CH VIRE DE PHILOSOPHIE : SUPPLEANCES DIVERSES
certains membres de la Compagnie, se lit admonester à diverses reprises et finalement, en octobre 1593, à la suite d’une nouvelle remontrance, jeta son bonnet aux orties. Lui aussi avait cru pouvoir compter sur une situation qui ne lui fut pas faite, pour cette raison apparemment que les ellortsauxquelson s’astreignait, pour conserver à la chaire de Grec son dis! ingué titulaire, absorbaient toutes les ressources disponibles1.
La chaire de Pierre Gale/ donnait du mal à la Compagnie. Plusieurs noms lurent mis en avant, sans succès. Casaubon, qu’on pria de se dévouer, parce «pie son traitement avait été augmenté l'année précédente, ayant refusé énergiquement la surcharge de travail qu’on voulait lui imposer, on parvint enfin à décider Etienne Tremblev, lui aussi un ancien élève de l’Université palatine", sans doute en lui faisant espérer pour l’avenir le rétablissement!] de la chaire en sa faveur. Il commença un cours et lut, par ordre, le compendium de Pachymerès3. Mais, le mois suivant, comme son prédécesseur, il déclarait trop lourd le double fardeau de renseignement et de la prédication et demandait à être déchargé de ses sermons. La Compagnie refusa. Le pasteur-professeur se crut alors en droit de réclamer un salaire pour les leçons qu’il faisait. C’était évidemment, vu la date et les
1 Reg. Conseil. 19 décembre 1592 : « Les seigneurs de Be/,e el de la Lave, ministres de la Parole
« rie Dieu en reste Eglise députés de la part du Consistoire Touchant les professeurs ne pensent
« pas qu’il faille abrevier le nombre, mais esperent qu’après reste tempeste, Dieu baillera quelques « meilleurs moyens. Mais si on en rognoit, il y auroit du blasme envers l’estranger. Qu’on en a trois, n assavoir les professeurs en hebrieu, en grec, et en philosophie. Quant à l’hebrieu, Mr Chevalier est « un homme docte el bon personage, que, s’il n’a des auditeurs, il ne vient de sa faute, mais c’est de « la fa u te de ce qu’il n’y a pas des est udiants en théologie. On a pourveu à M1' Casaubon , qui le mérité ; « et quant à Mr Perial, encor qu’il n’ayt tel boutehors que seroit à désirer, tolefois il/, esperent qu’il <( ne se rendra indigne de sa charge par sa diligence, qu’il est de bonne volonté et docte. [IlsJ prient « de considérer s’il sera pas bon de leur donner moyen de vivre. A esté arresté que pour le présent u on n’augmente rien que ce qu’a esté ordonné à M1' Casaubon. »
Reg. Comp., octobre 1593 : « Le 23e fut remonslré en la Compagnie que la profession de Philosophie u ne s’entrelenoit pas, soit par la faillie des escoliers, soit de M. Pereald, qui sembloit faire et penser a aultre chose, et qu’il seroit bon d’y pourveoir une bonne fois. Dont charge fut donnée à Monsrde Bè/.e, ii accompagné du Recteur, de parler audicl Pereald, et luy faire entendre la volonté de la Compagnie. » « Le 30e fut fait rapport à la Compagnie de la response de M. Pereald, qui estoil en somme, qu'il a desiroit d’estre deschargé de sa profession, et qu’il y avoit longtemps qu’il l’avoit désiré, voyant le « peu de fruict qu il fai soit ic y Sur quoy , après avoir invoqué Dieu , fut procédé à nouvelle nomination u et, plusieurs ayant esté nommés, fut donné charge à Mous1 de Bé/.e de sonder et prier Mons1' Casaubon « d’accepter ladicte profession : dont on rapporteroil au lundi suivant, 3e du mois. »
’2 Immatriculé le 7 juin 1574 (Topke, /. r.. fl. 70).
