur le sort de l’Académie nedura pas. Il n'en fait pas moins d honneur à ceux qui en furent l’objet h

1 Herbert B. Adams, The College of William and Mary a contribution to the history ofhigher éducation, with suggestions for its national promotion ; Washington, 1887, p. 39 ss. Thomas Jefferson and the University of Virginia; Washington, 1888. p. 4 4 ss. (Circulars of information of the U. S. Bureau of Education, N° 1.)

Le plan que Jefferson soumit en 1 79 i à la législature de Virginie, puis au président Washington et dont

i I lil l’objet d’un mémoire, lui avait été suggéré par une lettre du publiciste genevois Francis d’Ivernois, qu’il avait connu à Paris et qui était alors réfugié à I . ond res. Ce dernier, jadis l’un des chefs du parti des Représent ants, semble avoir eu dès l’époque de son premier exil , en 1782, l’idée de provoquer une émigration de ses sa vants compatriotes et de fonder une Académie de Genève in parti li us en Irlande (Brissot de Warville, Te Philadelpliien à Genève, Dublin [Genève], 1783, p. 210). Obligé de quitter sa patrie pour la seconde fois, à la fin de 1792, il reprit ce projet au profil éventuel d’un Etat américain et l’exposa également à John Adams et à Albert Gallatin, le faisant recommander à ce dernier pa r Etienne Dumont. (Voir une lettre de Dumont à Gallatin, du29aoùt 1794 , publiée dans \c Journal de Genève du 19aoùl 1881. ) Du coté de Genève il correspondait à ce sujet avec Marc-Auguste Piclet.qui recul également des ouvertures directes de Jefferson. Voici ce qu’on peut lire dans une lettre inédite de ce dernier, conservée dans la famille du professeur genevois, lettre datée de Monticello en Virginie, le 14 octobre 1795 :

« You will... hâve heard from your friend in London the resuit of my effort in lliis State to effect h i s « proposition. Il ivas too flattering to us, too congenial with my habits of life, for me to rest contented « with doing merely "bat lie desired. f knew of anolher institution whieh was about to fe formed, a approaching morenearly to tbe circumslances lie wished, and more suitable for recieving this great « engraftment. I immediately made the necessary applications; but, unfortunalely, their success was « prevented by sonie arrangements xv hic h had already laken place and whieh did not lcave room for « lliis. As lliis atlempt was unknown to your friend in London, I did not tliink il material to communi- « cale ils failure to him. But il rendered more pleasing to me the information received from yourself, « thaï yourown institution is likely to be placed again on a lolerable footing. » (Bibl. de M. le professeur Albert Rilliet, Correspondance de Marc-Auguste Pictet. classée par M. Edmond Pielet, F. 8.)

On a retrouvé d’autre part, dans la correspondance do Washington, la lettre suivante que Jefferson lui avait écrite, de Monticello, le 23 février 1795 ;

« You were former! v deliberaling on the purpose to whieh you should applv the sliares in the Poto- « mac and James River Companies. presented to you by otir Assembly, and you did me the honor of « asking me to think on I lie subject. As wcll as I renie m ber , sonie a ca demi cal institution was thought to « olfer the best application ofthemoney. Should you hâve finally decided in favor of this, a circum- « stance lias fa ken place, whieh would render I lie présent moment the mosl ad va ni a geo us to earry il into n execution, bv giving to it in the oiitset such an éclat, and such solid advanlages, as would ensure « a very general concourse to it of the youths from ail our States, and probably front the other parts of « America, whieh are free enougli to adopt it. The révolution, whieh hastaken place al Geneva, lias de- « molished the college of thaï place, whieh was in a great measure supported by the former go vern- « ment. The colleges of Geneva and Edinburg were considered as the two eyes o fE urope in matters of « science, in soin ne h t liât no other prelendod to an y ri valship with eil lier Edinburg lias been the most

ii famous in medicine during the life of Cullen ; but Geneva most so in other branches of science, and « miieh I lie most resorled to from the continent of Europe, because the Frencli language was thaï whieh n was used. »

n A Mr. D’I vernois, a Geneva n . and a ma n of science, known as 1 lie a ut h or of a history of thaï repuiiblic, lias proposed the transplanting of thaï college in a body to America. He lias writ ten to me on n the subject, as he lias also doue to Mr. Adams, as lie was formerly known to us both, giving us the « details of lus views for effect in g i t Probably t liese bave been commun ica ted to you by Mr. Adams, as

