‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 58 sur 213 · LA. SANCTION DES ETUDES · texte numérisé non relu

LA. SANCTION DES ETUDES

France. « Que le bon plaisir de vostre majesté soit accorder à l’eschole de « Genève droict d’université pour le tout, ou pour l’estude du droit. » Telle fut la requête adressée à Henri IV, par Messieurs de Genève. On lit, en marge, cette réponse, datée de Saint-Denis, le 20 octobre 1592 : « En sera « escrit au procureur general de sa majesté pour donner advis si les Uni- « versités de France y peuvent par raison prétendre quelques interests et « quels, affin d’en estre après ordonné par sa majesté, selon le désir qu elle « a de gratiffier les dits seigneurs en tout ce. qu elle pourra. »

Malheureusement les universités de France y pouvaient prétendre plus d’un « interest, » l’entourage du roi était hostile. La demande fut finalement écartée, sous le curieux prétexte que les universités étaient « pépinières d’heresie h »

L’année suivante, le conseiller Anjorrant fut chargé d'une démarche analogue auprès des Provinces-Unies et en rapporta cinq lettres patentes pour la reconnaissance des grades qui seraient conférés par l’Ecole de Genève. La première, écrite au nom du Sénat et du peuple de Frise, était ainsi conçue :

« Dans cette vie mortelle et passagère, nous considérons et nous désirons par dessus tout la gloire de Dieu, l’édification de l’Eglise et de toute la chrétienté, son accroissement, ses succès, son bonheur; et pour obtenir ces biens, pour les conserver, nous jugeons que l’étude des langues et des lettres est nécessaire, surtout l’étude des langues et des lettres sacrées. Aussi nous n’avons pu qu’acquiescer à la demande qui nous a été adressée par noble Jacob Anjorrant, sieur de Sully, docteur en droit, député de la République de Genève. Il nous a communiqué le pieux désir que les magistrats de cette ville célèbre ont de relever l’étude de la religion chrétienne et des lettres, si utile pour le gouvernement des affaires publiques et nous a annoncé que, en vue de donner plus de lustre à leur école établie déjà depuis longtemps, au grand avantage de l’Eglise de Christ et célèbre dans tout le monde chrétien, ils ont l’intention de conférer à ceux qui le mériteront des grades de maîtres ès arts, de licenciés et de docteurs, comme cela se pratique dans les universités d’Allemagne, d’Italie, de France et des Provinces-Unies. Il a ensuite sollicité notre approbation pour ces grades en nous offrant la réciprocité. Or puisque à Genève la suprême autorité après Dieu réside dans le Sénat et dans le peuple, nous pensons que les magistrats de cette cité ont eu le droit d’y établir une école, comme le font les autres villes libres, les princes et les peuples; et nous

1 Archives d’Etat de Genève, Portefeuilles historiques. n° 2178. Cf. Reg. Conseil, 3 nov. 1592.

THEODORE DE BE7.E

déclarons que les maîtres ès arts, licenciés et docteurs reçus régulièrement à Genève jouiront dans la province île Frise des mêmes honneurs et privilèges dont jouissent les nôtres, de même que nous reconnaissons les titres semblables qui ont été décernés dans les autres académies de l’Europe. »

La deuxième patente rapportée par Anjorrant, en 1594, est écrite au nom de la province d’Utreeht, la troisième au nom des Etats île Hollande et de West-Frise, la quatrième au nom du comté de Zélande, la cinquième au nom du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. En 1599, au cours d’une nouvelle ambassade il en obtint une sixième au nom de la ville et pays de Groningue. Ces pièces, et particulièrement les quatre dernières, semblent avoir été composées sur un même modèle. « Elles s’accordent à « reconnaître, — dit Théophile Heyer qui leur a consacré une intéressante « monographie, — les grands services rendus à la cause des lettres et de « l’Evangile par l’Eglise de Genève ; elles relèvent le zèle persévérant avec « lequel cette ville a fourni des prédicateurs et des ministres dévoués parti tout où l’on en demandait ; elles parlent des dangers qu’un puissant « voisin lui fait courir; et elles ajoutent qu’au milieu de ces attaques, de « ces alarmes incessantes, au milieu des armes et des combats, Genève, « convaincue de 1 importance des bonnes études, veut exciter de plus en plus ic les étudiants à se distinguer par des progrès véritables, et institue pour les « récompenser des grades académiques : Aussi, disent-elles , nous ne pouvons « ([ue déférer à sa demande, et nous déclarons que ces grades seront reçu connus chez nous comme ceux qu accordent ou accorderont les autres aca- « démies ou universités. La province de Zélande fait sortir de Genève, comme « du cheval de Troie, des hommes illustres qui vont par toute I Europe « soutenir les intérêts de la vraie religion et combattre l'ignorance. »

A la cinquième patente était annexée une lettre caractéristique, faisant allusion aux sacrifices pécuniaires que s’imposaient volontairement les Provinces-Unies pour la défense de la Rome protestante. Il n’est pas déplacé d’en donne]1 ici la traduction :

« Très honorés Messieurs et très chers frères, »

« La députation que vous avez adressée aux Etats de la Gueldre nous a causé un grand plaisir, car sans craindre d’ètre soupçonnés de (laiterie, nous

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