V. LIGNA R I DUS
Hermannus Lignaridus, — en langue vulgaire: Hermann Diirrholz,— était un Westphalien, candidat au doctorat en théologie, venu tl’l leidelberg avec le jeune (ils de J ust lieu ber, chancelier de I électeur palatin. Le recteur le fit inscrire dans le registre des étudiants 2. Mais Bèze, instruit sans doute par l’exemple de Vorst, qu’il avait en vain cherché à faire revenir d’Allemagne, n’attendait que de voir à l’œuvre ce nouvel étudiant-professeur pour faire établir une chaire en sa laveur. Il semble résulter de la correspondance échangée avecGrynée que celle grave détermination s’était présentée à son esprit déjà au moment où il espérait fixer à ses côtés Polanus.
3 décembre 1596. « Sv Hermanus. Monsieur de Bèze a requis Mr le premier syndique de retenir le s1' Hermanus pour la profession en Théologie en laquelle ilesl très excellent etayméen ceste esehole,en quoy le public aura grand profit. A esté arresté qu’on le retienne, s’il est possible, el à cest effet qu’on en escrive à monsr Reuberus 3. »
La difficulté que Bèze éprouvait du côté de la Compagnie, difficulté que nous révèle suffisamment cette démarche personnelle, et en dehors des usages, auprès du premier syndic, s’aplanit suffisamment pour que, quinze jours plus tard, une autre, celle-là au nom du collège des ministres, put être laile, en la forme ordinaire, auprès de Messieurs.
« Mrs de Bèze et Boiteux sont comparus de la part de leurs frères, proposans <pie leur Compagnie se trouve empeschée pour une difficulté... Ont semblablement déclaré que la profession en Théologie est celle qui entretient les est holiers lesquels, defaillant telle profession, s’en iroient. Or quant à hiv et à M1 de la Faye ils ont fait ce qu’ils ont peu, mais Dieu a suscité un personage digne de servir à telle profession, qui est M' Hermanus, lequel contente merveilleusement l’audi-
1 « Sed Dco sit laus qui nostri nunc quoquc niiserlus iliscedenli a nobis D. Polano veluli succen- « turialum substiluil D. Lignaridum, spectalum ilium quoque luni pietatis tum enulitionis virum « benignissime nobis operam suam pollicitum quamdiu quidem ilium apud nos Dominus esse volet. » (28 juin 1596.)
2 « Hermannus Lignaridus Weslphalus theol. cand. » (Signature donnée entre le 26 juillet et le 24 octobre 1596.)
3 Reg. Conseil, ad diem.
THEODORK DE BEZIÎ
toire connue cela s’est manifesté au service qu’il a fait jusqu es à présent. Que sur la difficulté «pie ce personage a fait de s’astreindre en cesle cité pour servir en sa profession sur Mr Reuberus duquel il a le (ils en charge, ils ont leu lettres du s1' Reuberus par lesquelles il fait entendre que, visant à la gloire de Dieu et bien de ceste ville, il quittoit les obligations qu’il avoit sur luv a la charge que ledict s1' Iiermanus fut traicté et soulagé en sa charge. Qu'ils esperent (pie M1 le Conte palatin, que ledit Iiermanus appelle son seigneur et prince, agréera tant la ville que de l’accorder pour sadile profession. Qu il faut adviser sur les gages pour son entretien, heu esgard (pi ’ i 1 est fort laborieux, (pie de moins, prenant charge de professeur publique, il luy faut de pension pour sa bouche ('eut eseus laissans à considérer le reste. A esté arresté qu’on le retienne, mais qu’on sçache premièrement si M1 le Conte palatin le vouldra congédier1. »
llèze avait évidemment ménagé la susceptibilité de son collègue en le mettant, dans son excuse, sur le même pied que lui-même et en prenant à son propre compte une part égale de responsabi I i té dans la détresse de I Fcole. Mais La Faye n en continua pas moi ns à défendre son monopole. Il n’avait cependant pas à dédaigner un appui, car nous voyons l’Académie à ce point di minuée, au moment où il se Hat to de remplacer Bèze, a lui tout seul, que bientôt on n y comptera plus qu’un unique candidat en théologie2. Lorsque Lignaridus eut accepté les offres brillantes qui bientôt lui furent laites et que Messieurs l’eurent engagé, avec seize cents florins de traitement, sous réserve du consentement de son souverain, La Faye résolut de faire son pet i t possible pour l’empêcher d’être reçu au sein de la Compagnie3.
Le Conseil avait permis au nouveau venu de s’installer au Collège, à son choix, dans le logis de Casaubon ou dans celui du professeur d’hébreu, qui se trouvait être également vacant . La Compagnie, avant ses candidats pour les deux chaires vacantes, lui lit retirer ce privilège4. Lorsque la question
1 Reg. Conseil, 20 décembre 1596.
2 Reg. Coinp., août 1597 : « Le 19e, fut proposé par M. Perrot que les escoliers proposants en
Théologie esloient diminués jusques à un. »
3 « 5e Ile nnanus. Mous1’ le syndique a raporté que ledit Sr Iiermanus offre son service à reste n esehole moyennant le consentement de Mr l’Electeur palatin, son alumne,et quelque lioneste salaire. « A esté arresté qu'on en escrive audit s1' Electeur, et qu’on luy baille seze cens florins annuels pour « tous ses gages, » (Reg. Conseil, 24 déc. 15.13.)
