CARTWRIGHT
I^a procédure de I élection au soi t, dont nous venons de reproduire le compte rendu d’après le texte original, était, si singulière qu'elle puisse paraître, strictement conforme au principe calviniste, qui fait de tout pasteur un ministre de la Parole, Verbi Do/nini minister, et par conséquent un exégète. Cette conception devait rendre l’enseignement de la théologie moins malaisé à maintenir, sinon à donner, et faciliter l’accès de la chaire aux coreligionnaires éminents de passage à Genève, aux leçons desquels la Compagnie et le Conseil désiraient convier l’école. On les invitait à donner un cours, comme on leur eût demandé une série de prédications. C’est ainsi que Zanchius, alors professeur à Heidelberg et l’un des meilleurs théologiens de son temps, fut prié de faire des leçons, pendant son séjour de 1567, et s’acquitta gracieusement de cette tâche h
Un peu plus tard, en juin 1571 , un exilé, également célèbre dans l’histoire du XVIe siècle réformé, Thomas Cartwright, l’un des pères du nonconformisme anglais, commençait sur la demande des ministres, un cours de deux heures par semaine, qu’il devait continuer pendant plusieurs mois. Ce fait a jusqu’ici échappé aux biographes du professeur destitué de Cambridge. Mais il est suffisamment attesté par les registres du Conseil et de la Compagnie. Il faut seulement, en les consultant, se souvenir que ceux qui les ont tenus entendaient fort mal les noms anglais et rechercher celui de Cartwright sous la forme romanisée de Carturit. A l’aide de cette clef, on retrouvera, dans les procès-verbaux de janvier 1572, une preuve matérielle et frappante de la descendance calvinienne du système ecclésiastique des Puritains. Car c’est l’année même, à son retour de Genève, que Cartwright, reprenant la plume, rédigeait sa fameuse Admonition au Parle-
uii suppléant auquel il n avait pas eu 1 intention de s’adresser. C’est ce qui semble ressortir de la note suivante qu’on relève dans le registre de la Compagnie, un peu avant le procès-verbal ci-dessus:
« Ceulx de l’Esglise de Lyon auxquels, comme dict a esté, sus la lin de l’an précédent avoit esté « preslé M. Jehan Le Gaigneux sollicilèrent depuis aiin qu il leur fust ottroyé à tousjours, ou « bien le terme prolongé. Mais ne l’ung ne l’autre ne fut trouvé propre par loule la Compaignie. « La raison estoit parce qu’on esperoit se servir dudit Le Gaigneux pour l’adjoindre à la profes- « sion de théologie avec M. de Besze. Car après avoir attendu et tasché de recouvrer de France « ou ailleurs homme pour ladite charge, on ne voyoit plus qu’il y cust esperance. » (Keg. Comp., juin 1566.)
1 1567. « Le vendredi 28 de Mars vint M. Zanchius, et d autant qu il debvoit séjourner quelques « jours en la ville lut trouvé bon de le prier de fore quelques leçons en l escolc à l’heure de la « lecture en théologie. Ce qu’il lit bien volontiers. » (lîcg. Comp., ad dieni .)
THEODORE DE BE7.E
ment, un des premiers manifestes lancés contre l’Eglise d’Elisabeth, le plus retentissant et le plus gros de conséquences1.
Une métamorphose identique, qu’a subie, dans les mêmes documents originaux, un autre grand nom de la Réforme protestante, celui d’Andrew Melville, semble avoir empêché jusqu ici de retrouver, dans les registres d’Etat de Genève, la trace du futur organisateur de l’Eglise presbytérienne d’Ecosse. Il signait, à l’époque, en latin : Melvinus. On l'appela, en pays de langue française : Melvin. Ayant étudié à Saint-Andrews et à Paris, puis
1 « Anglais ministre. I.es ministres ayant fait adverlir qu i! y a icy un Anglois, excellent théolo- « gien, lequel ils ont prié de faire quelques leçons en théologie, le jeudi et le vendredi, ce qu il « leur a promis faire gratuitement, s il est trouvé bon par Messieurs, arresté qu’on l’aprouvc. » (Reg. Conseil, 28 juin 1571.)
