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LE COLLEGE DE VERSONNEX

avait fait bâtir à côté de Saint-Pierre et qui, longtemps après la Réforme, porta le nom de chapelle du cardinal. Qu'en était-il des projets formés par lui pour l’avenir de Genève? Il y a plus d’une raison d’admettre que la mise à exécution de la charte universitaire obtenue du pape Martin V en faisait partie. Et ainsi s’expliquerait la tradition qui nous a été conservée du désir qu’aurait eu Brogny de créer une haute école dans la ville qu’il se plaisait à appeler sa patrie. Il faut ajouter que la chapelle qu’il y avait fondée, étant devenue le lieu où se donnaient une partie des cours publics de l’Académie de Calvin, était couramment appelée 1 « Auditoire de philosophie » à

l’époque de la publication de la Gailia purpurata de Frizon (1638), le premier en date des ouvrages cpii ont répandu la tradition en question. Quant an refus des citoyens et au motif, rapporté par Senebier, delà turbulence des étudiants, on peut affirmer que, si les Genevois d’alors y ont songé, l’argument n’a pas dû peser du même poids dans la balance aux yeux des syndics du XVe siècle qu’à ceux d’un ministre protestant du XVIIIe. Nous sommes beaucoup plus près de croire que les représentants de la commune genevoise refusèrent de se prêter à la réalisation du projet des évêques, soit parce qu’ils estimaient que le principal avantage en irait au duché et à la maison de Savoie, soit parce qu’ils avaient lieu de craindre que la fondation épiscopale ne servît, dans la suite, de prétexte à l’autorité ecclésiastique pour leur reprendre cette direction des écoles qu’ils avaient su attirer dans la sphère de leur activité gouvernementale, et qu’en tout cas ils attachaient plus d’importance à l’enseignement populaire, dont leurs bourgeois tiraient avantage, qu’à celui d’une université destinée principalement aux clercs.

L'école de Versonne.r et le collège de Rive. — La meilleure preuve des sentiments que nous croyons pouvoir attribuer aux syndics est que, tôt après la mort du cardinal, l’année même de la translation de ses cendres, ils se mettaient personnellement à l’œuvre et faisaient décréter, par un Conseil général des citoyens, la création d’une école publique municipale, dont l’administration devait être absolument indépendante de l’Eglise (1428).

Cette école put être érigée dès 1429, grâce à la munificence de Lun

INTRODUCTION

tics clicls tle la bourgeoisie, l’ancien syndic François de Versonnex, citoyen et marchand de Genève, civis et mercator Gebennarum, ainsi qu il est qualifié dans l acté de donation.

L’histoire a donné à cette institution le nom de son généreux fondateur. Elle a duré un siècle et vraiment on peut dire qu’elle a jeté les hases tle la culture genevoise. (Lest aller trop loin cependant que d’y voir, non seulement un collège, mais aussi, comme on l a voulu, une académie d’études supérieures1. Le seul fait que le collège de Versonnex n’était pas au bénélice d’une charte proprement dite, émanée d’une autorité souveraine, et n'avait pas le privilège tle conférer des grades peut suffire, vu I époque dont il s’agit, à trancher la question aux yeux des spécialistes.

La distinction entre les divers degrés de 1 enseignement est toute moderne. Sous le nom générique d « arts libéraux, » on étudiait, au moyen âge, d’abord la grammaire(c’est-à-dire la langue latine), la rhétorique et la dialectique, — c’était le trivium scolastique, — puis I arithmétique, la musique, la géométrie et l’astronomie, qui constituaient le quadrivium.

Vers la fin du XIIe siècle, la diffusion des écrits d’Aristote révolutionna les études dans l’Université de Paris. La dialectique prit une importance capitale et l’enseignement de la philosophie, qu’on y rattachait , absorba tous les arts du quadrivium . Ils furent considérés désormais comme des branches de cette science maîtresse. La rhétorique fut délaissée. La grammaire, étant une discipline préparatoire, resta indépendante.

De Paris, 1 aristotélisme s’étendit progressivement sur tout le monde des écoles. Au commencement du XVe siècle, I évolution était achevée et, de l’ancien régime « trivial, » le nom seul d'artes, consacré par un usage séculaire, survivait. On commençait l’étude des arts libéraux dès qu’on apprenait à lire en langue latine et cette étude était poussée, à des degrés divers, dans les écoles élémentaires, selon le temps qu’on y demeurait et les lumières du maître.

L’enseignement supérieur des arts était proprement un enseignement correspondant, par son but, à celui qui est donné dans nos écoles normales.

1 Voir Jules Ytiy, Notes historiques ( l. c. j. p. 6 ss. el GalifT'e, Genève historique et archéologique, I. ÜUÔ

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