II. — PUBLICATIONS INAUGURALES
Sitôt installés, les premiers professeurs de l’Académie de GenèAe songèrent tous à mettre au jour quelque œuvre qui lui fit honneur. Le livre de Chevalier, commencé dès longtemps et auquel il avait travaillé à Lausanne, pendant qu il était pensionné par Messieurs de Berne, était tout prêt. Présenté en manuscrit au Petit Conseil, le 61 juillet 1559, il fut imprimé de suite par Jean Crespin et parut avec la date de 1560. C’était une grammaire hébraïque. Prémices à la fois de sa plume et de l’école en laquelle il venait d’être appelé à enseigner, l’ouvrage lut dédié par l’auteur au Recteur,
1 Voir, plus haut, p. '12, le procès- verbal de l’élection par le collège des ministres.
2 d Habenlur aulcm omniuo, si quis Acadcrniæ leges recte expendal, singulis hcbdomadibus in publiea quidein sehola lectiones. . très in physicis, ce/ methematicis, quinque in dialecticis vel rhetoricis. » [Promulgatio legum.)
3 II n’a été publié, de nos jours, sur Tagaut, qu'un article très court, dans la première édition fie la Fiance protestante, et quelques notes éparses dans le Bulletin historique, qu’on trouvera aux tomes IV, 15 s., XXIII, 407, XXIX, 278 et XXXVIII, 144.
PUBLICATIONS INAUGURALES
Théodore de Bèze, et orné d’épigraphes greccpies et latines par ses collègues Bérauld et Tas-aut. Il était intitulé en latin : Rudiment a hebrnivæ linguæ, et portait, en hébreu, ce titre imagé : « Entrée de la tente cl assignation h »
Depuis que Reuchlin avait rajeuni les études hébraïques et ouvert la voie aux travaux d’exégèse sur l’Ancien Testament, Sébastien Munster, Xantès Pagnini, Jean van den Campen avaient élaboré des grammaires, mais aucune, paraît-il, n avait entièrement satisfait les savants. Celle de Chevalier, méthodique et d’une clarté toute française, eut cet honneur. Elle fut rééditée sept fois dans l'espace de trente ans.
Bérauld, à son tour, publia son livre. Ce lut une version latine d’Appien d’Alexandrie, les campagnes des Romains en Espagne et la guerre contre Annibal 2. Cette traduction, dédiée par l’auteur à son premier maître, Guillaume Chrestien, nouvellement élu au Collège des médecins du Roi, lut reproduite par Henri Estienne dans sa grande édition d’Appien, en 1592 3. Elle fut préférée à celle qu’avait faite le célèbre humaniste italien Celio Secundo Curione. « De même que j’ai été le premier à éditer ces deux « livres, rapportés par moi d’Italie, dit, dans sa préface, l’imprimeur « humaniste, — j’ai aussi été le premier à les faire traduire en latin, et j’ai « trouvé pour cette tâche un homme qui n’est pas médiocrement versé dans « la langue grecque, François Bérauld, d’Orléans. J’ai préféré sa traduction, « même pour les guerres d’Espagne, à celle de Cælius Secundus Curio. « Quiconque les aura comparées avouera que j’ai eu raison. » Sous la plume d’un helléniste de la valeur d Henri Estienne, ceci n’était pas un mince éloge pour l’œuvre de Bérauld.
Quant à Jean Tagaut, il composa et confia aux presses de Crespin un poème latin, Protrepticon ml Hieropolin , en l’honneur de la ville sainte, où
1 b-a nns Rudimenta hebraicx linguæ accurata metliodo et brevitate conscripta . Eorundem rudimentorum Praxis, r/uæ viræ t >ocis loco esse passif iis qui prxceptoris opéra destituuntur. Authore Antonio Cevallerio e/us linguæ Professore ; in-8, Genève, — Crespin, — - 1560. D’après une communication de M. le professeur Bernus, à Lausanne, lequel possède cette édition prineeps, elle se trouve, à sa connaissance, aux bibliothèques Nationale, Mazariue et Sainte-Geneviève, à Paris, et dans celles de Berne, Berlin, Dresde, Hambourg, Périgueux et Troyes.
2 Appiani Alexandrini Hispanica et Annibalica. Latine mine primant édita ex Francisci Beruldi linguæ Græcæ professoris doctissimi interpretatione : in-8, Genève, — H. Estienne, — 1560. (Bibl. de Genève, Gb. 444. — Br. M., 584 a 3.)
;l ’Aîrrrtavou ’A Poopaiza. Appiani Alexandrini Rom. Ilistoriaruin, Punira, sire Cartliaginiensis Syriaca, Parthica, Mithridatica, Iberica. Annibalica. Celticæ et Illyricx fragmenta quæduni. Item De bellis civilibus libri V : in-folio, s. !.. 1592. (Bibl. de Genève, Gb. 44 1 — Br. M.. 671 / 7.)
L ŒUVRE DE CALVIN
les lugitih < de r Lurojie trouvaient un asile, poème cru i lut dédié au Sénat et au peuple de Genève. Un premier tirage in-8, qui fut sans doute offert en hommage d’auteur aux conseillers et qui est mentionné par Senebier, comme portant la date de 1559, a échappé jusqu ici aux recherches plus récentes des bibliophiles. La pièce était destinée à paraître, pour le grand public, l’année suivante, en tête de la seconde édition latine du fameux Martyrologe de Crespin auquel Tagaut avait déjà précédemment collaboré '. Il y annexa, pour être publiée sous le même titre courant, une longue invocation également en vers, Votant Deo optinio mai. Scrvatori consecratum , laquelle est une recension considérablement augmentée de son poème de 1556 et forme, avec h' Profreptico/t proprement dit, l’introduction aux Actes de. s Martyrs. De I insertion d un morceau de ce genre aux feuillets liminaires d un des livres les plus répandus, après la Bible, chez les réformés du monde latin, on est en droit de conclure qu’on désirait, pour les vers de Tagaut. la publicité la plus étendue. C’est une description enthousiaste de Genève, de la contrée environnante et de ses ressources, une exhortation à venir se fixer sur son territoire fertile, aux eaux abondantes et pures, dans la cité vaillante et piste qui maintient courageusement, sous le gouvernement d un sénat plébéien, sa liberté et les lois qu elle s’est données :
Prbs eu dtves ugrts, dtves /fuvror/ue lacur/ue
Et populis, gaudens plebefo animosa Senatu
Loges æqua sans, libertatcmc/ue tuctur.
C’est un appel aux religionnaires de tous les pays où fermente un projet d’émigration. L asile déjà choisi par tant de leurs frères doit être leur point de ralliement et la ville continuer de grandir, par le refuge, pour être toujours plus capable de protéger les siens.
1 .Idioties el Monimenta Martyruni eoritin (/ni a II icleffo el t/iisso ad nustram liane ætatein in flcnnnnia. (iiillia, Britannia , Flandria , Italia, et ipsa demain Ilispania , yeritateni Eeangelicum sanguine sua constanter obsignaverunt : iu-4. Genève, — Crespin, — 1560 (Bibl de la Société d’histoire du Protestantisme français. Paris). La description la plus complète qui ail été donnée, jusqu’à ce jour, des nombreuses éditions du Martyrologe de Jean Crespin se trouve dans le savant ouvrage publié par M. Perd. Valider Haeghen, dans la Bibliotheca Betgica, pour l’Université de Gand : Bibliographie des Martyrologes protesta nts néerlandais : La llaye, 1890. II. 94-252.