FRÉQUENTATION DE L’ÉCOLE
sont astraincts de signer la Confession de foy entre les mains du Recteur seroit osté, d’autant que cela oste le moyen et aux papistes et aux luteriens de venir et profiter en ceste Eglise, et qu’il ne semble raisonnable de presser ainsy une conscience qui n’est résolue de signer ce qu’elle n’entend pas aneores. Joinct que ceux île Saxe ont prins occasion de ceste ordonnance de faire signer la confession d’Ausbourg aux nostres qui vont depardelà. Que doresenavant ce seroit assez que les Escholiers donnassent leur nom au Recteur, pour mémoire qu’ils ont esté en l’Eschole, et qu’ils seroient exhortez de s’y porter modestement et faire leur debvoir, vivant en la crainte de Dieu selon les ordonnances de l’Eglise b »
Dès lors, la confession de foi rédigée parCalvin reçut ce t itre : « Sommaire de la doctrine chrétienne, laquelle est enseignée en l’Eschole de Genève » et la reconnaissance n’en fut plus imposée qu’aux professeurs et aux régents, comme une garantie de l’orthodoxie de leur enseignement1 2.
Outre les étudiants ordinaires et indépendants, b Académie de Calvin comptait un assez grand nombre de boursiers ( aluni ni ) en théologie que lui envoyaient les communautés réformées du dehors et qui s’étaient engagés à les servir comme pasteurs, aussitôt leurs études achevées. On les appelait escholiers de Lyon, de Londres, d’Amsterdam, selon l’Eglise dont ils étaient pensionnaires. Il arrivait aussi que des particuliers, par des legs ou des donations, fondaient des bourses pour l’entretien d’un candidat au saint ministère, ou simplement contribuaient pour une certaine somme au
1 Reg. Comp., ad diem. — Gaberel et Cellérier ont, tous deux, cité ce texte important, mais ils ne l’ont pas reproduit en entier et ni l’un ni l’autre ne l’a placé à sa date exacte.
Dans son Etude sur les Académies protestantes M. Bourchenin s'est exprimé de la sorte, au sujet du formulaire de Calvin : « C’est un véritable traité théologique, une sorte de compendium « de la doctrine calviniste, que les élèves du collège signaient évidemment sans le comprendre ; que « pouvait savoir un adolescent des hérésies de Manichée, de Marcion, de Ncstorius, d’Eutychès, a de Servet et de Schwenfeld Quelle pouvait être sa compétence dans la discussion de la théorie « sur la Cène Il y a là certainement un abus, ou une grave méprise psychologique de la part des « législateurs genevois. Nous ne voyons pas que les académies de France aient commis une erreur « semblable. La Discipline est muette à cet égard. Les règlements parlent de serments à prêter « par les écoliers publics, mais rien d’autre. »
Le silence avisé de la discipline des académies dont M. Bourchenin a fait l’objet de son étude est, comme on voit, d’une explication facile. Lorsqu’elles se fondèrent, à la tin du siècle, l’abus qu’elles eussent été tentées peut-être de perpétuer avail disparu de l’institution qui leur servit de modèle. Charles Perrot avait porté remède à la méprise psychologique de Calvin.
2 En Allemagne, les professeurs, les candidats au doctorat, dans toutes les Facultés, et quiconque tenait de près ou de loin au corps enseignant, même le maître d’armes et le maître à danser, devaient signer la « Formula Concordiæ, » cela jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Cf. Tholuck, I)ns academische Leben des XVII Jahrhunderts : Halle, 1853, p. 5.
THEODORE DE BEZE
tonds des « paouvres Escholiers » On faisait parfois des collectes en faveur du dit fonds. Les sommes réunies de la sorte étaient gérées par un membre délégué du collège des ministres, sous le contrôle de ce corps. L’élection avait lieu chaque année, au mois de janvier. Sauf demande de décharge définitive de sa part, le trésorier sortant était ordinairement réélu. Ce délégué avait, on n’en peut douter, le maniement de sommes très importantes; et, soit pour éviter l’ingérence du pouvoir civil, soit pour assurer la liberté et le secret de ses mouvements, il agissait le plus souvent en son nom personnel. La vérification du compte de chaque exercice était laite par un ou deux de ses collègues, également désignés par la Compagnie, et sous leur propre responsabilité.
En 1572, on se crut autorisé par les. circonstances à puiser dans la bourse des escholiers pour venir en aide aux « frères ministres » qui venaient d échapper aux massacres et arrivaient de France dans le plus grand dénuement. Une « cueillette generale » lut laite, pour obvier au déficit, et l’ancien recteur, Jean Trembley, présentant ses comptes, le 22 janvier 1574, « touchant le maniement qu il a heu des deniers distribués aux pauvres ministres en çà, » constata que le total des secours, par lui distribués, était monté au c-hi lire, considérable pour l’époque, de 4,100 livres1 2.
