‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 23 sur 213 · PUBLICATIONS IN AUGU HALES · texte numérisé non relu

PUBLICATIONS IN AUGU HALES

lngentem terris ex omnibus undam

Hue gentis profugæ vomit infelix Europn !

En sese hue trepidi per tôt discrimina vifir,

Mortali, unanimes , haut / sud) posture reeeptant :

Crescit et his démuni prie clora Geneva eolonis,

Surgit ut exiguo de fonte ingentibus Ister Auetus an ois, aut fhuninibus eentum A/bu/n dives.

Dans son avis au lecteur, I éditeur Crespin annonçait la pièce de Tagaut en disant : « Il décrit la situation de la ville forte, afin que bons et « méchants puissent comprendre combien le privilège que Dieu a donné à « Genève, en témoignage de sa volonté, est extraordinaire, soit qu'on se « préoccupe du cours passager de cette vie humaine, soit qu on songe au « repos et à l’éternité de celle à venir. »

Le Protreptieon ad Hieropo/in , qu’on rapprochera de la Description de la Ville de Genève , annexée par Sonier au prospectus du Collège de Rive, en 1538, répondait si parfaitement aux vues de Calvin que l’on est tenté de croire qu il en a suggéré la composition, fin tout cas, il a dû en être particulièrement satisfait, et l'insertion dans le Martyrologe eut lieu sans doute à son instigation. Les derniers vers du Votum, qui n’ont jamais été réimprimés, bien que cette seconde partie elle-même l’ait été, contiennent une glorification de sa politique et une allusion transparente à la défaite finale de scs adversaires.1.

La revue des premières publications de l'Académie de Genève ne serait pas complète si I on n’y mentionnait la plus répandue de toutes, le

1 « Hæc ego, (tum dulces lieel inlermiltere curas,

« Montibus in nostris coelo sub teste canebam « Quo ter felicem nie tempore chara tenebal <( Hieropolis, ducente Deo, purgala nefandis n Monstrorum lot conciliis, tectaque suorum u Invidia ; instantes lacbrymans dum plango ruinas « Labenlis patriæ, luclusque et fata meorura :

« El dum quisque bonus, penilus rerum ordine verso,

« Omnia jatn pessuni ruere infelice ruina « Conquerilur, Puerique adeo, lachrymabile Regnutn. »

On voit, par ce dernier fragment, que la date précise de l'achèvement du poème peul être fixée aux vacances de 1559, alors qu’on était sous le coup des graves nouvelles de Fi ance ; la mort subile d’Henri II et l’avènement de son jeune fils, François.

l’œuvre DE CALVIN

Nouveau Testament français de Calvin et de Bèze, dont la préface est datée du 10 octobre 1559 L Cette traduction, destinée à remplacer la version d Olivetan et à faire oublier celle de Castellion, a été pendant deux siècles le livre tle la Réforme française. On en a signalé de nombreuses éditions, de 1560 à 1588 seulement, sans avoir achevé le compte2. 11 faut ajouter enfin à cette publication une nouvelle édition latine de l’Institution chrétienne, revisée une première lois, comme on sait, par Calvin, du temps de son professorat à Strasbourg, et dès lors incessamment retouchée, en vue des étudiants en théologie3. Ce texte de 1559 lut définitif.

TU. BADUEL, SCRIMGER, PORTUS, DES BORDES.

Jean Tagaut, nous l avons dit, n occupa pas longtemps la chaire qu il avait inaugurée. Il mourut au commencement de la deuxième année scolaire, le 31 juillet 1560, emporté « à la fleur de son âge, » au cours d’une de ces épidémies si fréquentes à I époque et qu’on appelait la peste, lorsqu’elles présentaient une gravité particulière4. Claude Baduel, récemment nommé pasteur à Vanclœuvres, lui succéda, mais pour le suivre à son tour bientôt dans la tombe (8 sept. 1561). On peut lire dans la correspondance de Calvin que, depuis un certain temps déjà, il était malade, qu'il allait comme se traînant5. L’ancien recteur de Nîmes, presque septuagénaire, était affaibli par l'âge et les soucis d’une vieillesse qui n’avait pas connu de repos. C’était sans doute la raison qui avait empêché qu'on s’adressât à lui lors de la fondation de l’école. Il n’y entra, l’année suivante, qu’à défaut d’un plus vaillant à mettre en la place à pourvoir.

