DON EAU, IIOTMAN , DONNE FO Y
des lois soyt icy dressée et continuée, comme il avoyt esté commencé cy devant, ce qu’ayant proposé en leur Compagnie, combien qu’il y a grande apparence (pie ce seroit le prolit de la Ville, néantmoings ils y trouvent des difficultés, comme dressant icy l’estude des lois, ce seroit pour obscurcir toutes les aultres sciences, ainsy qu’il se void aux aultres universités; davantage que ceux qui s’adonnent à telle profession sont pour la plus part débauchés, estant gens de maysons et de qualités qui ne se vouldroient aysément assubjeclir aux ordonnances et discipline de ceste église, joinct qu’il y escherra grande despence, car ung seul lecteur ne suffiroit pas; se trouvant pour ces raisons perplex en ceste délibération, remettant à Messieurs d’y adviser selon leur prudence. Prians au surplus adviserà ce qu’il n’y a que ung professeur en théologie au moyen de quoy M' de Bèze est fort chargé, se tenant Mr Daneau, aultre lecteur, au village b »
Le Conseil, comprenant sans cloute qu’il ne déplaisait point à Bèze, conclut comme suit :
« Sur le premier poinct a esté arresté si on peult avoir Bonefoy pour six cens florins d’estat pour totes choses, qu’on le retienne pour essaier ladite profession. Arresté quant à l’aultre faict qu’on leur die qu’on n’y peult faire aultre, mays qu’ils advisent entre eulx de faire venir en la Ville le dict Daneau et en sa place en mettre ung aultre de leur Compagnie 1 2. »
En ce qui concernait Lambert Daneau, il est assez vraisemblable que, personnellement, Bèze n’était pas pressé de voir transformer la suppléance qui lui incombait en chaire rétribuée et, par suite, indépendante de la sienne propre. Préserver l’unité de la doctrine était à ses yeux le premier des devoirs que lui avait légué son maître Calvin. Et l’innovation projetée pouvait, un jour ou l’autre, lui en rendre l’accomplissement difficile. Quant à I enseignement du droit, nous possédons la preuve directe que ses dispositions n’avaient cessé d’y être favorables. Le jour même où il avait dû communiquera Messieurs les objections de ses collègues, il leur faisait part d’une lettre qu’il avait reçue « d’ung excellent personnage pour la dicte profession. » Il s’agissait de Philippe de la Garde, sieur de Eranqueville, qui, après avoir « leu 33 ans à Toulouse, » avait été fait conseiller et premier président. Il avait fait partie « du conseil de Messieurs les
1 Reg. Conseil, 2 mars 1573. — Henri Fazy, / c., 38.
2 Ibid.
THEODORE DE BEZE
princes et de M1 l’admirai » et, était « réchapé des massacres par le moyen de vingt mille francs de rançon 1. »
Le 2 mars, les ministres recevaient communication de la résolution du Conseil relative à la nomination de deux lecteurs en droit2.
La négociation avec le sieur de Franqueville, auquel on offrit 700 florins, n’aboutit pas, parce qu’il accepta des propositions plus avantageuses du magistrat de Strasbourg3. Par contre llotman et Bonnefoy s’engagèrent à servir la Seigneurie pour trois ans, moyennant des traitements tic 800 et 700 florins. Le premier devait donner deux leçons par semaine, le second trois. Ils avaient le privilège de pouvoir faire « des lectures particulières» que paieraient les écoliers qui les voudraient ouïr4. Ils prêtèrent le serment de leur charge le 21 mai. Le 2'i, ils commençaient leurs cours, Bonnefoy, sur les Pandectes et le Titre « De Servitutibus, » à 7 heures du matin, et llotman, sur le Code, à b heures de l’après-midi5.
Il est vraisemblable que si de telles propositions eussent été faites à Doneau, quelques mois auparavant, il n’eût point accepté l’appel de l’Université d I leidelberg 6. Bonnefoy était hautement apprécié à Valence pour sa connaissance approfondie du droit byzantin. Disciple de Cujas, devenu son collègue, il avait eu l’honneur d être désigné par le grand romaniste
1 Reg. Conseil, 3 mars 1573.
2 « Le mardy 3e jour de mars, après la leçon de théologie, monsieur de Bèze a déclaré à la « Compagnie que Messieurs ne vouloyent pas un lecteur en droicl seul, mais avoyenl ordonné d’en a avoir deux. » (Reg. Comp.. ad diem.)
Dans une note, « Sur la part (/lie prit la Compagnie des Pasteurs à la création de l'Ecole de droit. » Cellérier a indiqué et reproduit, mais en partie seulement, les textes que nous avons réunis ci-dessus. Sa conclusion est que, des diverses démarches de la Compagnie à ce sujet, on peut inférer que, « sous la haute influence de Théodore de Bèze comme sous celle de Calvin, » elle a été « généralement très désireuse de voir l’Ecole de droit s établir à Genève. » [L. c.. p. 135-1/il.)
;l Reg. Conseil, 16 avril 1573.
4 Reg. Conseil, 14 mai 1573, « Professeurs en droit. François Ottoman. Bonefoy. Estant proposé « que Mr de Bèze a faict entendre que lesdits professeurs sont contons d’accepter la condition de se « lier pour trois ans en advertissant six mois auparavant moyennant l’estât de quatre cens francs « pour ledit Ottoman et sept cens florins à 1 aultre, à la charge qu’ilz feront seulement cinq leçons par « sepmaine entr ettlx deux, assavoir Ottoman deux, et l’aultre trois, et qu’il leur soit permis de « faire des lectures particulières et se faire paier aux escoliers qui les vouldronl ouyr. A esté « arresté qu’on les reçoit auxdicles charges et conditions, mays que ledit Ottoman se contente de « huit cens florins comme a esté cydevant dict. »
5 Reg. Comp., 24 mai 1573.
6 Les conditions de cet appel étaient 200 florins d’or du Rhin, plus un logement, 8 mallers de blé et un tonneau et demi de vin Ce traitement fut porté à 350 florins en 1573 et à 400 en 1574. Le cours de Code comptait, à Heidelberg, en 1569 de 25 à 30 auditeurs, celui d Iustitutes de 10 à 15. (Haut/, Gesch ichte der Universitat Heidelberg, II, 53 s.)