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FRÉQUENTATION DE L’ÉCOLE

universitaires réunissent parfois le corps enseignant et le corps enseigné, ou ses représentants, sur un pied d’égalité et, dans l’élection du recteur ou des doyens, les écoliers, groupés selon leur origine en « nations, » ont le principal rôle. Cet état de choses, auquel la réforme des études et l’intervention de l’Etat dans la création de chaires subventionnées et titularisées a mis fin, créait entre les maîtres une émulation profitable, les obligeait à maintenir le contact avec leurs disciples et donnait aux étudiants un esprit de corps dont on a eu parfois à regretter I heureuse et salutaire influence. Une camaraderie académique était née, dans l’université médiévale, qui reliait tousses membres, quels qu'ils fussent et d’où qu’ils vinssent. Elle facilitait merveilleusement les pérégrinations scolaires, fit le XVIe siècle, tout siècle de réformes qu’il était, en a encore bénéficié.

Lorsque la révolution religieuse mit eu présence deux cultes et aux prises deux cultures, les itinéraires des étudiants se modifièrent, plus ou moins, par la force des choses. Les protestants visitèrent surtout, cela va sans dire, les écoles fondées, ou réorganisées, par les réformateurs. Ce furent, en Allemagne : Wittemberg, Iena, Leipzig, Marbourg, Tubingue, Heidelberg, Greiffswald, Rostock, Ixônigsberg, — au delà : Copenhague, sur le Rhin : Bàle et Strasbourg, — en pays de langue française: Lausanne, Genève et, plus tard, les académies huguenotes : Saunnir, Montauban, Montpellier, Sedan, — dans les Flandres : Leyde, — enfin les universités d’Angleterre et d’Ecosse.

Genève était sur le chemin du Nord et du Midi. Les noms de Calvin et de Théodore de Bèze devaient nécessairement y attirer, de toutes parts, non seulement les adeptes déclarés de la Réforme, mais ceux que les idées nouvelles intéressaient. Les Français, les Flamands, les Ecossais, les An glais, les Hongrois, les Polonais, parfois des Italiens et des Espagnols, vinrent de bonne heure y faire de la théologie, les Allemands, du droit.

Ee roi catholique s’émut bientôt et bien fort de cette célébrit é naissante. Il défendit à plusieurs reprises à la jeunesse de ses états de se rendre en ce loyer de I hérésie et, dès 1562, dans le but de donner, dans la Flandre wallonne, une rivale à Genève, il fondait l’université de Douai

1 G. Cardon, La fondation de l'Université de Douai : Paris, 1892, p. 132 ss.

THEODORE DE R E / E

La longue profession de foi, dont Calvin avait eu lintention d imposer la signature aux élèves de son Académie et qui eût pu en diminuer considérablement le nombre, n’en éloigna pas beaucoup. De bonne heure, on admit des étudiants qui ne Y avaient point signée. Sons le rectorat de Jean Trembley (1566- 1568) on reçut, couramment, au registre des recteurs, I inscription d’une déclaration jugée équivalente, comme par exemple celle-ci :

« Je soussigné proteste devant Dieu qui m’a appellé au nombre de ses enfans de sa pure bonté et grâce, vouloir vivre et mourir selon la pure doctrine evangelique qui est annoncée en ceste cité de Genève, tesmoing mon seing manuel ci mis. »

« Robert Mornet1 »

De 1572 à 157b, pendant les deux rectorats de Jean Pinault, aucun nom d’étudiant ne fut porté au registre; c est cependant l’époque où Rè/.e, llotman et Scaliger donnèrent le plus grand éclat aux chaires genevoises et où le premier écrivait à son ancien élève Thomas Van fil, alors à Heidelberg: « Notre école est pleine, pleine jusqu’à déborder 2. »

La signature tombait évidemment en désuétude. C est sans doute ce qui engagea I autorité scolaire à l'abolir expressément. A partir de 1576, en effet, la dispense fut officielle. Charles Perrot, ayant été chargé de revoir les statuts de l’école, en vue d une nouvelle édition qu il en fallait faire3, proposa et fit adopter à la Compagnie la suppression de la disposition relative à la signature de la Formula Confessionis fidei qui faisait suite aux Leurs Academiæ . Les considérants de cette résolution sont aussi remarquables que la décision elle-même. Ils méritent d’être reproduits intégralement, en regard de la date à laquelle ils remontent:

Vendredi 29 juin 1576. « A esté advisé qu ’ès loix de l’Eschole qui serovent imprimées eesl article par lequel les esludians qui viennent en ceste Eschole,

1 Le livre du Recteur, p. 17.

2 :> décembre 1572. — \ oi r Epistolx a Belgis vel ad Belgas : Leydc, 1617, p. 622. et le Bulletin historique, VI, 17. On n’en cite pas moins couramment, après Gaberel I Histoire de l'Eglise de Genève, II, 120), les années ci-dessus comme ayant été signalées par un arrêt presque complet dans le développement de l’Académie de Genève. Le registre rectoral a égaré la critique. Rien n’est dangereux comme un document authentique qu’on n’a pu éclairer à la lumière des faits contemporains.

s Reg. Comp., 8 juin 1576.

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