Ce court passage dans une chaire nouvellement établie n'a guère laissé

1 Le Nouveau Testament, c’est-à-dire la nouvelle alliance de Nostre Seigneur Jésus-Christ . Reveu de nouveau et corrigé sur le Grec par l' ad vis des ministres de Genève ; in-8, Genève, — R. et H. Estienne, — 1560. (Bibl. de Genève, Bb. 824.)

2 Cf. O. Douen, Coup d'œil sur ! histoire du texte de la Bible d Olivetan (Revue de Théologie et de Philosophie; Lausanne, mars et avril 1889, XXIIe année, p. 197 ss. 299 ss.).

8 « Hoc rnihi in isto labore proposilum fuit, sacræ Theologiæ candidatos ad divini verbi lectionem « ita præpararo et instruere, ut et facileni ad eam aditum habere, et inoffenso in ea gradu pergere « queant. » (Préface de l'édition de 1539, reproduite et développée le 1er août 1559. ) Institutio christianæ religionis... Johanne Calvino authore : in-folio, Genève, — Robert Estienne, — 1559 (Bibl. de Genève, Br. 64 bis).

4 Voir l’épitaphe composée, pour Tagaut, par Théodore de Bèze (Theodori Bezse Vezelii Poëmala varia; in-4, [Genève], 1597, p. 108) — « Le dernier de juillet, nostre frère Monsr l’agault trespassé au grand regret des frères et au grand dommage de tout le College. » (Reg. Compagnie, août 1560).

5 Calv. op . XVIII, 214.

BADUEL, SCRTMGER

d’autre trace que le procès-verbal, un peu sec, de sa nomination Il permet néanmoins, et c’est justice, au lendemain de la réalisation du plan si longtemps caressé et mûri par Calvin, de rappeler le souvenir de celui qui avait été le confident et parfois le conseiller de la veille1 2.

Après le Parisien Tagaut et le Nimois Baduel, la chaire des arts, qu’on se mit à appeler chaire de philosophie, fut occupée par un Ecossais, Henry Scrimger, de Dundee. Ayant pris ses grades aArec distinction à l’Université de S' Andrew s (1533 et 1534), il était venu sur le continent poursuivre scs études, à Paris d’abord, à Bourges ensuite. Devenu précepteur, sur la recommandation d’Amyot, dans la famille de l’un des secrétaires des commandements et finances de François Ier, puis secrétaire de Claude Dodieu, évêque de Rennes, alors ambassadeur de France auprès de plusieurs cours italiennes, il avait beaucoup voyagé. A Augsbourg il était entré en relations avec Ulrich Fugger, qui lui avait confié le soin de sa bibliothèque et probablement aussi de certaines affaires dans lesquelles l’expérience d’un diplomate, élevé à bonne école, pouvait trouver son emploi. C’est de la sorte qu’il était arrivé à Genève, en 1561, avec la mission de surveiller la publication des éditions savantes que la maison des Estienne préparait aux Irais de son protecteur et peut-être, par la même occasion, la politique de la maison de Savoie. Calvin, pour lequel il était une ancienne connaissance, songea de suite à le retenir.

Bérauld manifestait l’intention de s’en retourner en France. Sa chaire fut offerte à Scrimger3. Malheureusement pour ce dernier, la place était

1 « M. Claude Baduel. professeur publicq. En ce mesine temps nostre frère, M. Claude Baduel, « ministre à Vandœuvres, fut esleu pour eslre professeur publique en eeste cité au lieu de feu « nions'' Tagaut. » (Reg. Comp., nov. 1560.)

« Claude Baduel. Sur ce que monsr Calvin a proposé que ses frères ont advisé que ledit Baduel « sera propre pour estre lecteur au lieu de nions'' Tagaut, décédé, après avoir expérimenté quelques « ungs qui sont en cesle ville, arresté qu’il soit accepté et lui soit baillé le serment. Ce qu’il a « faict. » (Reg. Conseil , II nov. 1560. — Extrait publié par M. Gaufrés, Claude Baduel. p. 284.)