On trouve dans une lettre de Bèze à André Dudith, conseiller impérial, qui se proposait d envoyer son lils suivre les leçons de son ami, des
1 Discipline des Églises réformées de France, ch. II, art. 4 : « Afin qu il y ait nombre de pasteurs, « et que ces Eglises puissent eslre toujours pourvues de personnes capables pour les conduire, et « leur annoncer la Parole de Dieu, les Eglises sont adverties de choisir les Escoliers desjà advancez « aux bonnes lettres et de bonne esperance, pour les entretenir aux Universitez, afin que la ils « soient préparez et façonnez pour eslre employez au Saint Ministère, préférant les enfants des Minis- « Ires pauvres, propres aux lettres, dont les Colloques connoistront. Les Piois, Princes et Seigneurs a seront suppliez et exhortez d’avoir ce soin et y employer quelque portion de leur revenu ; comme a aussi les Eglises opulentes. Les Colloques et Synodes provinciaux en feront les adverlissemens « et sollicitations où ils verront eslre bon, et suyvront toutes voyes propres à ce que choses si « necessaires soyent mises à effet ; et si les Eglises seules ne le peuvent faire, les voisines se « joindront ensemble, afin que pour le moins, il y en ait un entretenu par chaque Colloque et que « pluslost le cinquième denier des aumosues soit mis à part, s il se peut faire commodément, pour « y eslre employé. »
La première partie de cet article fut votée dès le synode de Paris (1565), la seconde a \ itré (1583), la troisième à Sainte-Foy (1578) et à Figeac (1579) et la quatrième a La Rochelle (1581). (Bourchenin, /. t\, 343.)
2 Les textes ont été publiés par M. le professeur Bernus, dans sa belle étude : Le ministre Antoine de Chandieu. d’après son journal autographe inédit : Paris, 1889, p 62 ss. (Extrait du tomeXXX\II du Bulletin historique). Cf. Gaberel, /. c,, II, 326 ss.
FRÉQUENTATION DE l’ÉCOLE
détails précis et précieux, sur le prix des pensions d’étudiants en 1578. Le vin et le blé étaient chers. Pour être « libéralement, » — nous dirions confortablement, si le mot et la chose n’eussent été inconnus à nos pères, — un étudiant payait de (50 à 70 couronnes de France, pour l’année scolaire, c’est-à-dire, d’après les tables du vicomte d A vend, de 2,400 à 2,800 fr. de notre monnaie ’. Il va sans dire qu’on pouvait se loger à moins et que ces prix étaient prix de fils de famille et de tables pastorales ou professorales. Les étrangers toutefois, qui désiraient apprendre le français, devaient s’y tenir. Car ailleurs, où l’on vivait pour la moitié de la somme, on parlait le plus souvent I allemand, le patois savoyard, ou le dialecte du «Pays de Gavot » (Gex). C’est ce que nous apprend un jeune confédéré zuricois, Jean-Jacques de Landenberg, tout désappointé de ne pouvoir profiter de son séjour à ce point de vue : « Oue dire de mes progrès dans « la langue française? — écrit-il à son oncle, le pasteur Albert Blaurer, à « Leutmerken (Thurgovie). — On la pratique fort peu, si l’on n’est en mesure « de prendre une table deux fois plus chère. Dans la pension où je suis en « ce moment, je ne l’entends presque pas. Il y a bien quelques Français, « mais tous se sont mis à manger dans leurs chambres, de sorte que nous « autres, Allemands, nous n’avons aucun profit de leur conversation '. »
L impulsion donnée par Hotmail aux études juridiques contribua, cela va sans dire, au renom et à la fréquentation de l’école. Pendant les années qui suivirent son établissement à Genève, il avait groupé autour de sa chaire un assez grand nombre d étudiants en droit qu’attirait aussi sa réputation de diplomate et d historien politique, il cite, dans sa correspondance, des noms qui appartiennent aux plus hautes familles, les barons de Naehod-
1 n Pensiones annuæ sludiosorum apud nos, si liberalius viverc velinl, sunt gallicorum coronaton ru ni sepl uagint a, propter t rit ici et vini carilatem ; de qui bu s a me ce ri i or fie ri voluist i. » 15 décembre 1578 (Mss. Bibl. Ste-Geneviève, Epistohe Hxreticorum. III, fol 223 v°.)
2 « De exercilio linguæ gallicæ quid dicam ? esl profecto eliam exiguum, nisi quis mensam ccemere « velit aut possil duplo pretio. In hoc hospitio in quo nunc sum, nullum penè omnino est, nam u quamvis aliquot Galli adsint tamen omnes cœperunl in suis cubiculis cibum surnere, ila ut ex « ipsorum colloquiis, nitiil utilitatis ad nos Germanos redcal...» « Datæ Genevæ 23 Augusli Anno « Sal : humanæ 1586. »
« Quid enim quæso i b i exercendæ linguæ commendi. cum inaxima pars germanica, alii sabaudica « aut gavotica lingua utantur, vix unus alque aller mi nister i uvenial ur qui jnirè loquatur ga I lice :’...» « Dat : Genevæ raptiin 18 die octobris Anno s. h. 1586. » {Mss. Bibl. de S'-Gall, Vtui ia II iscltc Briefsammlung )
THEODORE DE REZE
Danovicz1, de Schœnburg, d’Horcan, de Slawata, deRonwitz, de Cornberg, de Vitzthum, un duc deLunebourg, les fils du chancelier de l’Hospital etc. 2.
Dans une lettre d’Hubert Languet, l’autre grand publiciste de la Réforme-, à un jeune patricien de Breslau, Nicolas Rhedinger, lequel se propose de se rendre en l’école où enseigne Hotman, on lit ce passage qui témoigne bien haut de la place conquise à cette école par les hommes qui y professent : « J approuve complètement ton dessein d’aller à Genève.
