‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 33 sur 213 · SIMON SIMONI · texte numérisé non relu

SIMON SIMONI

point de vue, <pii était surtout celui des universités italiennes, s'y maintint, longtemps après la Renaissance et y traversa le XVI1 siècle1. Il est probable que Simoni, au lieu de taire une lecture avec commentaire d Hippocrate ou de Galien, comme l’eut désiré son auditoire français, avait tiré son « texte » de ce même Aristote qu’il exposait dans sa chaire de philosophie. De là, peut-être, le désir qu’on exprima d’une seconde épreuve.

Bèze crut avoir fondé quelque chose de durable et de définitif. Il écrivit peu après à son ami Bullinger : « Je recommande à tes prières assidues « cette Eglise et cette école, récemment enrichie même d’une chaire de « médecine2. » Le lendemain il expose au Conseil, de la part de ses collègues, qu’ils ont parlé au nouveau professeur et qu «en ses lectures il se « gouvernera selon leur advis, pareillement en sa conversation, hantant les «sermons3.» On avait trouvé l’oiseau rare: un confrère de Rabelais pouvant siéger, au cloître, en une place marquée par Calvin.

L’illusion fut courte. Simonius, qui était, lisons-nous plus tard dans une lettre de Bèze à Zanchius, « irascible jusqu’à la folie, » eut maille à partir avec la justice, pour s’être emporté contre le pasteur de l’Eglise italienne, Nicolo Balbani, et l’avoir traité d’âne et couvert d épit liètes moins convenables encore. Emprisonné pour ce fait, il fut destitué et sévèrement jugé par la classe des ministres. Il quitta Genève pour Paris4.

1 Cf. H. Rashdall, The Universities of Europe in the Middle Ages: Oxford. 1895, I, 285.

2 « Precibus assiduis hanc Ecclesiam el Scholam nova etiarn medieinæ professione recens ampli- « (iealam comrnendo. » 12 mars 1567. (Mss. Bibl. de Genève.)

3 Reg. Conseil, 13 mars 1567.

4 Nicolo Balbani, comme Simoni, était de Lucques, mais, arrivé à Genève avant lui et de grande famille, il y occupait un rang supérieur.

Nous avons des raisons de croire que l’ancien catéchiste de la communauté italienne y était devenu le principal personnage d’un groupe de jeunes gens impatients de l'autorité pastorale de leur compatriote, et l’on n’a pas de peine à comprendre que l’entrée de Simoni dans le collège des ministres de la cité, dans lequel Balbani lui-même n avait pas l’honneur de siéger, ait pu susciter, sinon raviver, entre les deux Lucquois, des sentiments de jalousie el une rivalité qui devait être fatale à l’un ou à l’autre

« Simon Simonius. philosophe, ayant respondu el confessé sa taulle d’avoir oultragé Mr Balbani « médecin (sic) italien, là-dessus estant rapporté l’advis qu’on a heu sur luy, arresté qu’il lace d icy réparation audit speclable ministre, criant mercy à Dieu el à Messieurs et audit ministre, « sans lotesfois mettre les genoux à terre atin qu’il ne luy soit imputé à ignominie, au reste suyvanl « l’advis des ministres qu il soit démis de sa profession de philosophie et soit renvoyé à la classe « des ministres pour reconnoitre sa faillie. » Marginal : « Le dit jour en Conseil il a satisfait à cesl « arrest et s’est reconcilié avec ledit spectable Balbani. » (Livre du Conseil des affaires criminel/, el consistoriaux, 19 juin 1567, fol. 38. — Arcli. d’Etat de Genève.) On trouve plus haut, dans le même registre (fol. 37), le détail des chefs d’accusation el quelques-unes des allégations de Simoni

THEODOHE UE B E Z E

Chose curieuse, le rival de Balbani n avait pas cessé d’entretenir de bonnes relations avec Bèze, (jui lui remit lors de son départ une lettre de recommandation et auquel, dès le 22 septembre, il put annoncer en ces termes son succès dans la capitale.

« Mes affaires vont si bien et si heureusement ici que je ne saurais, que je ne dois, désirer plus. En dépit de l’usage qu’on y observe depuis cinquante ans, j’ai fait au Collège royal dix leçons, avec un auditoire de six cents et même sept cents personnes ayant poil au menton : docteurs, professeurs, gens de longue robe, prêtres, moines, jésuites et autres de même espèce. La dernière et l’avant-dernière leçon, il ne m’était pas possible d’entrer à cause de la grande multitude; j’ai compté pour le moins deux cents plumes qui écrivaient. Pour le reste, je veux que vous l’entendiez d’autres et non de moi. Car si je vous le disais, à peine le croiriez-vous. Moi, qui suis personnellement en cause, j’ai peine à le croire moi-même. Ramus m’a appelé « felicissimum atque præslantissinium ingenium Italicum, » et pour ceci j’ai été lui faire visite. 11 m’a fait mille amitiés. Vraies ou fausses, je ne puis juger; il suffit qu’il fait profession d’être chrétien. Charpentier !, comme tous ceux qui ont dit que j’étais envoyé, de Genève, pour jeter le trouble dans cette école, depuis qu’il m’a entendu, a été obligé de parler de moi autrement. Bref, je vous le dis, toute cette école attend, souhaite et demande que je commence à donner mon cours sur Aristote dans quelque collège. Grand profit, grandes promesses, grand renom, tout y est2. »

Ce beau succès n’eut pas de lendemain. Le cardinal de Lorraine lit interdire les chaires aux non catholiques et Simonius dut quitter Paris. Bèze s’occupa de nouveau de lui. car il existe à la Bibliothèque publique de

pour sa défense. Il s’agissait d'une querelle d’ordre privé. Le Consistoire s en était occupé dans sa séance du 12 juin. (Reg. Consistoire, année 1567, fol. 57. — Archives du Consistoire de l’Eglise de Genève.)

30 juin. « Simon Simoni a présenté requeste aflin qu il plaise à Messieurs payer le louage de son n logis pour un an en esgard de sa paouvreté et luy donner attestation de la diligence qu’il a fait « en sa charge despuis trois ans qu’il est icy. Arresté quant au premier point qu’on ne luy baille « que ce qu’on luy doyt, et quant à l’autre qu’on en ayt advis. »

1er juillet. « Simon Simonius. Sur sa derniere requeste estant heu advis, arresté de paier pour « luy la moitié du gage qu’on luy avoyt promis, montant pour demy an cinq escuz. Et quant à 1 ’ a t— « testation, qu’on luy die qu’on n’a pas accoustumé d’en bailler à ceux qu’on dépose, sinon qu il « veuille qu’on la luy baille toultc entière. »

(Reg. Conseil, 30 juin et 3 juillet 1567.)

1 Jacques Charpentier, le rival et l’ennemi de Ramus.

2 22 sept. 1567. L’original de celle lettre, écrite en italien, se trouve actuellement à la Bibliothèque Nationale. Elle fait partie du fonds Dupuy (n° 268, fol. 121 et 122).

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