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DES BORDES

s’csl aidé, comme il le dit quelque part, des notes qu’il avait prises luimême, étant étudiant, aux leçons de son père1. Il est impossible d’ailleurs de supposer que ces cours, devenus à une certaine époque obligatoires pour les étudiants genevois, ont pu dépasser la portée de ceux auxquels ils étaient destinés. Car nous savons, de source authentique, que les élèves de Portus étaient soumis à des interrogations fréquentes et à des exercices réguliers d interprétation personnelle2 3.

Le même jour que François Portus, un Bordelais fut reçu bourgeois, que le procès-verbal du Conseil qualifie, comme lui, de professeur b II se nommait Jacques des Bordes et était fils d’un procureur au parlement de Bordeaux. Il était arrivé l’année même. Virct, l’ayant rencontré à Montpellier, l’avait recommandé à Calvin en ces termes : « C’est un homme « fort instruit dans les bonnes lettres, d’une piété solide et plein de zèle pour « la religion réformée. Il a abandonné l étude delà médecine pour se consa- « crer à une profession plus haute. Les gens de Bordeaux, dont il est origi- « naire, lui ont donné une bourse de voyage dans l’espoir qu’il arrivera au « saint ministère. En l'exhortant à bien terminer ce qu’il a si heureusement « entrepris, tu stimuleras un coureur alerte, déjà avancé dans le stade. Il te « dira comment je suis de santé, et quel est l'état de cette Eglise4. »

Scrimger ayant été envoyé en Allemagne, avec Jean Budé, durant l’été de 1562, pour y négocier l’emprunt qu’on a vu5, il est probable que Jacques

1 Voir l’épître dédicatoire des Commentaires sur Sophocle, imprimés chez Le Preux, en 1584, Francisci Porti Cretensis in omnes Sophoclis tragœdias npo'keqoy.rja. ; in-4, Morges, 1584. ( B î b 1 . de Genève, Hc. 24 0. — B i b 1 . Nationale Y. 328, - — Br. M., 977, i. I. 2.)

2 « Le 16 [août] les escholiers de la Ville et qui sont proprement nostres, qui sont des publiques, « ont esté appelés en la Compagnie et advertis... d’assister aux leçons de M. Portus et luy rendre « raison de l’interprétation selon qu’il demandera à ung chascun. Et aussy d interpréter chascun à « son tour, les jeudis à midy, 1 authcur qu’il leur baillera et faire en échange la preuve du profit qu’ils « font aux leçons. » (Reg. Comp., 16 août 1577.)

Sur François Portus consulter Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana ; Milan, 1824, tome VIL et surtout les notes biographiques du professeur Emile Legrand, de l’Ecole des langues orientales (Bibliographie hellénique des XVe et XVIe siècles : Paris, 1885, II, p- vu ss. Bibliographie hellénique du XVIIe siècle; Paris, 1895, III. 112 ss. : Documents concernant la famille Portus, tirés des Archives d’Etat de Genève). Eviter soigneusement Papadopoli, l’historien romancier du Gymnase de Padoue, qu’on cite souvent et qui ne doit qu’à une imagination fertile et hardie la plupart de ses intéressantes découvertes.

3 Reg. Conseil, 10 décembre 1562.

4 9 avril 1562. Par abréviation, des Bordes était souvent appelé Borde. Virel latinise en Bordius. (Cale, op., XIX, 379 s.)

5 Cf, plus haut, p. 54.

son nom

L ŒUVRE DE CALVIN

des Bordes fut nommé professeur de philosophie pendant cette absence. 11 enseigna avec ce titre jusqu’au 12 mai 1563, jour où il fut « ordonné pour prescher, » à la place du ministre Pierre d’Aireboudouze, sieur d’Anduze, en congé à Montpellier', tandis que Scrimger, de retour, et qui avait sans doute profité d’une entrevue avec Ulrich Fugger pour obtenir le consentement qu’il désirait, reprenait ses leçons, sinon comme titulaire définitif, de la chaire des arts, du moins comme chargé de cours rétribué. Il est vraisemblable que les fonctions quasi diplomatiques qu’il avait conservées l’empêchaient de devenir membre de la Compagnie2.

Jacques des Bordes lut agrégé au collège des ministres l’année suivante0. Comme il avait promis à ceux qui l’avaient envoyé à Genève d’entrer au service de l’Eglise de Bordeaux, lorsqu'il aurait obtenu la consécration qu’il ambitionnait, il fut bientôt rappelé dans sa ville natale et y retourna en 1566*.

1 « 12 mai 1563. Monsr d’Anduze, estant demandé, pari pour Montpellier. Mons1' Bordes, professeur « en philosophie, est ordonné pour prescher en sa place. (Il revient bientosl après.) » (Reg. Comp, mai 1563. — Extrait publié par Gunitz et Reuss : Calv. op., XXI, 801.)

2 « Monsr Calvin a proposé [de la part des ministres] qu’ils ont receu semblables lettres de <( l’Esglise de Montpellier que la Seigneurie, sus lesquelles sont d’advis de leur accorder mons' « d’Anduze pour quelque temps et ont cependant advisé que le sieur des Bordes, professeur aux arts, « preschera en son lieu et, au lieu dudit des Bordes, le seigneur Scrimger lira au College. Arreslé « qu’on se tient à leur advis. » (Reg. Conseil, 1er mars 1563.)

« Monsr Calvin a comparu... Aussi il a requis d’avoir esgard audit Scrimger et le contenter « veu qu’il a servi au college quelques fois et qu il pourra servir à l’advenir. Arresté, attendu qu’il « a servi depuis le dernier quart temps, qu’on luy fasse mandement tant du passé que du présent as- « savoir de 200 florins. » {Ibid., 4 juin 1563.)

En 1569, Scrimger fut arrêté dans sa maison de campagne de Yillelte, située au-delà de la frontière genevoise sur les terres du duc de Savoie, et détenu à Chambéry, pendant deux mois, «pour faict d’estat et de grande importance. » Il ne recouvra sa liberté que grâce à l intercession de Messieurs de Berne et du Comte palatin. (Reg. Conseil, 29 juillet, 2 août, 5 et 29 sept. 1569. — Communication de M. Alfred Cartier.)

3 « Mons1' de Bèze. venu de la part des ministres, a proposé que ces jours passés ils ont retenu « en leur compagnie ledit spectable des Bordes pour estre joint à l’advenir sans plus de conlredilte « à leur compagnie, ce qui n’avoyt peu estre fait jusques icy et, si Messieurs le tiennent bon, ils « en feront les proclamations accoustumées. Arresté qu’on se tient à leur advis. » (Reg. Conseil, 7 août 1564.)

4 Reg. Conseil, 22 juillet et 19 août 1566. — On ne sait rien de plus sur la carrière pastorale de Jacques des Bordes, si ce n’est qu’il échappa à grand’peine aux massacres de la Saint-Barthélemy et se réfugia en Angleterre. (Voir Bulletin historique, II, 26 et de Schickler, /. c.. I, 199 et 202.) En 1566, il avait épousé, à Genève, Suzanne de Courcelles, fdle de Reynauld, d’Amiens, et avait eu, entre autres, pour témoins Théodore de Bèze et Germain Colladon. (Voir la seconde édition de la France protestante. IV, 790.) Il revint à Genève et y fut de passage en 1576, comme nous l’apprend cette note du secrétaire de la Compagnie des pasteurs : « M. de Bordes, repassant par ceste ville, visite la Compagnie. » (Reg. Comp., 29 sept. 1576.)

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