PORT U S
naître, sous le nom d 'Henricus Scotus, par deux publications. L’une était un livre de piété et de propagande : le récit des souffrances du fameux Spiera, ce réformé padouan mort de désespoir, à la suite d’un retour inconsidéré au catholicisme, publication collective faite, vers 1550, en collaboration avec Gelio Curione, le jurisconsulte Grimaldi et quelques autres, et qui avait eu 1 honneur d'une lettre préface de Calvin1. La seconde était une édition, parue en 1558, des Novelles de Justinien, de ses édits encore ignorés et des constitutions également inédites de Justin et de Léon, textes dont il avait pu, par la protection de l’ambassadeur de France, faire prendre copie à la célèbre bibliothèque de Saint-Marc, à Venise2.
Cette dernière publication fit sensation dans le monde des jurisconsultes. Elle donna malheureusement à son auteur des prétentions à renseignement. du droit, qui devaient, à quelques années de là, lui valoir un échec désagréable et l’engager à la retraite. La chaire de grec qu’il n’avait pas cru pouvoir accepter, au commencement de septembre 15b I, est certainement celle pour laquelle il était le mieux préparé, fille lut pourvue sans qu’il eût le temps de se raviser5.
Peu de jours avant la séance du Conseil, où Calvin devait entretenir Messieurs de la démission de Bérauld, un savant renommé, d’origine italo-grecque, Francesco Porto, alors au service tle la duchesse de Ferrare, était arrivé fortuitement à Genève, allant à Lyon, de Chiavenna, où il avait passé l’été4. C’était un réformé, plus ou moins un fugitif. On fit une
1 Francisai Spieræ, qui quod susceptam semel Evangelicæ veritntis professionem abnegasset. damnasset, in horrendam incidit desperationem, historien in-8, s. 1 n. cl. (Br. M. 719. c. 30. 4.) Une autre édition porte la date de 1550 et le nom de l’imprimeur Jehan Gérard, à Genève. Voir Calv. op. , IX, lxx.
2 Impp. Justiniani, Justini, Leonis, Novellæ constitutiones. Justiniani Edicta: in-folio, s. I. — H. Eslienne, — 1558. (Bibl. de Genève, Dh. 189, - — Br. M., 16. c. 2). La copie de Scrimger avait été offerte par lui à son nouveau patron Ulrich Fugger. De là l’indication qu’on trouve en tète de l’édition d’Estienne : « Ex l/ibliotheca illustris viri Huldrici Fuggeri. domini in Kirchperg et Weyssenhorn , publicæ commoditati dicantur. « Cette copie se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque du Vatican. C’est le Codex Vaticanus 387.
Sur l’édition des Novelles de Scrimger, la seconde en date depuis celle d’Haloandcr, voir les lettres de Tanner qu’a publiées le professeur von Stinlzing. ( Georg Tanner’s Briefe an Bonifacius und Basilius Amerbach, 1554-1567; Bonn 1879, p. 4 s., 10 ss.)
3 On trouvera quelques indications sur Scrimger dans Taisand, Les ries des plus célèbres jurisconsultes de toutes les nations; Paris, 1721, p. 510, dans George Mackenzie, The lires and cliaracters of the niost eminent writers of the Scots Nation: Edimbourg 1711, II, 471 ss. et dans Mc Crie, Life of Andrew Melville; Edimbourg 1824, I, 38 ss., 425 ss.
4 Voir Muralori, dans sa Vie de Castelvetro ( Opéré varie critiche ; Milan, 1727, p. 41 s.). Dans la lettre déjà citée, Calvin, après avoir mandé à Bèze qu’il faudra chercher un professeur de grec,
L ŒUVRE DE CALVIN
démarche auprès de lui, laquelle fut immédiatement couronnée de succès. Il fut nommé incontinent1. L’année suivante, après avoir été prendre congé de la duchesse Renée, comme Bérauld partait pour Orléans, il commença son cours et, en décembre, on recevait bourgeois, « François Portes, » gratuitement, selon la coutume désormais établie pour les professeurs étrangers. Celui-là devait rester jusqu’à la Fin de ses jours dans la ville qui l’avait accueilli et y mourir, chargé d’années, en 1581. Presque tous les ouvrages qu’il a laissés ont été publiés durant son professorat, ou postérieurement par son fils. C’est donc un ancêtre dont le nom appartient tout entier à la Faculté des lettres de Genève.
François Portus est le dernier en date de cette brillante pléiade de savants grecs auxquels on doit la renaissance des études helléniques en Occident. Ne à Rhétymno, dans l ile de Crète, en 1511, il était venu de bonne heure en Italie, d’où la famille de son père était originaire, et avait enseigné à Modène puis, après Antimaque, à Ferrare, où il était devenu le familier de Renée de France, qui l’avait donné pour précepteur à ses filles et en avait fait I un de scs secrétaires. Il paraîtrait qu’en cette qualité il avait été chargé de la correspondance que la duchesse entretenait secrètement avec Calvin. De là, sans doute, son idée de s’arrêter à Genève et de voir le réformateur. La liste de ses œuvres, qu’on trouvera dans la Bibliographie hellénique de Legrand, comprend de nombreux commentaires sur Homère, Pindare, Sophocle, Euripide, Thucydide, Xénophon, Aristote, Ile rmogène, Longin. Plusieurs ont été mis au jour par Emile Portus, son fils, qui fut régent île la II"'C classe du Collège et, plus tard, professeur à Lausanne et à Heidelberg. On peut se rendre compte du niveau extraordinaire qu’avait atteint l’enseignement du grec, à Genève, dans la seconde moitié du XVIe siècle, en feuilletant ces publications posthumes. Ce sont, pour la plupart, des cours, professés à l’Académie, et pour lesquels l’éditeur
ajoute : « Peut-être est-il déjà trouvé. Il arrive en effet, comme à point nommé, qu’un certain n François, grec de naissance, se trouve de passage ici. Son savoir et sa piété sont manifestes. Il a « paru bon de le retenir. » (Cale. op.. XVIII, 719.)
1 « 2.5 sept. 1561. Mous1' Calvin a présenté Francesco Porto, de nation grecque, pour eslre lecteur « en grec au lieu de Berauld, lequel estant icy, veu le rapport qu’on en a fait qu il est excellent en la « langue grecque, a esté arresté qu’on le défrayé de ce qu'il peut avoir despendu en l’hostellerie. « Nostre Seigneur face profiter la jeunesse soubz lui. » (Reg. Conseil, ad dirai. — Texte publié par M. E. Legrand dans sa Bibliographie hellénique.)