‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 64 sur 213 · LA. CHAIRE DES ARTS APRES SCALIGER : ANTOINE DE LA FAYE · texte numérisé non relu

LA. CHAIRE DES ARTS APRES SCALIGER : ANTOINE DE LA FAYE

et qu’on escriproit à Paris, pour recouvrer quelque bonne provision et n’estre toujours en peine et clifïicultez touchant ledict de la Faye. Ceci aussi n’a eu effect '. »

La lutte prit fin en 1578 par la médiation de Bèze. La Faye se déclara prêt «de mieux se ranger aux bons advis, » se démit de ses fonctions de principal et fut élu titulaire de la chaire de philosophie qu’il accepta enfin, comme un acheminement à celle de théologie, à laquelle, déclara-t-il, il se sentait appelé. Comme gage de la réconciliation, les ministres lui firent promettre de ne pas donner d’entorse au programme sans leur autorisation expresse.

« Le vendredi dernier de janvier [1578] a esté advisé que quelques uns de la Compagnie orroient monsieur de la Faye en ses leçons pour voir de quoy il debvoit estre adverti par la Compagnie, en laquelle il a esté raporté qu’il deliberoit de se donner repos de la charge de Principal et estoit marry de n’avoir pas receu la charge du ministère quand on luy en a voit parlé et qu’il desiroit dores en avant de mieux se ranger aux bons advis. Ce qui a esté pris île bonne part. »

« Le vendredi 21" [febvrier] monsieur de Bèze a rapporté à la Compagnie que Mr de la Faye s’estoit déclaré à lui qu’il estoit grandement marry qu’il n’avoit accepté la charge du ministère quand Dieu l’v avoit voulu apeller, qu’il deliberoit de se dedier du tout à la théologie, et pour mieux y vacquer prioit la Compagnie le décharger de la charge de Principal. »

« Le 30e [mai]. M. de la Faye a esté esleu par la Compagnie pour professeur. Sur quoi estant appelé et enquis respond qu’il le veult bien, mais qu’on sçait son intention qui est qu’il tend à la profession de Théologie, à laquelle il se sent apellé, qui cause qu’il ne voudroit pas accepter la profession de Philosophie pour tousjours. Advisé qu'il lui seroit remonstré qu’il acceptast simplement et qu’il s’employast du tout à ceste profession le temps qu’il y seroit. Que si l’Eglise avoit besoing de luy en quelque chose, soit au ministère, aux champs ou à la ville, ou à la profession de Théologie, il seroit temps qu’il s’y employast. Que cependant il ne debvroit rien remuer sans vocation. Au reste qu’il se gouverneroit aux leçons de sa charge et livres qu’il exposeroit selon l’advis de la Compagnie. Item qu’il proposeroit en son rang de nostre congrégation, comme les aultres freres. Lesquelles choses il a acceptées, et le Lundi suivant, 2 Juin, il a esté présenté et receu en Conseil par Messieurs1 2. »

1 Reg Comp., 20 déc. 1577. — Les derniers mots sont une annotation complémentaire, de la même main, mais d’une autre encre que le lexte principal.

2 Reg. Comp., ad ann.

THÉODORE DE BEZE

L’ancien régent de première se soumit donc à Aristote en vue de l’avenir, commenta sans murmurer, mais aussi sans se donner de peine, l’Herméneutique et, en 1580, se lit traiter dédaigneusement de « maître d’école » par Giordano Bruno, qui relevait, comme on l’a vu plus haut, vingt erreurs dans une de ses leçons. Généreusement les ministres se solidarisèrent avec le professeur outragé, se déclarèrent insultés en sa personne. Bruno passa en Consistoire, convaincu d’outrage à ce qui était alors une magistrature1. Mais, la même année, La Paye recevait un poste de pasteur en ville et, à l’Académie, un successeur.

Ce nouveau titulaire est de tous ceux qui ont occupé jadis la chaire de philosophie, à Genève, le moins connu. Il s’appelait en latin Alexander Brissonius, en français Brisson, et fut nommé le 1 I octobre 1580 2. On sait qu il était originaire d’Edimbourg.

Dans une des lettres que nous avons déjà eu l'occasion de citer, Louis lselin écrit à Basile Amerbach, au commencement de 1581, que cet Ecossais lit I Organon d’Aristote et l’Ethique3 * * * * 8. La Compagnie avait donc trouvé un professeur selon ses vœux. Malheureusement pour elle et pour lui, ce professeur était jeune et tout orthodoxe philosophe qu il nous semble, il n’avait pas donné tout son cœur au maître d’Alexandre. Cela devait lui

1 Cries et Edits de 1560. art. 14 et 15. « Que nul n’ait à mesdire des Princes et magistrats, à peine « d’estre mis en prison et chastié selon le droict. »

« Item, que nul n’ait à mesdire des ministres de la Parole de Dieu, sur mesme peine. »

2 « Alexandre Brisson. Escossois, Professeur en philosophie. Mrs Trembley et La Paie ont proposé

« de la part de leur Compagnie que ayans esté longtemps en peine pour trouver un professeur

« en philosophie et enlin après longues recherches ilz ont ouy et trouvé capable ledit Brisson qui

« est Escossois, et leur semble que ladite profession sera bien pourvue de tel personnage. Arresté « qu’on leur face entendre que Messieurs eussent bien désiré que avant que amener ledit Brisson, « ilz en eussent adverti la Seigneurie afin de adviser s’il est expédient ou non. Cependant à cause « du peu de conseillers qui sont icy de présent on a advisé de remettre la délibération jusques à « ce que le Conseil soit rempli. » (Reg. Conseil, 3 octobre 1580.)

« Alexandre Brisson Escossois . Lesdits seigneurs Ministres ont aussy proposé que Mr de la Faie <« ayant esté appelé en la charge de Ministre, il a despuis continué en la profession de philosophie « en laquelle il ne peut continuer en faisant la charge de Ministre. Voyla pourquoy après « avoir recherché de tous costés, ilz n’ont peu trouver personne plus propre pour la philosophie (i que un jeune homme Escossois duquel ilz ont cydevant fait parler, priant Messieurs le recevoir « en ladite charge. A esté arresté que il soit receu pour professeur et qu’il soit présenté à demain « et face le serment. » ( Ibid . , 10 octobre.)

« Alexandre Brisson, d’Edimbourg en Escosse. ayant esté présenté par Mr Pinault pour estre « receu pour professeur en philosophie, ce qu’a esté fait soubz la promesse réciproque qu’il a « fait de faire service à ceste eschole. Et suyvant ce a preste le serment accoustumé. Et a esté ci arresté de luy faire son mandement. » [Ibid-. 11 octobre.)

8 1 mars 1581. [Mss. Bibl. de Bcàle. — Voir Thommen, Geschichte der Universitât Basel. p. 186.1

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