ISA AC CASAUBON
cliait à décrire i organisation de l’armée romaine, et cette partie du texte qui y a trait (De militia Romana) fut imprimée a part, en grec et en latin, par Chouel en 1596. Arrien, de même que plus tard Perse, fut choisi en vue de l’édification des étudiants. Le commentaire de Perse, que nous possédons, contient plus d’un témoignage du but moral que se proposait l’auteur. Ce but dominait l’Académie, on peut presque dire l’Etat. C’était sa haute moralité, plus encore que son orthodoxie, qui donnait à Genève la direction de fait des Eglises calvinistes et attirait de toutes parts des disciples à ses maîtres. Peu d’années après le départ île Casaubon, Valentin Andreæ fut frappé du contraste entre l’atmosphère de sérieuse religiosité qu’on respirait à Genève et le dogmatisme scolastique de l’Allemagne luthérienne. « Le luxe et le vice, dit-il, étaient punis là comme crimes. »
a Les cours de Casaubon sont colorés, sans qu’ils aient à en souffrir, par la lumière ambiante. Il ne recule devant aucune difficulté sous couvert de morale. Mais il aime à rendre la vie aux auteurs classiques et à lire un écrit stoïcien dans l’esprit qui l’a dicté. Il ne s’agit pas d’un simple passe-temps littéraire, mais d’une leçon de caractère pour la jeunesse, de conduite et de mœurs pour tous. L’affinité qu’il ressentait pour les stoïciens est aisée à comprendre, étant donné son caractère personnel. Bèze, négociateur habile et homme d’Etat, recommandait la lecture des lettres de Cicéron à Atlicus. Mais lorsque Casaubon, cédant à son goût pour les antiquités,' voulut lire à ses étudiants le De pallia de Tertullien, il se heurta au veto des pasteurs, qui trouvaient le livre trop peu édifiant. Bien que ses préférences allassent aux prosateurs, il faisait leur place aux poètes tragiques et Euripide fut souvent interprété par lui. »
« Tels sont les auteurs expressément mentionnés comme ayant fourni le texte des leçons de Casaubon. On peut conjecturer toutefois que, pendant ses quatorze années de professorat, beaucoup d’autres ont eu leur tour. Il est peu probable notamment qu’il ait entièrement laissé de côté ceux que les statuts de l’École indiquaient expressément au « lecteur grec » : Aristote, Platon et Plutarque. Deux conclusions cependant peuvent être tirées de cette information incomplète : d’abord que Casaubon commentait ceux qui ont traité de I histoire et des antiquités de la Grèce, plus volontiers que les poètes et les philosophes de la meilleure époque, ensuite qu’il n’y avait pas, à l’Académie de Genève, de programme d’études classiques, arrêté et imposé d’avance à tous les étudiants. En effet, si rien de semblable n’existait pour la théologie, et c’était le cas, il eût été étrange que l’enseignement supérieur des lettres lut soumis au joug d’une discipline de ce genre. Les universités allemandes elles-mêmes paraissent avoir laissé leurs professeurs, à celle époque, choisir librement le sujet de leur cours dans la faculté de philosophie b »
1 Mark Paltison, /. c.
THEODORE DE REZE
Casaubon, professeur à Genève pendant un peu plus de quatorze ans, y enseigna non seulement le grec, mais l’éloquence latine et parfois l’hébreu, selon la nécessité des suppléances dont il eut la charge, à diverses reprises1. La préparation de ses cours lui prenait beaucoup de temps et déjà sa santé chancelante l'arrêtait. Il se plaint, dès cette époque, d’être surmené. C’est à ce manque de loisir, joint à l’augmentation continuelle de sa famille et du budget de ses dépenses, qu’on attribue son acceptation d’une chaire à Montpellier, à la lin de 1596, avec le titre de «conseiller du roi » et de « professeur stipendié aux langues et bonnes lettres2. » Le Conseil ne pouvait plus rien pour le retenir. La dernière augmentation qu'il lui avait consentie l avait été secrètement, « afin d éviter toute jalousie des autres professeurs3. »
On se demande comment il se peut faire que Casaubon se déclarât incapable de nouer les deux bouts avec onze cents florins, alors que les pasteurs de la ville étaient obligés de vivre avec cinq cents. La raison est qu'il avait l’occupation la plus dispendieuse qui fût à l’époque. Pour travailler, il lui fallait acheter en grand nombre des manuscrits et des livres, et le plus clair de son traitement passait à ces acquisitions.
L’ Ecole, d est vrai, avait sa bibliothèque, héritage de Bonivard, grossi à lieux reprises, par les soins du Conseil, lors de la vente des mobiliers de Calvin et de Pierre Martyr. Sur ses rayons, Casaubon avait trouvé 1 Apulée de 1469 et le Suétone de 1470, dont il avait donné les premières éditions critiques. Mais la collection était très loin de suffire à son activité. Bien que les imprimeurs genevois fussent tenus d’y déposer régulièrement un exemplaire de chacune des productions de leurs presses, ils s’exemptaient trop souvent de cette obligation, ainsi que le prouvent tant les réclamations incessantes des ministres que les injonctions répétées du Conseil, et la Bibliothèque genevoise était loin de contenir, même seulement la série des publications faites, à Genève, depuis sa fondation. On doit dire que, si elle les eût possédées, cela eût été pour elle une véritable fortune. I ne partie du produit des immatriculations des écoliers était ordinairement consacrée à des acquisitions de livres et cette somme s’augmentait fréquem-
1 Isaaci Casauboni Epistohv : Rolerdam. 1709, — éd. Alinelovcen, — Ep. 879.
2 On promettait a Casaubon 206 écus, outre son logement. Cotte somme fut portée à 1000 livres, I année suivante. (Paltison, /. c.. 82.)
* Reg. Conseil, 17 oel. 1595. (Paltison. /. c.. 70, note 8).