LA REVOLUTION

Ce rayon tlegloiregenevoise cfiii traverse l’Atlantique, au moment le plus sombre de l ’existence de Genève, est certainement l'un des faits les plus caractéristiques de son histoire. L’Ecole de Calvin sur le point de devenir, en 1794, lenoyaude l’université dont on projette de faire le centre intellectuel du nouveau monde, il nous semble qu’il y a dans ce détail, à peine connu dequelques érudits, la matièrede tout un chapitre d’histoireuniverselle. C’était là une idée bien faite pour frapper l'imagination de ceux qui avaient été les auteurs de la révolution américaine et qui savaient, mieux que personne, à quelles sources elle avait puisé ses inspirations et son énergie. Cette idée paraissait d’autant plus réalisable que l’institution qu’il s’agissait de transporter en Virginie n’avait, à Genève, ni fortune, ni palais1. Calvin, Bèze et les leurs avaient pro-

« D’Ivernois desired should be doue ; but, lest they should not hâve been communicated , 1 will take « the liberty of d oing' il. His plan, I lliink, would go to about (en or twelve protessorships. He liâmes « to me the follovving professors as likely, if not certain, to embrace the plan. »

« Mouchon, lhe présent President, who wrote the Analytical Table for the Encyclopædisls, which « sufllcienlly proves his comprehensive science.

« Piclet, known from his admeasurement of a degree, and other works, professor of Natural Philo- « sopliy.

« His brother, said by M. D’Ivernois to be also great.

« Senebier, author of Commenlaries on Spallanzani, and ol other works in Natural Philosophv and « Meteorology; also the translator of the Greek tragedians*.

« Bertrand and L’Huillicr, both mathemalicians, and said to be inferior lo nobody in thaï line, ex- « cepl La Grange, who is wilhout an equal.

a Prévost, highly spoken of by D’Ivernois.

n De Saussure, and his son, formerly a professor, bul who left the college lo hâve more leisure lo « pursue his geological researches inlo the Alps, by which work he is verv advanlageously known. »

« Mostofthese are said lo speak our language well. The naines of Mouchon, Piclet, De Saussure, « and Senebier are well known lo me, as standing foremost among the lilerati of Europe. Secrecy lia « vingbeen necessary, lliis plan had as yet been concerted only with Piclet, his brother, and Prévost, « who knew, however, from circumstances, thaï the olhers would join them : and I think il verv pos- « sible, thaï the révolution in France may hâve put il in our power lo assoeiate La Grange with them. « whose modest and diflidenl character will probably hâve kept him in the rear of lhe revolutionary « principles, which ha s been t he grou nd on which the révolu lionist s of G eue va hâve disrarded I heir pro- « (essors. Most of I hese are men ha vin g families, and the refore M . D’Ivernois observes they cannot corne « overbul on sure grounds. » (The writings of George Washington, — éd. Sparks, — XI, 473s. Cf. 19ss.)

* Senebier. bibliothécaire de l’Academie, n’était point le traducteur du théâtre grec. On a vu que ce titre appartenait a Prévost, mentionné plus loin. 11 y a évidemment ici un lapsus de plume ou une erreur de lecture.

1 Pendant tout le XVIIIe siècle, les registres du Sénat académique sont pleins de doléances sur I i n— suffisance des locaux mis à la disposition des professeurs et des étudiants. En été, les cours se font toujours sous les voûtes de I Auditoire et des Macchabées. En hiver, on se transporte où l’on peut, au bâtiment du Consistoire, à l’Arsenal, ou dans des maisons particulières.

« Il n’y a peul-èt rc pas une Académie au inonde, — 1 il -on da ns un mémoire présenté au Petit Conseil , « en 1746, par le Recteur, — où on fasse plus de leçons publiques et avec plus de fiuit et il n’y en a aucune « qui soit si mal logée. » (Amédée Roget, Les locaux académiques à Genève, — Elrennes genevoises, II, Genève, 1878, p. 178 ss.)