« Car, comme tu l’écris avec raison, tu n’auras nulle part de plus grandes « occasions de t instruire et tu feras connaissance de beaucoup d’hommes « distingués, dont le souvenir le sera précieux aussi longtemps que tu « vivras. Vraiment, je le vois par ma propre expérience, rien ne me tou- « clic plus profondément, rien ne m'est plus doux, que le souvenir du « temps que j’ai vécu avec ce saint homme, maître Philippe Mélanchthon. « A la vérité, si les choses viennent à s’arranger en France, je ne doute pas « que plusieurs ne soient inclinés à quitter Genève, et de ce nombre sera « très probablement le docteur Hotmail, ton principal guide dans les étu- « des cpie tu poursuis. Mais, quoi qu’il arrive, M. de llèze y sera toujours et « celui-là tout seul te tiendra lieu de beaucoup3. »
Celte lettre est datée de Vienne, le 22 janvier 1576. La correspondance de Bèze lui-même avec Crato de Kraftheim, premier médecin de l’empereur, avec le conseiller André Dudith, ambassadeur impérial auprès du roi de Pologne, avec Durnhoffer, pasteur à Nuremberg, avec Christophe Flieim, chancelier de l’électeur palatin, et tant d autres, csl pleine d’allusions aux études qui se finit à Genève et aux étudiants de qualité qu’on y envoie ou qu’il y fait envoyer. Il insiste continuellement sur la nécessité de leur adjoindre un précepteur. La jeunesse est si prompte à se détourner! Et le Consistoire n’entend pas raillerie sur ce chapitre.
La « Studniteriseha/l » allemande n’a jamais été facile à conduire. Elle ne l’était surtout pas au XVIe siècle. La transition devait lui paraître brusque d’une université d’outre-Rhin à l’académie de Calvin. On n’a pas de
1 Lettre d’Hotman, datée du G septembre 1575, au baron de Nacbod. seigneur de Danowicz et Bezko, sur les progrès de son (ils à 1 école de droit de Genève. (Mss. B i b 1 . Su‘-Geneviève, Epistolse Ilærcticoram. III, fol. 1G2 v°.)
2 Voir Dareste, François Ilotman (extrait de la Revue historique) Paris, 1876, p. 82 ss.
3 Mss B i b 1 . S,e-Geneviève, /. c . III, fol. 385.
FRÉQUENTATION DE U KCOLE
peine à comprendre qu elle ait causé quelque souci au Modérateur de la Compagnie des ministres et professeurs. Sur la question du mentor, Hubert Languet n’était cependant pas absolument de l’avis de Bèze. N’écrivait-il pas, ce contempteur d’autorités, à Nicolas Rhedinger: «Ton père fait bien de « t’enlever le pédagogue que tu as eu jusqu’à ce jour. Mais je n’approuve « nullement qu’il se contente de t’en chercher un autre. Le plus souvent c’est « l’espèce la plus inepte qui se puisse. Ils veulent avant tout régenter, com- « mander. Comme on les tourne en ridicule, lorsqu’ils se trouvent avec des « gens qui ont h expérience des choses, ils évitent les sociétés ou les réu- « nions d’étudiants où cette aventure les menace. Et cela au grand tlétri- « ment des jeunes gens qu'on leur confie. Il me semble plus sage de « t’adjoindre un homme avisé et pratique qui aurait vécu chez les peuples « que tu dois visiter dans tes voyages. Si l’on pouvait trouver quelqu’un « qui eût assez d’esprit et d’expérience pour disserter avec toi des mœurs et « des coutumes de ces nations, cela te conviendrait tout à fait et, pendant « le voyage, te serait utile autant qu’agréable h »
Le conseil fut suivi et le compagnon rencontré, avec l’aide de Crato de Ivraftheim, en la personne du docteur Mathieu Wacker, de Constance, qui avait autrefois vécu à Genève et qui y conduisit Rhedinger. Leurs signatures se retrouvent dans le registre du recteur, à la date du 21) juin 1576.
Pour rappeler le souvenir de tous les étudiants qui, au XVI" siècle, ont passé par l’école genevoise, et dont le nom mérite qu’on s’y arrête, il faudrait parcourir l’histoire d’un siècle de culture dans les pays nombreux où le calvinisme a fait sentir son influence, soit d’une façon passagère, comme en Pologne, soit pour y prévaloir définitivement, comme en Ecosse. Lorsque Meursius, — pour ne citer qu'un exemple frappant du rôle qu’ont joué ces étudiants en Europe, — publia, en 1625, son ouvrage sur les illustrations de Leyde et de son université, plus du quart de ceux dont il eut à recueillir les biographies étaient d’anciens élèves de l’Académie de Genève1 2.
1 Ibid., Le., 111, fol. 383 v,J.
2 Théodore Douz;i, Bonaventure Yulcanius. Dominique Baudius, Paul Merula, François Junius, Philippe de Marnix. Lucas Trelcalius, Jacob Arininius, Jean Polyander, Louis Cappel, Jean Drusius, Carolus Gallus, Antoine Walæus, Antoine Thysius et Meursius (Jean de Meurs) lui-même. (Athense Batavæ sive de tirl/e Leiden. si et Academia y iris que elaeis qui ut ram ingenin suo atque scriptis illustrarunt : Leyde, 1625.)
