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II. PREMIERES LEÇONS PUBLIQUES DE MEDECINE : SIMONI, BAUHLN

Lorsque Henry Scrimger dut abandonner son cours de philosophie, aux vacances de L>(>5, pour essayer de devenir professeur d'Institutes, il lut remplacé par le docteur Simon Simoni, réfugié de Lacques, ancien catéchiste de la communauté italienne, qui avait « desja leu publiquement pour rien et au grand contentement des auditeurs » Ce dernier venait de produire un traité sur I immortalité des âmes, De immortalitate animarum, auquel Bèze lui-même avait fait donner l'imprimatur1 2. Il fut nommé titulaire le H octobre3.

Sinio Simonius était un homme fort instruit, ayant étudié un peu toutes les sciences de l'époque, notamment la médecine, à Pavie, sous Jérôme Cardan, et à Padoue, sous Victor Trincavel et Nicolas Curtius, mais un esprit inquiet, trop hardi pour être jamais en repos. Il était chargé de famille et, comme Charpentier, souvent obligé de recourir à Messieurs pour équilibrer un budget que son traitement de lecteur ès arts était insuf-

1 Reg. Conseil, 29 janvier 1565: a Simon Simoni. Sur ce que messieurs les ministres ont raporté « à Messieurs que ledit Simoni. italien, homme excellent en philosophie a desja leu publiquement « pour rien et au grand contentement des auditeurs et que à l’advenir il pourroit attirer grand « nombre d’escoliers, et d’autant qu'il vient de la papaulté et quilz craignent qu il ne soyt pas « encores bien reformé et pourtant qu’il ne leur fis! quelque trouble en leur compagnie, leur advis « seroit que Messieurs le fissent apeler et luy remonstrenl l’ordre de ce college, qui est de quatre « professeurs, et qu’à présent ilz ne sont pas encore délibérés de le changer, toutesfois qu’en « attendant qu ilz y advisent, ilz seront bien joieux qu’il continue de lire en le payant tant du passé « que de l’advenir comme les autres. Cest advis estant trouvé bon par Messieurs, iceluy a esté apelé « et, le luy estant déclaré, il l a accepté avec remerciement et grandz offres. »

2 Reg. Conseil, 11 juin 1565. — Communication de M. le Dr Léon Gautier.

3 Rcg. Conseil, ad client : « Henry Scringer. Simon Simoni. Messieurs les ministres ont envoyé icv » monsr de Bèze pour remonstrer à Messieurs que provoyans au College ilz ont advisé que de deux « professeurs qu il y a maintenant on se pourra passer de l'un et pource que ledit Scringer est subject « à ses maistres et ne s’est jamais peu assubjectir, joint qu’il n est pas si destre des escoliers « et que d’allieurs ledit Simoni qui est si excellent en sa vocation estant apelé en leur Compagnie « s’est tousjours offert et est de bonne affection, ilz ont advisé de remercier ledit Scringer luy « recomandant cesle escole en ce qu il la pourra avancer et, au lieu d iceluy, retenir en la charge « ledit Simoni soubz le bon vouloir touttesfois de Messieurs. Au reste ilz sont d advis que Mes- « sieurs apellent ledit Scringer pour le remercier et lexortcr de s’employer tousjours à ceste « escole et ilz espèrent qu il lira gratuitement l lnstitute. Quant audit Simoni il s est déclaré envers « nions' de Bèze qu’il est fort paouvre et dénué de tous moyens, n ayant bled, bois, ny vin pour cest « hiver, le recommandant pourtant à Messieurs. Suyvant leur advis, ledit Simoni a esté retenu et « a presté serment et en oultre luy a esté donné trente escuz pour subvenir à scs nécessités. « Quant audit Seringer, il a esté apelé et a esté remercié et exorté jouxte leur advis.»

l’enseignement de la médecine

lisant à alimenter1. Il allait donner sa démission pour cette cause, lorsque Bèze eut I idée de faire pour les études médicales ce qu’il tentait pour celle du droit.

