SIMON SI MON I
Genève une lettre, datée de septembre I5fi8, dans laquelle il est chaudement recommandé à Bullinger. C’est peut-être sur le conseil de ce dernier qu’il se rendit à Heidelberg, où on le trouve l’année même. Il y lait un cours sur la Physique d’Aristote. Mais la Façon dont il développe le principe: Ex ni kilo /if ni Ail, le rend suspect et il est prié de se retirer. Il s’en va bientôt à Leipzig, professer également la philosophie, puis la médecine, étant même attaché au service de l’électeur de Saxe avec le titre de « médiats Electoralis h » Malheureusement pour lui, il n’avait pas cessé de s'occuper de questions théologiques et suivait manifestement le chemin qui avait été fatal à Michel Servet. Ceci devait l’obliger à quitter la cour île Saxe. Après avoir pratiqué la médecine avec succès à Breslau, jusqu’en 1582, il se fixa enfin en Pologne, où il fut le médecin du roi Etienne Bathory. Il mourut antitrinitaire, disent certains auteurs, jésuite, selon d’autres.
Autant qu'on en peut jugera pareille distance, Simon Simoni fut quelqu’un. Il avait l instinct de la recherche personnelle, la défiance innée du raisonnement tout fait, de l’argument d autorité. C’était un de ces hommes à la pensée alerte et toujours en éveil, à l’imagination ardente, mais qui ont plus de coup d’œil que de jugement, plus de sensibilité que de tact, plus d’élan que de constance. I! eut le grand tort, pour son repos, de ne pas s’en tenir à sa médecine. Bcze, qui avait cessé < le le protéger, et auquel on rapportait, en 1581, que Simonius, après avoir refusé de signer une formule ubiquitaire, était passé au catholicisme, écrivit à Gualther : « Je savais bien qu’il ne concevait plus d’autre Dieu que celui d’Aristote2.»
Le démêlé du savant luequois avec le Consistoire avait été, on n’a pas de peine à le comprendre, particulièrement désagréable au collège des
1 Synopsis brevissima novæ théorisé de hiunoralium febrium natura. periodis. sigiii.s, et gcnerali curatione, authore Simone Simonin Lucensi, phil. et medicinæ Doctore. ac professore. et medico Electorali, in Academia Lipsica ; in-8, s. I. 1577. (Bibl. de Genève, Mb. 263.)
2 « Cerle scio jampridem non alium Deum quam Aristotelicum intus habuisse. » 22 novembre 1581. (Ms s. Bibl. de Zurich.)
Les seules notices auxquelles on puisse renvoyer, sur Simoni, datent du XVIII1' siècle. Ce sont l'article de Bayle, dans son dictionnaire, ceux de Tiraboscbi, dans son Histoire de la lillèrature i I a tienne et. dans sa Bibliolheca nwdene.se (V, 125 ss. VI, 193), et celui de Bock dans son Histoviu .Intitrinitarioruin (I, 834 ss.). Il faut y ajouter quelques pages documentées de Gillet trnto en il Crafftheini and seine Freunde, II, 338 ss.). Ce dernier cite une dissertation de Christgau, De Vitu et Scriptis Simonis Simonii. On trouvera également certains détails dans K. Sudhofr. G. Oleviunus and Z. I ' rsmus Leben and ausgewdhlte Schriften ; Elberfeld, 1857, et dans Auguste Bonnard, Thomas Erastc et la discipline ecclésiastique ; Lausanne, 1894, p. 73 ss.
THEODORE DE RE/E
ministres et professeurs dont il faisait partie, depuis deux ans, en sa qualitéde lecteur en Philosophie1. L’enseignement académique delà médecine ne se releva pas du coup qu’il lui avait ainsi porté. Il eut, il esterai, un successeur, et même un successeur cpii porte un des grands noms de la science deson temps, Jean Bauhin. Mais ce dernier qui, étantvenu se fixera Genève dans l’été de 1568, se vit chargé par le Conseil de faire deux leçons par semaine, le fut à titre de médecin de la Seigneurie, sans être appelé à la chaire vacante que Bèze, découragé, n’essaya pas de relever.
Les leçons demandées à Bauhin étaient destinées aux praticiens. Ce devait être un cours de démonstrations anatomiques, à l usage des chirurgiens de la ville. Mais l’épidémie de peste, (pii absorba bientôt toute I activité du maître, empêcha l’ouverture de ce cours, lequel fut transformé, semble-t-il, à la requête des apothicaires, en une série de leçons de botanique médicale 2. Sur la terrasse du logis de Saint-Aspre, que la Seigneurie lui avait assigné, Jean Bauhin avait réuni une collection de plantes médicinales, 1 une des premières du genre, et c’est en ce logis qu'il donna, jusqu'à son départ pour Montbéliard (août 1570), ses leçons aux apothicaires genevois, tout en préparant l’ouvrage célèbre qui lui a valu le titre de Père de la Botanique.
