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LA PESTE DE CINQ ANS

suivre. Je sais assez que vous nous soutiendrez de vos prières, dans notre épreuve, alin «pie nous sortions épurés et non point en cendres de ce creuset et de cette fournaise. J’ai pleine confiance en l’avenir1. »

L’hiver amena quelque amélioration dans l’état sanitaire de la ville. Mais la contagion reparut avec les chaleurs, si violente que Bèze demande de nouveau à Bullinger, le 16 juillet 1571, de prier Dieu pour ses frères de l’Eglise de Genève. Le 19 septembre il lui donne de l’école les nouvelles suivantes :

« La peste nous infeste très fort et d’autres maladies s’y joignent qui en emportent beaucoup. Job Yeyrat professeur de philosophie est mort. Portus, qui est plus «pie sexagénaire, souffre de la fièvre. Un Anglais2, homme pieux et savant, qui nous était d’un grand secours, commence à languir. Corneille, le professeur d’hébreu, a demandé deux mois de congé pour vaquer à des affaires. Le collège inférieur est dispersé. Je soutiens seul ce qui reste de l’école publique, pour autant «pie mes forces le permettent. »

On ne doit pas être surpris de ne trouver, dans l’énumération ci-dessus, aucune mention de Nicolas Colladon, qu’on a vu adjoindre à Bèze pour l’enseignement de la théologie. Colladon venait d’être déposé.

Prédicateur à l’imagination ardente, aux élans généreux, plus éloquent et plus savant qu’avisé, il était populaire pour avoir noblement, au mépris évident de sa vie, rempli ses devoirs de pasteur au milieu des pestiférés. Il était en revanche assez mal noté auprès de* la Seigneurie parce qu’il se permettait de critiquer, dans ses sermons, les actes du gouvernement. De plus il semble avoir tenté de former, au sein du collège des ministres, un parti d’opposition à la politique ecclésiastique de Bèze. En 1568, à la première apparition de l’épidémie, il avait déclaré du haut de la chaire que l’une îles causes pour lesquelles Dieu avait envoyé son lléau de peste était que le Conseil général s’était refusé à rapporter l’édit qui, créant un privilège inique au détriment des étrangers, dispensait les gens de la ville de la prison pour dettes. Dès lors il avait blâmé le magistrat, en mainte occasion, et enfin s’était élevé avec violence contre l’usure et particulièrement contre

1 22 juillet 1570.

2 Cartwright. — Voir plus haut, p. 107 s.

THEODORE DE H E'/.K

la création récente d’une banque publique d’Etat, où I on exigeait II) °/u (I intérêt pour une avance sur gage b Ceci avait comblé la mesure. Il avait été mis aux arrêts dans sa maison. Sur son refus de se rétracter en chaire, sa déposition avait été prononcée, à la suite de longs pourparlers entre le Conseil et la Compagnie, au commencement de septembre 1.571 2.

La peste commença à diminuer d intensité au mois d'octobre. Le correspondant de Bullinger lui écrit, en date du 16:

« La contagion semble perdre pied dans la ville, presque réduite en solitude. Mais comme le mal a gagné d’un côté Lausanne et de l'autre Lyon et qu’il l'ail rage sur les deux rives de notre lac, je ne sais où placer quelque espérance, si ce n’est en la clémence infinie de notre Dieu qui ce rte ne nous abandonnera pas. »

Avec l’hiver, l’épidémie cessa enfin, ou du moins perdit son caractère de calamité publique. Bèze écrit, le 21 novembre, au jurisconsulte Christophe Ilardesheim (Herdesianus), conseiller de Nuremberg : «Grâce à « Dieu la peste paraît s’éloigner de nous et nous songeons déjà à restaurer « l’école3. » Dans une lettre à Bullinger, du 14 janvier 1572, il n’est plus question du terrible fléau4.

L’école sortit de l'épreuve profondément atteinte et il fallut toute l’énergie de celui qui l’avait soutenue presque seul, pendant l’année terrible, pour la remettre sur pied 5. Il fut secondé en cette œuvre difficile par

1 En France les établissements de crédit, et notamment la banque de Lyon, prêtaient «au denier douze » c’est-à-dire à 8 °/u environ. Sous Henri IV, la loi abaissa le taux officiel « au denier seize » (à peu près 6 %)•

2 Reg. Conseil, 10 et 11 septembre 1571. Colladon se rendit auprès de Zanebius à l’Université d Heidelberg où on le trouve immatriculé dès le 18 octobre (Tcipke, Die Matrikel der Universitàt Heidelberg. II, (il). Quelques mois plus tard il était appelé à Lausanne, à une chaire de théologie qu’il occupa jusqu’à sa mort, survenue en 1586.

La Bibliothèque du Protestantisme français, à Paris, possède un exemplaire des Prælectiones de Calvin sur Daniel, qui est annoté de la main de Colladon. On lit sur la première page de ce précieux volume : « Sum Nicolaii Colladonii Ecclesiæ genevensis ministri ab anno 1553 maij die 12u ad annum « 1571 septembris diem deeimum : Theologiæ autem professoris Lausannæ 1572 Januarii XVII. » [Cf. Bulletin historique XXXVIII, 668.)

3 Mss. B i b 1 . Sainte-Geneviève : Epistolæ Hæreticorum. III, fol. 112.

4 Mss. B i b I . de Genève.

5 Bèze à Christophe Hardesheim, 15 fév. 1572 : « Nos toli sumus in Seholæ noslræ pror- « sus non modo disjeclæ, verum etiam eversæ ruinis inslaurandis quandoquidem nobis Dominus « inducias concessit. Tu nos precibus fuis adjuvato. » (Epist. Hæreticorum. III, fol. 113 v°.)

1572 « Le Vendredy premier jour d’aoust monsieur de Bèze a proposé à la Compagnie que quel- « que peu d’eseholiers qui restassent en l’Eschole, si ne falioit-il pas laisser de la faire valoir tant

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