4 « Sr Hennanus . S’estant fait entendre à Mr le prouver syndique qu il desire, au lieu de se « mettre en pension, de tenir mesnage, a requis lin prouveoir de logis. A esté arresté que M. le h syndique Canal luy monstre les logis du professeur en grec ou du professeur en hebrieu, lesquels «i vaquent, pour choisir lequel des deux il aymera mieux et le luy bailler. « (Ibid. . 27 déc 1596.)
« Item fut parlé en la Compagnie de donner logis à M1' Hermannus, receu par Messieurs pour pro- <i fesseur en Théologie et fut dit qu’on prieroit Messieurs de laisser le logis des professeurs Grec et
LIGNA lil DUS
se posa de l’admettre à ses séances, quelqu’un mit en avant la nécessité d’attendre une réponse favorable de l’électeur palatin puis, cette réponse étant arrivée, comme Lignaridus avait été requis par les étudiants de faire un cours de dogmatiqueet comme la Compagnie, sous la pression deBèzeetde Goulart, consacrait enfin la nomination du jeune professeur, La Paye s’emporta, contre la majorité qui lui échappait, jusqu’à lui jeter à la tête une demande de congé.
« Le 15 [juillet], fut proposé par M1 le Recteur que Mr Lignaridus estoit requis par les escholiers de lire les lieux communs, ce qu’il se deliberoit de faire moyennant l’advis de la Compagnie. A quoy la Compagnie consentit, sinon que M1' La Fayé qui estoit plus ancien Docteur le voulust faire. Mais iceluy, au lieu de prendre le choix, demanda son congé, disant qu’il n’esloit raisonnable qu’il travaillast et qu’un autre en eust le profict. Et davantage qu’il failloit sçavoir qui estoit M1 Lignaridus, devant que l’introduire en la Compagnie, et qu’il n’avoit point esté ouy en ladite Compagnie selon la eoustume. »
« Sur quoy fut advisé de remonstrer à Mr La Faye la faulte qu’il l’aisoit, et qu’il se gardast et d’ambition et d’avarice : et combien que Messieurs n eussent pas eu esgard à luy comme il meritoit, toutesfois qu’il debvoit regarder de servir à celuy duquel ilavoil recen les dons. Et qu’on lui donnoit le choix derechef de prendre les lieux communs s’il vonloit, ou de suivre le texte, et qu’on s’en resoudroit, le lendemain, chez Mr de Bèze, avec quelques uns des frères qui furent nommés. »
« Le lendemain, estans assemblés chez Mr de Bèze, à cause de son indisposition, Mr Lignaridus s’y estant trouvé, M' de la Faye ne s’y voulut trouver : dont
l’affaire fut remis au Vendredi prochain »
« Le 22e, fut advisé à l’affaire dont on avoit parlé la sepmaine passée, et fut recen en la Compagnie M' Lignaridus pour professeuren Théologie, et luy furent
« Hebrieu, comme ils avoient esté auparavant. Et furent députés M's de Bèze, Pinaull et le Recteur « pour aller à Messieurs au Lundi prochain. » (Reg. Comp., 7 janvier 1597.)
« Hermnnnus Lignaridus. D’autant qu’on luy avoit promis habitation au College et que les noti- « veaux professeurs l’occupent, a esté arresté de luy faire un mandement de cent florins pour le louage « d'un an. » (Reg. Conseil, 4 février 1597.)
1 Reg. Comp., mai 1597 : « Le 6e, fut parlé d’appeller en la Compagnie M. Herman, Docteur en « Théologie : et fut advisé qu’on attendroit response de Mr l’Electeur Palatin. »
« Le 13e, le mesme fut remis en avant, et le mesme advis aussi fut retenu, ayant esté donnée charge n à M. le Recteur de parler audit Mr Herman, et lui tesinoigner la bonne affection de la Compagnie » Reg. Conseil, 4 août 1597 : « Ont esté recettes lettres du Conseil d’Etat de M1’ l’Electeur Palatin, « par lesquelles ils consentent que le sr Lignaridus serve en ceste esehole jusques à ce que ledit « seigneur Electeur en aye nécessité. »
THEODORE DE BE/.E
assignées quatre leçons, en une sepmaine, et trois, en l’autre, avec les disputes alternativement avec Mr de la Faye. Et Mr de la Faye deschargfé d’une leçon F »
C’était la première fois, depuis l’organisation de l’enseignement dans l’école de Calvin, qu’un cours de théologie hebdomadaire y était ainsi établi, à titre ordinaire, et surtout confié à un savant qui n’était point un ministre. Lignaridus est le premier professeur de théologie, au sens moderne de cette qualification, qui ait enseigné à l’Académie de Genève. Les conditions extrêmement favorables que le Conseil lui avait faites, pour le retenir, montrent quelle importance ceux qui avaient souci de la prospérité de l’École attachaient à son engagement . Bèze l’avait an noncé, avec un soupir de satisfaction, à Casaubon en même temps crue les nominations récentes de Laurent et de Diodali 2. Un mois encore après l’établissement du nouveau cours, mais bien manifestement avant que les étudiants eussent pu en profiter, Simon Goulart n’écrivait-il [ras à Scaliger, toujours professeur à Leyde :
« Mon lils haste son petit cours de théologie pour se rendre bien tost vers vous, ou je le desire autant et plus qu’icy. Nostre eschole est maigre, surtout depuis le départ de Mr Casaubon 3... »
Le premier titulaire de la seconde chaire de théologie ne devait pas l'occuper longtemps. Mais il fut bientôt appelé à représenter F Académie dans une circonstance qui d’emblée fit connaître son nom et son titre, au delà des murs de Genève, et que nous devons, pour cette raison, rappeler ici.
