LA SECONDE CHAIRE DE THÉOLOGIE I. — LAMBERT DAIS EAU
L’établissement, l'organisation progressive et le développement des chaires de théologie, dans l école fondée en 1 559, soulèvent une des questions les plus curieuses de l'histoire du calvinisme primitif. Ai Ccllérier, le premier historien de l’Académie, ni Gaberel, I unique biographe protestant de l’Eglise de Genève, n’ont cru devoir l’aborder. 1 ls s’en tiennent, sur ce point, à la formule traditionnelle et, à leur suite, la plupart de ceux qui ont eu à toucher de près ou de loin au sujet ne mettent pas en doute que Calvin, à côté de la chaire qu’il occupait personnellement, n’en ait créé une seconde pour Théodore de Bèze, qui l’aurait transmise à Nicolas Colladon, lorsque lui-même succéda, dans la première, à son maître. Lambert Daneau, dès son arrivée, aurait recueilli l'héritage universitaire, déclaré vacant, de Colladon. Après lui Antoine de la Paye, puis, Bèze étant mort, Jean Diodati et Théodore Tronchin auraient, à leur tour, occupé les chaires de théologie comme professeurs ordinaires, tous au même titre et dans les mêmes conditions. Cela parait fort simple. Ce l est malheureusement beaucoup plus que ne I autorise un examen attentif des sources. Comme tant d’autres, ce chapitre d’histoire ecclésiastique, construit à des époques diverses, très postérieures aux faits eux-mêmes, a dû son élaboration à des considérations en somme complètement étrangères à l’histoire. C’est ainsi par exemple qu’au XVIIIe siècle, comme on avait proposé au Conseil des Deux-Cents de supprimer l’une des trois chaires de théologie existantes, la Compagnie des pasteurs lit dresser, d après les documents de ses archives, un tableau historique du corps enseignant de la faculté menacée, tableau dont le but avoué est de démontrer aux Conseils que les « trois chaires collatérales de Théologie » sont une institution consacrée par « un usage ancien qui remonte
THEODORE DE BE/.E
à deux cents ans, c’est-à-dire |usqiiesau teins de nos Héformateurs » C’est ici la place de traiter la question pour elle-même et d examiner les précédents du XVIe siècle, en mettant à contribution simultanément les registres de la Compagnie et ceux du Conseil. Nous nous proposons de le faire, tout en présentant les renseignements que nous avons recueillis sur le professorat de Daneau et de ses successeurs.
On a vu <pie Bè/.e avait enseigné aux côtés du fondateur de l'Ecole, comme second professeur, si l'on veut, mais dans la même chaire, alternativement, non pas simultanément. La chaire doctorale de Calvin était antérieure à 1 Académie. Elle était la base même de tout l'édifice qu’il avait entendu construire et, dans son esprit, ne pouvait pas être comparée aux aut res. On a remarqué qu il 11e prit jamais le titre de professeur. Lorsque Bèze se vit appelé, par la mort du réformateur, à lui succéder, il essaya de donner tout seul l’enseignement cathédral inauguré de la sorte. Mais il sentit, au bout de deux ans, le besoin d’un suppléant et Nicolas Colladon fut désigné, de la façon que nous avons rapportée. Après lui, Perrot fut nommé pour remplir le même office. Enfin, lorsque Lambert Daneau arriva, au lendemain de la Saint-Barthélemy, il fut choisi de même et placé non loin de la ville, à Vandœuvres, dans un poste qu’on supposait assez rapproché pour lui permettre de venir faire ses leçons à l’Académie, la semaine où Bèze n’en faisait pas 2.
1 Mémoire sur la profession de Théologie, annexé au procès-verbal de la séance du 26 février 1779 (Reg. Conip., ad dieni). Le tableau qui se trouve aux pp. 13-15 de ce mémoire a été publié par M. Henri Heyer, parmi les pièces justificatives de son Catalogue des thèses de théologie soutenues à l' Académie de Genève pendant les .117e. XVI Ie et XVIIIe siècles (Genève, — Georg & Clc, — - 1898).
3 Cf., plus liant, ]). 12'j- 127.
Reg. Comp.. octobre 1572 : «Le vendredi. 101' jour dudict mois, la Compagnie esleul M. Lambert « Daneau qui avoil servi à l’Eglise de Gien, pour suppléer au defaut de M. Jean de Serres, nagueres ii déposé*. Ce qu'estant signifié audict Daneau, l’a accepté, reservant l’obligation qu’il a à sa dite Eglise « à laquelle il prétend servir au cas que Dieu la redressasl. Ce qui a esté trouvé bon, et texte luy h fut donné pour proposer le lendemain. Ce fut le dernier verset du 3e de la Irc à Timothée; après a laquelle proposition les frères arresterent d’en parler à Messieurs le lundy suivant. Aussi que, « d aultant qu’ils esperent que ledicl Daneau pourroil servir à lire en Théologie en ceste Eschole. ii il seroil bon de le mettre en la parroisse la plus prochaine de la ville, à sçavoir à Yendeuvres. ii dont il pourroil venir icy plus commodément quand il en seroil besoin. Et par ce moyen que h M. Estienne Groz [pasteur à Vandœuvres depuis l’année précédente] seroil mis à Jussy. »
* Jean de Serres lut déposé. le là septembre» lo72. pouravoir (juitté brusquement, sans congé, la cure de Jussy qu'il occupait dejHiis six ans. 11 se rendit a Lausanne où il devint principal du collège. Cf. Hormis. Le ministre Antoine de Chandicu. p. 77.
n Le sabmedi 25e M. Lambert Daneau, oullre ce qu’il avoit ja proposé en francois devant les a frères, a aurores en leur présence faicl leçon en latin au 29e d’Isaïe. Après laquelle a esté arresté « qu’il seroil mis à Yendeuvres et noslre frère Mr Estienne Groz à Jussy. El que dès le lendemain