ISA A C CASAUBON
librer son budget, démontrent suffisamment, à 1 encontre des assertions de Pattison, et le cas qu’on faisait du savant professeur et le désir qu'on ax?ait de le conserver. Le niveau des études grecques, si remarquable dans l’Académie sous François Portus, y était maintenu, rehaussé, par un élève digne de lui. Et les hommes qui avaient passé par le collège de Calvin, — ce n’est pas le moindre éloge qu’on en puisse faire, — étaient capables, au milieu de la détresse et de la rudesse guerrière de leur fin de siècle, de comprendre l’intérêt que cela pouvait avoir. De combien de gouvernants, leurs contemporains, peut-on en dire autant?
Nous ne saurions mieux laire, pour donner ici quelque idée de ce qu'étaient ces études, que de traduire les pages remarquables que le biographe de Casaubon y a lui-même consacrées. Si sa bonne foi d’historien est parfois surprise, à son insu, par certains préjugés de milieu, son jugement d’érudit est rarement en défaut. Dans le cas particulier, ce jugement est précieux pour nous.
« Nous avons sous la main le moyen de nous rendre un compte assez exact du niveau de l’enseignement classique à Genève, à cette époque. Trois au moins des commentaires publiés par Casaubon sont la substance de cours qu il y a professés. Ce sont les notes sur l’erse, de date incertaine, celles sur J héophraste, antérieures à 1590, et celles sur le second livre de Suétone qui remontent à 1592. Si les notes sur Diogène Laërce nous donnent la mesure des connaissances philologiques de Casaubon, à l’âge de vingt-cinq ans, ces trois commentaires nous permettent déjuger assez bien de ce qu’était lin s— truction donnée dans l’Académie de Genève, à la fin du XYIü siècle. Non pas que le texte imprimé soit la reproduction pure et simple du cours, tel qu’il a été donné, — à ses leçons Casaubon improvisait, — mais il provient des notes dont le maître s est servi a 1 auditoire même. Ces notes étaient surtout des renvois aux passages à rapprocher et à comparer. Les mêmes matières recevaient un développement différent, selon qu’elles étaient présentées sous forme de mémoire, écrit pour être lu, ou qu’elles étaient destinées à une classe d étudiants. Il n est pas diflicde cependant de retrouver, dans le commentaire sur 1 héophraste, par exemple, des passages dont l’allure est manifestement celle du cours parlé. »
« l n bon maître ne va que jusqu’où ses élèves peuvent le suivre. Nous savons, par la popularité et par le succès de ses leçons, que c’était le cas de Casaubon. Nous pouvons le conclure aussi du caractère élémentaire de certaines « Notes sur Aristophane » dont l’origine est un cours professé a Paris, en 1601.
THEODORE DE BE'/E
A cette date Casaubon interprétait les Chevaliers devant un cercle d’amis, réunis dans sa propre maison. Nous voyons ici le conférencier se mettre à la portée d’un auditoire composé de personnes plus âgées, mais évidemment moins avancées en grec que la classe cle jeunes gens devant laquelle il avait lu Théophraste, dix ans auparavant à Genève. Casaubon avait passé presque sans transition du banc de l’écolier à la chaire du professeur. Il eut a enseigner à son tour ce qu’il avait appris sous Porlus. Nous ne saurions présumer qu’il éleva d’un seul coup le niveau de toute l’école, ou qu’il changea le caractère de l’enseignement. Ce qu’il fit, Porlus doit l’avoir fait, quoique peut-être moins à fond, avant lui. »
« Pesant tout ceci, nous arrivons à une appréciation assez exacte de la portée des études classiques dans l’Académie genevoise. Nous y rencontrons une étendue de connaissances, chez le maître, et un degré de curiosité philologique, chez l’élève, qu’on trouverait difficilement surpassées dans les auditoires les plus célèbres de notre temps. Nous pouvons affirmer qu'un tel enseignement ne pouvait être ni donné, ni compris et goûté, sans l’effort le plus persistant, et de la part du professeur et de la part de l’étudiant. Quant à lui-même, le professeur nous dit quelque part qu’il avail besoin de toutes ses forces et de loute son énergie pour traiter l'histoire romaine du premier siècle de façon à répondre aux exigences de ses auditeurs. Le nombre des heures de cours imposées à Casaubon, huit par semaine, n’est pas considérable, mais chacune de ses minutes lui était nécessaire pour acquérir cette maîtrise des époques et des sources, sans laquelle il n’eût pas hasardé une seule opinion sur un seul passage. Il ne se contentait pas de la simple explication de son auteur. Tl abordait corps à corps toutes les difficultés qui se rencontraient, non seulement dans le texte, mais dans le sujet. Et ces difficultés, loin de les trancher au moyen de solutions toutes faites, tirées de commentaires antérieurs, il les résolvait par lui-même à la lumière île ses propres lectures, de ses propres comparaisons. Ses rapprochements enfin n’étaient jamais tirés d’un texte ou d’un paragraphe isolé, fortuitement mis au jour pour la circonstance. L’ensemble de l’œuvre de chaque auteur avait fait l’objet de ses recherches; il la possédait à fond et ce n’est qu'avec l’autorité de cette possession que la citation dont il avait besoin était apportée par lui, à l'appui de son dire, dans chaque cas particulier. Le sentiment de solidité qui résulte d'une telle méthode d'exposition rend une fausse solution, acquise de la sorte, plus utile même que la vraie qu’on a rencontrée au hasard d’une lecture superficielle, ou qu’on a reçue de l’autorité d’un autre commentateur. »
« A côté des ouvrages déjà énumérés, nous voyons Casaubon prendre comme sujet de ses leçons les Dissertations d’Arrien et l’Histoire de Polybe. Le choix de ce dernier était destiné a éveiller l’intérêt des militaires. Le professeur s’atta-