Au printemps de 1598, comme il faisait une excursion sur les rives du lac avec quelques-uns de ses élèves, « à la coustume, nous dit-il, des estua clians, qui après la rigueur de l incommodité de I hyver vont prendre l’air « en temps doux et serein, contregardans leur santé par exercices et prome- « nemensconvenables, » il apprit, àThonon, qu’un capucin, le père Chérubin, se trouvait en la ville, qui sollicitait « tout le peuple de se ranger à la religion a Romaine4. » On le pria de soutenir les principes delà Réforme et de réfuter les thèses que le moine venait d’afficher en public.
1 Reg. Comp., ad ann.
2 Voir Isaaci Casauboni Epistolx. Ep. 116.
3 23 août 1597. (Jaques de Reves, l. c.. 265.)
4 Response de Herman Lignaridus à certaine lettre imprimée, en laquelle le S. d'Avully s'est essayé de représenter la dispute entre iceluy Herman et Chérubin, moine de la secte des Capuchins : in-8, s. /., 1598, p. 6 s. (Bibl. de Genève, Ba. 1614.)
LIGNARIDU S
Les bailliages deThonon, de Gex et de Ternier, rétrocédés par les Bernois au duc de Savoie, l’avaient été selon les clauses du traité deNyon, ratifié le 80 octobre 1564, à Lausanne, dont l’article 4 garantissait aux habitants et le libre exercice de la religion réformée et l’entretien des ministres de leur culte. Mais Charles-Emmanuel, au mépris de l’engagement pris par son père, avait saisi l’occasion de la guerre de 1589 pour réduire, de douze à trois ou quatre, le nombre des pasteurs du Chablais, puis il s’était adressé à François île Sales pour convertir le pays. Le père Chérubin était un des auxiliaires du jeune prêtre dans la mission qui le rendit célèbre.
Après s’être refusé à commencer une dispute théologique qu'il n avait pas le mandat de poursuivre, Lignaridus finit par céder aux instances du pasteur de Thonon. Le débat s’engagea dans les formes, dura plusieurs jours et tourna à la confusion du moine, disent les écrivains réformés, du professeur de Genève, affirment les catholiques. Il fut interrompu par les fêtes de Pâques. Le professeur, obligé de retourner à ses cours, promit de reprendre la discussion. Il importait fort aux autorités locales du Chablais, toujours protestant, mais déjà ébranlé par le manque de ministres et par la mission de François de Sales, que la religion officiel le ( fit énergiquement soutenue contre ce retour offensif de l’Eglise romaine. Or ce n’était pas là, on n’en peut guère douter, après un examen impartial des pièces contemporaines, le principal souci de la Compagnie des pasteurs de Genève, ou du moins de la majorité de ce corps, qui suivait en ceci une politique différente de celle du Conseil. Déjà I année précédente, Simon Goulart et Charles Perrot avaient essayé, sans succès, de I engager dans une conférence avec les missionnaires du duc de Savoie. La Compagnie redoutait de se commettre. Elle désapprouva plus ou moins ouvertement la témérité de Lignaridus et se garda également cl e le renvoyer et de le remplacer sur la brèche.
De tels tournois oratoires nous semblent aujourd’hui assez inutiles et quelque peu ridicules. Il faut, pour en apprécier la vraie portée, faire un effort d’imagination et se souvenir que le XVIe siècle voyait encore, sur ce point, avec les yeux du moyen âge. C’était à la suite d une dispute théologique, dans laquelle un cordelier devenu « prescheur, » Jacques Bernard, inspiré et soutenu par Farel etViret, avait confondu un docteur de Sorbonne et un dominicain, qu’un peu plus de soixante ans auparavant la Réforme avait
THEODORE DE BEZE
été formellement établie dans Genève. On n’en avait certes pas perdu la mémoire. La parole était l’arme des gens de robe. La dispute était le combat singulier dans lequel s’affirmait la bonté d’une cause. L essentiel n était pas le résultat de la discussion, résultat que chacun interprétait volontiers selon ses propres sympathies, mais le fait de la lutte elle-même. Déserter la lice, où l’adversaire avait jeté le gant du défi et attendait, était un aveu d impuissance, bien fait pour frapper l’esprit de populations habituées à juger de la vérité d’une doctrine, moins parla doctrine elle-même que par la conviction et par la vigueur de ses tenants. Si l’on ne voulait pas de la dispute, il fallait à tout le moins opposer mission à mission et s en aller résolument prêcher sa loi dans le Chablais hésitant.