Du vivant de Calvin, un professeur libre, Biaise Hollier, avait demandé et reçu l’autorisation de donner publiquement des leçons de médecine « sans ffaoe \ » En 1564, le Conseil avait autorisé les « anatomies, » c’est-à-

dire la dissection, dans un but de démonstration scientifique, du corps des suppliciés et même, dans certains cas, des décédés à l'hôpital de la ville.

1 Reg. Conseil. 30 mai 1566. « Simon Simoni. Estant raporté qu il se plaint de ce qu’il n’a moyen « de vivre, estant chargé de famille et de son père qui est arrivé, arresté que nions1' le sindique « Chasteanneuf en communique avec nions1 de Bèze. »

29 août, n Simon Simoni. A présenté requeste a (fin de lui augmenter ses gages pour luy « donner moyen de vivre qu’il n’a, estant chargé de famille et de son père et réduit en grand « extrémité, plus qu’on luy ordonne un logis et qu’on luy avance un quartemps allin qu’il se puisse « provoir des meubles pour loger quelques escoliers et faire ses provisions. Arresté que les st?1'8 « Chevalier, Bernard et Roset en ayent advis de nions1' de Bèze. »

30 août. « Simon Simoni. Sur sa requeste hier présentée, estant ouy l’advis de nions1' de Bèze « disant qu’il est en grand extrémité et consentant qu’on luy baille de l’argent de nions1' de Passy, « arresté qu’on luy donne dudit argent vingt escuz et dix de celuy de la Seigneurie. » (L'ancien évêque de Nevers, Jacques Spifame, sieur de Passy, exécuté à Genève en 1566, avait légué une partie de ses biens à l’école.)

2 septembre. « Simon Simoni A esté raporté que sambdy dernier il refusa le don qu’on luy

« présentoit d’autant qu il dit estre fort endebté et prie, si on ne le vcult entretenir, qu’on luy donne

« congé. La dessus estant ouy mous1' de Bèze qui luy a tellement reinonstré sa legiereté qu il est

« maintenant en bonne volonté de s’acquiler, pourveu qu’on luy avance encores un quartemps « pour faire ses provisions et qu’on luy assigne un logis ou qu’on luy permette de tirer le louage « de celui du college, où il ne peult demeurer, pour en louer un autre. El, allin que pour l’advenir

u il n’en use plus ainsi, qu on sache de luy s’il prétend pas se contenter de ses gages Cest advis

« a esté trouvé bon de pourparler à luy. Sont commis avec nions1' de Bèze les sls Chevalier, Bernard a et Roset.. »

7 septembre. « Simon Simoni. A esté raporté que hier furent apelés en la Chambre des comptes u messieurs de Bèze et Raimond a cause dudit Simon, là où ledit sieur Raimond fi s t grand a cas disant qu il s estoil adressé à Messieurs premier qu à eux, mous1' de Bèze maintenant qu’il « n’y estoil pas tenu, car il n’est pas question d augmentation de gages. Et, allin d'éviter toutle « occasion de dissension entre eux, arresté que lorsqu ils s assembleront les s(?rs Chasteanneuf . « Bernard et Roset se présentent à leur Compagnie et leur proposent ce lait pour entendre leur « advis. »

9 septembre. « Simon Simoni Quant audit Simoni ils prient Messieurs de ne trouver mauvais « qu’ilz ayent traité de son fait en leur Compagnie, d’autant qu’ilz estimoient que ce fusl pour « augmenter les gages d iceluy en quoy y auroyt conséquence, s’en remettans au reste à ce « qu'il plaira à Messrs de faire et de luy gratifier comme ils verront estre à faire. Arresté qu’on « luy baille ce qu avoyt esté ordonné de la part de Messieurs, laissant celuy de mous1' de Passy « où il est dédié. »

« 14 octobre. « Simon Simoni. Estant proposé qu’il se veut retirer au College et touttesfois ne » se peult contenter du logis qui luy est assigné pource qu il n’y a que quatre chambres, telle- « ment qu il ne pourroyt tenir des escoliers. Arresté qu’on visite le logis et qu’on fasse du mieux. »

Voir également Reg. Conseil, 17 et 18 février 1567.