THEODORE DE BEZE
Ceci serait la matière d’un livre. Rappelons à ceux que ce beau et grand sujet tentera, quelque jour, qu’il ne faut pas croire qu’on l’a épuisé, quand on a parcouru la série des noms publiés dans le Livre du Recteur. Beaucoup de ces noms latins, tracés en paraphes, d’une main distraite, timide, pressée ou simplement négligente, sont très difficiles à lire. Les auteurs de l’édition de 1860 n’ont voulu qu’appeler l’attention et fournir une base aux recherches ultérieures de la critique. Le résultat de leur dépouillement, ils ont tenu à le dire eux-mêmes, n’est que celui d’une première lecture. Il demande à être collationné sur le manuscrit original, avec l aide des biographies nationales qui s’élaborent aujourd’hui de tous côtés. De ce travail sortiront des indications nouvelles. En outre, même à partir de l’époque que nous avons indiquée, où l’adhésion à la confession de foi de Calvin a officiellement cessé d’être requise pour l’admission en forme par le recteur, on ne peut regarder l’album rectoral comme un véritable registre matricule. Indépendamment des lacunes qu il présente et qui portent sur des années entières, il n’est pas toujours complet, pour celles même de ces années qu’il semble couvrir entièrement. Certains étudiants, qui lorsqu’une finance d’immatriculation fut exigée en furent exonérés, négligeaient très souvent de s’inscrire. Beaucoup d'autres, qui ne jouissaient pas de cette faveur, se dispensaient de leur propre chef de s’annoncer au recteur. De nombreuses résolutions du Conseil, contre cette sorte de délinquants et ceux qui leur fournissent le logement, en font foi.
On devra enfin tenir compte, dans une certaine mesure, pour les deux dernières décades du siècle, d’un document qui n'a point encore été publié, l’armorial des nobles seigneurs, princes, comtes, barons et gentilshommes « que la piété et l’amour îles bonnes lettres ont conduits en l’Eschole de Genève1. » Ce volume, un épais in-folio, protégé par une reliure aux armes de la République, contient près de trois cents blasons en couleurs et un nombre beaucoup plus considérable d’autographes. La majeure partie des noms qu’on peut y relever sont du XVIIe siècle, mais le XVIe y est suffisamment représenté pour qu’il faille mentionner ce document dès cette époque.
1 Bibl. «le Genève, Mhg 151 b
FREQUENTATION DE l’ÉCOLE
L’auteur du frontispice de l’album des nobles seigneurs a été récemment identifié, par M. Théophile Dufour, grâce à l’anagramme « Haïr n'a tendu » qui se trouve au bas du titre artistement calligraphié et encadré que nous reproduisons \ C’est Jean Durant, un réfugié de la Saint-Barthélemy, « ancien trésorier des bastiments de France. » Parent et ami intime de Charles Perrot, familier de Théodore de Bèze, Jean Durant était un des personnages de la société lettrée genevoise. Il occupait les loisirs de son exil en faisant de la calligraphie, du dessin technique, de l’ornement et du blason. Il est vraisemblable quec’est à lui qu’on doit l’existence du précieux volume dont, indépendamment du frontispice, les plus anciennes armoiries nous paraissent avoir été dessinées et enluminées par lui-même ou sous sa direction1 2 3. Ainsi celles des comtes de Solms et du comte Nicolas d’Ostrorog, étudiants à Genève en 1581, celles de Georges de Sayn, comte deWittgenstein, du baron Philippe de Winneburg et du baron Charles de Zerotin, qui sont datées de 1582, celles de Georges Latalsky, comte de Labischin (1584), etc. C'est aussi le cas du blason sous lequel on peut lire la signature autographe d’Anthony Bacon, le frère aîné du grand Bacon. Avant de faire la carrière que l’on sait comme diplomate et conseiller du fameux comte d’Essex, successeur de Leicester dans la faveur d’Elisabeth, Anthony Bacon, était venu en effet compléter ses études auprès de Théodore de Bèze et avait été au nombre des pensionnaires privilégiés reçus dans la maison de celui-ci (1581-1582). Non loin de ses armes, après une page intercalée à une date postérieure, on trouve celles île Roger Manners, cinquième comte de Rutland, qui vint à Genève en 1597, sans doute sur le conseil de Bacon, et, au verso du feuillet qui porte ces dernières, celles de Robert Devereux, troisième comte d’Essex, le propre fils de l'infortuné favori de la reine d’Angleterre exécuté en 1601, et le futur général en chef de l’armée du Parlement au début de la guerre contre Charles Ier 3.
1 Catalogue de l'art ancien à l'Exposition nationale suisse : Genève, 1896, p. 53 (u° 6t6).
2 On peut relever dans 1 Album amicorum de Jean Durant, qui a été l’objet d’une notice détaillée de M. Charles Rend dans le Bulletin historique (XII, 226 ss.), les autographes d’un certain nombre de jeunes gentilshommes, tels que les comtes de Nassau et de Solms, Henry Neville, fils du baron d’Abergaven n y , le comte de Labischin etc., dont les armes se retrouvent dans l’armorial de l’école.
3 En 1596, lorsque le jeune comte de Rutland, qui é l a • t proche parent du comte d’Essex, partit pour le continent, son cousin, alors au comble des honneurs, et qui avait cette fortune d’avoir à son service les deux Bacon, lui adressa plusieurs lettres, rendues publiques à la cour, sur la façon
THEODORE DE l’.E/E
Il nous a paru curieux de réunir dans une même planche ces trois derniers blasons. La reproduction (pie nous en donnons est réduite d’un tiers.
ii. — l’immatriculation, institution du scolarchat.
