DONEA.U, HOTMAN, BON N EF O Y
comme le seul qui pût le remplacer lui-même un jour. Mais c’était un spécialiste, un exégète avant tout, comme son maître, et dont l’acquisition ne pouvait compenser, pour l’école naissante, la perte du prince des jurisconsultes de l’époque, de celui qui a fondé, comme on l a dit, la dogmatique du corps de droit.
Né en 1536, dans la petite ville de Chabeuil, en Valent inois, Ennemond de Bonnefoy, en latin Bonefidius, fut reçu habitant de Genève le 20 novembre 1572. Travailleur acharné, il avait pu sauver dans sa fuite précipitée le fruit de scs veilles. 11 publia, l’année suivante, chez Henry Estienne, son Recueil annoté du Droit oriental ', le premier ouvrage qui ait fait connaître la législation civile et ecclésiastique de Byzance. Ce livre lui valut une réputation européenne, bientôt posthume malheureusement, car il mourut au commencement de 1574 épuisé par l’étude, ainsi que nous l apprend Hotmail 2. Il avait gagné sa cause auprès des ministres que le souvenir de Charpentier empêchait de dormir. Car on trouve ce témoignage sous la plume de Pinault, à la fois le recteur de l école et le mémorialiste de la Compagnie :
«Le 10e [février] est décédé monsr de Bonnefoy, professeur en droict en ceste ville, personnage d’une singulière pieté, modestie et érudition et fidelité à exercer sa charge sans aucune ostentation3. »
Au lendemain de son engagement envers la Seigneurie, Hotman écrivait à Gualther qu’il avait cédé aux sollicitations pressantes de tous ses amis en promettant son concours au magistrat de Genève 4. Dans une lettre
1 T o 0 ’Avtxrolr/.ov vour.u.ou fiiBïia y . Juris Orient ali s lihri III. ah Enimundo Bonefidio J C. digesti, ac notis Ulustrati et mine priimim in tucem editi cuni Latina interpretatione ; in-1‘2, [Genève], — H. Estienne, — 1 ô 7 tï . (Br. M. 228. a. fi.)
2 Lettre d’Hotman à Amerbach du 30 mars 1574 (ÆTs.s. Bibt. de Bâte), citée par Dareste, François Ilotman (Extrait de la Revue historique), Paris 1876, p. 82.
3 Reg. Cornp., ad diem. Nous ne pouvons citer, sur Ennemond de Bonnefoy, que quelques passages de Berriat-Saint-Prix, dans son Histoire du droit romain, suivie de l’histoire de Cujas (Par is, 1821), passages reproduits plus ou moins fidèlement par Spangenberg (Jacob Cujas and seine Zeitgenossen : Leipzig, 1822) et une page ou deux de l’abbé Nadal (Histoire de i Université de Valence. Valence, 1861, p. 48 et 82) utilisées dans la 2° édition de la France protestante .
La femme de Bonnefoy, Catherine de Saillans, et ses deux filles étaient restées, ou retournèrent, en Valentinois. Elles recouvrèrent la jouissance de la petite propriété de famille qu'il possédait à Chabeuil. On trouve en effet, aux archives de Valence, la minute d'une curatelle donnée, en 1580, à Catherine de Saillans pour l'administration du bien de ses filles, Jehanne et Marie (Arch. départementales de la Drôme, D. 3, fol. 20 s.)
4 1er juin 1573. (Mss. Bibl. de Zurich.)
THEODORE DE RE/E
antérieure, adressée à Ballinger, il énumère ces mêmes amis, qui se trouvent dans sa maison au moment où il clôt sa missive, et cite Bèze, Jean Budé, Jonvilliers, I ancien secrétaire de Calvin, et Michel Roset1. Il est probable que c’est aux efforts de ces hommes clairvoyants qu’on doit I heureuse issue des pourparlers qui ont abouti au rétablissement définitif dos chaires de droit. Dans le courant du mois de mars 1573, ils avaient à IuLtcr non seulement contre les dispositions du collège des ministres, mais encore contre les offres brillantes qui arrivaient d Allemagne à celui qn ils désiraient conserver. Le landgrave de liesse le pressait d’accepter un appel en son université de Marbourg2.
François llotman, qui était déjà venu à Genève dans sa jeunesse (1548-1.549) et avait joui dès lors de I intimité de Calvin, s’y retrouvait à cinquante ans dans toute la force de son talent. Son nom devait y attirer bien vite les étudiants en foule. Depuis Lausanne où, sur la recommandation du réformateur, il avait débuté jadis en même temps que Bèze, comme lecteur ès arts, et Strasbourg, où il avait commencé scs cours de droit en 1556, il avait enseigné avec éclat, après s’être acquitté dans lintervalle de nombreuses missions diplomatiques, successivement à Valence (1563) et à Bourges (1567). Au point de vue de la notoriété, on peut dire qu'il était le jurisconsulte le plus connu du monde protestant. Aon content d’être un maître en droit romain, c’est-à-dire selon le langage de l’époque, en droit civil, il s’occupait avec passion de questions politiques et de droit des gens. C’était un historien et le publiciste le plus instruit, le plus expérimenté peut-être, de son siècle. Ses consultations juridiques étaient recherchées par les princes et par les villes. Sa plume, exercée à la polémique comme aux doctes avis, a tracé quelques-unes des formules du droit public de la Réforme. L’école (pii l’a compté parmi ses premiers maîtres, et qui en est justement fière, doit une pensée reconnaissante aux magistrats avisés qui ont su le lui conserver.
Il paraît étrange, au premier abord, qu’on puisse parler du droit public d’une révolution religieuse, lût cependant rien n’est plus exact.
1 2 mars 1573. (Iltid.)
2 « Willielmus landgravius Hassiæ Hotomano, » lettre du 12 mars 1573. ( Frctncisci et Joannis Hotomanorum Patris et filii et clarorum virorum ad eos Epistolæ : in-4, Amsterdam, 1700. p. 35 s.)