LA PESTE DE CINQ ANS
le recteur Charles Perrot, lequel fut désigné dès le commencement de l’année, par le collège des ministres, pour le suppléer également dans son enseignement h
Le Gaigneux, choisi en 1566 pour être le substitut de Colladon, avait été engagé dans les démêlés de ce dernier avec Bèze et avec la Seigneurie et déposé la même année que lui. Il y a plus d une raison de croire qu’il avait été l’instigateur de la lutte ainsi terminée par l’exil des vaincus. Il s’était retiré à Lyon.
Perrot s’acquitta, un peu malgré lui, paraît-il, de la charge nouvelle qui lui incombait et à partir de la lin d’avril à la fin de juin, tandis que Bèze était au colloque de Nîmes, supporta seul le poids de l’enseignement théologique. C’est en considération de ce fait qu’il fut relevé, sur sa demande, de ses fonctions de recteur, le 27 juin, et remplacé par .lean Pinault2. Mais, soit que sa santé toujours chancelante lui rendît le professorat pénible, soit qu’il se sentît en divergences de vues sur certains points de doctrine avec Bèze, il ne chercha pas à rester professeur à ses côtés et, sitôt qu’il le put, se déchargea de cette tâche. Ce n’est point une raison pour lui refuser, comme on l’a lait pisqu’iei, la place qui lui
« qu’il seroil possible, demandant si on trouveroit bon si au lieu des disputes qu’on avoit accouslumé « de tenir tous les premiers vendredys des mois, lesquelles il est impossible de redresser mainle- « nant, on trouveroit bon qu’il interprétas! quelque lieu commun de l’Eseripture ou quelque passage « notable en ce jour là. La Compagnie a grandement approuvé cela s’il lui plaisoit d'en prendre la « peine. » (Reg. Comp., ad diem.)
1 1572. « Le Vendredy premier de febvrier combien que M. de Bèze s’olfrisl île faire les leçons de « théologie toutes les deux semenes * aussi bien qu’il y avoit continué d’aullrefois fort longuement, « si est-ce qu’il exhorta la Compagnie, comme aussi elle fut d’advis, qu’on regardas! d’en prendre « quelqu'un qui commenças! de faire quelque lecture a lin qu’advenant qu’il fiisl empesehé par « quelque moyen, l’Eschole ne demeuras! du tout destituée. M. Ch. Perrot a esté esleu pour ce « faire et a esté arresté pour Ces lins qu’il exposeroit quelque passage de l’Escripture devant les « frères Vendredy prochain. »
n Le Vendredi 8... M. Ch. Perrot a exposé devant les frères le commencement du 2e chapitre de « la Ie aux Corinthiens. Sur quoi il a esté exhorté de plus fort de par les frères à commencer au a plustost qu’il pourroit à faire quelque leçon en l’Eschole. » (Reg. Comp., ad ami.)
* C'est-à-dire chaque semaine. On se souvient que le plan d'études établi par Calvin prévoyait un enseignement alternatif, de deux semaines l'une.
2 Mars 1572. « Le Vendredi 7 ... Le mcsme jour M. Ch. Perrot a fa ici quelques excuses de ce que « selon l’election passée touchant luy et ce qu’il l’auroit acceptée, il n auroit commencé encores à faire « lecture en l’Eschole, comme les frères le désiroyent et l’en exhortoient, alléguant qu’il ne senloil « qu’il peust faire cela. Sur quoy a esté advisé en son absence, ses excuses trouvées non recevables. « Par quoy a esté exhorté derechef de s’aecourager et de commencer au plustost. »
a Le Lundi 28e [avril], M. Ch. Perrot a commencé de lire en 1 Eschole et a prins à exposer l’Es- « pitre à Tite. »
Le Vendredi 20e [juin], M. Charles Perrot a esté adverti de quelque interruption qu’il avoit faict
THEODORE DE BEZE
appartient au rôle de l’ancienne Académie. 11 lut élu au même titre que Nicolas Colladon, avec cette seule différence que, dans sou cas, le sort n’intervint point. Nous avons rétabli son nom sur la liste '.
Genève se relevait à peine de la crise épouvantable qu elle venait de traverser et où chacun des siens avait été frappé, elle comptait en pleurant les vides que le lléau avait laits dans leurs rangs, plusieurs fois décimés, lorsqu’une commotion nouvelle b atteignit. Aux derniers jours d'août, on apprit, par des marchands de Lyon, l’assassinat de Goligny, le massacre du Louvre, commencé pendant la nuit du 24, et la mise hors la loi, la tuerie organisée, des huguenots, dans toute la France. Le saisissement fut général. On eut de suite 1 impression très nette qu’on se trouvait en face d’un complot. L’imagination aidant, on y lit entrer toutes les puissances catholiques et l’on pensa que ces puissances avaient résolu l'égorgement des protestants dans toute l Europe. Le Conseil mit la ville en état de soutenir un siège et ordonna « que chascun ayt <4 tenir ses armes prestes et hanter les sermons2. » C’était déjà, à un siècle de distance, le mol d’ordre fameux d’Olivier Cromwell à ses Puritains : « Priez et tenez votre poudre sèche ! »
L’attaque immédiate à laquelle on s’attendait ne se produisit pas. Par contre on vit bientôt arriver, par centaines, des fugitifs de toutes les provinces françaises et la communauté genevoise, au lieu d'avoir à combattre,
eut à faire œuvre de charité et de sacrifice. Fidèle à la tradition que Calvin
« touchant la lecture et a esté exhorté par ses frères de l’accepter et poursuivre simplement. Ce « qu’il a accepté. »
h Le Vendredi 27e, M. Ch. Perrot ayant prié la Compagnie que puisqu il avoit nouvelle charge de « faire les leçons, il luy pleusl de le décharger de la charge de Recteur et d’en pourvoir d'un « aullre. A esté advisé raisonnable de luy accorder sa requeste. Et sur cela a esté procédé à 1 elec- « lion d’un aullre par les frères qui ont esleu M. Jean Pinault, lequel seroil présenté lundi pro- « rhain par monsieur de Bèze à Messieurs pour faire le serment. » (Reg. Comp., ad ann.)
1 Pièces annexes. — En mars 1586, Perrot fut chargé de faire les leçons en théologie durant l’absence de Bèze et de La Faye députés au colloque de Montbéliard. Il professa également de 1598 à 1599. C’est en raison de sa situation académique qu’il entretint des relations suivies, comme on le verra plus tard, et fécondes avec Utenbogaert.
Consulter, sur Charles Perrot, l’étude de Cellérier, dans le tome XI des Mémoires de la Société d histoire et d archéologie de Genève (1859), p. 1-68, la notice du même auteur dans les Etrennes Religieuses. Genève, 1861, et diverses indications du Bulletin historique souvent cité, notamment dans le tome XX, p. 402, 416, 568-569. Les notes ci-dessus que nous avons tirées des registres de la Compagnie ont été utilisées, mais non reproduites intégralement, par Cellérier.
2 Henri Fazy, La Saint-Barthélemy et Genève (Tome XIV des Mémoires de l’Institut genevois), Genève, 1879, p. 9