Les cours publics de I ancienne Académie étaient absolument gratuits. L immatriculation le lut jusqu’en 1584, année où l indigence du trésor détermina le Conseil à établir un droit d inscription. Cette finance ne lui exigée toutefois (pie des étrangers et à proportion des moyens de chacun. Les Suisses en furent expressément exemptés. On crut devoir justifier la mesure en annonçant que l’argent recueilli de la sorte servirait à la création d’une troisième chaire de droit, pour l’enseignement des Institutes, et au traitement d un nouveau ministre1.
A cette innovation s’en rattache une autre, l’établissement d'un serment académique, prêté au moment de 1 immatriculation et correspondant,
de conduire son voyage cl ses éludes à l'étranger. On y a reconnu la plume de l’un de ses conseillers et l’on a parlé de François Bacon. Il est probable qu’Anthony Bacon n’y était pas étranger. Ces lettres ont été publiées en 1 6 • J 3 , sous le nom du feu comte, avec ce titre : « Profitable instructions for Travellers . »
1 lleg. Conseil, 6 octobre 158i : « Estant proposé que pour entretenir les escholes et attirer des « escholiers nommément pour l’exercice des loix, il est requis, avec les deux professeurs qui lisent «de présent avoir un Inslitutaire. Et afin que la Seigneurie puisse fournir aux frais qu il convient « faire à l’eulrelencment d'un professeur, et au nouveau ministre que Messieurs ont arresté de « choisir pour le soulaigement de Mra les ministres, sembloil qu’il seroit bon de faire que tous les « escholiers soient reeeus habitons, puis immatriculés par le Recteur, en donnant une pièce d’ar- « gont qui sera applicquée auxdils gaiges. A esté arresté que doresnavant les escholiers qui vien- « liront pour estudier en la ville et y séjourner soient reeeus habitans par la Seigneurie, puis « immatriculés par le Recteur et contribuent entre mains du Recteur, selon la qualité de chascun, « un escu, deux testons, et selon que Mr le Recteur avec le Scholarque adviseront. Lequel argent « sera mis en un coffre a part dont le Scholarque et le Recteur auront chascun une clef Pour ce « faire soit deffen lu aux particuliers de loger aucun eseholier plus de quinze jours, sans qu il ait « sa lettre d’habitation et attestation du Recteur. El que le mesme soit observé de présent envers « les escholiers qui sont en la ville. Les jeunes escholiers aussy eslrangiers qui seront envoyés au « Colleg’ soient présentés au Principal qui exigera de chascun selon ses facultés. En ceci ne sont «compris les Souisses, desquels on n’exigera rien; et neanmoins debvront estre reeeus habitans et « immatriculés, et seront advertis de ne divulguer le traitement qu’on leur fait. Et afin que cecy « soit exécuté au plus tost, a esté commis pour surintendant des escholiers, avec le Recteur et le « Principal, Mr Maillet, conseiller céans. » (En marge : « Scholarque: No[ble] Jean Maillet. »)
Cet arrêté fut légèrement modifié par le Conseil en ce sens que la réception des escholiers à l’habitation n’eut point lieu, comme cela se passait pour les étrangers qui venaient s’établir dans la ville, devant la Seigneurie, mais devant l’autorité scolaire seulement, le Recteur délivrant lui-même aux étudiants leurs lettres d’habitation, après qu’ils avaient prêté serment. C’est du moins ce cpii nous parait ressortir des textes suivants.
1 !> octobre | I . > H "j ] « Estant revu le derirer arresl touchant les escholiers a esté arresté que les « escholiers ne soient eonslraincls de se présenter pour habitans. et que ceulx qui excédent Page de
l’immatriculation
en une certaine mesure, à celui qu’on exigeait îles nouveaux habitants. Ce serment, dont nous donnons la teneur d’après les registres du Conseil, ne rappelle en rien l’ancienne profession de foi de Calvin. Cependant, certains théologiens ayant tenté d’y faire entrer une formule confessionnelle, entraînant condamnation expresse, énumérative, des hérésies les plus dangereuses, le Conseil, qui n’en voulait pas, leur accorda, comme fiche de consolation, un article dernier comportant 1 abjuration des superstitions romaines, et de toute erreur manifeste et condamnée:
« Formule du Serment que doivent prêter devant les seigneurs Scholarques et le Recteur, pour être portés au registre des étudiants, ceux qui assistent aux leçons publiques de l’Ecole de Genève. »
« Au nom de Dieu le Père, du Fils et du Saint-Esprit je jure, pour aussi longtemps que je vivrai dans cette cité et école de Genève, fidélité et obéissance au magistrat, respect aux lois civiles et politiques et je promets de vivre, observant l’honnêteté, la tempérance et la paix, de telle façon que, pour autant qu’il dépendra de moi, je ne me montre en scandale à personne, ni que je ne soutire, moi présent ou averti, aucune action qui puisse être au détriment de la République ou de l’Ecole, mais au contraire que je travaille selon mes forces au profit et à l’honneur de toutes deux. »
« Je promets en outre, sous la foi du serment, de me soumettre de bon gré au Recteur et aux lois scolaires et de suivre les cours en auditeur assidu et diligent, selon le plan de mes études. »
« Je jure enfin, puisque le vrai culte de Dieu doit être la forme et la règle
« dix-huit ans soient receus et immatriculés par les seigneurs Scholarques et le Recteur de quinze « en quinze jours, qui en tiendront registre, et les seigneurs Scholarques seront tenus en taire lous « les mois rapport à la Seigneurie, commettant outre le sk1' Maillet le sBr Michel Varro pour « Scholarqueet que l’un au défaut de l’aultre suffise. Et quant aux Souisses escholiers, que pour le « présent ils ne soient recherchés pour faire le serment, comme les aullres le seront. »
11 décembre. « Sur ce que Mrs les Scholarques ont proposé avoir hier receu le serment d’une « partie des escholiers publics qui estoient environ cenf, iceulx avoir esté matricules et payé les «uns un escu, les autres deux, les autres un teston, revenant le tout à la somme de soixante-un « escus, demandant que c’est qu’ils en feront. A esté arresté qu ils soient mis en une boisle où « il y aura trois clets dont les Scholarques et le Recteur en auront chaseun une. »
18 décembre. « A esté proposé que les escholiers ne retirent leur lettre d habitation et que ce « nonobstant leurs hostes ne laissent de les loger. A esté arresté qu’on delfende à tous ceulx qui « tiennent des pensionnaires de loger aucun passé quinze jours sans qu’ils aient leur lettre, à peine « de vingt-cinq florins... En ce non compris les Souisses. »
La liste des cent étudiants assermentés et immatriculés, le 10 décembre 158i. est évidemment celle qui remplit les pages 38 à il du Livre du Recteur, dans laquelle on trouve portés uniformément beaucoup de noms des années précédentes.