2 28 septembre 1559.

THEODORE DE BE'/.E

Cependant on n avait encore rien fait pour créer un enseignement officiel. Simoni s’offrit à commencer un cours de médecine, lequel ajouté à celui qu’il faisait déjà, permettrait de porter ses gages à six cents florins ’. Le Conseil et les ministres donnèrent leur approbation et le docteur italien lit une leçon d épreuve qui, bien qu’elle ne parût pas absolument concluante, lut cependant, après réflexion, jugée suffisante.

27 lévrier 1567. « Simon Simonius. Estant rapporté <pi il lit liyer une lecture en médecine, présents les ministres, professeurs, médecins et chirurgiens et aulcuns de Messeigneurs, et que la il fut trouvé fort docte et propre pour lire en médecine, combien qu’il avoit liyer esté advisé de luy faire faire une leçon sus ung texte (sic) plus médeeinal, neantinoings a esté déclairé que M1 de Bèze a changé d’advis, disant que suliil de l’espreuve qu’il a faict, attendu quoy, arresté qu’il soit receu, estant premièrement renvoyé à la classe des ministres pour adviser des conditions et de la procedure qu’il aura à tenir en ses lectures2. »

Au moyen âge l’étude de la médecine était étroitement liée à celle (h1 la physiologie, partant, de I ensemble (h* la philosophie d Aristote. Ce

1 Reg. Conseil, 25 févr. 1567 : « Simon Simonius. professeur en philosophie, esl icy comparu " proposant avoir pensé à ce qu’il luy fust remonslré dernièrement sus ce qu'il avoit déclairé son « intention estre de se retirer de reste ville, qu’estoil seulement pour ce i]ue, voyant qu’ayant receu « une année 600 florins de gage, et n’en ayant peu vivre, il concluoil qu encor moings pourroit-il « vivre de 400 florins qui est le gage ordinaire auquel luy fust dict que pour 1 advenir il se deusl a contenter. Comme quoy, ayant prié Dieu, il proteste que son désir est de demourer plustost « au service de la Seigneurie que de nulle aultre Académie. Or s est-il advisé d’un moyen par « lequel Messieurs luy pourraient continuer le gage de 600 florins en bonne conscience. C’est en « faisant une lecture en médecine oullre la philosophie ou logique. A quoy il s'offre dès à présent, « et aussi de faire anatomie qui pourra servir à l’escole. Dont il prie estre en briefz résolu. A esté ci arresté qu’on en communique avec les st-r|S (sic) ministres... »

« Simon Simonius. Estant donné à entendre à messrs les ministres le contenu de la proposite « dudit Simonius sur les remonstrances qui luy furent dernièrement faictes, ils ont esté d’advis que le ii meilleur sera de le retenir que de le licencier, attendu qu’il seroil bien difficile, voyre presque « impossible, d’en trouver ung semblable, et aussy sont bien d advis qu’on luy permette lire en ii médecine, soubz les conditions adstrictions et remonstrances qui luy seront faictes. El quant aux n gages qu’ils les laissent à la discrétion de Messieurs, totesfois qu'il n y aura pas inconvénient de n les luy augmenter quelquemenl. Sur quoy a esté arresté qu’estant examiné ledit Simonius et d trouvé capable pour lire en médecine, on le retienne, soubz le gage de 600 florins par an. »

2 Reg. Conseil, ad diem. (Extrait publié par Roget, Hommes et choses du temps passé. Elrennes genevoises, I, Genève, 1877, p. 157 s.)

n Simon Simonius. A esté importé delà part des ministres qu’il est content d acquiescer à tout ce « qu’il plaira à Messieurs et à eux, hormis qu’il desire estre proveu de logis ou avoir dix escuz ii par an et il fournira le surplus. Arresté qu’on le retienne à la dite condition et que le tout soyl ii bien dressé. » (Reg. Conseil, 3 mars 1567.)

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