« Messieurs, — écrit un magistrat de Thonon, le syndic Deprez, — aux ministres de Genève, j ay communiqué la vos Ire à ceux q ne j’ay peu de nostre Eglise, lesquels, au lieu d’en estre consolés, en ont coin me receu un desespoir, puis qu'ils voyenl vostre derniere résolution estre de ne vouloir entrer en dispute par vive voix, ce qui estoyl très necessaire pour raffermir les infirmes, lesquels entrent en doute de la doctrine, laquelle vous presehez publiquement, et cependant ne la voulez soustenir que par eseript, forme de dispulerqui ne prendra jamais fin, et n’en pourra on jamais tirer aulcune resolution. Car il n’y a là que pour les gens sçavants et de loysir qui peuvent lire et comprendre vos escripts. Vous avez veu que l’orage et la tourmente ont ruiné nos Eglises, sans que les nautonniers s'y soyent opposés. Dieu veuille pardonner à ceux qui n auront pas rendu Ieurdebvoir à secourir ceulx qui, périssants, ont imploré l'aide des spectateurs de telles tragédies. Christ n’est pas divisé ; il faudroit donc tascher à reiinir ses membres, et oster toute occasion de schisme et division en l’Eglise de Dieu, puis qu’ainsi est que hors d’icelle il n’y a point de salut. Ceux qui sont en possession sont mieux fondés que ceux de dehors. Si vous ne montrez aultre zele à la defense de vostre cause, vous la perdrez tout quitte. Si les apostres se l’eussent voulus contenter d 'es li e enfermés dans des chambres a leur aise, enseignant le peuple par eseript, sans oser soustenir leur doctri ne de vive voix, ils n'eussent pas donné grand avancement au régné de Jésus Christ, lequel, estant establi par ce moyen, doibt estre conservé de mesme. Vous ne pourrez point accuser ceux qui se départiront de vostre doctrine, puis qu'au besoing vous ne les vouliez secourir lorsqu’ils vous declairent qu’ils n’ont plus que tenir. Nous sommes arrivés au temps de la désolation et semble que Dieu par un juste jugement avl bandé les yeux aux plus entendus. . . Ce subit changement semblera bien est range ; mais q ne voulezvous qu’un pauvre peuple lasse qui est délaissé a l'abandon, destitué de pasteurs
LIGÏNARIDUS
et de pasture?... Je croy fermement (ju il n’y a difficulté de religion cpii ne se puisse resouldre entre gens charitables et vuydes de toutes préoccupations, ains seulement désireux de recercher la vérité pour la gloyre de Dieu, et le salut de son Eglise. Car la promesse est infallible que Jésus Christ a laide aux siens, qu’il seroyt avec eux jusqu’à la consommation du monde. Mais comment serat-il au milieu d’une division ? Cerclions donc à embrasser au nom de Dieu ceste union, sans laquelle nous ne pouvons eslre chrestiens; le principal lien est la charité ; comme donc elle nous esehautfe alin que non point par vaines disputes et ergoteries, mais par le 111 de la vérité nous puissions amortir le l’eu de la dissension qui embrase tout le monde, afin que la charité de nostre Seigneur nous unisse tous par une vraye et vive foy ensemble pour le gloriliier éternellement. Excusez moi. Messieurs, si je parle si franchement, à ceux à qui je doibs tout honneur et respect : mais le zele de l’honneur de Dieu et la ruine de nos Eglises me eonstraint à vous dire ce que vous entendez mieux que moy, mais vous n’en sentez pas peut-estre les aiguillions qui altèrent nos âmes. Tant y [a] que Dieu ne délabra point son Eglise; mais comme j’escrivois dernièrement à Mous1- Goulart, il est necessaire, pour sauver le navire et ceux qui sont dedans, que les nautonniers demeurent aussi dedans, à peyne de naufrage. Vous y adviserez donc s’il vous plaid et ne lairrez de me tenir tousjours, Messieurs, pour voslre plus humble et affectionné serviteur b »
Le gouvernement, comprenant 1 importance qu il y avait, pour Genève, à ne pas perdre le contact moral et religieux qu’elle avait avec ses voisins de Savoie, lit tout ce qui dépendait de lui pour que la discussion lût reprise. La Compagnie, très approuvée d ailleurs par Messieurs de Berne, persista dans sa politique de clocher. On perdit des mois à débattre les conditions d une rencont re. Avant la fin de l’année, le Chablais était suffisamment gagné au catholicisme pour que Char les-Gm manuel pût jeter le masque et décréter l’abolition, dans tous ses Etats, du culte réformé'. Ceux de scs sujets qui entendaient rester fidèles à la cause protestante durent quitter leur patrie. Une faible partie trouva son refuge à Genève, d autres assez nombreux traversèrent le lac et se disséminèrent dans le Pays de Vaud.