Le trésor de l’Ecole fut déposé dans une des chapelles du temple de Sainl-l’ierre
THEODORE DE BEZE
de toutes les éLudes et de toutes les actions humaines, de vivre pieusement selon la parole de Dieu, ayant abjuré toutes les superstitions papales, de même que toutes les hérésies condamnées et manifestes. El qu’ainsi Dieu me garde1. »
Les « Scholarques, » entre les mains desquels devait être prêté, de même que devant le Recteur, le serment qu’on vient de lire, étaient de création récente. Mandataires du Conseil, délégués par lui en permanence auprès tle l’autorité scolaire, ils étaient les représentants du pouvoir civil et jouèrent bientôt un rôle proportionné à leur rang. C’est ici la plus grave modification que Bèze ait apportée au plan primitif de son maître. Calvin en effet, ayant trouvé à Strasbourg l'institution des seigneurs Scolarques, qui depuis 1528 constituaient dans cette ville le conseil supérieur de l’instruction publique, l’avait délibérément et soigneusement écartée de l’ordre de choses qu’il avait établi à Genève, cela alin d’y remettre à 1 Eglise le contrôle exclusif de l’école.
Les fonctions nouvelles, qui devaient au bout de peu d’années devenir l apanage d une véritable magistrature, furent créées, en 1581, dans le but de soulager le recteur d'une partie de sa besogne administrative et d’établir, dans le domaine de la direction scolaire, un point de contact permanent entre la Compagnie et le Conseil :
« College. No\blé] Dominique Chabrey Schola rque. A esté proposé par M,s de Bèze et Jaquemot qu’il seroit bon, s’il plaist cà Messieurs commettre quelque seigneur de céans pour estre Scholarque, c’est à dire superintendant sur le College à l’exemple de plusieurs aultres villes, soit Strasbourg, Berne et Basic, alin d’avoir soing avec le Recteur des bastimens dudit College et de proveoir aussi à la recette des deniers du College, pour puis après les rapporter à la Chambre des comptes. A esté arresté qu’on y commet le ssr Chabrey2. »
1 Reg. Conseil, 23 novembre 1584 : « Formula jurisjurandi (juo puhlicarum lectionum in Schola n genevensi auditores sese D. Scholarchis et Rectori adstringere tenentur, ut in studiosorum album « referantur. »
2 Reg. Conseil, 20 nov. 1581 — On voil que c’est par erreur que Gaullieur, dans ses Etudes
sur la typographie genevoise (Genève, 1855, p. 97, 108, 112), place l'institution des scolarques en 1560, du vivant même de Calvin. Les fonctions des seigneurs commis à l'imprimerie furent rattachées, il est vrai, dans la suite, à celles des scolarques; mais il est particulièrement important ici de ne point antidater les titres cl les choses.
INSTITUTION DU SCOLARCIIAT
Le conseiller Chabrey n’était pas, paraît-il, qualifié pour faire de la charge ce qu’on voulait qu elle devînt. Car bientôt le Conseil, mieux informé, le remplaça par deux autres des siens, choisis parmi les plus doctes :
« Scholarques. No[ble ] Michel Varro. No[ble] P nul Chevalier. Estant rapporté (pie les ministres désirent qu’il y ait encore quelque aultre adjoint avec le ss1' Chabrey pour Scholarqué, afin qu’il puisse parler latin aux escholiers, a esté arresté (pi on en déchargé le sêT Chabrey et qu’on y député lesdits ssrs Varro et Chevalier h »
Paul Chevalier fut remplacé en 1584, comme nous l’avons rapporté, par Jean Maillet2, autre lettré, qui avait été précepteur du comte de Lennox, oncle du roi d’Ecosse, et revenait d’une ambassade fructueuse en Angleterre.