LE SIECLE DES PHILOSOPHES

fessé, selon la coutume du moyen âge, dans les chapelles voisines de l'antique cathédrale. Leur Académie avait dù s en accommoder jusqu’à la fin, vivant témoignage decette vérité trop souventoubliée de nos jours, où l’on croit volontiersavoir édifié quand on a lait bâtir, qu une haute école est avant tout construite en hommes.

L’année I7PS vit la chute de l’ancienne llépublique, annexéeà la France par le Directoire sur les rapports mensongers d'un résident sans scrupules. Ma isl Académie, confiée en vertu du « traité de réunion » à la direction du ne société locale, devait rester genevoise malgré l’annexion, maintenir son autonomie intellectuelle et demeurer, pendant les seize années que la cité protestante fut le chef-lieu du département du Léman, le cerveau bien vivant d'une individualité nationale.

Lorsque Genève, au A NT siècle, s’émancipa de I autorité d un princeévèque, devenu I instrument de règne de la maison de Savoie, elle fit un acte politique, d importance toute locale. Lorsque Calvin, retenu dans ses murs, en fit le boulevard de la réforme française, il commença une œuvre dont le retentissement devait être infini. Il nous parait difficile d'apprécier la véritable nature de cette œuvre, et surtout de s’expliquer le triomphe définitif de 1 indépendance genevoise, si intimement lié à son accomplissement, sans avoir fait l’étude que nous venons de poursuivre.

Genève n avait ni territoire, ni armée. Pour vivre, sans corps et sans bras, il fallait qu'elle fût une tète. Calvin en fit la capitale d’une idée. Elle a vécu de cette inspiration. Pourquoi? Comment? Son histoire religieuse et politique ne suffit point à le faire entendre. Autant que l’Eglise, autant que I Etat, l’Ecole a contribué à constituer cette puissance singulière, qu’on voit surgirai! seui I des temps modernes, à la fois craintive et redoutable, sans cesse menacée et sans cesse menaçante, chétive en face des monarchies militaires

LA REVOLUTION

qui I entourent, formidable au milieu des peuples qui commencent à lire et à penser. Genève subsiste, grandit, conquiert par l’esprit.

A un point de vue plus général encore, l’histoire de l’Académie de Calvin, de ceux qui y ont enseigné et de ceux qui y ont appris, nous semble particulièrement digne de fixer l’attention. Elle permet d’observer, dans son ensemble, sur un théâtre localement restreint, c’est-à-dire dans des circonstances exceptionnellement favorables, l’une des phases les plus importantes de l évolution de la pensée humaine: celle qui va de la Renaissance et de la Réforme du XVI0 siècle à la Révolution du XVIIIe.

Dans un volume subséquent, nous nous proposons de montrer comment Genève a compris sa tâche universitaire au XIXe siècle.

CHARTE UNIVERSITAIRE OCTROYÉE PAR L’EMPEREUR CHARLES IV A AMÉ VI, COMTE DE SAVOIE (1365).

Cette pièce, publiée par Jules Vuydans le tome XII des Mémoires de l'Institut genevois (1867-68) et réimprimée dans le tome XVIII des Mémoires et documents de la Société d histoire et d’archéologie de Genève (1872), provient des archives de la maison de Savoie. On l’y trouve en trois doubles, dont le plus ancien, copie d’un original qui parait perdu, est contenu au Liber Iinperaloruin seu litteravum imperialium, p. 90 (« Anlico Archivio di Code »). Le texte ci-après a été collationné par les soins de M. Carlo Galleani d’Agliano, archiviste d’Etat, à Turin.

Dans son ouvrage sur la fondation des universités au moyen âge, le P. Denifle fait remarquer les termes caractéristiques de celte charte, octroyée « de plenitudine imperialis majestatis » et qui attribue, exemple unique avant 1400, le droit de collation des grades aux setds professeurs. Les circonstances spéciales dans lesquelles elle fut accordée au comte de Savoie, et sur lesquelles nous avons essayé de faire quelque lumière, permettent de s’expliquer ces particularités.

In nomine sa note et individue tri ni ta Us féliciter, amen. — Karolus quart as diviria favente clementia Romanorum Imper ator semper Au gus tus et Boemie Re v, ad perpétua ni rei memoriam.

