‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 75 sur 213 · IV. VICISSITUDES DE LA CHAIRE DE PHILOSOPHIE : SUPPLEANCES DIVERSES · texte numérisé non relu

IV. VICISSITUDES DE LA CHAIRE DE PHILOSOPHIE : SUPPLEANCES DIVERSES

ÉSAÏE COLLADON.

Lorsque la chaire d’Iléhreu fut rétablie, au milieu de 1587, on décida de s’adresser provisoirement à des lecteurs volontaires pour occuper, dans les deux autres, la place des titulaires absents. Le pasteur Jean-Baptiste Rotan eut charge du grec et Gaspard Laurent, un réfugié de la Saint- Barthélemy, originaire de la Roche-en-Reynier (Velay), ancien précepteur dans la famille du ministre Antoine de Chandieu, accepta de faire le cours de philosophie1. « Notre Ecole publique est restaurée, — écrit Beze à « Gaspard Peucer, le 17 octobre 1587, — mais en ce qui concerne les pro- « fesseurs seulement, car les pupitres résonnent encore dans le vide, presque « dénués d’occupants. Que notre Seigneur Dieu oublie ses menaces et, se

1 Reg. Cornp. : « Le vendredi 30 [juin]. Mr Pierre Chevalier fui désigné pour estre professeur « en la langue Hebraique. On donna charge à M. Rothan de faire en grec une leçon à condition u qu’il ne lairroit pourtant d’eslre ministre. Il fut advisé aussi qu'on parleroit à M. Gaspard « Laurent s’il vouldroit faire quelque chose pour l’Eschole. »

« Le vendredi 7 [juillet], après la priere faicte suivant la coustume, M1' Pierre Chevalier fut n esleu pour estre professeur en la langue Hebraique. »

« Monsr Rothan accepta de faire leçons en Grec sans quitter son ministère. »

« Le lundi 10 on parla à M Gaspard Laurent qui promit de faire pour la Compagnie ce qu’il « pourroil, priant de n’estre point obligé. Ce qui luy fut accordé.»

« Messieurs estant advertis de tout ce que dessus concernant la provision de l’Eschole le trou- « verent bon. »

CIIAIKE DE PHILOSOPHIE : SUPPLEANCES DIVERSES

« souvenant plutôt de ses promesses, qu il fasse que, dans ce loyer de sa « piste colère, nous ne soyons pas consumés avec les épines...1»

Laurent, qui dirigeait alors à Genève les études du jeune baron de Lichtenstein espérait, — - peut-être s’était-on cru autorisé à le lui faire entrevoir, — que la suppléance bénévole dont il se chargeait l'acheminerait à brel délai à une nomination. Il n’en fut rien. Une démarche prématurée, laite au bout de trois mois auprès de la Compagnie, aboutit à un congé et il quitta lAcadémie, où d ne devait rentrer que dix ans plus tard2.

Taudis que le mérite personnel de Casaubon avait sauvé la chaire de Grec, restaurée à son prolit dès le \ septembre, on décida, en attendant <pie Messieurs prissent une décision touchant celle desArts, de s adresser de nouveau à un ministre, auquel on ferait remplacer d'office un professeur de philosophie. La Compagnie désigna à cet effet deux de ses membres, anciens régents du Collège, Etienne Trembley, pasteur à Bossey, et Eléazar Perreaud, pasteur à Russie, pour « proposer» devant elle « sur le 3' des Et Impies d Aristote » et, après les avoir ouï « sur le texte cpii leur avoil esté baillé, » choisit le second3.

1 Mss. B i b J . Stc-Geueviève, Ep. hærel., IJ, 590 v°.

2 Reg. Comp., 10 novembre 1587 : «D'autant que M. Gaspard Laurenl demandoil qu’on lui payas)

« le gage si on vouloit qu’il excusasl la charge d ung philosophe en Rescinde cl deelaroil qu’il ne 11 pourroil |>as faire plus de ï leçons par sepmaine. La deliberation sur refait lut remise au vendredi c suivant . »

« Le Vendredi 17e on ne parla pas encor du fait de M. Gaspard Laurenl. »

I décembre. « D’autanl que M. Gaspard Laurenl deelaroil qu il ne pourvoit faire que quatre leçons ' par sepmaine et qu il ne se pourroil charger d’en faire davantage. Item que si M. le baron de

Lichtenstein le demandoil il fauldroil qu’il le suivis! Advisé que, le vendredi suivant, la Coin- 11 paguie estant assemblée à I occasion des censures, on tascheroit de Irouver ailleurs ung profes- « seur en philosophie. »

3 Reg. Comp., 8 décembre 1.587 : « Ce jour mesme on advisa d’ouir M. Eslienne 1 rembley cl 'i M. Pcreal proposer en philosophie pour choisir celuy (pi on trouveroit le plus propre pour la « profession d’icelle. »

-2 décembre. « A midy on ouit Mrs Pcreal et Trembley qui salislirenl toutefois on ne « voulut pas encor procéder à I eleclion qu’on ne les eusl encores ouy, le mardy suivant, sur le " 3e des Ethiques d Aristote el que semblablement toute la Compagnie n’y lust Et pour faire " I élection on assigna toute la Compagnie au vendredi' suivant. »