3 Reg. Comp. , décembre 1593 : « Le 3' , après la leçon . Mous1' Casaubon ayant fait grande difficulté u et grand refus, fut advisé, après plusieurs aullres nominations, de prier noslre frère M Tremblev u d’essayer pour quelque temps si les escoliers profiterovenl sonbs luv, et que pour cesl elferl il « leusl le Compendium de Parhymerius* : ce qu’il accepta. »
E77 tTOpiQ A^l<TTOT£Aovç ÂoytX’Àç publié, d’abord en latin, par Jean-Rapt ist e Iîasarius (Paris. I.V1T1.
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termes de la requête, un moyen, plus ou moins approuvé par scs collègues, de forcer la main à Messieurs. L événement le prouva. La Seigneurie, devant qui l'affaire était ainsi portée, résolut de rétablir le crédit autrefois allecté à la chaire. Toutefois, — était-ce pour donner une leçon à son tour? — elle proposa un nouveau titulaire, un laïque, Ksaïe Collation, docteur en médecine, qui, parait-il, depuis la destitution du professeur Claude Aubery parle gouvernement bernois ( IÙ92), enseignait, à Lausanne, la physique d’alors et la mathématique. Le petit conseil des ministres de la ville, convoqués chez Théodore de Bèze, s’empressa d'agréer le candidat de Messieurs. Puis, le pasteur de Bossey avant, comme on pouvait s’v attendre, protesté contre cette façon de l’évincer, on avisa de nouveau, le vendredi suivant, en séance plénière avec les « frères des champs» et, pour concilier à la fois les droits acquis et les intérêts de I école, on décida de faire continuer, à côté du cours de philosophie portant sur les sciences cpie Coll ado n professait, le cours de logique que I rem I de v avait commencé, promettant d’autre part à ce dernier île le nommer en ville coadjuteur de Si mon Goulart, l'éminent pasteur deSaint-Gervais. LeConseilet lesintéressés turent satisfaits. Voici les textes, qu'on sera peut-être curieuxde parcourir.
1 594. « Le vemlredy I Ie de Janvier, en la Compagnie ordinaire. M. Eslienne Trembley proposa qu'il es toit chargé des leçons et des sermons et p ri oit qu'on le dechargeasl des sermons, mais fut prié de continuer. Le mesme ayant prié le Recteur de parler a Mous1' le Syndic de ses gages, a fin qu’excusant le Professeur en Philosophie il reeeust aussi les gages. Ce qu avant esté laiet par le Recteur, Mous1 le Syndic luv respondit qu’il en parle ro i l a Messieurs. Cependant qu’il laloil advertir la Compagnie <pie Messieurs desiroyent qu’on ouist M. Isaie Colladon, leipiel ils entendovent estre assez pertinent pour la Philosophie et Mathémaliipie ; et desiroyent, s’il esloit propre et trouvé capable d’enseigner, • pi on l’appellasl à eeste charge. Le Recteur avant communiqué cela, Mous1 de Bèze et de la Paye trouvèrent bon, pource que ledict M. Isaie Colladon esloit pour lors en la ville, de le prier de proposer devant quelques uns des frères, a lin que, s’ils le tronvoyent capable d’enseigner, ils le proposassent en la Compagnie, pour avoir son advis s’ils Irouverovent bon de Fouir ou non. Ce qu’ayant esté faicl et iceluv avant bien contenté les frères qui l’ouvrent, le rapport en fut fait le Vendredv 18e en la Compagnie pour v adviser. »
c Le 18e, en la Compagnie ordinaire, ayant esté rapporté ce que dessus, M. Eslienne Tremblev répliqua bien fort, disant que tort luv avoil esté laict, et
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qu’on ne clebvoit [)oint avoir tenu ceste procedure, dont il i'aisoit juge la Compagnie. Et ainsi les frères de la ville sortirent, hormis Mous1' Coulai t. Et luy avec les frères des champs adviserent à ce faict et conclurent que nous serions advertis qu’ils ne trouvoyent pas bonne nostre procedeure, et qu’on ne debvoit avoir ouy aulcun sans l’advis de toute la Compagnie. Cependant fut advisé qu’on orrait en la Compagnie ledict Al. Colladon. Ce qui fut faict l’après disnée, ce jour mesnie. El ayant satisfaict à la Compagnie, fut prié de faire le lendemain une leçon en Mathématique. Ce qu’il lit avec contentement. Et ainsy la Compagnie, après avoir invoqué Dieu, le choisit pour Professeur, en telle sorte tontesfois qu’on advisa qu’avec le bon vouloir de Messieurs, on prieroit M. Trembley de poursuyvre la