LA CHAIRE D HEBREU : DE BERTRAM A JEAN DIODATI
ne satisfirent point le principal intéressé, car lui-ménie refusa, préférant se préparer au ministère
On écrivit alors à Paris pour avoir Florimoncl Porreaux, avocat au Parlement. La négociation dura tout 1 hiver de 1505-9(1, entre Bèzo et M. de Montigny2, puis finalement échoua3.
Pendant ce temps, un fils du patricien de Lucques Charles I fiodati , — ce filleul de Charles-Quint, rpi un pape avait baptisé el qui devint huguenot et citoyen de Genève, — Jean Piodati, achevait ses études et soutenait, sous la présidence de La Paye, des thèses inaugurales sur le sujet de l’enseignement à pourvoir4. Manifestement protégé et favorisé, en haut lieu, pour
1 Reg. Comp., juin 1595: « M. divoy a esté prié de faire quelques leçons en Hebrieu pour « suppléer au defaut d’un professeur. »
Ibid. : «Le 18e de Juillet en la Compagnie ordinaire, voyant que M. d’tvoy esloit agréable aux « escholiers en la langue Hebraïcque, fut advisé de prier Messieurs de Met/, qui l'avoyent long- « temps entretenu aux escholes de nous le vouloir donner, avec promesse neantmoins qu’en cas « qu’il se trouvassent despourveus, on leur en donneroil un autre en sa place. Et fut donné charge « à M. Pinaud de leur en cserire, et, y a copie de la lettre, du inesme jour 18L’ de Juillet. »
Ibid., octobre: «Le 25 furent leucs les lettres des frères de Metz respondantes aux nostres par « lesquelles on les avoit requis de nous donner M1’ d’Ivoy pour professeur en Hebrieu. Ils respon- « dent qu’ils ne le peuvent du tout donner, mais bien qu’ils le prestenl, pour quatre ans. avec pro- « messe de continuer le terme, s’ils n’estoyent pressés de le demander. Mais ledict Mous1' d’Ivoy « n’a voulu accepter la condition pour ce qu’il se vouloit préparer à servir à son ministère, puisque « l’Eglise ne le vouloit quitter. Par quoy fut advisé qu’on eseriroit à Paris à Mous1' de Montigny « pour un certain personnage, nommé M1’ Porreaux, lequel on enlendoil eslre bien versé en « Hebrieu, alin de nous advenir s’il pourroit et s’il voudroil accepter la charge de reste Profession « en ce lieu. »
Divoy continua ses études à Genève. Il paraît avoir subi plus ou moins, à celle époque, l’influence de Charles Perrot. On le trouve présent à l’entrevue que ce dernier eut avec François de Sales, au sujet d une conférence, ou dispute théologique, qu’ils désiraient organiser entre les représentants des deux confessions, au commencement de 1597. Peu auparavant il avait été discuter, a Annemasse, avec le Père Chérubin. L’auteur catholique d’un pamphlet contemporain, la lettre d'un gentilhomme Savoy-sien à un gentilhomme Lyonnais (s. I., 1598), qui rapporte le l’ail, s’exprime ainsi à son sujet : « Entr’aulres ils amènent un appelé d’Ivoyanus, qu’ils disoyent eslre jeune « escholier. Homme assez habile toutefois à leur mode, et qui avoit souslenu disputes publiques « à Genève, versé 1res bien aux langues .. On recogneul très bien qu’il n’esloit pas minisire, car il « esloit en ses deporlemens fort modeste. »
Rentré à Metz, Jean Divoy fut consacré, le 20 septembre 1597, et succéda au ministre De la Chasse. Il prêcha souvent devant la petite cour de la duchesse de Bar, « Madame Catherine. « sœur d’Henri IV. Il était né en 1568 et mourut en 1608. (Consulter le Bulletin histoiii/ae, V , 158s., 287 s., 290, el la seconde édition de la France protestante.)
2 Jean de Laubéran, sieurde Montigny, réfugié à Genève après la Saint-Barthélemy, puis rentré en France et devenu ministre de l’Eglise de Paris.
3 Reg. Comp., 23 janvier et Reg. Conseil, 28 janvier 1596.
* Theses theologicæ de Sacra Scriptura. c/aas D. O M a aspire. Prxside rev. et clariss. vira. D. Antonio I-'ayo. SS. Theologiie in celebri Genevensium Schola Professore, atone ibidem Ecclesiæ pastore fidelissimo. publiée e.raminandas' proponit Jnannes Dendalits Genev.; in-4, Genève — Jean de Tournes, — 1596.
UNIVERSITE Dlï GENÈVE.
THEODORE DE BEZE
des raisons indépendantes des preuves qu il pouvait avoir faites, il fut nommé à la chaire vacante an commencement de 1597. Il avait vingt ans.
Cette nomination d’un adolescent, qui n était encore que le « fils de messire Carie, » à un poste, réservé jusqu'alors à des hébraïsants de réputation établie, avait des causes profondes sur lesquelles nous aurons à revenir dans le chapitre consacré aux chaires de théologie. Quelque digne que dût s’en montrer par la suite, lorsqu'il eut atteint l'âge d’homme, celui qui en avait été si prématurément l’objet, elle n’en porta pas moins un coup droit à l’enseignement des langues orientales dans 1 Académie de Genève. On le verra, c’est à partir d’elle que la chaire d Hébreu, perdant une indépendance scientifique relative et le caractère que lui avait imprimé l’humanisme de ses fondateurs, commença de graviter autour des chaires de théologie.