1 Lettre du 15 octobre 1598. (Mss. Bibl. de Genève, Mf. 8.) Celle lettre a été signalée et utilisée par
I abbé Fleury. ( Saint François de Sales, le P. Chérubin et les ministres de Genève: Paris, 1854, p. 98 ss.). Le langage du syndic de Thonon trahit des tendances ironiques qui n avaient pas, comme on l a vu plus haut, a propos de l’altitude de Rotan à la cour d’Henri IV, l’approbation de la Compagnie
II est vraisemblable cj lie la crainte d être engagée dans une conférence du genre de celles (ju’elle redoutait de voir s’ouvrir en France, sous la présidence du roi, a été pour mie large part dans l'éloignement qu elle manifesta pour l’organisation d’une dispute, en Savoie.
2 Lettres patentes des 5, 6 et 12 octobre 1598. (Saint-Genis, Histoire de Savoie : Paris, 1869, II, 198 ss.)
THEODORE DE BEZE
Pendant les quelques jours qu il s'était trouvé le champion de l’« Eglise et Escole de Genève, » à Thonon, le professeur Lignaridus avait eu certainement à souffrir de son peu il habileté à manier la langue du pays . Avec le père Chérubin il avait pu disputer en latin, mais la prédication, qui eût été son plus précieux auxiliaire, lui était, comme on peut le conjecturer, à peu près interdite. Il ne pouvait non plus poursuivre facilement une controverse populaire la plume à la main Il est probable que c’est à cet i nconvén ient , aggravé pour lui par 1 opposition (pie lui avait faite et (pie lui faisait peut-être encore, au sein de la Compagnie, son très puissant collègue, qu’on doit attribuer son acceptation subi te d’un appel des Bernois. Au commencement du mois d’août, il demanda « congé d’aller jusques à Lausanne ou plus loing pour quelques siens affaires2. » Le 18, il était de retour avec sa nomination en poche et, le 2 1 , i 1 partait , détail caractéristique, sans prendre congé de tous ses collègues. Théodore de Bè/.e reçut ses adieux et se chargea de l’excuser auprès des ministres.
« Mous1 de Bèze a fait les excuses de nions1' Lignaridus qui s’en estoit allé le jour precedent sans saluer toute la Compagnie, pressé, comme il disoit, par les lellres rece lies des Seigneurs de Berne auxquels il s’ estoit nouvellement donné3. »
1 Noie du traducteur anonyme de la Response de Herman Lignaridus. citée plus haut : « Le transit laieur au lecteur ckrestien. Vous serez adverti, que la response de Hermannus Lignaridus au sieur « d’AvuIly a esté composée par luy en Latin : pource qu il n’est pas tant avancé en la langue Fran- « çoise, qu’il y peust dresser un discours entier. Car aussi la dispute qu’il eut avec le moine fut « en Latin : ce qui init en peine le moine, comme il a esté dit cy dessus. Et pour ce je l ay traduite « en François, en faveur de ceux qui n’entendent pas le Latin. Lisez, et proffitez en la cognoissance « de la Vérité. »
- Reg. Comp., 4 août 1598.
3 Reg. Comp., 22 sept. 1598. Ibid.. 18 août : « Item fut proposé par Mons1' Herman Lignaridus qu'il « y avoil quelques jours qu’il avoil esté à Berne pour quelque affaire particulier, et que là Messieurs « de Berne luy avoyenl demandé s’il les voudroit servir en la profession en leur eschole de Berne, d et qu il leur avoil respondu, que si c’estoit pour la gloire de Dieu, et que son Prince le permist, qu il « ne les refuseroit pas. Et que sur cela, luy ayant esté salisfaict à ces deux poincts, qu il leur avoil « promis. Sur quoy la Compagnie ad visa premièrement de commun icq uer le fa ici à la Seigneurie, et puis « remonstrer audit Herman que sa procedeure n’esloit pas bonne, d’aller soubs prétexté d un affaire « particulier se promettre à auilres, veu qu’il avoit ici sa vocation et y avoil esté receu avec beau- « coup d honneur ; et fut donnée charge à Monsr Goularl de [le] luy dire hors la Compagnie. El au reste <i fut conclu que, si Messieurs de Berne le demandoyent, on le [leur] laisseroil aller, en luy remous- « trant qu’il n avoil pas en ce faict cheminé de bon pied. »
Lignaridus ne prêta le serment qu’il devait à Messieurs de Berne qu’au bout d un an, le II avril 1599. (Rodel der geleislelen Eiden neuerwahlter Pfarrkerren , Professorat, etc. — Archives d’Etat de Berne.) Après la mort de La Faye, il entretint de cordiales relations avec ses collègues de l’Académie de Genève. Nous avons trouvé dans les archives particulières de M. Eugène de Budé, toujours si libéralement ouvertes aux chercheurs, trois Ici I res du professeur westphalien à Bénédicl 1 urrelti ni, datées de
DERNIERE ELECTION DE CHARLES PERROT
Lorsqu'on voulut soulever la question de donner un successeur à celui que l’Académie venait de perdre de la sorte, il lut décidé que le débat serait renvoyé à huitaine '. Le collège des pasteurs se retrouvait dans la situation à laquelle avait mis fin, l’année précédente, la nomination si laborieusedu professeur westphalien. Il n’était pas facile d’en sortir. On discuta depuis le commencement d’octobre jusqu’en décembre. Pendant ce temps La Paye, débarrassé de son collègue, devait faire d’urgence toutes les leçons2.
