‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 21 sur 213 · T AG AU T · texte numérisé non relu

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presque une magistrature. On n’était point accoutumé à le voir refuser par ceux qui pouvaient y prétendre.

Quelques mois plus tard, Viret et. sans doute, Bèze obtenaient de Messieurs de Berne la nomination de Tagaut à la chaire de philosophie ch* l'Académie de Lausanne h On peut conjecturer, avec quelque raison, qu'il avait été I éléve de Bannis, à Paris, au Collège de Presles, car, sous le titre de lecteur ès Arts, il enseigna spécialement les mathématiques. Son cours eut un plein succès, comme on est en droit de le conclure d une lettre adressée par un de ses élèves à Calvin, en 1558. Le jeune homme supplie le réformateur d’intervenir auprès d’un père inflexible qui, voulant faire de lui le précepteur de ses jeunes frères, le rappelle à Genève et va le priver de la sorte des leçons de Tagaut2. Cet étudiant studieux, qui signait en latin : Claïutius Tcxtor, put bientôt entendre les leçons de son maître préféré, à Genève même, et sans faillir à son devoir d'aîné de famille. Il s’inscrivit avec enthousiasme au registre du recteur3. Un de ses condisciples genevois, dont le nom est tracé sur une page précédente, Michel Varro, futur secrétaire d’Etat et syndic, devait faire honneur à ce maître, en publiant plus tard un traité sur le mouvement, si remarquable pour l’époque, qu’on a été tenté d’y voir, avec beaucoup de bonne volonté, il faut le dire, un acheminement aux découvertes de Galilée, de Kepler et de Newton 4.

On se souvient que Calvin, à I exemple d Erasme, à Louvain, et de Guillaume Budé, à Paris, avait eu primitivement en vue trois chaires de langues anciennes. Il est fort probable que la personnalité de Tagaut et la

1 « De Tagotio præfectus nobiscum consenl.il. » (Viret à Calvin, 9 janvier 1557. — Calv, op., XVI, 382.1 Jean Tagaut prêta le serment de fidélité à Messieurs de Berne, le 20 janvier 1557. [Kodel dur geleisteten Eiden neuerwahltcr Pfarrlierreu. Professoral, etc. — Archives d’Etat de Berne. — Comînunicalion de M. Théophile Dufour.)

2 Calv. o/).. XVII, 25 s.

3 Voir, plus haut, p. 60. la liste des premiers étudiants de Genève, — Claude Tcxtor ('lissier), (ils aine de Benoît Textor, médecin de Calvin, devint dans la suite professeur et inaugura l’enseignement de la langue française à Wittemberg.

4 M. Varronis Genevensis ./, C. et Cos. ord. De motu tractatus : in-4, Genève, 1584. On trouve une analyse de cet ouvrage rarissime, que possède la Bibliothèque publique de Genève, dans Senebier. Histoire littéraire de Genève, II, 32 ss. Michel Varro voyagea en Allemagne, en Pologne et en France, étudiant les langues étrangères, la médecine et le droit, qu’il approfondit assez, pour mériter le diplôme de docteur. En 1578, on le trouve éditant une traduction de la Bible en langue polonaise (Reg. Conseil, 30 septembre) Il portail le titre de seigneur du Brassus, du nom d’un manoir téodal. bâti par lui dans la Vallée de doux, où il avait acquis les forces motrices des cours d’eau du Brassus et de la Lyonnaz et où Messieurs de Berne lui concédèrent certains droits de juridiction, en 1576. (Voir F. de Giugins-La Sarraz, Annales de l Abbaye du Lue de Jour: Lausanne, 1842, p. 119.)

L ŒUVRE DE CALVIN

nature de l’enseignement qu il avait donné à Lausanne ont été pour quelque chose dans la transformation en chaire des arts de ce qui eût été, sans lui, une chaire d’éloquence latine, surtout consacrée à l’enseignement de la dialectique et de la rhétorique cicéroniennes. Le champ d’études imposé par les Leges au professor nrtium comprenait la physique, qu’on étudiait dans Aristote, et la dialectique, selon les préceptes de Cicéron, tirés du De orntorc ou de quelqu’une de ses harangues. Lorsque Tagaut fut nommé, il fut convenu que les mathématiques entreraient dans son programme L C’est pourquoi on les trouve mentionnées spécialement dans le tableau résumé des cours, ajouté par Théodore de Bèze à son introduction 2.

Sous ce nom commun de « mathématiques, » nous le savons par le programme de Lausanne, on enseignait I arithmétique, la géométrie d’Euclide, la géographie d’après Glaréan et I astronomie d'après Proclus ou Jean de Sacro Bosco. On peut donc dire que l’enseignement des sciences proprement dites, ou du moins de ce qui en tenait lieu au XVI1' siècle, a été inauguré à Genève, dès la fondation de l’Académie, par le premier titulaire de la chaire des Arts. Malheureusement Tagaut fut emporté subitement par une maladie, au début de la seconde année scolaire3.

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