Les premiers scolarques paraissent avoir été les promoteurs de la mesure qui rendit 1 immatriculation obligatoire et en fit un acte purement civil. Il est à remarquer que deux d’entre eux, Chevalier et Maillet, étaient anciens étudiants d’Heidelberg3 4. C’est évidemment d Allemagne qu’ils rapportaient l’usage du serment académique. Leur intervention fit pénétrer comme un souffle du dehors dans la maison close. A partir de cette époque, le caractère de séminaire théologique qui avait été dominant, dans la haute école de Calvin, s’atténue sensiblement et l’Académie, sans le perdre tout à fait, prend un cachet plus universitaire. C est à ce moment qu’une tentative est faite pour provoquer le rétablissement de la chaire de médecine en faveur de Jean-Antoine Sarasin, puis de Jean Morlot C L’institution s’élargit, on y sent ( influence des laïques. Dans la séance où le Conseil donna son approbation à la formule proposée pour le serment des
1 Reg. Conseil, 4 déc. 1581. — Varro était l’homme d’Etat dont on sait le mérite. Ancien étudiant de 1559. il avait été l’un des premiers Genevois inscrits au livre du Recteur. Paul Chevalier, devancier de Voltaire en sa seigneurie de Ferney, était le secrétaire du Conseil. Quatre fois syndic, il fut, dans la suite, député à plusieurs reprises par la République de Genève auprès des Cantons suisses, des princes de l’Empire et du roi de France. Il avait fait ses études en Allemagne.
2 Cf. plus haut p. 148, note 2.
3 « Paulus Chevallerius genevensis,» immatriculé le 17 mai 1570, « Johannes Maliettus genevensis,» immatriculé le 23 juin de la même année. (G. Tôpke, Die Matrikel der Universitat Heidelberg. II, 55 s.)
4 Cf. plus haut p. 101, note 1. L’orthographe « Sarasin, » pour Sarrazin. est aujourd’hui seule d’usage à Genève.
THEODORE DE BEZE
étudiants, la préséance des scolarques sur le recteur fut expressément aflirmée par Messieurs, contrairement à l’ordre qu’avaient prévu les ministres
ITT. — l’enseignement, COURS l'URLICS ET PARTICULIERS. « DISPUTES. ))
Le rétablissement des cours de droit, qui eut lieu dans l’académie genevoise au lendemain de la Saint-Barthélemy, sous les auspices des professeurs de Bourges, et le succès de l’enseignement ainsi restauré étaient une conquête pour la méthode française, « /nos legendi Gallicus, » encore repoussée de la plupart des universités d Italie et d’Allemagne et toujours en lutte, même dans la patrie de Cujas, avec la vieille méthode, « /nos Italiens, » des bartolistes. Bèze se hâta de l’annoncer au plus célèbre de leurs adversaires en pays germanique, le jurisconsulte Mathieu Wesenbeck, récemment nommé doyen de la Faculté de Wittemberg. « Hotman et Bon- « nefoy, — lui écrit-il, en 1573, — ont commencé chez nous des cours « sur votre droit, savants tous deux et, ce dont j’ai pu me convaincre, « tous deux tes amis. Ton nom leur est cher et ils sont heureux de la posi- « tion if ue tu as conquise 2. »
De Wittemberg, Wesenbeck était bien placé pour envoyer des jeunes gens à Bèze. On peut supposer qu’il n’y manqua pas.
L’université calviniste d’Heidelberg, cela va de soi, fut de bonne heure avec Genève, en échange de professeurs, d étudiants et de bons procédés .
1 Reg. Conseil, 23 novembre 1585 : « Le si?1' Maillet, conseiller, a icy rapporté une nouvelle n forme de serment que les ministres de la Parole de Dieu ont dressée pour bailler aux eseholiers ; ii laquelle estant reveue a esté approuvée et passée comme s’en suit, ayant esté ordonné que les ci s(îls Scholarques, comme représentant la Seigneurie précéderont le Recteur tant en l’assiette <( qu’en la nomination audit serment, au lieu qu’ils les ont mis après, comme ils firent par placards « a (fichés aux portes des temples, que sont imprimés. »
Ibid., 30 novembre. « Estant veu le formulaire des lettres d’habitation qu on prétend bailler aux « eseholiers publics, auxquelles le Recteur est nommé le premier, suivant ce que aux universités « fameuses il est nommé le premier, a esté arresté quant au serment qui est à part qu’on se lient « à celuy qui en a esté dressé cy-devant, registré en ce livre, et que là où il conviendra que les « Scholarques se trouvent, qu ils precedent le Recteur, et en cesle forme de lettre séparée qu’on o laisse nommer ledit Recteur sans nommer les Scholarques, mais qu’il soit dicl à la fin qu’ils ont « juré aux st?rs Scholarques et au Recteur. Au reste qu’on appelle les veufves et autres tenens des « pensionnaires pour les adverlir de leur debvoir, de n’en tenir point plus de quinze jours qu’ils « n’ayenl leurs lettres dudict Recteur. »
2 Bibl. Stc-Geneviève, Epist. Hævet.. 111, fol. 144 v°.
3 De 1569 à 1617, on compte 70 étudiants genevois à l’Université d’Heidelberg. Voir G. Tôpke,
l. c.. II, nassim.
l’enseignement, cours publics et particuliers
L’électeur palatin lui-même y adressait ses protégés « pour continuer illec les estudes et estre apprins en bonnes lettres, toute pieté et honesteté*. » Le landgrave de Hesse suivait son exemple1 2.
