IA SANCTION DES ETUDES
reconnaissons en toute sincérité que l’Eglise et l’Ecole de Genève ont bien mérité du peuple chrétien, qu’elles brillent d’un juste éclat, et qu’elles doivent conférer les honneurs et les dignités aux étudiants de l’Eglise et de la République chrétienne, lorsqu’ils ont parcouru la carrière des études. Aussi souhaitons-nous que, comme autrefois on se rendait à Bologne en Italie, à Orléans en France, et dans d’autres académies [tins célèbres pour obtenir les insignes du doctorat, désormais les étudiants préfèrent Genève la mère de la vraie piété, qu’ils la célèbrent par leurs louanges, comme étant la lumière des arts et des talents, et qu’ils en relèvent l’éclat par leur fréquentation. Pour qu’on ajoutât plus aisément foi à ces paroles, nous aimerions mieux offrir des marques effectives de notre reconnaissance, à l’exemple des autres provinces des Pays- Bas, qui vous fournissent avec empressement des subsides contre la fureur de votre voisin de Savoie. Mais l’Espagnol, notre ennemi commun, a tellement mis à néant le trésor de notre République, que nous sommes forcés, non sans en ressentir une vive douleur, de renvoyer à vide votre député. Seuls, les magistrats de la quatrième division de la basse Gueldre lui ont compté, vu le peu qui leur reste, la somme de mille pièces d’or. En attendant, nous prions le Dieu tout-puissant de suppléer à ce qui vous manque d’or et d’argent par son divin secours, en vous suscitant d’ailleurs des hommes qui apportent le salut à son Eglise, et qui se fassent tellement redouter de l’ennemi que jamais il n’ose plus attaquer la montagne du Seigneur. — Puisse le Dieu très bon et très grand vous conserver vous et votre République pour l’honneur de son Eglise1! »
L avantage qu’on désirait retirer, pour l’Académie, des ambassades de Chevalier et d’Anjorrant ne pouvait être entièrement réalisé que moyennant qu elle lût « erigée absolument sur le pied d’Université. » Le Conseil des Deux-Cents fut nanti en effet de diverses propositions dans ce sens. Mais la pénurie du trésor, semble-t-il, et peut-être aussi l’opposition plus ou moins manifeste de la Compagnie des pasteurs, dont une telle innovation eût menacé, dès cette époque, l inlluence jusqu’alors prépondérante et exclusive en matière d’enseignement supérieur, empêchèrent qu’il y fût donné suite.
Il en résulta que l’Académie de Genève ne lit pas usage du droit de conférer des grades universitaires qui lui avait été reconnu, en des termes si élogieux, par les Provinces-Unies, et qu’elle eût vraisemblablement tait confirmer sans trop de peine dans les autres Etats protestants.
1 Mémoires et documents de lu Société d’histoire de Genève. XI, 178 ss. T. es originaux de ces lettres patentes, rédigées en latin et scellées des grands sceaux des Provinces, sont conservés aux Archives d’État de Genève. (Portefeuilles historiques. »OB 2182, 2185, 2186, 2189, 2193,2235.)
THEODORE DE BEZE
Elle s'en tint donc au seul diplôme prévu par les Loges de Calvin, le certificat d’études et de bonne conduite, « testimoniurn vitæ ac doctrines, » délivré par le recteur à ceux qui en exprimaient le désir. C’étaient généralement les étrangers.
La teneur de ce certificat était fort simple et u était point liée à une formule. Il était donné comme une lettre de recommandation motivée. On v indiquait ordinairement le temps que l’étudiant avait passé à Genève, le genre d’études qu’il y avait poursuivies avec succès, insistant d’ailleurs sur les qualités morales qu’on avait pu lui reconnaître. Le tout se terminait par des vœux pour son avenir, l’expression de l’espoir qu’on plaçait en lui comme futur serviteur de l’Eglise ou de l’Etat. A dater de 1581, cette pièce porta les armes parlantes de l’Ecole, un soleil rayonnant autour du monogramme IH2, emprunté aux armoiries de la République, pour être gravé sur le sceau universitaire, et entouré de cette devise : « Lux Scholæ Genevensis l. »
L’attestation dont il s’agit n’étant délivrée aux candidats qui la sollicitaient qu’à la suite d’une enquête «diligente» auprès des professeurs, ceux-ci prirent l’habitude, déjà dans la dernière décade du siècle, de signer après le recteur les « tesmoignages » accordés à leurs étudiants. De bonne heure, le Modérateur de la Compagnie avait également signé le diplôme an nom de ce corps.
En l’absence de toute autre consécration officielle, les noms de ceux qui donnaient de la sorte une sanction solennelle à leurs études étaient pour les écoliers étrangers d’une importance capitale. L’école valait au loin par les hommes qui l’avaient fondée et maintenue. Aucune charte
1 Reg. Conseil, 16 janvier 1581 : « Sceau de l'escole. Le recteur du college ayant requis leur « establir ung sceau pour sceller les attestations des escoliers qui se retirent de ceste ville, a « esté arresté, suyvant ce que toutes les aultres universités en ont, qu’on leur en oultroye ung petit u autour duquel soit rnis : Sigillinii S choix Genevensis . u
l ire des premières pièces scellées du sceau, ainsi accordé à l’Ecole, fut la lettre datée du 1er terrier 1581 et recommandant aux autorités de Leyde, le professeur Lambert Dai.eau appelé à 11 Université de celte ville. (Cf. Paul de Félice, Lambert Daneau. pasteur et professeur en théologie ( J r>d()-J i)95 ) : Paris 1882, p. 348 s.) — Il est, probable que la nécessité où 1 otr s’était trouvé de faire exécuter un sceau de « petit » module avait entraîné, ou justifié, la modification du premier mot prévu pour' la légende, qui rappela de la sorte celle des devises de l’Université d Oxford que la révolution puritaine devait faire prévaloir et durer : « Dominas illumina tio mea. »
DISCIPLINE UNIVERSITAIRE
pontificale, impériale ou royale n’assurant le cours de ses parchemins, il fallait qu’ils parlassent d’eux-mêmes. Et ce n’est pas le moindre titre de sa gloire d’avoir pu leur donner ce cours dans le monde. A cet égard, l’ancienne Académie de Genève peut être considérée comme la mère des grandes écoles libres de notre temps.