DONEAU, MOT MAN, BONNE FO Y
La Réforme protestante a formulé ou, si I on veut, ramené sur la scène du monde, un ensemble de principes politiques qui ont transformé la notion de l'Etat. Ce n’est pas le lieu d’en faire le compte. Il suffit de mentionner ici l’idée de la souveraineté populaire, conséquence directe des prémisses posées par ceux qui ont attaqué l’autorité du saint-siège. On trouve cette idée présentée pour la première fois, au XVIe siècle, sous une signature célèbre, dans l ouvrage que François Ifotman publiait à Genève, dès 157-1, sous le titre de Franco-Gallia et qu’on a appelé avec raison le manifeste politique des huguenots b Inspiré par la conduite déloyale de Charles IX et des conseillers fauteurs du massacre de ses sujets, le traité est écrit pour démontrer aux Français que, leur royauté étant une magistrature et un fidéicommis, le peuple a le droit de la retirer aux indignes. Le retentissement du livre fut immense. « L imprescriptible souveraineté « des nations sur elles-mêmes, — ainsi s’exprime Henri Martin, — n’avait « point encore été prêchée parmi nous avec tant de vigueur et d’autorité, et « l’on peut dire qu’après la Gaule française, il faut aller jusqu’au Contra! « social pour rencontrer, dans notre littérature, une oeuvre de politique « républicaine supérieure en influence à l’œuvre d Hotman 2. »
A deux siècles de distance, le livre du professeur de Genève et le livre du citoyen de Genève sont nés d’une même mère, sont issus d’un même esprit.
La publication de la Franco-Gallia valut au Conseil une plainte de M. de Bellièvre, ambassadeur du Roi très chrétien, auprès de Messieurs des Ligues. La suppression en fut demandée. Le permis d imprimer avait été donné après un examen sommaire, qui avait porté sans doute sur le premier chapitre, et sous le couvert de ce commentaire anodin : « Ung « livre de l’estât des afaires de France, avant qu elle fust réduicte en pro- « vince par les Romains3. » Bèze lui-même avait si peu l’idée de ce que pouvait contenir le volume d’IIotman que, sur la foi du titre, il le recommandait à Claude Textor, comme pouvant lui être utile pour le cours de français qu’il venait d’ouvrir à Wittemberg 4 !
1 Franc. Hotomani jurisconsulti Franco-Gallia : in-8, Genève, — J. Slœr, — 15713.
2 Histoire clc France. IX, 370.
3 7 juillet 1573. — Henri Fazy, 1. c.. 35 et 78.
4 « Scripsi de gallica pronunciatione nonnihil adliuc lalitans in adversariis meis cjuod ne scrulari
THEODORE DE BE7.E
La protestation de Bellièvre causa quelque ennui à Messieurs. Aussi quelques années plus tard, l’auteur sollicitant 1 autorisation du Conseil pour l’impression d’un ouvrage purement juridique, son étude sur le titre du Code relatif aux contrats et aux transactions, De pactis ne transactionibus, ajoute-t-il expressément, selon une formule qu’on rencontre parfois dès lors, que dans ce livre « il n’y a rien de la religion, ni estât '. » I) autres l’avaient précédé du reste et d’autres le suivirent. Car c’est à Genève, la ville où il enseigna le plus longtemps, que François Ilotman a écrit et publié ses principaux ouvrages de droit et d histoire. C est là également qu’ils ont été réunis après lui en une édition complète, définitive, par son élève Jacques Lect2. Nulle école ne peut le revendiquer à plus juste titre que celle de son maître et ami Calvin.