‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 38 sur 213 · ANDREW MELVILLE · texte numérisé non relu

ANDREW MELVILLE

enseigné à Poitiers, pendant trois ans, au collège de Saint-Marceau, il avait quitté cette ville en 1569, lorsque Coligny en leva le siège. Son but était Genève. Dans l’autobiographie que nous a laissée James Melville, le neveu du réformateur écossais, on lit le récit suivant, rédigé par l’auteur, d’après les souvenirs personnels de son oncle :

« Le siège de la place étant levé, il quitta Poitiers accompagné d’un Français et s’achemina vers Genève, laissant ses livres et ses effets, et n’emportant avec lui qu’une petite bible hébraïque [tassée dans sa ceinture. C’est ainsi qu’il arriva à Genève, ayant fait tout le chemin à pied, comme il l’avait l'ait de Dieppe à Paris et de Paris à Poitiers, car il était de petite taille et léger île corps, mais vigoureux et plein d’énergie et de courage. Ses compagnons de route, quand ils arrivaient au gîte, s’étendaient bientôt sur leurs couches comme barbets fatigués; mais lui sortait derechef et parcourait les villes et les villages où ils arrivaient. A Genève les portes étaient gardées avec soin à cause des troubles de France et de la multitude d’étrangers qui arrivaient. On leur demanda qui ils étaient. Le Français, son compagnon, répondit : «Nous sommes de pauvres escoliers. » Mais M1' André, comprenant qu’ils n’avaient pas volonté de pauvre peuple, étant déjà surchargés de gens de cette sorte, s’écria : «Non, non, nous ne sommes pas indigents. Nous avons assez de quoi « payer pour tout ce dont nous aurons besoin, pendant que nous resterons « dans la ville. Nous avons des lettres pour Monsieur de Bèze, laissez-nous « les remettre, nous ne demandons rien d’autre. » C’est ainsi qu ils furent conduits à Bèze, puis à leur gîte. Bèze, voyant qu’il avait affaire à un lettré, comme on avait besoin d’un professeur d humanités pour le Collège, l’examina au bout de deux ou trois jours sur Virgile et Homère. L’épreuve fut si satisfaisante que, sans autre, il fut mis en place en cette qualité et, commençant ses fonctions, toucha un semestre d’avance l. »

Le titre de professeur d humanités, employé ci-dessus, a fait croire au biographe de Melville, Thomas M1 Crie, qu’il avait été professeur à I Académie de Genève2. Les registres du Conseil permettent d’établir qu’il lut en réalité régent au Collège, dans la seconde classe, et qu’il remplit ces fonctions pendant cinq ans3. Non content de s’acquitter des devoirs qui

1 The Autohiography and Dutry of M1' James Melvill ininister of Kilrenny. in Tife, and professai ■ of theology in the Unieersity of St Andrews, publié, pour la « Wodrow Society. » par Robert Pitcairn, Edimbourg, 1812, p. \ l s.

2 Tife of Andrew Melville. 2e é<l., p. 132.

s Melville lui nommé au Collège le 10 novembre 1569, en même temps crue Hugues Roy « pour

THEODORE DE BEZE

lui incombaient de ce chef, il mit ce temps à profit pour continuer ses études et put suivre, grâce à une faveur spéciale de l’autorité scolaire, non seulement les cours de théologie de Bèze mais ceux des lecteurs publics en hébreu et en grec, se liant de la sorte avec Bertram et Poi lus. Scrimger était son parent par alliance. Il avait été l’élève, à Paris, des lecteurs royaux, Jean Mercier, Turnèbe, Bamus, et, comme tel, avait son franc parler touchant l’enseignement supérieur des langues anciennes. Son neveu nous raconte qu’il querellait volontiers Portas sur sa manière de faire prononcer les accents, à la grecque, lui soutenant avec un entêtement de ramiste qu il avait tort. Le Crétois, hors de lui, s’écriait: «C'est donc vous, des Ecossais, des barbares, qui nous apprendrez à prononcer notre propre langue1? »

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