« Le mardy 26 on ouit Mls Pereald el Trembley sur le texte qui leur avoil. esté baillé. »

" Le vendredi 29 décembre, après avoir prié Dieu suivant la cousluinc, [on] esleul M. Pereald « pour estre professeur en philosophie. »

Reg. Conseil, I janvier 1588 : « Profession en philosophie. Les s,,s ministres ont remonstré que,

“ pour parachever le reslablissemenl de l’eschole, ils ont fait proposer les sp[ectables] Eslienne

1 rembley, ministre a Bossey, el Mr Perial, ministre a Russin, pour sçavoir lequel des deux « seroil plus propre a la profession de philosophie, laquelle pour aujourd’hui manque, et ayans « propose ils sont Ions deux rendus très dignes de telle vocation, mais Mr Perial surtout pour • estre plus exerce en icelle A esté arrestc que ledit spectable Perial exerce ladite profession. »

THEODORE DE BEZE

Lléazai' l’erreautl ( Pcrealdus ), ou de Perrault, dont le pères était retiré à Genève, pour cause de religion, en 1537, et y avait épousé, en 1544, Claudine Gribaldi, appartenait à une famille notable de Bourgogne. Il avait fait ses études à Heidelberg, où nous le trouvons immatriculé le 3 juin 1570, et lui d'abord régent au Collège de Lausanne. Il fut échangé, en 1581, contre Kmile Portus auquel Messieurs de Berne offraient une chaire de grec et qui, l ayant acceptée, renonça de la sorte à postuler celle que la mort de son père venait de rendre vacante et qu allait illustrer Casaubon1. Devenu régent de Irc, Perreaud n’en poursuivit pas moins, semble-t-il, ses études de théologie. Il lut envoyé, en 1584, par I Lglise de Genève, à la communauté réformée alors la plus nombreuse et la plus importante du duché de Bourgogne et occupa, pendant quelque temps, un poste de pasteur à Is-sur- lille. C’était à son retour qu'on l’avait nommé à Bussin. Il parait qu’on eut un instant I idée qu’il pourrait venir faire ses cours en ville, sans cesser pour cela de vaquer, en sa paroisse éloignée, aux devoirs de son ministère. On tint bientôt reconnaître que ce n était pas possible et on décida de le décharger de sa cure de Bussin. Cela eut lieu; mais trop tard, semble-t-il, pour que ses leçons n eussent pas souffert. Il s’était cru autorisé par la force majeure à les espacer plus que de raison et 1 autorité scolaire avait dù le rappeler à I ordre2. Son zèle pour l'enseignement en fut diminué. Il eut des démêlés avec

1 « Tesinoignage baille à Monsieur /'huile Poilus allant à Lausanne . Messieurs et très chers « frères, — Puis qu’il ;i pieu a nostre Seigneur acheminer tellement ce de quoy nous avions pour-

parlé louchant l'échangé de Mons1' Portus avec Monsieur Pereald, que, Mons1' Pereald nous estant * ottroyé pa r Messeigneurs de Berne, Monsieur Portus . parle consentement et ad vis de nos Seigneurs, n se met en chemin pour vous aller trouver afin de s’employer à la vocation à laquelle il est appelle, « nous n’avons peu moins faire que l’accompagner des présentes pour lesmoigner I affection que n nous luy portons, et quant et quant vous déclarer comment il s’est porté durant le temps qu’il a « esté avec nous. Il a servi environ neuf ans à nostre petite escole, avec une diligence singulière. « et grâces à Dieu il a donné contentement tant à nosSeigneurs qu à nostre Compagnie, enseignant

< fidèlement la jeunesse qui luy a esté commise, en sorte que, n’eusl esté que nous avons mieux « aimé postposer nostre commodité à la voslre, nous eussions eu bonne occasion de l’employer pour

l’ornement de la profession grecque. Nous nous assurons, si Dieu lui fait la grâce d’user de la h mesme diligence et fidelité, que vous aurez juste occasion de vous en contenter et d’en louer le « Seigneur nostre Dieu avec nous, qui serons tousjours très aises de voir fleurir de plus en plus « vosfre Eglise el Eschole, estant ornée de tels personnages tpi elle est à présent. Et c’est afin qu elle « s’advance de jour à aultre que nous supplions de très bon cœur le Père de toute miséricorde, Mes-

< sieurs et très chers frères, qu’il vous accroisse les dons et grâces de son Sainct Esprit, vous presen- « lans de nostre part tout debvoir de vraye fraternité et nous recominandans à vos bonnes et sainctes h prières. — De Geneve, ce 26e de juillet 1581, » {Ms s. Bibl. de Genève, Mhg. 197 an. f/.i

2 Reg. Comp., 2 février 1588 : « Advisé qu’on lascheroit de prouvoir Russin au plus lost el que M'

Pereald en seroil deschargé du tout pour vacquer à sa profession. » 18 septembre : « II fui advisé...

't que le professeur es arts feroil les leçons portées pour les Ordonnances comme les autres. »

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