Le 6 octobre 1598, Bèze et Goulart proposèrent de faire une démarche auprès de François du Jon ( Junitis ), alors titulaire, à Leyde, de la première chaire de théologie. Ancien étudiant de l’Académie de Genève, c’était, après Bèze, de tous les élèves encore vivants de Calvin, le plus célèbre et le plus haut placé dans le monde universitaire. Il avait la réputation d’être à la fois très versé dans les questions île dogmatique et très modéré dans les jugements qu i! portait. C’était un pacifique, également apprécié d’Arminius et de Gomar, qui se trouvait être son beau-frère. Supportant mal le climat de la Hollande, ayant à souffrir du reste, après tant d’autres, de l’humeur de Scaliger, son illustre et ombrageux collègue, il l’avait écrit à Grynée, à Bâle,
1618 e( de 1626. Ces lettres portent le cachet et les armes parlantes du signataire : une branche de bois sec avec les initiales H D. (Hermann Dürrholz). 11 mourut, de la peste, en 1628 et non pas en 1618, comme l’a cru Senebier. (Voir Loliner, Die refoi mirten Kirchen uncl Une Vorsteher im eidgenüssischen Freistaate Rem: Thoune, [1861], p. 58.)
Outre la réponse au père Chérubin, déjà citée, le professeur de Genève et de Berne a laissé les ouvrages suivants :
De libero hominis arbitrio. Theses tlieologicx : in-4, Berne, 1607.
De Jubilxo Tractatus : in-8, Berne, 1608.
Antidotum cou Ira scanda! uni apostasix datum a b iis qui a b ecclesiis evangelicis ad papa tu ni défichait: in-8, Berne, 1 <>08 .
Oblectamenta Aeademica : in-8, Oppenheim, 1618.
On trouve de courtes notes sur Lignaridus dans Leu, Allgemeines Helvetisches Eydgenussisches o.der Schweizer Lexicon (XII, 141) et dans Senebier, Histoire littéraire de Genève , II, 24.
1 Beg. Comp., 29 sept. 1598: « A esté proposé d’ad viser à la profession de Théologie, puisque « M. Lignaridus s’en est allé. Laquelle deliberation a esté remise à vendredi prochain ... Le 27e de « ce mois, les vacations pour vendanges ont esté baillées en l’escole pour jusques au Lundy 28e « jour d’octobre prochain . »
2 « Mr delà Faye a esté prié de continuer ceste sepmaine les leçons de Théologie. Auxquelles il est « remis à vendredi prochain pour y pourvoir plus expressément » Marginal : « Mr de la Faye fait les « leçons de Théologie extraordinairement. » (Heg. Comp., 10 uov. 1598 )
THEODORE DE REZE
et peut-être aussi, directement, à l’un ou à l’autre de leurs amis et correspondants communs de Genève '. L’occasion semblait favorable pour lui adresser un appel.
6 octobre 1598. «A esté advisé qu’on tachera d’avoir monsieur Junius, qui est maintenant à Leyden, pour professeur en Théologie, et qu’à ces fins Monsieur de Bèze lui escripra et M. Goulart aussi. Mais tellement qu’on ne l’ace aucun tort ou qu’on ne donne aucune ofTence à l'Eglise de Leyden, ni aux Estais, en cela, comme si on le solicitoit. Mais seulement que s’il est ainsi qu’il ait résolu de s’en départir comme nous entendons et que ceste Eglise là ne le puisse plus retenir, causant sa santé qu’il allégué. En ce cas là nous desirrions l’avoir avec nous, où oultre le reste il pourroit aussi estre utile à leurs escoliers qui y sont et par conséquent a tout leur pays 2. »
La rédaction confuse de cette résolution est significative. On v retrouve comme l’écho d’un débat dans lequel les amis de du .Ion se sont portésgarants de son désir de quitter la Hollande, tandis qu’une opposition tenace insistait sur le tort qu’on pouvait se faire, auprès des autorités de ce pays, en paraissant l’y engager. Cette opposition réussit à empêcher la présentation d’un « advis » formel de la Compagnie à Messieurs. Il fallut que Goulart sollicitât du Conseil une audience personnelle :
« Sp[ectable] François du Joug. M1' Goulard a comparu céans requérant ad viser si,advenant le decez de Mr de Bèze, ja ancien, il seroit pas expédient de pourveoir de bonne heure d'un personage qui le peut seconder en la charge, à laquelle il lux semble que ledit spectable du Jong, qui est de présent en Hollande, pourroit servir, s’il esloit apellé. A esté arresté qu'il luy puisse bailler assentiment qu'il seroit le bien venu3. »
Nous n avons pas recueilli jusqu ici de données suffisantes pour affirmer que la succession de Bèze fut formellement offerte cà François du .Ion. La simjde promesse « qu il seroit le bien venu,» à Genève, n’étaitévidemment j)as suffisante pour l’engager à quitter une situation comme celle qu'il occupait à Leyde. On jieut présumer que ceux qui ne tenaient |>as à ce qu il le fit applaudirent en secret à cette réponse normande de la Seigneurie et que
1 Voir une lettre à Grynée, <lu 11 mars 1597, publiée par M. Fr.-\Y. Cuno , Francisais Junius der altéré: Amsterdam, 1891, p. 355. Cf. 160 ss.