Lu 1560, un article fut inséré dans les Ordonnances sur la médecine, où I on trouve statué :
« One tous les ans soit choisi ung médecin (pii lise quelques mois de l'année aux chirurgiens et (pii lasse anatomies publiques avec ung chirurgien, et ung autre qui lise l’hvver aux apothicaires et se fasse ladite esleetion par la plus grande voix des dits trois Estats [médecins, chirurgiens et apothicaires], présents les Seigneurs commis sur l’art de la medecine, sans prétendre aucun salaire de la Seigneurie. »
1 1565. « Le vendredi 26 [de janvier] lut advisé de la condition de nions1' Simon luquois et de le « retenir en la Compagnie, (te qui lui lut declairé le lendemain, et admonitions lui furent faites qui ci sembloyenl convenables comment il auroil à se comporter estant introduiel en icelle. » (Reg. Coin p , ad die ni.)
1567. « Le vendredi 20 de juing Simonius peint congé des frères, et «voit ici eslé lisant en l’audi- « toire publia trois ans, et deux ans du college des ministres et professeurs.» (/ bid .. juin 156/.)
2 Reg. Conseil , 3,1), 10 et 13 août et 3 décembre 1568. — Textes communiqués par M le docteur Léon Gautier à la Société d’histoire de Genève (séance du 26 novembre 1896), comme faisant partie d’un ouvrage en préparation, l 'Histoire de la médecine, à Genève.
l’enseignement de la médecine
On constate plus tard, dans les registres publics, que les étudiants ont pétitionné à diverses reprises pour l’établissement d’une chaire de médecine à 1 Académie. Mais leurs démarches n’aboutissent jamais qu’à (autorisation donnée aux candidats de faire leçon, s’ils le désirent, « aux gages des escoliers. » Le Conseil est à court d’argent et la Compagnie est peu disposée à laisser créer, dans son sein, un nouveau siège laïque, sujet aux inconvénients dont elle a souffert
Ce n’est qu’au XVI I Ie siècle que l’idée d’organiser un enseignement académique officiel de la. médecine put être reprise avec succès.
1 « S'' Jean- Antoine Sarrasin, médecin, lecteur en médecine. Plusieurs escoliers oui présenté requesle « tendante à aulhoriser el licencier le dit s1' Sarrasin à lire en la medecine comment il/, l'ont requis, « cl qu’il leur a accordé soubz le bon plaisir de la Seigneurie A esté arreslé qu’on leur accorde « leur requesle. »
Jean-Antoine Sarasin (1547 -J- 1598) était le (ils aîné de Philibert Sarasin, médecin de Lyon, devenu bourgeois en 1555, et le frère de celte docte et gracieuse Genevoise, Loysc Sarasin, qui fut l’objet des premiers soupirs de Théodore- Agrippa d’Aubigné, et qui en profita pour lui apprendre le grec.
« Lecteurs en médecine. Plusieurs escoliers, desirans estudier en medecine, ont requis eslablir n des docteurs et lecteurs en la dicte science el art avec salaire el gages eompétans. A esté arreslé
« qu’on permette de lire à ceux qui voudront, aux gages lolesfois des escoliers. »
(Reg. Conseil, 31 mars 1584 el 24 février 1585. — Textes publiés parRoget, Hommes et choses du temps passé. Etreintes genevoises, I, 158 s.)
a Sur ce que certains escoliers requeroient qu’on parlas! à mous1' Olfredi, médecin, el au jeune « Morlol pour les induire à lire en medecine et prier Messieurs à ce qu il/, eslnblisscnt une telle « profession. Advisé qu’on parleroil à Morlol et, s’il vouloit lire pour rien, on en scroit bien aise, « pourveu qu’il fust jugé capable d’enseigner publiquement. »
« Advisé que M. Morlol, médecin, seroit oui le lundi suivant, présents les médecins, comme il
« l’avoil requis. Ce qui fut fait. » (Reg. Comp., 4 juin el 9 juillet 1585.)
Marc Olfredi, de Crémone, auteur d’un commentaire d’Hippocrate, fut le troisième mari de Loyse Sarasin. Il avait été reçu à la bourgeoisie en 1579.
Marc Morlol, jeune médecin lorrain, était originaire de Conduits en Barrois. C’est l'ancêtre de la lamille bernoise de ce nom. Après avoir enseigné quelque temps à Genève, sans avoir droit, comme on voit, au titre de professeur que lui donne le dictionnaire helvétique «le Leu, il entra au service tle Messieurs de Berne, occupa le poste de médecin de la ville, « Stadtarzt, » et, enfin, ayant acheté, en 1595, la seigneurie de Villars-lc-Moine, près de Moral, obtint le droit de cité de la puissante république.