‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 77 sur 213 · V. — LA CHAIRE DE GREC : ISAAC CASAUBON, GASPARD LAURENT · texte numérisé non relu

V. — LA CHAIRE DE GREC : ISAAC CASAUBON, GASPARD LAURENT

Une des raisons qui avait empêché le Conseil île rétablir plus tôt, dans son budget, le crédit affecté à l’enseignement de la philosophie était, on n’en lient guère douter, que la chaire de Grec, restaurée immédiatement après celle d Hébreu, lui occasionnait double dépense. Dès 1591, Bèze et Perrot, députés à Messieurs pour leur recommander le sort de l’Ecole, en même temps qu’ils donnent de Pierre Chevalier le témoignage que nous avons rapporté, cherchent à obtenir également une marque de la bienveillance du Conseil en faveur de son jeune collègue, « le sieur Casaubon « qui sera un très rare personage si Dieu luy fait la grâce de vivre, est très « humble et paisible, mais la nécessité le presse2... »

1 Bibl. de Genève Cd. PiO. 88. ce..

2 Reg. Conseil, Il août 1591.

THEODORE DE RË7.E

Ce «très humble et paisible» est l'un des professeurs qui oui fait, après Calvin et Théodore de Bèze eux-mêmes, le plus grand honneur à I ancienne Académie. Son biographe anglais, Mark Pattison, lui en a rendu un témoignage, désormais incontesté Né à Genève, l'année de la fondation de l’école calvinienne, Isaac Casaubon, lils cl’un pasteur réfugié, avait étudié sous François Portas et, à la mort du vieil helléniste, lui avait succédé, désigné d’avance par son maître au choix de la Compagnie2. Frappé, comme ses collègues, par le décret de 1586, Casaubon, qui n’avait pas quitté la place, fut rétabli dans sa chaire, le ù septembre 1587 3. Quelques années plus tard, sur l’initiative des ministres et à la suite de la démarche qu’on vient de voir, il fut gratifié d’une indemnité de cinquante écus et six coupes de blé « en recognoissanee de l’année qu’il avait perdue4. » Fn 1592 son traitement annuel, qui était, comme celui des pasteurs de la ville, de 500 florins, fut porté à 800 et cette somme fut encore augmentée, en 159/i et 1595, jusqu’à lui constituer un revenu fixe de I 100 florins. Au commencement de 1596 enfin, le 20 janvier, comme il se plaignait de ne pouvoir travailler dans son appartement du Collège, à cause du bruit que les écoliers faisaient en jouant dans la cour, on lui assigna, pour en louer un autre, une indemnité supplémentaire annuelle de 200 florins ce qui, étant donné le prix des loyers à l’époque, était certainement un très gros chiffre3. Ces sacrifices répétés du Conseil, à un moment où il avait si grand peine à équi-

1 Isaac Casaubon : Londres, 1875, el Oxford, 1892. Cf. L.-J. Nazelle, Isaac Casaubon : Paris, 1897.

2 5 juin 1582. « M. Isaac, lils de Arnaud Casabon [stc], eiloien de Genève a esté présenté par « M. de La Paie, recteur, pour eslre professeur de la langue grecque, suyvanl l’advis de tous les « ministres et professeurs. A esté arreslé qu’on le reçoyve, et suyvanl ce a presté serment. » (Reg. Conseil, ad diem. — Texte publié par M. Théophile Dufour dans l’Intermédiaire des chercheurs, III, 79.)

Le nom de famille de la mère de Casaubon était Rousseau.

3 Reg. Comp. et Reg. Conseil , ad diem. — Casaubon prêta serment , devant Messieurs, le 2 octobre.

Il recul le même jour un congé de plusieurs semaines pour aller rendre visite à sa mère en Dauphiné el mettre ordre à ses affaires. (Reg Conseil et Reg. Comp.. ad diem.)

4 Reg Comp . 6 août 1591 : « Le mesme jour aussi nous fusmes assemblés chez Mons1' de Bèze, el h là fut traicté de retenir M. Casaubon qui estoit demandé d’ailleurs et qui aussy se plaignoit ne pou- « voir vivre de ses gages. Et lut advisé qu’on iroit devant Messieurs el qu’on leur remonstreroil le n bon devoir qu’iceluy fait en sa charge et les prieroil on de lui donner pour cesle heure quelque « bonne somme tant en bled qu'en argent, et ce seulement pour reste heure, en recognoissanee de « l’année qu’il a voit perdue, Messieurs ayant cassé leurs professeurs: en attendant que l'occasion « fust meilleure pour parler de l’accroissement des gages. Et fut donné charge à Monsr Perrot,

« comme Recteur, de faire ce voyage. » On trouvera les termes de l’arrêté du Conseil du 11 août 1591, dans l’ouvrage de Pattison.

5 Voir Pattison, I. c.. 69 et 75, d’après les notes de M. Théophile Dufour.

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