Logique qu’il avoit commencée, espérant qu’avec le temps il pourroit estre conservé en ceste charge avec les matinées et catéchisme de S'-Gervaix, et qu’on donneroit le tout à entendre à Messieurs, cà fin qu’ils y eussent esgard. Et fut député Mons1' de Bèze et le Recteur pour proposer le tout en Conseil à Messieurs au Lundi suyvant. Ce qu’ayant esté faict, Messieurs acceptèrent ledict AL Colladon pour Professeur : et quant à Monsr Trembley dirent qu’ils trouvoyent bon aussi ce qui avoit esté advisé par nous, et qu’il auroit pour ce regard accroist de 150 florins pour son gage. Et ainsi le Mercredi 23e du mois, ledict AI. Isaie Colladon fui présenté à Alessieurs auxquels il presta serment »
Etienne Trembley, qui avait épousé une Vaudoise, la fille de Jean Polier, «secrétaire du roi de France aux Ligues suisses, » accepta, l’année même, la place autrefois occupée par Aubery et que Colladon laissait vacante à Lausanne2. Il est probable que celui-ci, son parent, l’avait recommandé de suite au choix de Messieurs de Berne, qui le demandèrent à Genève, le 24 mai3. Sa cure de Bossey fut confiée, après examen, au régent de la
1 Reg, Comp., ad ann.
2 Le contrat de mariage d Etienne Trembley, né en 1556, et de Marie Potier, conservé parmi les minutes du notaire J. Jovenon, esl du 16 septembre 1587. Le mari élail le lits de l'ancien recteur Jean Trembley (reçu bourgeois de Genève en 1555) pasteur à Peney, puis à la aille (1565), et le petit-fils d’un réfugié, originaire de Chartier en Charolais, Hugues Trembley, seigneur d Ely. Cf. Galiffe, Notices généalogiques. Il (2n é d . ) , p. 402.
3 Reg. Comp., mai 1594: « Le 8e de May M. de Bèze, estant de retour d’un voyage qu’il avoit « fait jusques à Soleurre et Neufchaslet, présenta les recommendations des frères de par delà à la « Compagnie et notamment des frères de Lausanne, et adjousla qu'estant par delà il avoit entendu « d’eux qu’ils desiroyenl d’appeller de notre Compagnie M. Estienne Trembley pour la Philosophie, « ayants commandement de pourvoir à la place de Mons1’ Aubry, mais que, s ils pensoyent estre « refusés, qu’ils s’en deporteroyent Mesmes ledit M. Trembley avoit lettres d'eux pour cest efl’ect. « Ce qu’estant mis en deliberation, et Mons1’ Trembley ayant dit que quant à luy il n avoit pas de « volonté en cela, combien qu’il eusl plus d inclination à la Philosophie qu’à la Théologie, la « Compagnie advisa que combien que nous fussions beaucoup chargés et desponrveus de gens, « touleslois veu que ledit Mons1’ Trembley monstroit ne prendre pas plaisir à la charge du
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lro classe du Collège, Abraham Grenet, ([ni fut appelé en ville la même année, afin de pouvoir suppléer temporairement dans la chaire de Grec, Isaac Casaubon, obligé, paraît-il, de s’absenter pour quelque temps
A l’occasion de cette nomination de Grenet, qui se trouvait avoir déjà prêté serment au Conseil avant d’être définitivement agréé par l’autorité ecclésiastique, la Compagnie prit la résolution suivante, fixant pour l’avenir, selon les formes établies par les précédents, la procédure à suivre dans toutes les élections de son ressort:
« Et là dessus fut advisé à l’ordre qu’on suyvroit doresenavant aux élections, à savoir qu’après avoir nommé quelqu’un, il seroit ouy et examiné, et selon qu’il seroit trouvé suffisant et propre pour enseigner, seroit esleu, depuis nommé à Messieurs, alin (pie l’ayants aussi ouy et approuvé nostre élection, il leur fust présenté pour prester le serment entre leurs mains2. »
Es aïe Collation a laissé un journal, intéressant pour l'histoire de Genève de 1600 à 1609, mais qui donne si peu de détails sur son professorat qu’on a été longtemps sans pouvoir identifier 1 auteur3. Fils du jurisconsulte Germain Collation, il était né en 1562 et avait étudié à Heidelberg, où on le trouve immatriculé le 21 septembre 1086, puis à Bâle (1587). Il fut recteur de 1596 à 1600 et mourut le 18 juillet 1611. Le registre des décès, en regard de cette date, porte cette note : « Maximum scholæ et pauperum detrimentum » dont le laconisme éloquent nous fait regretter très vivement celui du Journal.
