‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 73 sur 213 · LA CHAIRE D’HÉBREU ! DE BERTRAM A JEAN DIODATI · texte numérisé non relu

LA CHAIRE D’HÉBREU ! DE BERTRAM A JEAN DIODATI

démie de Lausanne, lui adressèrent un appel qu’il accepta immédiatement. Il revint avec plaisir sur les bords du Léman et consacra à l'Ecole vaudoise les sept dernières années d’une vie laborieuse et traversée *.

Le successeur de Bertram, Pierre Chevalier, est le premier Genevois qu’on trouve immatriculé, comme tel, à l’Université d’Heidelberg'1 2 3. Né en 1544, fils de noble et spectable François Chevalier docteur es droits, originaire du pays de Gex, il n’avait aucun lien de parenté avec son homonyme, le professeur normand. Mais il avait été son élève et c’est après avoir été introduit par lui à l’étude de I hébreu qu’il s’était rendu à Bâle d’abord, puis, sans doute poursuivre les cours de Tremellius, à Heidelberg. 11 eut bientôt pour camarades, à l’Université palatine, son frère Paul Chevalier et son parent Jean Maillet, les futurs scholarqucs, venus en 1570, très probablement à son instigation. Comme ou trouve l’un et l’autre, membres du Conseil à l’époque de sa nomination à l’Académie de Genève, on peut conjecturer que c’est leur amitié influente qui fut cause que Messieurs manifestèrent à la Compagnie le désir, qu’avait la Seigneurie, de l’y voir. Déjà en 1576, il avait eu l’occasion de suppléer Bertram, pendant un voyage que celui-ci avait fait en France pour le règlement de ses affaires N En

1583, il avait publié une édition des Commentaires de Jean Mercier sur les cinq premiers prophètes4. Et la cure de Céligny, qu’il avait reçue en

1584, était évidemment pour lui un poste d attente.

En 1590 le nouveau professeur donna une édition, la troisième, annotée par lui, de l’ouvrage renommé par lequel Antoine Chevalier avait ouvert la série des publications de l’Ecole genevoise, les Rudimenta llcbraiav ! in^iuc. Ce livre fut dédié aux docteurs, professeurs cl maîtres es arts de l’Université d’Oxford, en laquelle le commentateur, comme on peut le lire

1 Consulter, sur Corneille Berlram, les diverses préfaces de ses livres, abondantes en renseignements biographiques, l’article de la seconde édition de la France protestante et Vuilleumicr,

Les hébraisants vaudois: Lausanne, 1891, p. 25.

3 9 mai 15(59 (Tûpke, I. c.. 11, 51).

3 17 août 1576. « Monsieur Corneille a requis à la Compagnie qu’il peusl faire ung voiage en son « pays pour donner ordre à ses affaires très necessaires. Ce qui luy a esté accordé sonbz le bon <i plaisir de Messieurs et l’esperance qu’on a que maislre Pierre Chevalier fera quelques leçons en « son absence pour entretenir l’Eschole. » (Reg. Comp., ad diein ) Cf. Reg. Conseil, 3 septembre 1576.

4 /. Me rcevi. .. Commentarii. . . in Proplietas quinque priâtes: in-folio [1583]. (Br. M., 1012. g. li)

THEODORE DE RE'/.E

dans sa dédicace, avait été reçu, et bien reçu, sept ans auparavant1. C était l'époque de l’ambassade de Jean Maillet en Angleterre. Il est vraisemblable rpie les deux amis avaient fait lé voyage ensemble.

Nous ne savons rien tic plus sur ce troisième titulaire de la chaire d Hébreu, sinon qu’en 1501 Bèze et Perrot, le recommandant à Messieurs au nom de la Compagnie, témoignèrent qu il remplissait remarquablement scs fonctions de prolesseur, bien qu’il n’eùt qu’un petit nombre d’étudiants à son cours2. Il mourut en 159-t.

On eut de la peine à trouver un successeur à Pierre Chevalier. I ne démarche fut faite auprès du savant zuricois Gaspard \\ aser( Il ascrus). fille n’eut pas de suite, sans doute à cause du sacrifice pécuniaire qu’il eût fallu, pour l avoir, obtenir de Messieurs. Son compatriote, le prolesseur de théologie Stucki ( Stuckius ), qui correspondit avec Bèze à ce sujet, proposa une combinaison moins onéreuse: un jeune homme qu’on pouvait avoir à l’essai, pour le prix de son voyage et de sa pension. Ce candidat avait étudié à Genève, justement sous Chevalier. On le trouve inscrit au Livre du Lecteur, en 1592: « Johannes Divoynnus Mctensis sa ne. theoi. stuc/3. »

Jean Divoy, ou d Ivoy, comme le porte le registre de la Compagnie, était écolier-boursier de la ville de Metz. Appelé de Zurich, où il se préparait au ministère, il fut prié en juin 1595 de continuer les leçons de son défunt professeur. Après un mois d’épreuve, comme il « estoit agréable aux escholiers en la langue I lebraique, » la Compagnie fit écrire à Messieurs de Metz pour qu ils le lui cédassent, afin d’en faire un lecteur en hébreu. Ceux-ci I accordèrent, pour quatre ans, en congé, avec perspective de renouvellement. Mais il est probable que les conditions de I engagement

1 "2TO nns Rudimenta Ilehraicæ linguæ ... P. Cevalerii hehraicæ linguæ Professoris annotationes nunc primum accesserunt. quibus non parum luminis affertur hisce rudimentis : pleræque earuiu ex mente ipsius auctoris: in-4, Genève. 1590. (Br. M., 621. i. 9.)

2 Reg. Conseil, 11 août 1591.

3 /.ivre du /lecteur, p. 44.

Reg. Comp., 3 juillet 1594 : «De mesmes furent leües des lettres de M. Waserus. de Zurich, « lequel on avoil estimé pouvoir obtenir pour estre professeur en Hebrieu, niais qui s’estoit aupa- « ravant excusé, toulesfois advertissant que si on escrivoit au Sénat que peut estre le pourroit on ‘i obtenir. Sur quoy ayant eu esgard à plusieurs difficultés, ne fust trouvé bon d en escrire, speeia- « lemenl ayant Mr de Bèze lettres de M1' Stuckius qu’il y avoil un jeune homme a Zurich, de bon « témoignage, et bien versé en la langue Hebraique qui pourroit bien nous estre donné. Et fut « advisé, non pas de l’appeler expressément, mais que s il venoit ici, on pourroit juger s il nous « seroit propre ou non et cependant qu’on pourvoyroit à ses despends pour son volage et séjour. »

Page 1