‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 61 sur 213 · J. LA CHAIRE DES ARTS APRÈS SCALIGER : REROALD ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

J. LA CHAIRE DES ARTS APRÈS SCALIGER : REROALD ET SES SUCCESSEURS

Ainsi que nous F avons rapporté, Scaliger quitta Genève à la fin de septembre 1574, rappelé en France par la mort de sa mère et le règlement de ses affaires de famille. La chaire à laquelle il laissa le lustre de son nom fut immédiatement repourvue et, en novembre, Mathieu Béroald arrivait de Sedan pour l’occuper.

Béroald, dont le vrai nom de famille est Brouard, né à Saint-Denis, vers 1520, avait fait ses études et ses débuts dans la carrière de l’enseignement sous Vatable, son parent éloigné, qui fut son premier protecteur. Voué d’abord au préceptorat, il comptait parmi ses anciens élèves plus d’un homme arrivé à la célébrité, notamment Agrippa cl’Aubigné. Ayant embrassé la réforme, il avait enseigné 1 hébreu comme professeur à Orléans, de 1562 à 1568, année où, à la suite de la guerre civile, il s’était réfugié à Montargis. La protection de Renée de France lui avait permis d’y continuer des cours à ses gages et lui avait valu de succéder à Bérauld, en 1571 , comme principal du collège réformé fondé par la duchesse. En 1573, après le blocus et la capitulation de Sancerre où il s’était trouvé enfermé par l'armée royale, il s’était rendu à Sedan dans la principauté du duc de Bouillon, Henri- Robert de la Mark. C’est là que Bèze, en août de l’année suivante, lui adressa l’offre d’une situation à Genève. 11 ne s’agissait pas, comme on va le voir, de la chaire de philosophie, Scaliger n’ayant point encore demandé à en être déchargé, mais seulement de la première classe du Collège :

THEODORE DE IÎE/E

« Monsieur et cher frère, — écrivait Bèze, — ay esté bien fort marrv avec toute nostre compagnie d’entendre ce qu’avez mandé à nostre frère Monsr de Blesi \ touchant vostre remuement. Toutefois cela nous confermant en la bonne opinion (pie desja nous avions coneeue (pie volontiers vous viendriez vers nous, j’ay charge de la Compagnie de vous advertir que serez tousjours le très bien venu et combien que la condition (pii s’offre maintenant ne soit digne de vous, à savoir la première classe de nostre college, où il y a charge pénible, comme pourrez veoir par les ordonnances imprimées que pourrez trouver par delà, et gages bien bas, à savoir trois cens fleurins revenant à cinquante un escu et trente solz, à cinquante six solz l’escu, et un logis assez beau et propre à tenir pensionnaires. Mais oultre ce que nous serions bien marris de vous laisser là, l’occasion s’olfrant de vous employer aultrement, nous espérons que nos Seigneurs, ayant esgard à vostre qualité, s’eslargiront en vostre endroict. »

« Vous regarderez avons resouldre sur cela et à nous en mander nouvelles par la première commodité... »

Lorsque cette lettre, qui est datée du 4 août 1574, arriva à Sedan, Béroald se trouvait aux eaux de Spa. Le *27, de Strasbourg où il avait dû se rendre, Bèze revint à la charge:

«Très cher frère, je vous ay ci-devant escrit par la voie de Paris, vous advertissant d’une petite condition qui se présente si elle vous venoit à gré, savoir est de nostre première classe, chose à la vérité indigne de vous, mais qui serviroit seulement comme de pont en attendant mieux. Le labeur est tel que vous pouvez penser, les gages petits avec un logis assez propre à tenir pensionnaires, comme je vous ay mandé plus amplement. Prenez seulement cest advertissement pour gage et tesmoygnage du désir que nous avons de vous veoir et jouir des grâces que Dieu vous a faictes, incontinent que Dieu nous en donnera les moyens dignes de vous1 2. »

Nous ignorons la réponse qui fut faite à ces ouvertures. Béroald semble avoir hésité quelque temps à prendre une décision. Son fils aîné François, connu plus tard comme écrivain sous le nom de Béroald de

1 Pasteur français, réfugié à Genève. On lit, un peu plus loin, dans la même lettre : «M. de Blesi

commence à besongner eu sa vocation avec nous. »

2 Ces deux lettres autographes inédites, datées la première de « Villefranche » c’est-à-dire, selon le chiffre déjà souvent employé par Calvin, de Genève, la seconde de Strasbourg, sont adressées o à Monsieur Béroald à Sedan » et signées toutes deux du curieux pseudonyme de Labutte. ( Ms s . Bibl. Nationale, Fonds Dupuy, 104.)

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