2 Reg. Cotnp., ad dieni.
s Reg. Conseil, 24 octobre 1598.
DERNIERE ELECTION DE CHARLES PERROT
les lettres de Goulart et de Bèze, ou ne partirent point, ou ne purent être prises en considération. Il est assez vraisemblable que quelqu’un s’évertua et sut profiter habilement, pour remettre en avant le système des pasteurs chargés de cours, du fait que l’appel de du Jon menaçait de grever le budget de la Seigneurie d’une assez grosse dépense. C’était évidemment la combinaison la plus facile à faire appuyer, dans le Conseil, par les partisans de l’économie. hile revint à l'ordre du jour.
Le nom de Charles Perrot, qui devait se charger des leçons, sans autre rétribution que ses gages de ministre, fut mis en avant. Mais, avec cette candidature, on peut le deviner sous le laconisme et la confusion significative des comptes rendus qui nous sont parvenus, une question de doctrine vint s’ajouter aux autres. Charles Perrot, nous l’avons dit, avait déjà professé à I Académie, à litre de suppléant, en 1572 et en I58G. Il n’avait cessé d’y conserver sa place, comme recteur, plusieurs fois réélu, comme délégué à la présidence îles disputes et comme préposé à la bourse des escholiers. Toutefois il s’était abstenu d’y donner de nouveau aucun enseignement public. Son calvinisme, sur plusieurs points fondamentaux, avait été suspecté d hétérodoxie. Il s’était exprimé, notamment sur le dogme de la justification par la foi et sur les sacrements, avec une liberté qui lui avait valu, I année même île sa dernière suppléance, une longue discussion avec ses collègues et un sérieux rappel à l’ordre b
1 Reg. Comp , 24 déc. 1585 : « Le vendredi 24*“. M. Perrot proposa en la Compagnie qu il avoit « des difficultés touchant la doctrine el la discipline, lesquelles il desiroil communiquer à la Com- « pagnie, la priant de ne le trouver eslrange, attendu qu’en lisant les anciens, il avoit bien apperceu « beaucoup de choses bien fondées el desquelles il sembloit qu’on s’esloil esloigné sans grande raison. »
« Sur quoy la Compagnie avisa qu’on lu\r feroit entendre qu on estoit bien aise de ce qu’il desiroit « s’esclaireir avec elle de ce dont il estoit en difficulté. Et altin que le tout se peusl plus aisément « vuider, qu’il dressast quelques thèses ou propositions atlin qu’on sceust tant mieux île quoy il « seroil quest ion pour s’en resouldre. Sur quoy il promit qu’il vouloit (railler premièrement de Insu tauratione hominis per Christ uni. »
31 décembre. « Le vendredy dernier décembre... Mous1' Perrot présenta l'escrit qu’il avoit promis. » 16 décembre 158(5. « Ce jour mesme, qui fut le jour des censures, on print occasion de quelque « rapport qu’on faisoit de ce que M Perrot ne sembloit point s’accorder en doctrine avec ses com- « pagnons de conférer avec luy touchant certains points, contenus en un escril qu’il avoit baillé aulre- « fois, pour se resouldre avec luy. Suivant cela, le lendemain on s’assembla el traitla on avec luy du <i point de la justification, et trouva on de fait qu'il n’esloit point d’accord avec ses frères. Et fut « avisé que le vendredi suivant on poursuivroit . »
23 décembre. « Le vendredy suivant 23e, M. Perrot ayant assez déclaré qu’il estoit consentant avec « nous en ce point de la justification qui avoit esté traitté auparavant, lut advisé qu’on luy presen- « teroit encor un certain escril veu par toute la Compagnie et approuvé lequel, contenoit eu sommaire UNIVERSITÉ DE GENÈVE. I 33
THEODORE DE BE’/.E
Il semble qu’ Antoine delà Paye, comprenant le parti qu’il pouvait tirer, pour l’accomplissement de ses vues personnelles, de la situation délicate du vieux maître d’Arminius et d’Utenbogaert, se rallia sans trop de peine à l’idée de le voir remonter dans la chaire de Théologie, à son côté, à condition qu’un tiers sans conséquence y lût appelé simultanément, qui pût, au besoin, faire majorité contre lui. 11 avait la perspective de pouvoir se poser lui-même de la sorte en champion de l’orthodoxie dans I Pcole.
Perrot, malgré l’indépendance bien connue de sa pensée, jouissait de la confiance de celui que sou grand âge éloignait de la place. Il avait pour lui l’ascendant très réel que lui donnaient trente années de ministère, de labeur consciencieux, d’amitiés illustres et de relations cordiales avec tous ceux qu i I honorait de son intimité. Son rival, moins haut placé dans l’opinion, mais infiniment habile, avait su en imposer aux jeunes ; il disposait du vote des pasteurs de la campagne, appartenant, presque tous, à cette seconde générât ion de réformés qui n avait pas connu autre chose que le dogme rigide à I ombre duquel elle venait de grandir.