Tout ce qu’on sait des leçons d’Esaïe Colladon, c’est qu’on peut les rattacher, comme on l’a vu, au point de vue du sujet, à celles de Jean Tagaut,
« ministère, que M. de Bèze feroit response aux frères de Lausanne, que si Messieurs de Berne « en escrivoyenl à nos seigneurs, pour le demander, que nous estimions qu’il leur pourroit estre « donné et qu ils ne seroyent point refusés de nostre coslé. »
« Le 24e furent leues les lettres de Messieurs de Berne à nos seigneurs, demandans Monsieur « Trcmbley, comme desja par ci devant on l’avoit aulcunement accordé aux frères de Lausanne. « Et fut advisé qu’on le leur accorderoit. Cependant fut aussi advisé de pourvoir quand et quand à
« sa charge, et pour cesl effet nommé Mons1' Grenet, regent de la première et fut baillé texte
« audit Grenet pour proposer devant la Compagnie... »
1 Beg. Comp., juin 1594: « Le 14e du mois proposa le malin Mons1' Grenet en la Compagnie « ordinaire, pour la deuxiesme fois, et ayant contenté, fut advisé de l’examiner au Lundy suivant, « ce qui fut différé pour autres affaires jusques au vendredi 2lL'.»
2 Heg. Comp., 28 juin 1594.
8 Journal d Èsaie Colladon : Genève, 1883. Manuscrit retrouvé et édité par John Jullien, avec une introduction de M. Théophile Dufour.
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également venu de l’Académie de Lausanne, où Ramus avait eu de bonne heure des d i sci ] » les, inaugurer, à Genève, l’enseignement des sciences physiques et mathématiques. M. Théophile Dufour cite trois thèses datées de I(i07, soutenues sous la présidence du successeur de Galez, et qui, selon l'usage de plus en plus fréquent à l’époque, ont été probablement préparées par lui-même et seulement défendues par les étudiants qui les ont signées: Thèses physicæ de quinque sensibus externis, par Daniel Chabrey, neveu d'Esaïe Colladon ; Tlieses physicæ de meteoritis iynitis, par Pierre Bollenat, d’Arnay- le- Duc ; Theses physicæ de mundo, par Jean Cochet, de Genève b
Es aïe Colladon, qui, en sa qualité de professeur et de recteur, fut membre de la Compagnie, pratiquait la médecine. Nous savons que, lors du passage de Casaubon à Genève, en 1599, il lui appelé en consultation auprès de la femme cl e son ancien collègue, 1 héritière des Esticnne. Enfin, de certaines particularités relatées dans son Journal , M . Théophile Dufour croit pouvoir conclure qu il était le médecin de Théodore de Bèze. Senebier, dans 1 Histoire littéraire de Genève, I a confondu avec un de ses neveux, qui portait également le prénom d’Esaïe, et par suite' le fait vivre près d’un siècle trop tard.