PIERRE CHARPENTIER
La chapelle attenante à Saint-Pierre et dite « du Cardinal, » en souvenir de son fondateur, Jean de Brogny, fut aménagée pour servir d’auditoire de droit l *. Et Carpenteri, de son vrai nom Pierre Charpentier, étant arrivé de Paris, fut examiné par les ministres et docteurs en droit, trouvé « fort suffisant pour exercer la charge de la profession du droit » et retenu par la Seigneurie aux gages de huit cents florins « oultre son logis". » Scrimger continua son cours d Institutes provisoirement, sans supplément de traitement, « en attendant que Dieu ayt donné quelque aultre plus suf fisant professeur3. » La Compagnie lui avait assigné heures « le matin en concurrence de l’hébrieu, » tandis que son collègue faisait sa leçon « l’après disner en concurrence du grec4. »
On poursuivit quelque temps les négociations avec Boaldès, mais sans parvenir à le décider. Il devait bientôt rejoindre Cujas à Valence et, de l’aveu même de celui-ci, contribuer à ses côtés avec Ennemond de Bonnefoy, l’élève préféré du maître, à faire de cette école l’une des meilleures du royaume5.
La Seigneurie, en portant à 800 florins et plus le gage offert aux professeurs de droit, s’imposait un gros sacrifice et faisait bien les choses. Il paraît cependant que Charpentier, assez porté à la dépense et sans doute endetté, ne pouvait arriver à satisfaire ses créanciers. Il était obligé de se faire payer ses trimestres d’avance et de recourir souvent au bon vouloir de Messieurs. On ne sait rien de ses leçons, si ce n’est qu'il les donnait d’une façon fort irrégulière, s’absentant plus que de raison; mais, de 1 indulgence dont le Conseil faisait preuve envers lui, on peut conjecturer qu elles étaient appréciées et suivies. Le cours d Institutes île Scrimger,
1 « Auditoire du droit. Estant raporté que on a visité la chapelle du Cardinal à Saint-Pierre pour « ce qu’elle seroit fort propre pour la leçon du droit si on y avoil fait deux feneslrcs, arresté qu’on « les fasse. » (Reg. Conseil, 5 août 1566.)
- Reg. Conseil, 2 et 15 août 1566
" Ibid . 6 janvier 1567.
4 Ibid.. 21 octobre 1566.
° « Monsieur Roaldes que nous avons icy pour coadjuteur ma apporté les XII libvres des loix « des Goths. ii écrivait Cujas, le 1er décembre 1571 Puis, parlant de l’Université de Valence, il ajoutait : «La compaignie cy est belle et honnesle. Et défiions les attitrés Universités despuis la « venue de nions1- Roaldes, cui non est inferior nions» Bonnefoy qui des tout temps estoit icy. »
(Bibl. Nationale. Mss. Dupuy, 700, fol. 23. — Cf. Berriat Saint-Prix, Histoire du droit romain suivie de l'histoire de Cujas: Paris, 1821, p 592.)
THEODORE DE I5EZE
dont les étudiants se plaignaient amèrement, servait an sien de repoussoir. En octobre 1568, il lut avisé aux nécessités de l’école par les décisions suivantes :
« Pierre Carpentier , Henry Scringer. A esté raporté l’advis qu'on a lien sur eux qui est, quant audit Scringer, de s’en passer, pour ce qu’il lit inutilement, et allin que cela ne se lasse avec ignominie il sera adverti par ses amis de demander d’estre déchargé. Mais quant à Carpentier il ne leur 1 semble pas qu’il y heust matière sullisante pour luy donner congé, joingt qu’il ne seroyt pas bon de rompre ce qu’a esté comencé en la profession du droit pour ce que, par ces troubles de France, on pourra en recouvrer d’autres et force escoliers. D’autant que ledit Carpentier ne doyt pas mieuxvaloir de sa négligence, arresté d’user de ceste occasion pour luy diminuer ses gages et de luy dire que Messieurs sont tant chargés qu’ils ne luy peuvent bailler à l’advenir que 400 florins, autant qu’à un ministre, et deux cens pour lire les Institutes, s’il veult servir à ceste condition. Et quant audit Scringer, qu’on s’en tienne à leur advis 2. »
« Pierre Carpentier, professeur en droit. Sur la requeste qu’il a tanlost présentée, pour eslre excusé de ce qu’il a esté longuement absent, rendant cause de son absence pour les maladies esquelles il a été détenu despuys le mois de may et les affaires qu’il a beu pour les églises, ayant esté contraint faire un voiage en Allemagne pendant qu’il ne pouvoyt vacquer à sa charge. Priant prendre le tout en bonne part joingt le désir qu’il a de s’acquiter cy apres, mesures de faire, oultre ses leçons ordinaires, une ès Institutes, qui seront deux par jour, comme il a offert au college des ministres. Estant ceste requeste communiquée auxdits ministres, pour en avoir leur advis, et aussi sur ce qui fust dernièrement arresté de luy rogner de ses gages, suyvant leur advis qui trouveroyt mauvais de luy donner congé ou luy rabaisser ses gages en ce temps mauvais, a esté arresté qu’on se contente de luy faire bonnes remonstrances pour ce coup, l’exorlant à bien faire son debvoir 3. »
« Henry Scringer. Mons1’ de Beze a esté icy de la part des ministres avec ledit Scringer remonstrant que dernièrement en leur compagnie il proposoit ses excuses de sa longue absence causée par ses grandes affaires et de Monsieur le prince palatin. Au moyen de quoy il désiroyt grandement estre deschargé de la lecture publique, ce qu'il/ ont advisé de remettre à la discrétion
1 <i Leur» se rapporte aux ministres qui ont donné « 1 advis » ou, si I on veut, plus exactement, à Bè/.e qui a parlé en leur nom.
* Reg. Conseil, 1 octobre 1568.
3 / t>id . . 29 octobre 1568.