I mperatorie Majestatis generosa sublimitas, «jusque virtuosi decoris magnificentia, tanto amplioribus decoratur laudibus, quanto gratiosius benigniora munera fuderit in subjectas, que, lieet de invicte benignitatis clementia generaliter erga quoslibet sacri Romani Imperii fideles et benemeritos liberalis existai, ad illo.s tamen munificentie dextram liberalius dignatur extendere, <|uos lama eelebris pro felici gloria etaugmento lotius rei publiée, ferventioribus desideriis et gratissima exibitione operis insudasse testatur.

Cum itaque I llustris Amedeus, Cornes Sabaudie, princeps consanguineus et dilectus noster fidelis, Imperiali culmini seriosas preces obtulerit, et cum instantia postulaverit qualenus Cesaree benignitatis clementia dignaretur, nostram et Imperii sacri civitatem Gebennarum, ipsi Comiti singulari commissione Vicariatus et gubernationis subjectam, privilegio generalis studii septem artiutn liberalium, sacrarum professionutn civilis et canonice sapientie, nec non théologie sacre, et artis medicine, et quarumlibel aliarum lacultatum, graciosius insignire ;

— Nos enim, qui vota et pia desideria quorumlibet benigno favore complectimur, clementius intuentes, et in examen provide discussionis diligentes, dicte nostre civitatis Gebennarum amenitatem, circumjacentium partium et locorum pro humane vite necessariis habundantem uberlatem, aeris temperiem, affluentium et deflluenlium aquarum limpidissimarum et salientium rivulorum, sub inumerosa prelectorum squamasorum copia diversorum genenim, abundantiam preoptatam, quibus liumana natura reticitur, menlalis intentio recreatur, et interior horno ad exercitium operationis virtuose inducituret provocatur; Quibus omnibus concurrentibus totius publicerei comoditas adaugeturetlmperii sac.rigloria propagatur ; Eapropter animo deliberato, non per errorem aut im provide, sed de certa nostrascientiasicutdignepossumus, sanoPrincipum, Comitum, Baron um et nobilium nostrorum et I mperii sacri fidelium dilectorum accedente consilio, et de plenitudine imperialis majestatis, dictam nostram et I mperii sacri eivitatem Gebennarum titulo, honore, prerogativa et libertate generalis studii septem artium liberalium, sacralissimarum profession um canonice sapientie et civilis eloquentie et prudentie, sacre théologie p relie mine n lie, medici nalis professionis excellentie, a lia ru mque quarumlibet lacullatum eruditionis exercitii, tenore presentium insignimus, extollimus et libertamus ; deeernentes et presenti Imperiali edicto perpetue valiluro statuentes, quod doctores et magistri dictorum artium, prolessionum et facullatum possintel valeant deinceps in antea, in diclo Gebennarum generali studio, cathedras in scolis et locisconvenienlibuserigere, et in quibuslibet facultatibus supradictis publiée legere, docere, disputare, dubia decidere, questiones diffinireet determinare, universitatem magistrorum et scolarium facere, Rectorem universilalis ipsius studii eonstituere, vel per electionem assumere, qui si ngula de magistrorum et regentium consilio disponat et légitimé gubernet, cujus, ut predicitur, ordinationi ceteri tenentur, sub pena repulsionis a studio, devotius obedire. Prelatique doctores et magistri plenariam auctoritatem habeant scientiflicos et benemeritos, dum per rigorem publici et generalis examinis transierint et probati fuerint, ad cathedre dignitatem assumendi, et honore et privilegio doctoratus et magisterii decorandi et extollendi, et alia quelibet impartiendi, que de more aliorum studiorum generalium privilegiatorum quomodolibet tiunt vel impartiuntur. Et ut predictum generale studimn civitatis Gebennarum eo valeat optale pacis et tranquillitatis uberiori felicitate potiri, omnes et singulos ad ipsum studium undecunque, per orbis latitudinem, studiorum causa transeuntes, in studio commorantes, etabinde repatriantes, cum suis familiaribus et universis bonis sive rebus, in nostram et Imperii sacri protectionem et salvigardiam recipimus et collocamus gratiose, ut suis eruditionibus et magistralibus traditionibus possint audientiuin ruditatem sue scientie radiis illustrare. Preterea, ut jam dicti generales et privilegiati studii Gebennarum redores, magistri, doctores, scolares et auditores, eo commodius de longinquis regionum partibus pro suis votis et desideriis valeant felicioribus incrementis etsingulari prerogativa favoris et

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