Les « estudes » juridiques qu’on poursuivait « illec » comprenaient des cours publics, des leçons particulières et des exercices d’argumentation ou « disputes. » Les premiers eurent lieu primitivement cinq fois la semaine. Plus tard, quand il y eut trois chaires, ce chiffre fut dépassé. Les écoliers en droit n'étaient pas astreints, comme leurs camarades de l’auditoire de théologie, à assister aux sermons qui avaient lieu chaque jour à six heures du matin, en été, à sept heures en hiver, mais leur maître, de même que tous ses collègues, commençait ses cours par une prière. Un exemple de celles qu’avait coutume de prononcer Hotman nous a été conservé, dans l’édition de ses œuvres, par son élève et successeur Jacques Lect3.
Le professeur commentait, en latin, cela s’entend, un titre du Digeste. La série des leçons qu’il faisait, sur tel ou tel sujet, était très souvent publiée ensuite, pour l’usage de ses auditeurs. C’est ainsi qu’ont paru la plupart des nombreux commentaires d Hotmail sur les divers litres du Code. Ce sont presque tous des cours professés. Et si l’on veut se rendre compte de la nature scientifique de son enseignement, à Genève, il suffit de se reporter à ceux qui remontent aux années 1573- 1579 4.
Les leçons particulières, rétribuées spécialement par ceux qui les suivaient, n’étaient pas la moindre source île revenu des professeurs et l’on sait qu elles prirent presque partout un tel développement que, dans bien des universités, elles remplacèrent peu à peu complètement les courspublics. Ce ne fut jamais le cas, croyons-nous, à Genève.
Les « disputes » avaient lieu, dans la règle, une fois par mois. Nous savons, par une mention au registre de la Compagnie, qu’elles furent inaugurées, dans l’école de droit, le G août 1573 5.
1 Frédéric, électeur palatin, à François Hotman, 4 octobre 1576. [Hotomanoruin Epistolæ : Amsterdam, 1700, p. 45.)
2 n Wilhelmus Hassiæ Landgravius Francisco Hotomano, » lettre du 16 mars 1576. [Ibid., p. 67.)
3 Francisci Hotmani jurisconsulti Operum libri : Lyon [et Genève], 1599-1600, III, 2nie partie,
4 Les dates sont indiquées par Doschius à la suite de la vie d Hotman, dans l’édition déjà citée de sa correspondance.
5 « Le 6me d’aoust [1573] on a commencé à faire des disputes en droict. » (Reg. Comp. , ad diem.)
THEODORE DE BEZE
La coutume de la plupart des universités était que la discussion s’ouvrît sur des thèses rédigées par le professeur et soutenues seulement par ses élèves. C’était 1 épreuve qui permettait de juger du profit qu’on avait retiré des cours. Il en fut vraisemblablement de même dans celles que présidèrent Hotmail, Bonnefoy et leurs successeurs. Cependant il est probable que les étudiants eurent une plus large part qu'ailleurs dans la rédaction même des propositions débattues. Car tel était le cas dans le principal auditoire, celui de théologie.
Calvin avait prévu et réglé ces sortes d’exercices de la façon suivante :
«Que eulx mêmes (ceulx qui se vouldront exercer ès Saintes escriptures) par ordre dressent et eserivent par chasque mois certaines positions, qui ne soyent ne curieuses, ne sophistiques, ni contenantes faulse doctrine : et les communiquent de bonne heure au Professeur de Théologie. Puis qu’ils les soustiennent publiquement contre ceulx qui argumenteront. Qu’il soit la permis à chascun de parler. Que toute sophisterie, curiosité impudente et audace de corrompre la parolle de Dieu, semblablement toute mauvaise contention et opiniastreté en soyent bannies. Que les poincts de la doctrine soyent traietez sainctement et religieusement d’une part et d’autre des disputans. Que le Professeur de Théologie, qui présidera en la dispute, conduise le tout selon sa prudence, et donne par la parolle de Dieu la resolution des difficultez qui seront mises en avant h »
On a remarqué la disposition : « Qu’il soit là permis à chascun de parler. » Cette consécration effective de la publicité du débat maintenait l école en contact avec le dehors et y assurait une certaine liberté de parole. Les catholiques eux-mêmes étaient admis aux disputes des premiers vendredis de chaque mois. C’est ce que prouve l’épisode suivant :
1 L’ordre du College de Genere (texte français des Leges Academiæ ) au titre : Des escholiers publics.
La pratique des disputes théologiques mensuelles, mais non encore publiques, s’était établie déjà en 1557, ainsi qu’on le voit par l’extrait suivant, tiré du registre de la Compagnie :
« Vendredy premier jour de l’an fut commencée une dispute en presence des Ministres, par « anciens bons personages de cesle Eglise, désirant de s’exerciter en la Saincte Escripture. Et fut « advisé que le respondanl tireroit ses conclusions de quelque epistre des apostres pour estre « disputées et fui choisie l’Epislre aux Hebrieux, pour commencer. Le sort du premier proposant « t >mba sur Philibert Grenel. Et la résolution sur chacun point disputé donnée par Mr Calvin « avec grande édification. Lesquelles disputes moiennant la grâce du Seigneur se continueront et « se tiendront tous les premiers vendredys des mois. Bien entendu que nul n’y doit assister sinon « les Ministres et ceulx qui à leur tour veulent disputer. » (Reg. Comp., ad dieni .)