La décision de la Compagnie fut prise dans les termes suivants :
« Sur la provision d’un professeur en Théologie, la Compagnie finalement a advisé <pie M1 Perrot seroit prié de s’en Iver. Toutesfois «pi on diffèreroit de [le] 1 uy signifier, attendant que les frères Mrs Grenet, Diodati et Prévost eussent proposé en la Compagnie, afin (pie l’un d’iceux fust ancores adjousté pour fortifier l’Escole. Iceux ont esté priés de prendre texte pour la sepmeine prochaine *. »
Charles Perrot, comme on voit par la teneur même de cette résolution, n’était pas présent à la délibération. Lorsque le résultat lui en fut communiqué, il accepta la charge, mais, semble-t-il, afindegarder sa liberté et d’éviter toute controverse, à condition cl êt re dispensé de l’alternance et de donner son cours toutes les semaines sans interruption. Sur quoi, La Paye, pour reprendre l’avantage qui lui échappait, offrit de doubler le nombre de ses leçons
n la doctrine de la justification, affin que, ledit sr Perrot Payant veu et approuvé, il l'ust signé de toute « la Compagnie... »
« On conféra, ce mesme jour, avec M. Perrot touchant les sacrements et fut dit qu'on compren- « droit en ung escript sommaire ce qu’il en faut croire, pour le communiquer audit s1' Perrot, comme « de celuy de la justification. »
30 décembre : « Levendredy 30... On ne fit rien ce jour là avec M. Perrot, à cause qu il sefailloit <i trouver à Sl-Germain à midi pour la cueillette qu’on faisoit pour l’hospital. »
1 Reg. Comp., 17 nov. 1598
DERNIERE ELECTION DE CHARLES PERROT
et d’en faire trois pour son propre compte, chaque semaine. Grenet, Diodati et Prévost s’excusèrent de proposer.
« Monsieur Perrot délivra, selon l’advis de Vendredi dernier, bailler des leçons à l’eschole par chacune sepmeine. Et sur ce cpie M' dela Faye offre de faire trois leçons chacune sepmeine et les sermons du Dimanche tousjours, et ceux du Jeudy sa sepmeine, cela est remis à Vendredi pour conclure. »
«... Monsr Grenet [et] M' Diodati se sont excusés de pouvoir proposer pour la profession de Théologie. Mons1’ Prévost avoit fait le mesme.1 »
11 fallut quinze jours pour trouver un terrain de conciliation. Enfin, le 8 décembre 1598, il lut convenu «pie renseignement serait partagé également entre les deux compétiteurs principaux, chacun professant de deux semaines l une, selon la coutume ancienne. Perrot s inclinait par besoin de concorde, et probablement pour contenter Bèze, mais sans doute avec l’idée de se retirer lorsqu’il le jugerait opportun.
« Monsieur Perrot de rechef prié et exhorté par la Compagnie de prendre la charge des trois leçons en Théologie, en la sepmeine vaquante. Et que s’il vouloit on le soulageroit du sermon du Jeudy à cinq heures. Finalement l’a accepté, se submetant simplement au bon advis de la Compagnie non sinon pour obéir 2.»
De son côté Bèze, pour faciliter l entente et écarter de la sorte tout conflit de préséance, annonça qu’il reprendrait lui-même une partie de ses leçons.
15 décembre 1598. « Monsieur de Bèze a déclaré a la Compagnie qu’en cest aage et infirmité il pretendoit ancores de lire deux jours la sepmeine, où soit discouru de la méthode de l’Espitre aux Romains. La Compagnie l’a remercié et prié Dieu qu’il luy donne ancores plus de force qu’il n’a de bonne volonté. Mais bien semble que cela est plus à souhaiter qu’à esperer en un si grand aage et une santé si eaduce et incertaine3. »
Le cours, parait-il, fut commencé, mais dut être abandonné par le professeur octogénaire, dans le courant du mois de janvier 1599. Lesforceslui manquaient absolument b
1 Reg. Cornp., 24 nov. 15118
2 Reg. Comp., 8 déc. 1598.
3 Reg. Comp . , ad diem.
4 Voici comment La Faye, dans son De vil a et obitu Theodori Tiez.v. rend compte des dernières années d enseignement du successeur de Calvin : « Nolebal (amen omniuo languescere otio senili :
THEODORE DE BEZE
A la fin de cette même année, 1599, Perrot, fidèle à sa devise, « Gemere et silere, » demanda sa décharge.
« Le vendredi 12e Octobre 1599... Et que quant à la profession de Théologie nions1' Perrot qui l’a failte cest an, puis qu'il s’excuse du tout envers la Compagnie de continuer, sera prié de poursuivre jusques au bout de cest an, auquel terme on le tient pour deschargé *. »
Dans la même séance, la Compagnie votait la répartition de renseignement vacant entre Simon Goulart et l’ancien recteur Jean Jaquemot. Pierre Prévost, déjà présenté précédemment, devait se tenir prêt à les suppléer en cas de besoin J. Mais Goulart tenait à son idée de donner Junius pour successeur à Bèze. A la séance suivante, il refusa, ainsi que son collègue, de se prêter à « l’essay » qui n’avait pas leur approbation et fit décider, pour la seconde fois, qu’on ferait le nécessaire pour assurer à l’Ecole genevoise les services du premier professeur de l’Université de Leyde3.