2 Pour la biographie de Baduel et la bibliographie de ses écrits, consulter l’ouvrage déjà mentionné de M. Gaufrés et 1 c Bulletin historique, vol. XXIX, 278, 491, XXXVII, 5.

s « M. Calvin a proposé comme Fs. Bérald a fait ses excuses qu’il ne peut continuer au service de « la Seigneurie à faire lectures grecques, pourcc qu’il est maladif et pour aultres causes. » (Reg. Conseil, 18 sept. 1561.) La veille, Calvin avait écrit à Bèze, député au colloque de Poissy: « Ecce « eliam ex Beraldi lautiliis nova cura. Spem manendi omnino præcidit, ita et professor linguæ græcæ « reperiendus erit. » ( Calv . op.. XVIII, 719.)

On voit qu’il n’est pas nécessaire d’attribuer à un lapsus calami. comme l’ont cru les éditeurs de la correspondance de Calvin, la mention qu’il fait, dans une lettre à Olevianus, de l’offre d’une chaire

l’œuvre DE CALVIN

ambitionnée par un savant genevois auquel il pouvait lui déplaire à lui-même, vu les circonstances, de paraître l’enlever. Ce savant, qui n’était autre qu’IIenry Estienne, y eût fait grand honneur. Cependant certains écarts de parole et de conduite l’avaient déjà rendu suspect aux ministres et sa candidature, à laquelle on avait songé dès la fondation de l’Académie1, déplaisait à Calvin. Il n’en avait pas moins commencé des cours particuliers, avec l’espoir de les voir transformer, par le Conseil, en un enseignement public. L’arrêté qu’il désirait ne fut pris que tardivement, lorsque la chaire officielle fut définitivement pourvue et occupée par un autre2. Maison comprend que ses visées, si honorables au point de vue scientifique pour l'école, aient pu faire hésiter Serimger à accepter la proposition qui lui était faite.

L’Ecossais n’était d ailleurs pas libre d’entrer formellement au service de la Seigneurie, ou du moins il ne se considérait pas comme tel, vu le caractère spécial de la mission qui l’avait amené. Il refusa donc l’offre de Calvin en ce qui concernait la succession de Bérauld. Mais quelques mois après il était chargé, provisoirement et sans traitement, de faire le cours de philosophie et, le 30 décembre, on le recevait bourgeois gratis eu égard aux services qu’on pouvait en attendre3. Il devait, en 1562, épouser Françoise de Saussure et, l’année suivante, entrer au Conseil des Deux-Cents.

Serimger était un bibliophile et surtout un helléniste. On peut le constater par la matière des travaux manuscrits qu’il laissa et dont la liste nous a été conservée par son compatriote Buchanan1. Il s’était lait coude grec à Serimger : « Eleclus a nobis tuerai linguæ græcæ professor : condilio, quamvis exigua, « fuisset lumen honesln et utilis. Respcmdit, si liber essel se nobis obsequentem fore : sed quia <i lidem obstrinxerat Ulricho Fuggero. se vereri levitalis notam, si ullum publicum munus obiret. « Quum rursus exciperemus, non amplius nos exigere, quani quod ab ipso Ulricho impetrassel, « iterum excusavit, donec a paclione plane solulus foret, nihil sibi esse integrum. » 27 Oct. 1562.

( L. c. , XIX, 563 s.)

1 Voir une lettre de Macard, du 27 mars 1558. ( Calv . op. . XVII, 117.)

2 « Henry Estienne. A esté raporté que ledit Estienne a fait requérir de luy permettre de faire la ((lecture qu’il a commencée en particulier, en grec, au College publiquement. Arresté, si l'advis des « Ministres est tel, qu’on luy permet de lire. » (Reg. Conseil, 17 nov. 1562. — Communication de M. Alfred Cartier.)

3 « 30 déc. 1561. Spectable Henry Serimger, fil z de feu Jacques, de IJonde en Escosse, gratuitement,

« en esgard des grâces et dons qu’il a receu de Nostre Seigneur par le moyen desquelles il porra « faire service à nostre République et College, qu’aussy en contemplacion et faveur de noble et illustre « Ulrich Fuggcr, d'Auspurg, Seig1' de Kirchperg et Weissenhorn, etc., pour lequel il s’employe. » (Covellc, Le livre des bourgeois de l'ancienne République de Genève: Genève- Jullien,- 1897, p. 270.)

4 De Scripturibus Scolis illustribus. n° 54 (manuscrit de la Bibliothèque d’Edimbourg. — Mss. Bibl Jurid. Edin. IV. 6. 34.) La liste en question a été reproduite par Mc Crie, dans sa vie de Melville, Vol. I, note G.

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