1572. « Le vendredy 18 [de Janvier], tous les Frères estans ensemble, lettres d Angleterre « escriles par M. Chevalier ont esté leurs par lesquelles on rapelle M. Th. Carlurit. »
« Le jeudi 25e [Iis. 24] M. de Bèze a proposé au Consistoire s’il trouveroit bon que M. Carlurit « et M. Van Til assistassent à quelques uns de nos consistoires, ce qu ils desiroyent pour- voir « l’ordre qu’on v tient et y profiler et s’en servir, non seulement aux gouvernements de leurs « Eglises, mais aussi pour respondre à ceux qui parlent de notre Consistoire autrement qu il ne « fault. La chose a esté trouvée bonne et a esté arresté que Messieurs seroient priés de 1 approuver « pour le consistoire prochain.
« Le vendredi 26e [lis. 25], M. Carturit a esté apcllé en noslre Compagnie et a esté remercié de la « peine qu’il avoit prinse pour ceste Eschole laquelle nous désirons de recognoistre à noslre pouvoir « et en général et en particulier, recommandant ceste Eglise à ses prières, comme aussi à celles des « frères d Angleterre, vers lesquels il alloit, lesquels comme on a veu icy volontiers et aimez, « quand ils y esloient aultrefois retirez, aussi désirons nous ceste saincle amitié eslre bien entrete- « nue et que de nostre part nous serons tousjours très joyeux de leur faire service. »
d M. Carturit de sa part a remercié fort expressément les frères de l’honneur qu’il avait receu « particulièrement d’eux, outre l’humanité et bon accueil qu’il avoit receu généralement en ceste « cité, et s’est offert à ceste Eglise en tout ce qu’il pourroit, à laquelle il se sent à jamais obligé. » « Les frères l’ont prié et ses compagnons Anglois qui estoyenl en ceste ville de souper avec eux « niardy prochain au Banquet rectoral chez M. Ch. Perrot. » (Reg. Comp., janvier 1572.)
« Thomas Carturit. anglois, docteur en théologie, s’estant retiré icy des quelques temps, pource « qu’il esloyt mal voulu en Angleterre pour avoir publiquement en des leçons soustenu la discipline n ecclesiastique comme elle est icy pratiquée, a comparu et a remercié Messieurs de l honneur « qu'ilz luy ont fait de l’avoir retenu en ceste ville, où il a encores été honoré de la charge de lire
n en théologie avec nions1 de Bèze à son tour, où, par le raport de la Compagnie des ministres,
n lesmoigné par ledit M. de Bèze qui a porté la parolle pour luy qui ne parle pas bon françois. « il s’est porté fidellemenl et doctement. Et, veu qu’il est rapelé pour retourner en Angleterre, « il n’a pas voulu partir sans remercier Messieurs et leur offrir service, supliant au reste luy donner n permission d’assister une fois au consistoire affin de voir 1 ordre qu’on y tient, pour en faire le n raport par delà. Sur quoy a esté arresté de le remercier de l’honneur qu’il a fait à ceste eschole « et luy offrir recompense de sa lecture, luy accordant au reste la requeste qu’il a fait et semblab blemcnt aussi au sieur Van Til qui en a fait une de mesme. veu que ce qu’ils en font tend à
a bonne (in et qu il ne procède pas de curiosité. » (Reg. Conseil, 29 janvier 1572.)
n Le jeudy dernier [81 janvier], M. Carturit assista en consistoire. » (Reg. Comp., janvier 1572.) Le jeune ministre Thomas Van Til, lequel venait de faire quatre ans d’études de théologie à Genève, fut pasteur de la communauté flamande qui tenta de s’organiser en Eglise indépendante, en 1572. 11 se retira par congé la même année.